Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Assange, le rapport de Murray du 24 septembre

Voici le rapport de Graig Murray traduit par Catherine Winch dans sa quasi intégralité.

https://www.craigmurray.org.uk

La session de jeudi 24 septembre a continué l’examination de l’état psychologique de Julian Assange, que Craig Murray ne veut pas révéler en totalité par respect pour Assange, mais à la fin de l’après-midi deux témoignages sont lus rapidement sans commentaires, bien qu’ils soient d’une importance vitale.

Assange est accusé d’avoir mis en danger la vie de personnes mentionnées dans les câbles fuités par Wikileaks. L’équipe qui a publié les câbles pour Wikileaks ne l’a fait qu’après un travail laborieux de caviardage, fait avec un algorithme qui supprimait tous les mots non anglais, et les noms d’occupations, entre autres précautions.

Le jour avant la publication, deux organisations ont publié les câbles dans leur état brut, sans aucune censure.

Les responsables de cet acte ont témoigné par écrit hier devant le tribunal qu’ils n’ont jamais été inquiétés, et qu’on ne leur a jamais demandé de supprimer les sites contenant ces informations.

Craig Murray semble indiquer que ces informations cruciales n’auront pas de poids.

Craig Murray commence par un compte-rendu qui montre la mauvaise foi de l’accusation et la collusion de la juge avec l’accusation. L’accusation prétend que Julian Assange est en bonne santé mentale et que l’histoire de la demi lame de rasoir trouvée dans ses effets est une invention, vu que la directrice du centre de santé de Belmarsh, la docteur Daly ne la mentionne pas dans son rapport, tandis que la défense veut montrer que l’état psychique du fondateur de WikiLeaks est incompatible avec une extradition vers les Etats-Unis.

Traduction

Au cours de l’audition des dossiers médicaux des trois derniers jours, le gouvernement britannique a été pris en flagrant délit à deux reprises de mensonges importants sur les événements de la prison de Belmarsh, chacun de ces mensonges étant prouvé par des témoignages. Le facteur commun a été les dossiers médicaux tenus par la Dr Daly, chef des services médicaux de la prison. Il y a également eu, pour ne pas dire plus, une désinformation apparente de la part de la Dr Daly.

Alors qu’il était dans l’aile médicale appelée “centre de santé”, Julian Assange était en fait à l’isolement, et trois psychiatres et un médecin ayant une grande expérience du traitement des traumatismes ont tous témoigné au tribunal que l’état mental et physique d’Assange s’était détérioré alors qu’il était en “soins de santé” pendant plusieurs mois. Ils ont également déclaré que son état s’était amélioré après qu’il ait quitté les “soins de santé”. Cela en dit long sur les “soins de santé” qui lui ont été prodigués. Les mêmes médecins ont témoigné qu’Assange n’avait pas de bonnes relations avec la Dr Daly et qu’il ne lui confiait pas ses symptômes ou ses sentiments, ce qui a été confirmé par le conseil de la défense.

Tout cela constitue le contexte essentiel des mensonges. J’en viens maintenant aux mensonges. Malheureusement, pour ce faire, je dois révéler les détails de l’état de santé de Julian que j’avais cachés, mais je pense que la situation est si grave que je dois maintenant le faire.

Je n’ai pas signalé que le professeur Michael Kopelman avait donné des témoignages selon lesquels, entre autres préparatifs de suicide, Julian Assange avait caché une lame de rasoir dans ses sous-vêtements pliés, mais cela a été découvert lors d’une perquisition dans sa cellule. Comme je l’ai signalé, Kopelman a été soumis à un contre-interrogatoire extrêmement agressif par James Lewis, qui, le matin, s’était concentré sur l’idée que la maladie mentale de Julian Assange n’était que de la simulation, et que Kopelman n’avait pas détecté cela. La lame de rasoir a été un facteur clé dans le fait que Lewis ait intimidé Kopelman, et il l’a attaqué de façon répétée.

Lewis a déclaré que Kopelman “s’est appuyé” sur l’histoire de la lame de rasoir pour son diagnostic. Il l’a ensuite décrite comme un fantasme concocté par Assange pour étayer sa simulation. Lewis a demandé à plusieurs reprises à Kopelman pourquoi, si l’histoire était vraie, elle ne figurait pas dans les notes cliniques du Dr Daly ? Si un prisonnier, connu pour être dépressif, avait une lame de rasoir trouvée dans sa cellule, elle figurerait sûrement dans le dossier médical de la prison. Pourquoi le professeur Kopelman n’avait-il pas noté dans son rapport qu’il n’y avait pas de témoignage concernant la lame de rasoir dans le dossier médical du Dr Daly ? Cachait-il cette information ? N’était-il pas très étrange que cet incident ne figure pas dans les notes médicales ?

Pour essayer d’humilier Kopelman, Lewis a déclaré :

“Vous dites que vous ne prenez pas en compte la lame de rasoir pour votre diagnostic. Mais vous le faites. Examinons donc votre rapport. Vous vous appuyez sur la lame de rasoir au paragraphe 8. Vous le mentionnez à nouveau au paragraphe 11a. Ensuite, au paragraphe 11c. Puis au paragraphe 14, au paragraphe 16, au paragraphe 17b, au paragraphe 18a. Puis nous arrivons à la section suivante et la lame de rasoir est là, aux paragraphes 27 et 28. Puis à nouveau dans le résumé, elle se trouve aux paragraphes 36 et 38. Alors dites-moi, professeur, comment pouvez-vous dire que vous ne recourez pas à la lame de rasoir ?”

[Je ne donne pas les numéros des paragraphes ; ils sont indicatifs CM].

Lewis a ensuite invité Kopelman à modifier son diagnostic. Il lui a demandé plus d’une fois si son diagnostic serait différent s’il n’y avait pas de lame de rasoir et que c’était une invention d’Assange. Kopelman était manifestement déconcerté par cette attaque. Il a convenu qu’il était “très étrange” que les notes médicales ne la mentionnent pas si c’était vrai. L’assertion qu’il avait naïvement cru à un mensonge évident a déconcerté Kopelman.

Sauf que c’était Lewis qui ne disait pas la vérité. Il y avait vraiment une lame de rasoir cachée, et ce qu’Assange avait dit à Kopelman, et ce que Kopelman avait cru, était vrai dans chaque détail. Dans une scène tout droit sortie d’un drame juridique télévisé, lors du témoignage de Kopelman, la défense avait réussi à obtenir l’acte d’accusation de la prison de Belmarsh – Assange avait été accusé du délit de la lame de rasoir. L’acte d’accusation est daté du 7 mai 2019 à 9 heures, et voici ce qu’il dit :

Gouverneur,

Le 19/05/19 vers 15h30, l’officier Carroll et moi-même avons effectué une recherche matricielle de routine dans le 2-1-37 occupé uniquement par M. Assange A9379AY. On lui a demandé avant de procéder à la fouille si tout ce qui se trouvait dans la cellule lui appartenait, ce à quoi il a répondu “à ma connaissance, oui”. Au cours de cette fouille, en fouillant l’armoire, j’ai soulevé une paire de ses sous-vêtements personnels. Lorsque je les ai soulevés, j’ai entendu un objet métallique tomber dans l’armoire. Lorsque j’ai vérifié ce que c’était, j’ai vu la moitié d’une lame de rasoir qui avait été dissimulée dans ses sous-vêtements personnels. Cet objet a été placé dans le sac contenant les preuves numéro M0001094.

Ceci conclut mon rapport

Signé

Off Locke

[Murray a vu ce document et a pu le photographier, la photo est sur l’original de l’article. CW]

Lorsque, mardi, Edward Fitzgerald QC a produit ce rapport devant le tribunal, il n’a pas semblé être une découverte pour l’accusation. James Lewis QC a paniqué. Un peu trop vite, Lewis s’est levé et a demandé au juge de noter qu’il n’avait jamais dit qu’il n’y avait pas de lame de rasoir. Fitzgerald répondit que ce n’était pas l’impression qui avait été donnée. Depuis la barre des témoins et sous serment, Kopelman a déclaré que ce n’était pas non plus l’impression qu’on lui avait donnée.

Et ce n’était certainement pas l’impression qu’on m’avait donnée dans la tribune du public. En affirmant à plusieurs reprises que si la lame de rasoir existait, ce serait dans les notes médicales, Lewis avait, à tout le moins, induit le témoin en erreur sur une question de fait matérielle, qui avait en fait influencé son témoignage. Et Lewis l’avait fait précisément dans le but d’affecter le témoignage.

Paniqué, Lewis a ensuite dévoilé le jeu en affirmant désespérément que l’accusation portée contre M. Assange [de possession d’une lame] avait été abandonnée par le gouverneur. L’accusation en savait donc certainement plus sur les événements entourant la lame de rasoir que la défense.

Baraitser, consciente qu’on avait affaire ici à un sérieux dérapage, a saisi la même paille à laquelle Lewis s’accrochait en désespoir de cause, et a déclaré que si l’accusation [de possession] avait été abandonnée, alors il n’y avait aucune preuve de l’existence de la lame de rasoir. Fitzgerald a souligné que c’était absurde. L’accusation peut avoir été rejetée pour de nombreuses raisons. L’existence de la lame ne faisait aucun doute. Julian Assange l’avait attestée et deux gardiens de prison l’avaient attestée. Baraitser a déclaré qu’elle ne pouvait que se baser sur la décision du directeur de la prison.

Baraitser a beau essayer de le cacher, Lewis a attaqué le professeur Kopelman au sujet de l’existence de la lame alors que Lewis a donné par la suite toutes les apparences d’un homme qui savait très bien depuis le début qu’il y avait des témoignages irréfutables de l’existence de la lame. Le fait que Baraitser tente de protéger à la fois Lewis et l’accusation en prétendant que l’existence de la lame dépend de l’issue de l’accusation ultérieure, alors que les trois personnes présentes dans la cellule au moment de la perquisition étaient d’accord sur son existence, y compris Assange, constitue peut-être l’abus de procédure judiciaire le plus remarquable de Baraitser à ce jour.

Après son témoignage, je suis allé prendre un gin tonic avec le professeur Kopelman, qui est un vieil ami. Nous n’avons eu aucun contact pendant deux ans, précisément à cause de son implication dans l’affaire Assange en tant qu’expert médical. Michael était très inquiet de ne pas avoir été très performant lors de sa séance de témoignage le matin, alors que l’après-midi il s’était ressaisi. Et son inquiétude pour le matin était due au fait qu’il avait été déconcerté par la question de la lame de rasoir. Il avait fermement compris que Lewis disait qu’il n’y avait pas de lame de rasoir dans les dossiers de la prison et que Michael avait donc été trompé par Julian.

Je dois dire clairement que je ne crois pas un seul instant que le gouvernement ne savait pas que la lame de rasoir était réelle. Lewis a procédé à un contre-interrogatoire en utilisant des notes détaillées préparées sur la lame de rasoir et avec toutes les références à celle-ci figurant dans le rapport de Kopelman. Que l’accusation ait procédé ainsi sans demander à la prison si l’incident était vrai, défie le bon sens.

Le jeudi, Edward Fitzgerald a remis à Baraitser le compte-rendu de l’audience de la prison où l’accusation de possession de lame a été discutée. C’était un long document. La décision du gouverneur se trouve au paragraphe 19. Baraitser a dit à Fitzgerald qu’elle ne pouvait pas accepter le document car c’était un nouveau témoignage. Fitzgerald lui a dit qu’elle avait elle-même demandé à voir l’issue de l’accusation. Il a dit que le document contenait des informations très intéressantes. Baraitser a dit que la décision du gouverneur se trouvait au paragraphe 19, c’est tout ce qu’elle avait demandé, et qu’elle refuserait de prendre en considération le reste du document. Fitzgerald a déclaré que la défense pourrait souhaiter faire une objection formelle à ce sujet.

Je n’ai pas vu ce document. Sur la base des déclarations antérieures de Baraitser, je suis assez certain que son refus de le consulter est sa façon de protéger Lewis. Au paragraphe 19, la décision du gouverneur rejette probablement les accusations, comme l’a dit Lewis. Mais les paragraphes précédents, que Baraitser refuse de prendre en compte, indiquent presque certainement que la possession de la lame de rasoir par Assange était incontestée, et explique très probablement son intention de l’utiliser pour se suicider.

Donc, pour citer Lewis lui-même, pourquoi cela ne figurerait-il pas dans les notes médicales du Dr Daly ? »

[Il apparaît ensuite que Assange n’a pas été transféré au centre médical pour des raisons de santé, mais pour l’isoler des autres prisonniers, dont l’un l’avait filmé, publiant ensuite la vidéo. CW]

Je vais écrire au juge Baraitser pour lui demander une copie de la transcription du contre-interrogatoire de Lewis sur la lame de rasoir du professeur Kopelman, en vue de dénoncer Lewis au Conseil de l’ordre des avocats. Je me demande si le Conseil médical général [conseil déontologique] n’aurait pas de raison de se pencher sur le cas de la pratique du Dr Daly dans cette affaire.

Le dernier témoin était le Dr Sondra Crosby, en tant que médecin qui avait traité Julian depuis son séjour à l’ambassade équatorienne. Le Dr Crosby semblait être une personne merveilleuse et bien que son témoignage ait été très convaincant, je ne vois là encore aucune raison valable de le révéler.

[On arrive maintenant aux deux témoignages vitaux au sujet de la censure des documents Wikileaks.]

À la fin de la séance de jeudi, deux déclarations de témoins ont été très rapidement lues dans le procès-verbal. C’était en fait très important, mais cela est passé presque inaperçu. John Young, de cryptome.org, a témoigné que Cryptome avait publié les câbles non expurgés le 1er septembre 2011, c’est-à-dire la veille de leur publication par Wikileaks. Cryptome est basé aux Etats-Unis mais n’a jamais été approché par les forces de l’ordre pour ces câbles non expurgés, ni sommé de les retirer. Les câbles sont restés en ligne sur Cryptome.

De même, Chris Butler, responsable des archives Internet, a témoigné que les câbles non expurgés et d’autres documents classifiés étaient disponibles sur la machine Wayback. On ne leur avait jamais demandé de les retirer et on ne les a jamais menacés de poursuites.

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Plus je lis ces compte-rendus de procès, plus je suis abasourdi par tant de déni de justice.
Ça me rappelle également un procès où j’officiais comme juré il y a quelques années et où j’avais été assez choqué par la façon dont le Juge avait utilisé son expérience lors de la délibération sur la peine pour influencer les jurés dans le sens d’un alourdissement de la peine en redéfinissant pratiquement notre verdict!