Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

L’IDEOLOGIE DES DROITS DE L’HOMME CONTRE LA REVOLUTION FRANCAISE

Les conséquences de la désertion par la gauche de la lutte des classes dans la crise du capitalisme et de l’impérialisme se font de plus en plus sentir et déterminent une atmosphère d’apocalypse dans laquelle l’extrême-droite ne cesse de s’alimenter. C’est toute une conception progressiste de la société qui est remise en cause. Le paradoxe est comment les droits de l’homme qui caractérisent la Révolution française deviennent dans ce contexte une négation de la révolution au profit d’une pseudo élite qui méprise le peuple : la contre révolution telle qu’elle naît au sein de la révolution.

Qu’il s’agisse du féminisme et on l’a vu à travers la promotion de Olympe de Gouges (qui sur le fond sert à établir d’une manière fallacieuse l’idée de Robespierre, Marat contre le féminisme ou la victoire de Charlotte Corday, Marie-Antoinette sur les jacobins) ou d’autres faits internationaux, ou du terrorisme, il y a eu incontestablement un révisionnisme historique porté par la social-démocratie qui va toujours dans le même sens: attribuer aux “excès” de la révolution, au peuple irresponsable les crimes que doit affronter “la démocratie”. Un retour à la révolution française s’impose et Je plaiderais volontiers pour que l’on redécouvre Marat une des figures les plus intelligentes qui soit et le véritable père du journalisme.

Pour le féminisme, cette propension à attaquer la révolution “totalitaire” depuis un mouvement d’émancipation, revenait à nier ce faisant toute une partie des femmes de la Révolution qui avaient appuyé le processus parce qu’elles crevaient de faim et surtout nier tout ce que la Révolution française dans sa radicalité de masse avait apporté au genre humain, hommes et femmes. C’est ignorer à quel point les conquêtes concernant l’émancipation individuelle sont menacées quand la situation se durcit pour la quasi totalité du genre humain, quand l’exploitation se renforce. On voit bien que ce qui est en cause dans cette opposition entre sort de l’humanité et droits d’une partie de celle-ci, est l’apport du communisme et celui de la Révolution d’octobre, et de toutes les révolutions qui sont nées dans cette matrice. Cette entreprise négationniste en ce qui concerne le féminisme a culminé avec l’installation du buste d’Olympe de Gouges à l’Assemblée Nationale où elle côtoie un Jaurès dont on oublie l’histoire de la Révolution française et son choix d’aller prendre place aux côtés de Robespierre.

Toute une école française de la révolution française, celle de Soboul, et d’autres considérables historiens a été niée et ce dès le bicentenaire, Mitterrand intronisant Furet contre cette école malgré le combat courageux de notre camarade Vovelle.

Cette entreprise de négation de l’histoire n’est pas un fait isolé qui se limiterait à des écoles historiques et Alexis Corbière a eu raison de dénoncer la manière dont le royaliste comédien Lorant Deutsch, complice de Stephen Bern était consacré comme l’historien de Paris. La vulgarisation historique est encore aujourd’hui totalement laissée à la réaction et à son goût pour l’anecdote.

Mais les effets ont été tout aussi important sur la direction du PCF de l’époque et ce qui est encore une partie de la direction actuelle qui règne en maître sur le secteur international, la formation des militants, les finances, l’Humanité et la presse communiste et la commission féminine dont l’idéologie est celle de ce négationnisme féministe. L’influence de Paris, son Hôtel de ville et ses choix idéologiques assortis de moyens financiers expliquent ces ralliements idéologiques à ce que l’on peut considérer comme la droite du PS.

L’affaire ne se limite pas au féminisme, c’est toute la conception des relations internationales et du “terrorisme” qui ont été pris dans ce dévoiement. Récemment, nous faisions état ici de l’intervention du sociologue social démocrate Jean Viard disant sur LCI en substance que la France avait vaincu le totalitarisme soviétique et qu’elle vaincrait le terrorisme par le même moyen la démocratie.

En partant de l’accord quasi-unanime sur le fait qu’à moins d’être soi-même fasciste fanatisé nul ne peut placer un signe d’équivalence entre une décapitation et une caricature, s’opère un tour de passe passe sur ce qui produit et entretient ce fascisme.

Alors que l’on sait à quel point les USA et ses vassaux n’ont cessé d’intervenir en soutenant partout de fait les terroristes fondamentalistes contre les gouvernement qu’ils voulaient abattre tout en affirmant combattre des dictatures dont la plupart du temps ils inventaient les méfaits quitte à soutenir de vrais tyrans et fondamentalistes comme les saoudiens.

Voici la manière dont Hollande procédait dans son discours officiel:

DÉCLARATION DE HOLLANDE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, SUR LA DÉMOCRATIE FACE AU TERRORISME, À PARIS LE 8 SEPTEMBRE 2016.

Cette conviction qui m’habite n’efface pas ma lucidité face à la gravité de la menace. Le terrorisme islamiste ensanglante tous les continents, occupe des territoires, déstabilise des pays, massacre des populations, organise des attentats qu’il commandite ou qu’il inspire. Nous le savons, nous qui avons payé un lourd tribut : deux cent trente-huit morts et de nombreux blessés. Le terrorisme islamiste s’est érigé en faux Etat dirigé par de vrais assassins. Il dévoie l’islam pour propager la haine, le fondamentalisme avec tous les moyens que la technologie lui offre et que les trafics de toute sorte lui permettent de financer.
Voilà l’ennemi, nous le nommons, il est redoutable. Même s’il recule, et je salue ici Jean-Yves LE DRIAN et la force de nos armées, même s’il recule en Syrie et en Irak, il s’installe sur d’autres terrains : en Afrique, en Asie, partout où il peut se nicher dans les chaos qui sont créés. Cet ennemi est cruel, il endoctrine, enrôle et envoie ses recrues frapper des innocents. Cet ennemi est insatiable, il veut détruire le passé car les civilisations lui font horreur et interdire l’avenir parce qu’il va jusqu’à nier l’Humanité.
La démocratie, et vous l’avez bien dit, est sa cible. Elle incarne le contraire de ce qu’il est : la liberté, la tolérance, le respect, la culture, l’égalité entre les femmes et les hommes. Ces principes lui sont insupportables. Le terrorisme islamiste a l’illusion de croire que la démocratie est faible et qu’il peut l’ébranler en l’effrayant, la diviser en l’épouvantant, la faire douter en radicalisant une infime partie de la jeunesse. Il se trompe.
Nous connaissons les lois de l’Histoire. Les démocraties gagnent toujours les guerres. Elles peuvent être parfois surprises, quand un ennemi soudain se déclare et passe à l’offensive, mais leur victoire est inéluctable car elles disposent d’une force qui rassemble les énergies et qui devient irrésistible. Cette force, cette force qui peut permettre de vaincre tous les obstacles, même les pires, cette force c’est la liberté. C’est ainsi que les démocraties ont vaincu les fascismes. C’est ainsi que les démocraties ont vaincu le nazisme. C’est ainsi que les démocraties ont vaincu les totalitarismes. C’est ainsi que les dictateurs qui se croyaient inamovibles se sont retrouvés désarçonnés, renversés. Il en sera de même. C’est ainsi que les terroristes seront traqués, réduits et au bout du compte annihilés.
Le combat, il sera long, éprouvant, difficile, parce qu’il vient de loin. Il a commencé en Afghanistan il y a plus de trente ans, quand un régime manipulé de l’étranger a suscité contre lui une rébellion d’inspiration religieuse. Comme dans toute guerre de cette nature, la montée aux extrêmes avantage les plus fanatiques. Cette guerre s’est poursuivie dans bien d’autres pays : en Irak, en Syrie où l’obscurantisme religieux utilise le chaos pour appeler au djihad et à la construction d’un califat. C’est ainsi que les terroristes de Daesh se sont lancés dans une folle entreprise d’asservissement au nom d’un dieu trahi.

S’il ne désigne pas explicitement les communistes, comme le fait sans état d’âme Jean Viard, il les englobe manifestement dans le concept fourre tout de “totalitarisme”. Tout démarre en Afghanistan Il a commencé en Afghanistan il y a plus de trente ans, quand un régime manipulé de l’étranger a suscité contre lui une rébellion d’inspiration religieuse. Que cette rebellion d’inspiration religieuse ait été financée entretenue par les USA et leurs alliés du fondamentalisme saoudien est complètement ignoré et le régime qui manipule est bien sûr celui de l’Union soviétique. Un tour de passe passe qui est devenu habituel, et qui masque la soumission de tout ce courant social démocrate à toutes les aventures de la CIA.


On peut à l’inverse montrer que c’est le rassemblement de forces avec l’objectif d’effacer le communisme, les pays socialistes qui est à l’origine profonde de la situation que nous connaissons.


C’est l’alliance qui depuis longtemps s’est nouée entre les dirigeants impérialistes pour combattre Et le communisme et le nationalisme arabe. Et les Frères musulmans, le mouvement religieux rétrograde dans le monde arabe qui a permis le déploiement de cette idéologie dans les masses musulmanes. Les autres forces ayant été ou marginalisées ou détruites.
Cette alliance qui perdure aux niveaux des états et des classes dominantes mine la cohérence du combat contre l’islamisme radical et conduit au chaos, aux fractures et aux risques de guerre civile que nous connaissons.

Il faudrait également noter comme nous le faisons dans un autre article l’évolution de l’école républicaine et l’introduction relativement récente sous l’influence des États-Unis et du monde anglo-saxons de la défense de la liberté d’expression qui tend à être limité à la liberté de la presse et non à celle du droit du citoyen à être formé et informé, nous avons quelques éléments de ce que l’on nous présente aujourd’hui comme les libertés dont nous serions les défenseurs depuis la révolution française. Alors que cette idéologie des droits de l’homme telle que nous la voyons s’exercer dans le communautarisme féministe aussi bien qu’une conception de la liberté d’expression sont des créations récentes d’une social-démocratie s’identifiant aux démocrates des USA contre la tradition française.

Autre chose, est la reconnaissance de la spécificité de ces combats au sein de la révolution, la manière dont ils l’amplifient. Comme la rectification et la dénonciation de certaines manières de prétendre faire le bonheur des peuples malgré eux. Ce qui amena Gracchus Baboeuf, le père révolutionnaire du communisme à contester l’intervention en Vendée et Robespierre à dénoncer les “missionnaires casqués et bottés” de la Révolution. Mais c’est là justement un des arguments que la révolution française peut apporter à l’idéologie des droits de l’homme néo-colonialiste tels qu’elle ne cesse de nous être imposée en violation de la Révolution française, le visage du despotisme qui prétend imposer mœurs, progrès avec le pillage et la dégradation réelle de leur situation du colonialisme aux interventions en Libye, Syrie, Mali, etc… .

L’impérialisme, comme le colonialisme, prétend imposer un maximum d’aliénation de la souveraineté, de misère, tout en contraignant les mœurs traditionnels, les méprisant, au point de limiter l’identité à ce qui est ainsi nié. Le processus de libération national du peuple français est ainsi imposé à des gens pour qui il devient facteur d’oppression. Le communisme avait ceci de différent qu’il inversait l’ordre des priorités et mettait sur ses pieds l’appel égalitaire, de fraternité et de liberté de la Révolution française. Il s’appuyait sur Marx qui ne s’est pas contenté de dénoncer l’aliénation religieuse, mais en a vu la source profonde :

La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple. Karl Marx Critique de la philosophie du droit de Hegel (1843).

Que cette entreprise soit complexe et difficile est une réalité, mais si l’on veut amputer la Révolution de hier de celle d’aujourd’hui c’est pour mieux nier toute libération humaine.

On mesure bien à quel point ce qui se joue derrière ces représentations idéologiques et ces interprétations de l’histoire est assez proche de l’américanisation de la société avec une “gauche” proche des démocrates en rupture avec toute une partie de la classe ouvrière, jouant le sociétal contre le social et accompagnant un processus initié sous Mitterrand de désindustrialisation et qui a connu son apogée avec Macron et des multinationales à l’assaut de l’international derrière ou non les expéditions militaires. C’est pourquoi l’ancrage du PCF de classe, revendiquant la souveraineté populaire est un enjeu qui va bien au-delà d’un parti mais qui pose la question de la société, de ses choix politiques fondamentaux, l’avenir du pays.

Danielle Bleitrach

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L’expression de… la protestation contre… (la misère) La pensée de Marx (toujours jeune en 1843) reprend bien la conception hégélienne de la dialectique comme “le négatif IMMANENT au positif”,, pas le simple “en même temps” mais un processus actif, contradictoire et parce que contradictoire productif et HISTORIQUE, le négatif DANS et moteur du processus. Le rapport à “LA” religion est toujours un processus social ET historique, et comme tu le dis, le rapport au religieux est toujours en lien avec l’émancipation, la libération humaine. Je rapproche de ce que tu dis la phrase de Robespierre “L’athéisme est aristocratique”, phrase dont… Lire la suite »

Pourquoi cette notion des droits de l’homme nous est constamment présentée comme immuable, finie, déterminée si ce n’est que pour nier qu’elle s’inscrit dans un processus dynamique qui s’élabore dans des rapports de forces issu des luttes de classes. Il est des droits individuels, d’autres collectifs ; le sens de la lorgnette. Après Thermidor, la Convention nous laisse au faîte du pyramidion des libertés, une liberté Ô combien individuelle ; celle de la propriété privée, et surtout la propriété privée des moyens de production, laissant croire au producteur qu’il serait quant à lui, propriétaire de sa force de travail. C’est là… Lire la suite »

Bonjour Danielle, L’Afghanistan était un point nodal. N’est pas pris en compte l’intervention de Georges Marchais à la télévision lorsqu’il était à Moscou. Il avait dans la serviette de l’un de ses collaborateurs, responsable des pays socialistes une analyse du traité sovieto afghan et du communiqué commun qui avait été rédigé comme les soviétiques le faisaient pour chaque traité tous baptisés d’amitié. Si cette étude avait été utilisée pour l’intervention télévisée il n’y aurait peut être pas eu de telles réactions en France. Le problème était très idéologique puisqu’il y avait une certaine continuité religieuse entre les republiques que l’ont… Lire la suite »