Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Poutine a utilisé la force de la Fédération pour lutter contre le virus, par Piotr Akopov

5 avril 2020. Vu de France, le comportement de Poutine parait plus porche de celui des dirigeants communistes comme Xi ou Cuba, le Vietnam que celui des dirigeants capitalistes. Au plan international, comme eux il aide indistinctement tous les pays les plus durement frappés. Une vision qui correspond à ce qu’est une pandémie et son attitude est celle d’un pompier humaniste. Au plan intérieur, alors qu’il a garanti les salaires officiellement, les critiques fusent sur la mise en œuvre. Une disposition en particulier provoque une levée de boucliers, celle de l’autonomie accordée aux gouverneurs (élus mais révocables par le président) dans la gestion de l’épidémie. Cette inquiétude renvoie au dépeçage de l’URSS, la décentralisation de Gorbatchev a totalement désorganisé l’URSS et l’a livré aux potentats locaux qui non contents de se constituer d’immenses fortunes personnelles ont partagé le pillage avec les multinationales étrangères (l’Azerbaïdjian a été littéralement donné à BP), la population a été dépouillée de ses droits à la santé, à l’éducation et autres. On a du mal à imaginer jusqu’où sont allés ces gens-là y compris dans le grotesque: en Géorgie, Chevarnadze, le ministre des affaires étrangères de Gorbatchev a voulu renouveler l’acte symbolique par lequel Saint Vladimir avait converti les Russes au christianisme orthodoxe par un baptême collectif dans le fleuve, il a fait plonger les Géorgiens dans un fleuve et les a fait baptiser pour renoncer au communisme athée. D’où aussi pour une part la popularité de Staline qui représente la centralité incorruptible par rapport à Lénine créateur des Républiques de l’URSS. L’auteur de l’article Akopov n’est pas un communiste mais il représente bien des Russes tentant de faire le lien avec la stabilité de l’URSS et Poutine qui représente une garantie de stabilité. A ce titre, il se prend en général des volées de bois vert des lecteurs, très peu l’accusent d’être communiste, la plupart l’accusent de ne pas voir qui est au pouvoir réellement. C’est pour cela que Marianne en fin d’article a traduit une intervention caractéristique parmi des dizaines d’autres (note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop pour histoire et société).

Photo: Stanislav Krasilnikov / TASS

https://vz.ru/politics/2020/4/5/1032445.html

La décision de Vladimir Poutine de donner aux gouverneurs des pouvoirs supplémentaires pour déterminer les mesures à prendre contre le coronavirus sur le territoire dont ils ont la charge est déjà interprétée comme un coup porté à l’unité du pays. En fait, la puissance de la Fédération est de combiner l’unité et la verticale du pouvoir, en tenant compte des spécificités régionales. Et dans la lutte contre le coronavirus, c’est précisément le niveau régional qui joue un rôle clé.

Au cours du mois chômé annoncé par le président Poutine, les gouverneurs recevront de nouveaux pouvoirs et détermineront quel type de régime de lutte contre le coronavirus devrait être introduit sur le territoire de la région ou sur une partie de son territoire. L’introduction d’un régime d’auto-isolement et la fermeture ou l’ouverture de certaines entreprises dépendront de leur appréciation de la situation. Il est clair qu’ils prendront toutes ces mesures en coordination avec le centre fédéral. Et lors d’une réunion avec des membres du Conseil de sécurité vendredi, Vladimir Poutine a spécifiquement souligné que les dirigeants régionaux ont une responsabilité particulière, et les responsables fédéraux devraient leur fournir toute l’assistance nécessaire:

«Vous savez que conformément à mon décret, on leur a donné des pouvoirs supplémentaires. À cet égard, je vous demande – et transmettez ceci, s’il vous plaît, à tous vos employés, y compris dans les régions de la Fédération de Russie, sur le terrain – les gouverneurs doivent recevoir tout le soutien possible. Entre vos mains se trouvent d’énormes ressources administratives et d’information, et toutes doivent être employées pour soutenir les dirigeants des régions de la Fédération de Russie. »

Les chefs de régions appartiennent déjà à la verticale du pouvoir d’État. Étant des dirigeants élus par le peuple, ils peuvent être révoqués par le président. Mais l’essentiel est qu’ils sont de hauts fonctionnaires sur leurs territoires. Les nouveaux pouvoirs dont on les a investis ont déjà déclenché toute une série de «prophéties» de la part de gens qui, en tout, recherchent un motif de confusion et de déstabilisation du gouvernement russe.

«Pourquoi n’y a-t-il pas de régime unique de lutte contre le coronavirus dans tout le pays? Le Kremlin craint la responsabilité des mesures sévères et de la future crise économique – et s’en décharge sur les gouverneurs! Et ils ne sont pas habitués à décider quoi que ce soit par eux-mêmes –ils ne savent que serrer les vis. Et maintenant – les régions commencent à être isolées les unes des autres, cela frappera encore plus l’économie – et tout se terminera par des émeutes de la faim et des répressions de masse! »

Un tel raisonnement n’est pas rare dans les cercles d’opposition de la métropole  – prédire des déboires à la Fédération à cause des événements actuels. Cependant, la décision du Kremlin d’accorder aux gouverneurs le droit de décider eux-mêmes de ce qu’il faut faire dans leur région est non seulement absolument correcte, mais aussi la seule bonne et n’a rien à voir avec l’affaiblissement du centre fédéral.

La Russie est si vaste et diversifiée que la situation de propagation du coronavirus en son sein est également très différente d’une région à l’autre. Et la même décision pour tout le monde, et peu importe qu’elle soit laxiste (permettre à tout le monde de travailler et refuser l’auto-isolement) ou sévère (mettre tout le monde en quarantaine et fermer tout) serait dangereux et stupide. Vendredi, le président en a parlé:

«Il est clair que restreindre les activités économiques, fermer les entreprises, les institutions, de façon uniforme, mettre tout le monde au même régime dans tout le pays est impossible. Aujourd’hui, je viens de parler avec plusieurs dirigeants de régions, avec des gouverneurs, pour comprendre la situation sur le terrain.

Par exemple, dans la République de l’Altaï, Dieu merci, aucun cas d’infection à coronavirus n’a été enregistré jusqu’à présent. La question se pose : est-il bien nécessaire de fermer là-bas, par une directive de Moscou,toutes les institutions et les entreprises? … Partout, la situation est différente. L’économie est déjà dans une position difficile. Par conséquent, des directives générales qui saperaient l’activité économique ne doivent pas être données. »

Les décisions seront prises localement et tous les niveaux de gouvernement devront travailler ensemble comme un seul mécanisme. Vladimir Poutine, proposant en janvier, au cours de la réforme constitutionnelle, d’intégrer l’autonomie locale dans la verticale unifiée de l’autorité publique, ne pouvait pas encore savoir quel test nous imposerait la crise, mais maintenant, en fait, tout le pouvoir fonctionnera dans ce mode:

«Aujourd’hui, dans le contexte de la lutte contre l’infection à coronavirus, une part importante du fardeau reposera sur les régions, il est très important pour nous d’assurer l’interaction entre tous les niveaux de gouvernement: municipal, régional et fédéral… Il est nécessaire de fournir une assistance aux autorités fédérales et régionales, aux autorités locales et municipales, principalement pour établir cette interaction. Aujourd’hui, l’interaction entre les différents niveaux de gestion est l’une des tâches clés. “

Les gouverneurs qui ne se sentent pas capables de faire face à la situation – ou qui se préparaient depuis longtemps à leur retraite – seront rapidement remplacés. Jeudi, la veille ou immédiatement après le discours de Poutine, les chefs de trois régions ont démissionné.

    Mais la crise actuelle sera un test pour l’ensemble des gouverneurs – et pour la politique des cadres menée par le Kremlin dans les régions.

Au cours des huit dernières années, la grande majorité des dirigeants régionaux ont changé – maintenant ils ne sont plus des protégés de clans locaux, des représentants de groupes oligarchiques ou des démagogues talentueux. La nouvelle politique des cadres, comprenant la formation des dirigeants régionaux, les mutations horizontales et verticales tout au long de la carrière (y compris : région-centre-région-fédération), la responsabilité accrue vis-à-vis des administrés et la lutte contre la corruption – tout cela a permis de former un corps de gouverneurs professionnels dans l’ensemble du pays.

Il est clair qu’il existera toujours une certaine spécificité régionale des cadres dirigeants, y compris dans certaines républiques nationales. Mais si avant le début des années deux mille dans un certain nombre de régions, l’initiative législative était répandue (beaucoup de lois et de règlements adoptés à l’encontre de la législation fédérale), au milieu de la première décennie de ce siècle, Vladimir Poutine, avec l’aide de plénipotentiaires, avait mis de l’ordre dans la législation régionale. Or, en Russie, il n’y a ni fondement politique ni juridique pour le séparatisme, sans parler du fait que l’économie est construite et organisée et fonctionne selon des principes beaucoup plus sains.

Dans cette urgence (situation d’urgence de facto, et non statutairement), les autorités régionales peuvent, bien sûr, commettre des erreurs et elles en commettent déjà – interdire ce qui ne devrait pas être interdit, restreindre là où cela n’est pas nécessaire, infliger des amendes qui violent les droits les citoyens. Certains seront excessivement sourcilleux–d’autres, au contraire, resteront déraisonnablement insouciants. Mais tant les structures fédérales dans les régions que le gouvernement russe et les autorités de contrôle veilleront sur les actes des autorités régionales – et annuleront ou corrigeront les décisions erronées.

Il est très important de le faire rapidement, mais il n’y a pas lieu d’y voir une intention malveillante ou, surtout, du séparatisme dans ces erreurs, ni de craindre d’affaiblir l’unité du pays en raison du renforcement des pouvoirs des gouverneurs. La Fédération est forte dans sa diversité et sa capacité à déléguer des pouvoirs sur place, combinée avec un contrôle fédéral fort et la double responsabilité des autorités régionales: envers leurs électeurs et le président. La force de la fédération est d’être capable de donner une réponse rapide à une situation changeante et encore plus à une urgence.

Toute crise n’est pas seulement un test de résistance pour toutes les structures de pouvoir en tant que telles, mais donne également une énorme expérience acquise dans des conditions extrêmes. La crise actuelle montrera à la fois les atouts de notre modèle de gestion de la fédération et ses points faibles. L’un d’eux, comme nous l’avons déjà noté, était le hiatus entre le gouvernement local et le pouvoir de l’État sous la forme de pouvoirs fédéraux et régionaux. Ce hiatus avait été prévu dans la Constitution de 1993, mais Vladimir Poutine l’a progressivement comblé ces dernières années. Les amendements à la Constitution qu’il a proposés en janvier ont considérablement réduit cet écart au niveau législatif – maintenant tout le monde comprend à quel point c’était opportun.

Sur la base des résultats de la crise, sans aucun doute, diverses lois seront également modifiées en ce qui concerne les relations entre les différents niveaux de gouvernement – quel que soit leur nom, elles devront fonctionner comme un mécanisme unique en cas de crise ou en situation normale.

Un commentaire :

« Au cours des huit dernières années, la grande majorité des dirigeants régionaux ont changé – maintenant ils ne sont plus des protégés de clans locaux, des représentants de groupes oligarchiques ou des démagogues talentueux. » 

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Maintenant, ce sont les dirigeants d’un seul clan oligarchique qui essaie de s’inviter à la table du conglomérat des clans oligarchiques mondiaux. Et qu’obtenons-nous ? La bande oligarchique victorieuse en Russie a tout simplement plus de facilités pour voler les travailleurs. Ils disposent d’outils plus puissants de gestion des masses de travailleurs – les médias sous contrôle, la police, l’armée, la médecine, l’accès aux ressources. Il est devenu plus facile de procéder à des « assignations à résidence massives » sous des prétextes “plausibles”.

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Ceux qui ont voté contre le KPRF, pour Poutine et Russie Unie, sont soit des crétins, soit des ordures.

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