Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Le clown Boris Johnson patauge alors que la crise s’aggrave

OUI il y avait selon certains experts deux stratégies possibles : celle de la Chine ou les élucubrations de certains “scientifiques” bien en cour du laisser-faire jusqu’à ce que mort s’en suive. Le leader incontesté de cette dernière a été le pitre qui gouverne la Grande-Bretagne, mais il y a eu dans toute l’UE, en France, en Allemagne, des dirigeants qui ont fait comme lui, puis ont tenté d’opérer un rétropédalage sans conviction et nous sommes tous leurs victimes (note et traduction de Danielle Bleitrach).

John Crace

Désespérément superficiel, le Premier Ministre est incarné par Levitas (un étourdi) alors qu’il s’adresse aux Communes à moitié vides
 @JohnJCrace

PMQ au temps des coronavirus.
 PMQ au temps des coronavirus. Photographie: Chambre des communes / PA

Le mercredi midi, ce sont les célèbres “Questions au Premier Ministre (PMQ)”. Sur leurs bancs les travaillistes avait déjà cessé depuis longtemps d’acclamer leur chef quand il s’agissait des questions adressées au premier ministre, mais maintenant les conservateurs ont également choisi de faire silence. C’est la politique au temps du coronavirus. Pas de braillement. Pas de grands gestes. Au contraire on entend le silence des députés qui pour une fois dans leur vie essayent de se traiter avec respect et de donner l’exemple.

Non pas qu’il y ait beaucoup de députés. Pour ce qui est normalement une salle pleine, il y avait à peine 100 députés dans la chambre, qui essayaient tous de maintenir une distance de sécurité les uns par rapport aux autres. Et sur les visages conservateurs, il y avait des signes croissants d’inquiétude. Leur choix de Boris Johnson comme chef ne semblait finalement pas être une si bonne idée après tout. Boris est un bon gars quand il s’agit de faire la fête. Le genre d’homme qui peut animer avec enthousiasme les Jeux olympiques et sur lequel on peut compter pour annoncer toutes les conneries optimistes concernant le Brexit.

Mais Boris est tout simplement incapable de faire les choses sérieusement. Il est la légèreté incarnée. Un homme d’une insoutenable légèreté d’être. En période de crise nationale, le pays veut un homme qui soit prêt à se mettre au travail, capable de lire des documents de plus de deux pages de long.

De plus, au fond, Boris sait qu’il patauge. Qu’il est désespérément en train de perdre pied. Jusqu’à présent, il a toujours réussi à s’en sortir en trouvant les bonnes formules. Un champion du baratin. Un slogan pour chaque occasion. Maintenant, cependant, ces mêmes mots lui restent en travers de la gorge. Il n’y croit pas lui-même, et encore moins les autres membres du cabinet. Rishi Sunak et Michael Gove pouvaient à peine le regarder, Liz Truss était perdue dans son propre monde, comme elle l’est souvent.

Le clown de pantomime avec les cheveux de clown s’est transformé en un méchant clown que même les enfants, peuvent identifier comme intrinsèquement indigne de confiance. Et cela fait des ravages. Au cours des dernières semaines – depuis qu’il a commencé à prendre la pandémie au sérieux – il a vieilli de quelques années. Ses yeux sont rouges et gonflés, son teint pâle et les poches se creusent en profonds sillons. La nuit, il pleure, surtout pour lui-même, en se lamentant : pourquoi a-t-il eu la malchance de se retrouver dans cette galère?

Cela pourrait bien être les derniers PMQ de Jeremy Corbyn, si des rumeurs selon lesquelles le Parlement pourrait fermer ses portes à la fin de la semaine sont vraies ou si l’auto-isolement des plus de 70 ans est introduit ce week-end. Si c’est le cas, alors au moins il pourra dire qu’il est sorti sur une note positive, car il a posé ses questions avec le bon ton et la bonne manière. Tout en promettant de travailler avec le gouvernement pour faire tout ce qui était nécessaire, il a pointé du doigt les échecs abjects dans la réaction du gouvernement. Pourquoi les indemnités de maladie ne pourraient-elles pas être relevées au niveau de l’UE? Les familles étaient-elles vraiment censées s’en sortir avec 90 £ par semaine? Qu’en est-il de ceux qui ont des contrats zéro heure? Et ceux qui ne pouvaient plus payer leur loyer? Et pourquoi n’a-t-on pas fait davantage pour tester les travailleurs du NHS [Service national de santé] – ainsi que le reste de la population – et fournir les indispensables vêtements de protection et des ventilateurs?

Fait inhabituel, les bancs conservateurs étaient tout aussi désireux – sinon plus – d’entendre les réponses. Parce que jusqu’à présent, la plupart des annonces publiques de Johnson ont été quelque peu vagues, et leurs électeurs sont tout aussi préoccupés que ceux du Labour. Essayer de convaincre le pays que la science britannique a des kilomètres d’avance sur le reste de la science mondiale n’a pas été un succès spectaculaire, et on a souvent l’impression que le reste du pays a une longueur d’avance sur le gouvernement dans ses préparatifs contre le coronavirus. S’en tenir à suggérer que les gens pourraient peut-être ne pas aller trop souvent dans les pubs n’est pas un conseil révolutionnaire. Même si cela aide à renflouer le secteur des assurances. Il est important d’avoir les bonnes priorités.

Ici, Boris a cru se trouver sur un terrain plus solide. Le gouvernement avait fait un travail génial en utilisant l’économie du nudge, ou coude de pouce [nudge, ou coup de pouce en français, est une technique pour inciter des personnes ou une population ciblée à changer leur comportement ou à faire certains choix sans y être contraints et qui n’implique aucune sanction. Wikipédia] de super prévisionnistes tels que Dominic Cummings et Steve Hilton, qui ont jusqu’à présent réussi à se tromper à peu près sur toutes les prévisions. Le mieux, c’était que ces génies avaient réussi à renverser la théorie du coup de pouce pour la faire à l’envers. Vive les cinglés et les inadaptés [Cummings avait déclaré vouloir des cinglés et des inadaptés comme conseillers.]. Le modèle que le gouvernement utilisait était de ne rien faire et d’attendre que tout le monde invente ses propres mesures sous le coup de la panique. Ensuite, une fois que le public aura fait le travail du gouvernement, celui-ci serait alors amené naturellement à le présenter comme politique officielle. Idéal pour un Boris, qui ne pouvait pas assumer la responsabilité de la prise de décision.

Chaque question portait sur le coronavirus et plus la session progressait, plus les Tories commençaient à s’auto-isoler davantage de Boris. Ses réponses sur les vêtements de protection, les ventilateurs et l’augmentation du nombre de tests frisaient le délire. Comment un homme a-t-il pu faire si peu alors que le personnel du NHS le supplie d’en faire plus depuis des semaines? Le Premier ministre n’a même pas pu se résoudre à envisager une éventuelle prolongation de la transition du Brexit. Imaginez. Lorsque le pays pourrait être économiquement à genoux, nous avons un premier ministre heureux de le mettre en faillite complètement, juste pour garder les Brexiters de droite de son côté.

Il n’y a pas eu non plus de réponses sur les fermetures d’écoles, malgré plusieurs questions à ce sujet. Il semble que le plan soit d’attendre le coup de pouce pour le faire plus tard après que l’Écosse et le Pays de Galles aient pris les devants. Il ne faudra pas longtemps pour que les villes soient verrouillées. Une politique que beaucoup de gens ont déjà prise pour eux-mêmes. Des lions dirigés par des ânes.

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Les histrions, les mounaques, les Levitas ne fond pas le poids mais pèsent dramatiquement sur leurs peuples. Pas seulement Johnson , mais tous nos dirigeants et peut-être aussi un certain nombre de nos chercheurs ont des oeillères et de tels préjugés idéologiques qu’ils n’analysent pas ce qui a fait que la Chine a réduit (on n’ose encore dire vaincu) l’épidémie. Du coup ils refusent d’analyser froidement les APPORTS qu’elle peut nous apporter, les solutions. Bien entendu le succès de ces solutions dépend du système hospitalier mais aussi du système productif tout entier. Cet article en anglais sur un site cubain… Lire la suite »