Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Peur et fascisme

Ce texte en provenance de Cuba dit comme Marti “les entrailles du monstre”, les USA, parce qu’il y a malheureusement tout à craindre que le caricatural Trump ne corresponde que trop aux sociétés capitalistes confrontées à leur propre déclin et chez qui le fascisme soit déjà là avec la peur de l’ennemi imaginaire que l’on distille avec la répression (note et traduction de Danielle Bleitrach)

La peur est une ressource politique séculaire, en particulier dans l’histoire des États-Unis. De l’image «barbare» des peuples originels d’Amérique du Nord aux époux Rosenberg et un long etc., l’horreur d’un ennemi imaginaire ou plus ou moins réel a fonctionné comme un facteur de cohésion.

Auteur: Abel Prieto | internet@granma.cu

23 juillet 2020 23:07:45

La peur est une ressource politique séculaire, en particulier dans l’histoire des États-Unis. De l’image «barbare» des peuples originels d’Amérique du Nord aux époux Rosenberg et aux victimes du maccarthysme, en passant par les noirs indisciplinés, les Mexicains, les Japonais, les Arabes, les Russes, les Chinois, les Cubains, les Vénézuéliens et un long etc., l’horreur d’un ennemi imaginé ou plus ou moins réel a fonctionné comme un facteur de cohésion.    

Trump, dans sa course folle à la réélection, a ouvertement fait appel à cette formule. Il veut que la population américaine tremble de terreur devant l’avancée de forces obscures et subversives qui menacent les statues et les biens et nient les valeurs sur lesquelles la Grande Nation a été fondée.

Pour construire ce dangereux Frankenstein, il mêle protestations antiracistes et ennemi amorphe composé de «vandales», d’«anarchistes», de partisans de la «gauche radicale» et du «socialisme» et de simples criminels. 

Bien sûr, Trump aspire également à se présenter comme le super-héros autoritaire capable de sauver le pays de la désintégration et d’imposer «la loi et l’ordre». Comme le “Leader”, comme le “Führer”.

Il organise le besoin d’actions à impact à court terme. Pour ce faire, il est intervenu à Portland (Oregon) avec un corps d’agents fédéraux composé de forces sélectionnées et menaçantes, en tenue de camouflage, boucliers, casques, masques. Ils ont brutalement réprimé les manifestants, utilisant des gaz lacrymogènes et des véhicules sans aucune identification officielle. Les arrestations, selon la presse, ressemblaient à des enlèvements. Tout cela avait un aspect paramilitaire.

Le prétexte explicite original – qui a ensuite été étendu – était de protéger les édifices et monuments publics contre le mouvement Black Lives Matter. Le résultat, selon les médias et les autorités de la ville, a été “d’augmenter la tension dans les rues”. Le gouverneur de l’Oregon a qualifié le déploiement de «théâtre politique».

À Kansas City, Missouri, un garçon de quatre ans a été tué par une balle perdue alors qu’il dormait à la maison. Il a représenté le numéro 92 assassiné dans la ville, jusqu’à présent cette année. Les gens sont venus protester contre tant de vies inutilement perdues, contre le climat irrespirable de la violence, contre la surabondance des armes à feu. Et Trump a décidé d’appliquer la même recette brutale qu’il avait utilisée à Portland. 

Puis il a déclaré depuis la Maison Blanche qu’il ajoutait deux nouvelles villes à son plan «anti-crime»: Chicago et Albuquerque. 

Il a déclaré que le FBI, la DEA, l’ATF, le service des maréchaux et le département de la sécurité intérieure “enverront ensemble des centaines d’agents de sécurité formés à Chicago”. Et il a terminé en beauté: “Aujourd’hui, j’annonce une augmentation des forces de sécurité dans les communautés en proie à la criminalité.”

Pendant ce temps, il répétait dans un langage alarmiste: “L’effusion de sang doit cesser.” 

Selon l’agence de presse Télam, «bien que les situations diffèrent d’une ville à l’autre, Trump les a toutes identifiées comme relevant de l’augmentation de la criminalité et de la violence aux manifestations antiracistes des deux derniers mois et, sur la base de cette fausse prémisse, il a justifié l’envoi de renforts fédéraux ».

Cet appel à la peur et à la répression a évidemment un deuxième objectif: détourner l’attention de la question épineuse et amère de la pandémie.

En revanche, de nombreux analystes s’accordent à dire que la criminalité a augmenté, en effet, pour des causes que Trump omettrait toujours: celles dérivées des conséquences économiques et sociales du nouveau coronavirus, la perte massive d’emplois, l’augmentation des inégalités dans le domaine des services médicaux et dans tous les autres, les honoraires si élevés que la majorité paient et l’enrichissement illimité des élites.  

La peur était la clé du fascisme. “Mussolini a parié sur la peur”, a déclaré l’écrivain italien Antonio Scurati, car “il comprenait que les sentiments négatifs pouvaient être plus puissants en politique que les positifs”.

Scurati a publié en 2018 une biographie romancée de Benito Mussolini. J’ai senti sa vibrante actualité. “Ce n’est pas que je crois que le fascisme peut revenir, il est déjà parmi nous”, a-t-il déclaré.

«Le schéma de Mussolini était très simple (a-t-il ajouté). Il était basé sur l’idée qu’il y a un ennemi responsable de tout: les socialistes. Tout d’abord, cela a alimenté la peur des gens à leur égard, puis il s’est retourné et a dit: “Vous devez les haïr et les combattre.” C’est dire à quel point le discours de Trump est simple et élémentaire. 

Scurati a également établi un parallèle entre les deux. Il a affirmé que le “Duce” aurait utilisé Twitter de la même manière compulsive que le président américain. Et il a souligné une autre similitude basée sur la vantardise sexuelle et le «profond mépris des femmes» de l’autocrate italien et de Trump.

Et il conclut: “Le fascisme est là et il se nourrit de notre peur.”

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