Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Les initiateurs de l’effondrement de l’URSS se sont réveillés bien tard, par Nikita Kovalenko

Cet article témoigne de la colère que conservent les Russes et d’autres citoyens des ex- républiques soviétiques au souvenir ce qui s’est passé en Biélorussie, le 8 décembre 19991. La trois dirigeants du Parti communiste décidaient de créer la Communauté des Etats indépendants (CEI). Les Russes les appellent les trois ivrognes parce que tout c’est passé dans une séance de beuverie à Bielovezskaïa Poucha, dans une résidence étatique célèbre pour ses parties de chasse. Les présidents russe, ukrainien et biélorusse (respectivement Boris Eltsine, Leonid Kravtchouk et Stanislas Chouchkevitch),, en violation y compris du récent referendum sur la question, ont décidé de déclarer la fin de L’URSS . IL s’agissait d’un coup d’Etat qui lui a substitué une structure volatile d’Etats totalement indépendants avec le soutien et la pression, aujourd’hui reconnus, des Etats-Unis. D’ailleurs leur premier coup de téléphone a été pour le président Bush, ils lui ont dit “c’est fait!” Le second a été pour le président du Kazakhstan, Noursoultan Nazarbaïev qui se trouvait à Moscou avec Gorbatchev. On a voulu croire que ce dernier ignorait ce qui se passait, mais Eltsine a contesté cette version. «C’était les services secrets qui assuraient la sécurité des lieux. Ils rapportaient immédiatement à Gorbatchev tout ce qui s’y déroulait», souligne Sergueï Chakhraï, qui était le conseiller juridique de Boris Eltsine et qui explique, par la présence du même KGB, le fait que personne ne craignait une intervention de l’armée: «En plus on savait que, formellement, l’armée Rouge n’existait plus.» Les trois ivrognes ont pu agir parce que Gorbatchev en avait créé les conditions. C’est pourquoi il est sans doute celui que la quasi totalité des Russes haïssent le plus. Cet article n’est pas écrit par un communiste mais il reflète exactement ce que vous entendez en Russie, en Biélorussie et dans l’est au moins de l’Ukraine; La véritable question n’est donc ni le caractère illégal d’une telle décision, ni le désaveu massif de celle-ci par les peuples concernés et qui ne va que s’amplifiant mais par quel dégenerescence certains partis communistes ont-ils mis à leur tête des gens de cette espèce? (note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop).

27 avril 2020

https://vz.ru/opinions/2020/4/27/1036432.html

Il est curieux d’observer aujourd’hui  les protagonistes principaux du processus de l’effondrement de l’URSS. Il fut un temps où ils étaient très fiers d’eux, mais progressivement leurs exploits ont commencé à sembler de plus en plus douteux même à eux-mêmes. Et à l’occasion du 35e anniversaire du début de la perestroïka – une date qu’ils devraient vénérer – Mikhaïl Gorbatchev, Stanislav Chouchkevitch et Leonid Kravtchouk ont ​​encore une fois réussi à se chamailler par médias interposés.

Tout d’abord, dans une tentative de persuader, apparemment, plus lui-même que son auditoire de ce que la perestroïka était une entreprise merveilleuse, Gorbatchev a déclaré que ce n’était pas lui ni sa politique qui étaient à blâmer pour l’effondrement de son pays, mais le Comité national d’urgence et «ceux qui ont profité de la situation après le coup d’État. ». Les principaux signataires des accords de Biélovej ne pouvaient ignorer une telle attaque explicite contre eux. Mais, curieusement, leurs commentaires ne portaient en rien sur la façon dont ils ont finalement réussi à obtenir l’indépendance de leurs républiques.

“Il ment simplement d’une manière éhontée … Il est clair que n’importe qui peut être blâmé. Il a fait beaucoup de choses positives, mais était devenu un frein. Sa soif de pouvoir, qu’il cachait, surpassait tout autre désir … Je lui conseillerais de se repentir … et de dire: nous avons tous fait des erreurs et ne savions pas où nous allions. Nous sommes tous impliqués dans la construction de ce capitalisme «sauvage». Nous voulions le capitalisme, pensant que c’était mieux, mais il s’est avéré être «sauvage». Nous n’avions pas suffisamment réfléchi », a déclaré le premier chef de l’État souverain du Belarus, Stanislav Chouchkevitch.

Autrement dit, il résulte de ses paroles que Gorbatchev était un “frein” à la perestroïka et un usurpateur de pouvoir, tandis que Chouchkevitch et Cie ne voulaient pas détruire le pays, mais ont commis des erreurs qui ont abouti à la construction d’un “capitalisme sauvage”, qui n’est pas du tout meilleur que le système soviétique.

En outre, l’ancien dirigeant biélorusse regrette même que l’URSS n’ait rien obtenu suite à la réunification de l’Allemagne, ce qui ne cadre pas vraiment avec les accords que lui et ses associés ont signés dans la forêt de Biélovej il y a près de 29 ans.

Cependant, le premier président de l’Ukraine souveraine Leonid Kravtchouk est allé encore plus loin, tout en partageant l’opinion de Chouchkevitch sur le “frein” à la perestroïka en la personne d’un Gorbatchev assoiffé de pouvoir. «Gorbatchev, en lançant la perestroïka, ne comprenait pas ce qu’il voulait et ne pensait pas aux intérêts de l’URSS. Il voulait être élevé au rang de grand démocrate aux yeux de l’Occident. Mais si Gorbatchev avait établi un système de compréhension de la perestroïka, de ses forces motrices dans le pays, s’il avait mis en avant les bonnes personnes, tout aurait été différent », a déclaré Kravtchouk. Chez lui aussi transparaît un regret du passé et du pays détruit. Dans le même temps, les deux anciens dirigeants, le biélorusse et l’ukrainien, tentent de se justifier pour leurs actions. Mais il fut une époque où leur discours était complètement différent. “Je n’avais aucun doute sur le fait de dénoncer ou non le traité sur l’Union “, avait déclaré autrefois Kravtchouk, soulignant que tout avait été fait correctement. Et plus tard, il avait ajouté : “L’Ukraine peut être fière de ce qu’elle est, de ce qu’elle a été, et du rôle qu’elle a joué en 1991 pour détruire l’Union soviétique – le dernier empire, le plus terrible”.

“Je suis heureux de ce qui s’est passé, et je suis heureux que les gens vivent mieux maintenant que beaucoup ne vivaient en Union soviétique”, lui a fait écho Chouchkevitch. «Nous avons fait la bonne chose au bon endroit. Nous avons pris la bonne décision, car l’effondrement, le divorce a eu lieu sans verser une goutte de sang … L’essentiel est que nous soyons devenus légalement indépendants et que nous puissions au moins faire valoir nos droits. Avant, nous étions étroitement dépendants et le rêve des patriotes biélorusses est devenu réalité, nous sommes indépendants de jure », a-t-il souligné.

Cependant, récemment, leurs déclarations sont devenues de moins en moins tonitruantes et ont commencé à prendre un ton d’excuse. Et maintenant, les voilà qui «retournent leur chemise» et disent à qui veut bien l’entendre que l’effondrement de l’URSS n’est pas du tout de leur faute, tout est la faute de Gorbatchev, des circonstances, etc. Comme des araignées dans un bocal, ils se dévorent entre eux.

Pourquoi une tel revirement? Cela est peut-être dû en partie au fait que ni Kravtchouk ni Chouchkevitch n’ont eu de carrière politique. Tous deux ont quitté leurs postes de direction en 1994, après quoi l’un a réussi à être député à la Verkhovna Rada, et le second n’a mené que des activités d’opposition non parlementaires et a donné des conférences dans les universités.

Nous ne devons pas exclure la réalité de la situation dans les républiques nouvellement indépendantes. La situation déplorable en Ukraine, qui est en état de guerre civile et de dégradation économique depuis six ans, ne peut qu’être évidente même pour un apôtre de l’indépendance ukrainienne comme Kravtchouk.

La situation avec la Biélorussie est légèrement différente – elle peut être considérée comme le plus prospère des pays de la CEI, avec la Russie et le Kazakhstan. En grande partie grâce au fait qu’Alexandre Loukachenko y a construit un système qui, avec certaines réserves, peut être décrit comme une URSS en miniature. Cependant, elle connaît également un certain nombre de problèmes et elle n’est pas devenue un Etat prospère au niveau de l’Europe. En fait, Loukachenko lui-même a qualifié l’effondrement de l’Union soviétique de désastre.

Autrement dit, ni Kravtchouk, ni Chouchkevitch n’ont obtenu ce qu’ils espéraient lorsqu’ils ont signé l’accord de Biélovej. L’opinion populaire des États post-soviétiques concernant l’effondrement de l’URSS peut difficilement être qualifiée d’univoque, mais le nombre de ceux qui regrettent le pays démantelé est assez imposant.

Dans ce contexte, les anciens dirigeants des républiques indépendantes ne veulent surtout pas entrer dans l’histoire comme des salauds finis. Ils cherchent donc à se justifier et à se dédouaner sur quelqu’un d’autre. Sans même s’occuper des politiques de leurs pays –en effet, les récentes déclarations de Kravtchouk pourraient lui valoir l’inscription sur le site ukrainien “Mirotvorets”. (1)

Il convient de noter que le chef de la troisième délégation venue à Biélovej en 1991, le premier président de la Fédération de Russie, Boris Eltsine, s’est également excusé pour ses actions, bien qu’il ait qualifié l’effondrement de l’URSS d’inévitable jusqu’à la fin de sa vie. Une fois, (selon les témoignages des autres négociateurs à Viskuly) il a déclaré : “Gorbatchev doit être écarté. Ça suffit! Il a fait assez de dégâts! “. Cependant, dès 1995, pour des raisons évidentes, il a déclaré : «La perte d’une partie de la population sur un territoire détaché est le même préjudice pour l’État que la perte, par exemple, d’un bras pour une personne. Pour cette même raison, les actions visant à arracher une partie du territoire de l’État devraient être considérées comme un crime contre l’État dans son ensemble. »

Et dans son discours d’adieu dans la nuit du 1er janvier 2000, Eltsine s’est carrément excusé auprès des citoyens : «Je veux vous demander pardon. Pour le fait que beaucoup de nos rêves ne se sont pas réalisés. Et ce qui nous semblait simple a été douloureusement difficile. Je m’excuse de ne pas avoir répondu à certains des espoirs de ces gens qui croyaient que nous pouvions sauter d’un seul coup, d’un bond, d’un passé gris, stagnant et totalitaire à un avenir brillant, riche et civilisé.»

Quant à Mikhaïl Gorbatchev, dont la politique a conduit son pays à l’effondrement, il a trouvé une consolation dans la mesure où il a constamment répété qu’il avait toujours été contre le démantèlement de l’URSS, et que les coupables étaient les autres. Il ne se cherche des justifications que pour la perestroïka qu’il a déclenchée et le fait qu’il n’ait pas pu déployer plus d’efforts en vue de sauver l’Union soviétique. Cependant, ses déclarations convainquent de moins en moins.

(1) un site où les néo-nazis ukrainiens dressent une liste de gens à éliminer.

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Gorbatchev, cet immigré blanc (heu! ex rouge?) qui vit aux Etats-Unis sans profiter des bienfaits qu’il a apporté à son pays dans les années 80? Et pour te faire sourire, voire rire, un article de “20 minute”…
https://www.20minutes.fr/monde/1188849-20130715-20130715-sont-ils-devenus-mikhail-gorbatchev-perestroika-a-lecologie

quel gachis, mais il faut bien quand même penser que l’époque Brejnev avait bien préparé le terrain à l’aance. concussion, corruption,oligarques pourris etc…

Krutchev avait déjà supprimé les commissaires politiques dans l’armée rouge, à la demande de Jukov me semble-t-il. Si quelqu’un peu confirmer.