Histoire et société

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Morning star: Les travaillistes ne doivent pas répéter comme des perroquets le discours de guerre froide anti-Chine de Trump

Le Morning star, le journal des communistes britanniques démonte la propagande de la guerre USA-Chine à laquelle le gouvernement conservateur britannique s’est rallié, sans doute comme ancienne puissance coloniale de la guerre de l’opium et comme chien de garde de l’impérialisme américain, son rejeton sanglant. Mais il dénonce également avec un argumentaire imparable l’attitude de certains travaillistes qui emboîtent le pas, comme chez nous Français aux pires campagnes des USA. Merci à Catherine Winch qui a traduit ce texte de fond (note de Danielle Bleitrach).

Dans l’intérêt de la paix et du progrès, nous devons promouvoir des relations respectueuses, amicales et mutuellement bénéfiques avec la Chine, déclare CARLOS MARTINEZ

On observe une inquiétante poussée de propagande anti-Chine des deux côtés de l’Atlantique.

Alors que l’hostilité impérialiste envers la montée en puissance de la Chine est devenue une caractéristique intrinsèque de l’époque actuelle, en particulier depuis le lancement du “pivot vers l’Asie” par l’administration Obama en 2011, le discours devient de plus en plus hystérique et absurde ces derniers mois.

Les classes dirigeantes américaine et britannique mènent l’attaque quotidienne sur quatre axes principaux.

Premièrement, selon les Anglais et les Américains, la nouvelle loi sur la sécurité nationale est une attaque contre les libertés fondamentales des habitants de Hong Kong et viole les obligations légales de la Chine en vertu de la déclaration conjointe sino-britannique de 1984.

Deuxièmement,  ils veulent nous faire croire que la population ouïgoure du Xinjiang est réprimée de nombreuses façons indescriptiblement brutales, notamment par des incarcérations massives dans des “camps de rééducation” et des stérilisations forcées.

Troisièmement, selon eux, la Chine – en raison de son opacité, de son incompétence, de son caractère vindicatif ou d’une combinaison de ces facteurs – n’a pas suffisamment averti le monde de l’apparition de l’épidémie de Covid-19 et doit donc assumer la responsabilité des ravages causés par la pandémie.

Et quatrièmement, toujours selon eux, les entreprises technologiques chinoises fournissent, ou cherchent à fournir, des informations secrètes à l’État chinois, de sorte que leur implication dans les économies occidentales doit être activement limitée.

Naturellement, c’est le gouvernement américain qui mène la charge. Le secrétaire d’État Mike Pompeo accuse la Chine d’avoir “violé de multiples engagements internationaux, notamment ceux pris envers l’OMS, l’OMC, les Nations Unies et le peuple de Hong Kong”.

Il fustige les “pratiques économiques prédatrices de la Chine, telles que la tentative de forcer les nations à commercer avec Huawei, branche du renseignement d’État du Parti communiste chinois”.

C’est la position des deux partis aux États-Unis, malheureusement. Le candidat démocrate à la présidence, Joe Biden, tient à prouver qu’il est aussi le faucon de la Chine, la menaçant de sanctions et promouvant une diffamation grotesque et totalement infondée sur la stérilisation forcée des femmes ouïgoures.

Même les membres progressistes du Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar et Rashida Tlaib, se sont jointes à cette attaque irréfléchie contre la Chine.

Tant aux États-Unis qu’en Grande-Bretagne, les relations avec la Chine sont au plus bas depuis des décennies.

Il n’est pas surprenant que le gouvernement de Boris Johnson, instinctivement atlantiste et cherchant désespérément à conclure un accord commercial post-Brexit avec les États-Unis à tout prix, suive essentiellement la ligne de Trump.

Après avoir accepté en janvier que Huawei joue un rôle dans le développement de l’infrastructure 5G britannique, le gouvernement envisage maintenant d’abandonner Huawei afin de ne pas se trouver dans une situation de “vulnérabilité face à un vendeur d’État à haut risque”.

Le ministre des affaires étrangères Dominic Raab a déclaré qu’il n’y aurait “pas de retour au commerce habituel” dans les relations de la Grande-Bretagne avec la Chine.

Pendant ce temps, les principaux responsables du gouvernement critiquent avec force la nouvelle loi de sécurité nationale de Hong Kong, allant jusqu’à offrir à quelque trois millions de résidents de Hong Kong la possibilité de s’installer en Grande-Bretagne et de faire une demande de citoyenneté.

Ceux d’entre nous qui sont favorables à la paix et à une coopération mutuellement bénéfique entre la Grande-Bretagne et la Chine pourraient espérer que le parti travailliste s’oppose de manière significative au comportement irresponsable du gouvernement.

Malheureusement, les indications jusqu’à présent montrent que le Parti travailliste s’engage avec enthousiasme dans la voie de la guerre froide.

La secrétaire d’État aux affaires étrangères de l’opposition, Lisa Nandy, encourage activement la propagande anti-chinoise et pousse les conservateurs à adopter une position plus dure à l’égard de la Chine, en demandant par exemple que des mesures soient prises contre les entreprises britanniques qui sont “complices de la répression” à Hong Kong (c’est-à-dire qui ne soutiennent pas activement les émeutes).

Si les paroles de Nandy peuvent décevoir les socialistes, les progressistes et les militants de la paix, elles ont au moins été bien accueillies dans certains milieux: le célèbre blogueur de droite Guido Fawkes a salué le “changement bienvenu dans la politique du Parti travailliste – s’opposer aux régimes despotiques plutôt que de faire ami-ami”.

La position de Nandy est cependant positivement nuancée par rapport à celle de Stephen Kinnock, ministre de l’opposition pour l’Asie et le Pacifique, qui accuse la Chine de promouvoir son “modèle de gouvernement autoritaire réactif” dans le monde entier.

Kinnock décrit l'”âge d’or” des relations sino-britanniques, inauguré sous le gouvernement Cameron, comme étant un “échec lamentable” au cours duquel la Grande-Bretagne avait “déroulé le tapis rouge pour la Chine et obtenu très peu en retour”.

Il semble donc que la direction travailliste dans son incarnation actuelle s’oriente vers un soutien sans ambiguïté à la nouvelle guerre froide menée par les États-Unis contre la Chine.

Il est particulièrement démoralisant de constater qu’à quelques honorables exceptions près, notamment Diane Abbott, la gauche travailliste n’oppose actuellement aucune résistance sérieuse à cette dangereuse évolution.

Alors que très peu de députés travaillistes parlent des dangers d’une nouvelle guerre froide, John McDonnell a enregistré une dénonciation histrionique (et complètement partiale) des mauvais traitements que l’État chinois aurait infligés aux musulmans ouïgours.

ApsanaBegum a répété ces propos au Parlement, affirmant que lorsque le gouvernement chinois célèbre la répression effective de la campagne d’attentats meurtriers du mouvement islamique du Turkestan oriental, sa “définition du terrorisme est troublante de vague”.

Claudia Webbe, habituellement excellente, a appelé le gouvernement à “s’opposer à la violence cautionnée par l’État” à Hong Kong, choisissant d’ignorer la violence cautionnée par les États-Unis des manifestants séparatistes.

Tout cela est franchement désastreux et inquiétant. L’administration américaine poursuit une très grave escalade de la nouvelle guerre froide, cherchant à isoler la Chine, cherchant à la diaboliser, à la fragiliser et à empêcher son essor économique.

La propagande de “guerre douce” concernant Hong Kong, le Xinjiang et Covid-19 est combinée à des mouvements de “découplage” économique et à des mesures d’encerclement de “guerre dure”, notamment des patrouilles renforcées et provocatrices dans la mer de Chine méridionale.

Une nouvelle guerre froide n’apportera aucun avantage aux citoyens britanniques ordinaires. Elle entraînera une diminution des emplois, des investissements, des marchés d’exportation et une augmentation des prix à l’importation.

Tout cela s’accompagnera d’une montée du racisme anti-asiatique et d’un nouveau mouvement d’enthousiasme qui s’engouffrera dans l’impasse idéologique de la nostalgie de l’empire.

Même les représentants relativement lucides de la classe dirigeante comme Jeffrey Sachs reconnaissent le danger que cette vague de sinophobie ne “dégénère en une polémique et un danger plus grands”, entraînant une guerre froide entre les États-Unis et la Chine qui constituerait “une menace mondiale plus grave que le coronavirus”.

Ce que le peuple britannique doit faire, dans l’intérêt de la paix et du progrès, c’est pousser à l’établissement de relations respectueuses, amicales et mutuellement bénéfiques avec la Chine.

S’opposer à la nouvelle guerre froide doit devenir une priorité essentielle pour les mouvements travaillistes et pour la paix.

Des militants en Grande-Bretagne et aux États-Unis organisent une réunion internationale en ligne contre la nouvelle guerre froide, qui aura lieu le samedi 25 juillet à 14 heures (BST).

Parmi les orateurs figureront Medea Benjamin, Vijay Prashad, Qiao Collective, Wang Wen, Jenny Clegg et Kate Hudson. Plus d’informations sur www.nocoldwar.org.

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