Histoire et société

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Chine-US vus de Taïwan : Le pari raté des Etats-Unis

Depuis la seconde guerre mondiale, les États-Unis s’appuient sur une technologie et un système financier avancés pour dominer le monde. Ils se défendront comme des fous si leur position est contesté. Ils croyaient renouveler le plan Marshall qui avait si bien fonctionné avec l’Europe, mais la Chine était une autre paire de manche. Un économiste taiwanais analyse la politique de Trump.(note de Danielle Bleitrach)

Donald Trump, dès sa campagne électorale en 2016, avait déjà clamé tout haut le constat que refusaient ses prédécesseurs : les Etats-Unis ont perdu une bataille avec la Chine. Toute la stratégie de son administration est de contrer l’avancée chinoise, ne nous laissons pas leurrer par les attaques sur la responsabilité de l’épidémie ou la défense de Hong Kong. 
L’économiste taïwanais Lang Xianliang a évoqué une partie de la problématique sur son compte Weibo : « Beaucoup de gens se demandent pourquoi il y a autant de tensions entre les États-Unis et la Chine. Le cœur du problème se trouve en fait dans les capacités technologiques croissantes de la Chine : surtout l’avance considérable dans la 5G qui a suscité aux États-Unis un sentiment de peur et de colère sans précédent. Depuis la seconde guerre mondiale, les États-Unis s’appuient sur une technologie et un système financier avancés pour dominer le monde. Ils se défendront comme des fous si leur position est contestée ». Avant d’analyser les tensions actuelles, il est utile de revenir sur les stratégies américaines dans le passé. »

L’ouverture, c’est bon pour l’Amérique : L’Europe et le plan Marshall


Les Etats-Unis ont voulu profité de la mondialisation avec la Chine, comme ils l’avaient fait avec l’Europe et une partie du monde après la seconde guerre mondiale.
En 1945, les USA avaient un PIB qui représentait plus de 50% du PIB mondial ( 60 à 70% selon certaines estimations), détenaient les deux tiers des réserves mondiales d’or, ils étaient à l’origine de 90 % de la production mondiale dans l’automobile, la construction navale et l’aéronautique et disposaient aussi d’une avance technologique énorme. Face à une Europe dévastée, ils ont mis en place un plan Marshall pour redresser l’Europe et écouler leur marchandise. La stratégie a bien fonctionné. 

Le réchauffement des relations 


Avec le réchauffement des relations sino-américaines sous Nixon, l’idée a progressivement germé de refaire le même coup en « aidant » la Chine à mettre en place une économie de marché, de voir l’ouverture de la Chine et une démocratisation du pays. Idée qu’on essaie de transplanter naïvement dans d’autres pays avec une équation simple qui marche souvent : démocratie = ouverture des marchés = chiffres d’affaires pour les groupes américains et influence politique.
Le voyage de Deng Xiaoping en 1979 a été une étape importante d’une grande coopération.  Bush Père, qui avait connu Pékin à vélo dans les années 70, lors d’une affectation dans la capitale, est considéré comme un pivot de la normalisation des relations sino-américaines. Kissinger le trouvait trop « soft ». Après le 4 juin 1989, Il a fait de son mieux pour maintenir au mieux les relations entre les deux pays. Il a essuyé des critiques pour son « allégeance » envers Pékin. 

China USA

La montée en puissance chinoise


Bush fils, préoccupé, par la lutte contre le terrorisme, n’a rien fait de conséquent pour contrer la montée en puissance de l’économie chinoise durant la première décennie du XXIe siècle. Les consommateurs américains ont pu profiter des produits Made in China à bas prix pendant que le gouvernement chinois finançait la dette américaine avec ses immenses réserves de devise. On parlait de Chinamérique.
La crise des subprimes n’a pas renforcé la vigilance de la Maison Blanche face à la montée en puissance du rival chinois et les deux mandats d’Obama n’ont pas fait preuve d’une grande offensive.


Opposition croissante face à l’ascension chinoise


Depuis une quinzaine d’années, une opposition à la Chine a grossi et pris de l’ampleur :
La Chine est la seule bénéficiaire de ce deal. Le mariage sino-américain ne marche plus, l’investissement dans les bons du trésor américain ne suffit plus, le déficit commercial est colossal. Et en plus, la Chine rattrape les E-U.

Et Trump arriva


2016 a signé la sonnette d’alarme pour la démondialisation, avec l’élection de Trump. L’Europe a enfanté le Brexit. Quelques jours après son élection, Trump a réuni à la Trump Tower, les patrons des sociétés high tech. A la question de Trump, « Qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » une réponse unanime est résumée ainsi : « La plus grande menace est le vol de nos propriétés intellectuelles par la Chine ». Progressivement, les responsables américains dans leur vocabulaire ajoutent de plus en plus « Parti communiste chinois » et utilisent moins le mot Chine. Ils n’ont rien contre la Chine et sa population, mais en veulent au PCC, qui n’est pas fiable et qui est accusé de tous les maux, selon leur déclaration. S. Bannon, ancien stratège de la Maison Blanche, qui collabore avec un dissident controversé, le milliardaire Guo Wengui, est assez actif sur ce sujet.

Du profil bas à plus d’ambition


Par ailleurs, la fin de la première décennie, a vu une Chine plus confiante, qui abandonnait la ligne de Deng Xiaoping, qui préconisait de faire profil bas (韬光养晦*). Avec Xi Jinping, le ton monte et les ambitions s’affichent avec la construction des Routes de la Soie, de nombreuses prises de participations dans des ports stratégiques à l’international, des bases militaires à l’étranger, le remplacement du dollar dans certains accord commerciaux. De quoi énerver un peu les faucons à Wahsington.

La Chine n’a pas dit son dernier mot

Le constat du gouvernement américain est simple. Les dirigeants passés ont fait un pari : L’ouverture de la Chine serait bénéfique pour les affaires des sociétés américaines, mais les chiffres du commerce extérieur sont éloquents et montrent un déséquilibre trop important. Trump veut simplement faire un réajustement.  La première estocade avec les accords commerciaux signés en janvier 2020 donne une victoire pour Washington, mais la Chine n’a pas dit son dernier mot. La stratégie chinoise est beaucoup plus raffinée et n’est pas remise en cause tous les quatre ou cinq ans à chaque nouvelle élection; elle mise sur le long terme.
La Chine semble sortir moins affaiblie de la crise sanitaire. L’année 2020 est-elle un tournant des relations entre les deux géants économiques ou les contradictions vont-elles « se tasser »?

*韬光养晦, tāo guāng yǎng huì
Cacher ses talents et se reposer dans l’obscurité, rester tapis dans l’ombre, faire profil bas.

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intéressant mais ne tient pas compte de l’ensemble du rapport de forces mondial des années 1970 à 2000 soit l’existence de l’URSS qui par l’accord NIXON de 1971 a vu le front socialiste s’affaiblir de fait tant politiquement qu’économiquement et la CHINE ramasser les crédits et transferts de capitaux ( entreprises américaines) aggravant la division au sein du camp socialiste tout en assurant la montée et l’avenir du peuple chinois et ses besoins fort de 1 milliard et plus d’habitants. Ce n’est qu’une fois l’URSS vaincue, puis le centre est europe sous contrôle de l’OTAN que les USA se retournent… Lire la suite »