Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Le véritable exilé ce n’est pas Juan Carlos le pourri, c’est Machado

Le véritable exilé n’est pas ce pourri, dès le début de son règne, ce Juan Carlos, où il est agent de la CIA, et ne restaure en rien la démocratie mais couvre l’absence de jugement sur les crimes franquistes. La possibilité pour ces mêmes franquistes de conserver les positions acquises dans l’appareil d’Etat, les médias, la banque, etc… et dans le même temps l’autorisation de pourchasser les résistants basques… jusqu’à cette fin digne de lui et de sa dynastie. Non il ne mérite pas le nom d’exilé parce qu’il n’a pas eu de patrie à défendre… Le vrai exilé c’est le poète Machado parti avec une vieille valise, marchant le coeur brisé avec d’autres exilés….

Machado avait rejoint les rangs républicains, il écrivit un poème évoquant l’exécution de Federico Garcia Lorca (El crimen fue en Granada).

Machado fut évacué avec sa mère, Ana Ruiz, et deux de ses frères, Joaquim et José, à Valence, puis en 1938 à Barcelone. À la chute de la Seconde République espagnole, ils furent contraints de fuir vers la France. Arrivé à Collioure, à quelques kilomètres de la frontière, épuisé, Antonio Machado y mourut le 22 février 1939, trois jours avant sa mère1.

Antonio Machado est enterré à Collioure, tandis que Leonor a sa tombe à Soria.

Il y a eu crime dans Grenade

A Federico Garcia Lorca

I

Le crime

On l’avait vu, cheminant entre des fusils

par une longue rue,

apparaître dans la campagne froide,

encore étoilée, la campagne du matin.

Ils ont tué Frédéric

à l’heure où surgissait la lumière.

Le peloton des bourreaux

n’osait le regarder en face.

Ils ont tous fermé les yeux,

ils ont prié : Dieu lui-même ne te sauverait pas !

Il est tombé mort, Frédéric

– sang au front et aux entrailles. –

…Il y a eu crime dans Grenade !

Vous savez ? – pauvre Grenade ! – sa Grenade !…

II

Le poète et la mort

On le vit cheminer seul avec elle,

sans crainte de sa faux.

– Déjà le soleil frappe sur la tour et la tour ; et les marteaux

sur l’enclume, et l’enclume, et l’enclume des forges.

Frédéric parlait,

faisant à la mort sa cour, et elle écoutait.

« Parce qu’hier, dans mes vers, chère compagne,

résonnait le choc de tes paumes sèches

parce qu’hier, dans mes vers, chère compagne,

et parce que tu donnas à mon chant ton gel, et à ma tragédie

le fil de ta faux d’argent,

je te chanterai la chair que tu n’as plus,

tes yeux absents,

tes cheveux que le vent secouait,

et les rouges lèvres où l’on te baisait…

Aujourd’hui comme hier, ma mort, belle gitane,

Ah ! qu’on est bien seule avec toi,

à respirer cet air de Grenade, ma Grenade ! »

III

On les vit cheminer…

                                       Taillez-moi mes amis,

un sépulcre de pierre et de rêve, – dans l’Alhambra,

pour le poète

sur une fontaine où l’on pleure

et dise éternellement :

il y a eu crime dans Grenade ! sa Grenade !

Traduit de l’espagnol par Jean Cassou

In, Federico Garcia Lorca « Romancero gitan et poèmes »

Editions Seghers, 1964

Du même auteur : Aube sur Valence / Amanecer en Valencia (08/12/2016)

El crimen fue en Granada

A Federico Garcia Lorca

I

El crimen

Se le vio, caminando entre fusiles,

por una calle larga,

salir al campo frío,

aún con estrellas, de la madrugada.

Mataron a Federico

cuando la luz asomaba.

El pelotón de verdugos

no osó mirarle la cara.

Todos cerraron los ojos;

rezaron: ¡ni Dios te salva!

Muerto cayó Federico.

-sangre en la frente y plomo en las entrañas-.

…Que fue en Granada el crimen

sabed -¡pobre Granada!-, en su Granada…

II

El poeta y la muerte


Se le vio caminar solo con Ella,

sin miedo a su guadaña.

Ya el sol en torre y torre; los martillos

en yunque – yunque y yunque de las fraguas.

Hablaba Federico,

requebrando a la muerte. Ella escuchaba.

“Porque ayer en mi verso, compañera,

sonaba el golpe de tus secas palmas,

y diste el hielo a mi cantar, y el filo

a mi tragedia de tu hoz de plata,

te cantaré la carne que no tienes,

los ojos que te faltan,

tus cabellos que el viento sacudía,

los rojos labios donde te besaban…

Hoy como ayer, gitana, muerte mía,

qué bien contigo a solas,

por estos aires de Granada, ¡mi Granada!”

III

Se le vio caminar..

Labrad, amigos,

de piedra y sueño, en el Alhambra,

un túmulo al poeta,

sobre una fuente donde llore el agua,

y eternamente diga:

el crimen fue en Granada, ¡en su Granada!

Ayuda. Semanario de la solidaridad, n.º 22, 17 de octubre de 1936

Editado por el Socorro Rojo de España, Valencia, 1936

Poème précédent en espagnol :

José Emilio Pacheco : Las ruinas de México (Elegia del retorno) (13/11/2015)

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Federico Garcia Lorca : Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías / Llanto por Ignacio Sánchez Mejías (19/12/2015) Posté par : bernard22 à 09:41 – Traduit de l’espagnol – Commentaires [1] – Permalien [#]

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