Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Beyrouth ou les leçons de la chute de l’Empire par Danielle Bleitrach

Il y a de plus en plus de zones de la planète où les facteurs économiques et sociaux donnent à la crise environnementale et climatique, à l’épidémie, des allures d’apocalypse qui font songer à la chute de l’empire romain. La chute des empires décrite par les historiens se passe aux frontières de l’empire, celle où ses armées de pillards créent violence et pillage, mais leur effondrement reproduit celui du centre. Il y a plus, partout la médiocrité impensable des dirigeants politiques laisse croire que le désordre est de leur fait, mais c’est le désordre qui les engendre. Héliogabale n’est pas à l’origine de la chute de l’empire romain, il en est l’ultime produit, celui qui se fait sodomiser dans les latrines du Colisée par les gladiateurs finit assassiné… Au point qu’Artaud en fait “l’anarchiste couronné”… Quand le mode de production capitaliste n’a plus qu’un personnel criminel et corrompu jusqu’à la moelle on ne peut pas plus en attendre dans ces temps de bouleversement. Cela signifie que la société est incapable de maîtriser son environnement, elle-même, et qu’elle est devenue la proie du hasard… Dans cette chute, le hasard, celui d’une explosion, celui d’une épidémie, devient ingérable. Face à une transition d’une telle ampleur tout dépendra désormais de la capacité des être humains a créer les conditions de véritables coopérations, et à chercher une issue dans un mode de production, le socialisme qui recrée les conditions du collectif.

Nous avons un pays qui depuis des mois connait une spirale infernale et sur lequel pourtant les médias ne s’attardent pas préférant nous parler de Hong Kong ou de l’épidémie. Mais dans ce pays tous les chocs du Moyen Orient, terre devenue lieu de tous les affrontements de systèmes corrompus eux-mêmes en crise, résonnent sur une classe politique et économique elle-même corrompue et pourrie jusqu’à la moelle. Ce pays est tellement corrompu, tellement vendu et tellement pourri que l’on a fini par croire que seule une guerre avec un vainqueur et un vaincu pourrait le sortir du pourrissement. L’incurie est totale, 50% des habitants vit désormais au-dessous du seuil de pauvreté alors même que le lieu reste un des refuges des délinquants de haut vol comme l’ancien PDG de Nyssan Renault. Un lieu relais pour les protégés d’un gouvernement français qui n’a cessé d’attiser tous les conflits en suivant ses protégés, sans moyen d’aider réellement le pays.

L’épidémie on en parle même pas, l’état de l’hôpital public face à la catastrophe est tel qu’il y a eu un appel pour que les générateurs d’électricité des particuliers lui soient prêtés, parce que le pays ne distribue plus l’électricité et l’hôpital public n’a plus les moyens d’acheter ses propres générateurs. Là encore la caricature de la chute du mode de production capitaliste est saisissante, les limes s’effondrent sur un modèle qui paraît une caricature de la destruction du centre… Les Etats-Unis, Rome, et la périphérie dans un même mouvement, avec les mêmes victimes.

J’ai été nourrie dans mes jeunes études de la description de la chute de l’empire romain, du moins en occident et j’ai dévoré l’Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain, de l’historien britannique Edward Gibbon, paru en 1776. Plus tard il y a eu l’incontournable Charles Parrain, son Marc Aurèle et Max Weber sur la fin du mode de production esclavagiste et versus les temps de l’obscurité, Duby et l’an mille dans lequel se construit la féodalité, une renaissance. Auquel il faut ajouter, paru à la Découverte : Comment l’Empire romain s’est effondré, Le climat, les maladies et la chute de Rome par Kyle HARPER. Il y a chez tous ces auteurs quelque chose que ne renierait pas le marxisme, le caractère inéluctable de la fin des empires quand les forces productives n’arrivent plus à se déployer dans les rapports sociaux existant, l’effondrement est total comme une espèce de tremblement de terre généralisé dans lequel se multiplient fractures, explosions, tandis que les êtres humains courent pour y échapper.

Il y a la tentation comme dans l’ouvrage de Harper sur a chute de l’Empire romain qui a mis en lumière les variations climatiques et épidémiques sur cette chute de rapporter aujourd’hui l’effondrement de l’empire américain sur des effets environnementaux, climatiques et épidémiques, d’où l’effroi provoqué par le coronavirus, l’idée qu’il faut apprendre à vivre avec mais que les sociétés que nous avons sous nos yeux, telle celle en faillite à Beyrouth sont incapables de la moindre coopération et ne peuvent que détruire. «Le destin de Rome a eu pour acteurs les empereurs et les Barbares, les sénateurs et les généraux, les soldats et les esclaves», admet-il, avant de compléter: «Mais il a été également décidé par les bactéries et les virus, les volcans et les cycles solaires […] En conspirant de manière involontaire avec la nature, les Romains ont créé une écologie des maladies qui a permis le déchaînement de la puissance latente des agents pathogènes».

Devant l’explosion qui semble intervenir par hasard mais qui n’est sans doute que le produit de négligences criminelles devenues inhérentes à cette absence de totale de buts communs, de solidarité les hypothèses se sont multipliées. Qu’il y ait tant de possibles à ce drame reflète déjàles forces à l’oeuvre dans et contre ce malheureux pays. CGTN en Français (agence de presse chinoise) dans un laconique communiqué notait : “Les autorités libanaises déclarent que 2700 tonnes de nitrate d’ammonium
ont conduit à l’explosion massive. Il était entreposé au port depuis six ans sans mesures de sécurité. Le nitrate d’ammonium est couramment utilisé par les organisations terroristes à travers le monde pour infliger un maximum de dégâts. Lorsqu’il est mélangé avec du carburant diesel, il forme un explosif avec plus de la moitié de la force de la dynamite.Comment peut-on trouver dans un port civil une telle accumulation de cette substance?

Peu importe, toutes les hypothèses concordent toutes vers la même origine, l’incapacité des êtres humains dans les sociétés dévastées par la corruption, le profit, la misère, les inégalités à faire face ensemble aux périls et à tenter avec discipline et foi en l’avenir à les maîtriser ensemble.

Si le socialisme a un sens c’est dans la réponse collective qu’il apporte à ces temps périlleux. Mais que dire de nous Français quand nous en sommes réduits à avoir y compris un parti communiste incapable de défendre un tel avenir et cherchant dans le maintien de l’existant de quoi exister.

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Tristesse et colere. Tristesse pour ce pauvre peuple martyrise par 15 ans de guerre civile avec la complicite de dirigeants corrompus. Colere du silence international des “institutions” officielles. FMI suceur du sang des peuples. ONU paralise avec ses resolutions sans suites et l’oncle Sam et ses allies qui paralisent l’institution. Alors socialisme ou barbarie! Solidarite internationaliste avec a l’avant garde des PC pas seulement communistes de nom.