Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Milei est plus trumpiste que Trump lui-même, la compétition reste ouverte en la matière.

Etre plus trumpiste que Trump lui même est une sorte de compétition dans la flagornerie qui a pas mal de participants même si comme le dit l’article il est difficile de faire mieux que l’argentin. On se moque souvent de la tendance à l’hyperbole des Argentins mais là ils ont donné un maximum dans un style pourtant assez répandu. Même la France jadis réputée pour son goût pour la litote la manière dont on trouve toujours des commentateurs pour ne pas voir le fiasco et feindre de s’extasier sur la « puissance » de l’armada étasunienne alors qu’aucun des objectifs n’est atteint et qu’en revanche le chaos règne dans l’économie mondiale, un gouffre abyssal des milliers de victimes civiles, j’en passe et des meilleures (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete) .

Le président argentin Javier Milei sur une photo d'archives.
Le président argentin Javier Milei sur une photo d’archives. Photo AFP

Valeria Silva Guzmán*

16 avril 2026 00:02

« Être plus catholique que le pape » est une expression ancienne et ironique qui remonte aux débats tumultueux de la Contre-Réforme au XVIe siècle. Elle est apparue dans le contexte des intenses luttes religieuses entre catholiques et protestants pour critiquer péjorativement les fidèles qui manifestaient un enthousiasme excessif, servile et souvent opportuniste envers le pape et les autorités ecclésiastiques romaines. 

Cette expression dépeignait les ultra-catholiques ou les flagorneurs qui, dans leur empressement à démontrer une dévotion supérieure, adoptaient des positions encore plus rigoureuses, intolérantes ou flatteuses que celles du pape lui-même, allant même jusqu’à embarrasser ou gêner la Curie romaine par leur zèle excessif. 

Avec le temps, l’expression a dépassé le cadre strictement religieux et s’est popularisée dans le langage courant pour désigner toute personne qui défend une cause, une figure d’autorité ou une institution avec un fanatisme plus grand que celui dont fait preuve l’autorité ou l’institution en question.

Durant la Restauration française, qui débuta en 1814 après la défaite finale de Napoléon, l’expression « plus royaliste que le roi » gagna en popularité. Apparue dans un climat de fortes tensions politiques, cette formule désignait, sur un ton moqueur, les ultramonarchistes qui affichaient une dévotion excessive et radicale à la couronne, surpassant de loin la position du monarque lui-même. Ces groupes, composés principalement d’aristocrates exilés, de membres du clergé traditionaliste et de fervents défenseurs de l’Ancien Régime, exigeaient un retour complet à l’absolutisme, la restitution intégrale des biens expropriés et une répression sévère de toute forme de libéralisme. 

Leur ferveur débridée dépassait souvent les positions prudentes et conciliantes que les rois eux-mêmes étaient contraints d’adopter pour gouverner une France encore imprégnée d’idées révolutionnaires. Au fil des ans, l’expression s’est répandue au-delà des frontières françaises et a fini par désigner celui qui défend une cause ou une autorité avec un zèle et une intransigeance surpassant ceux de la cause ou de l’autorité même qu’il prétend soutenir.

C’est une expression ridicule. 

En ces temps troublés, où le passé et l’histoire semblent vouloir s’imposer avec force au présent, une figure se distingue : celle d’un président plus trumpiste que Donald Trump lui-même, avec tous les paradoxes que cela implique. Bien que la compétition soit loin d’être terminée, l’Argentin Javier Milei occupe clairement la première place de ce classement particulier de ferveur. Se prétendre plus trumpiste que Trump – même si de nombreux libertariens refusent de l’admettre – est, au fond, un exercice ridicule. Cela revient à adopter une version hyperbolique et caricaturale du trumpisme, poussant ses aspects les plus virulents à des extrêmes qui seraient déplacés même au sein du Parti républicain.

Nous vivons une période exceptionnelle ; la politique internationale atteint un niveau de tension sans précédent depuis plusieurs années. Dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient, l’homme politique argentin d’extrême droite Javier Milei a déclaré il y a quelques jours, lors d’un entretien avec un média espagnol, que Donald Trump était « le meilleur président de l’histoire des États-Unis ».

Même Benjamin Netanyahu n’est pas aussi fervent partisan de Trump que Javier Milei. Or, le Premier ministre israélien est le principal allié international de l’administration Trump. L’Argentin, quant à lui, franchit toutes les limites sans sourciller pour surenchérir sur quiconque s’exprime favorablement envers le président américain. 

Pour paraphraser Milei, la défense des valeurs occidentales compte deux grands représentants : d’abord, bien sûr, le président Trump, puis Benjamin Netanyahu. L’Argentin, fervent défenseur des libertés individuelles, a d’ailleurs profité de l’entretien pour mentionner que Bibi , comme surnomme son homologue israélien dans ses proches, est l’une des personnes les plus intelligentes qu’il ait jamais rencontrées et « un ami très cher ».

Mais, soucieux de ne pas décevoir, Javier Milei a ajouté que Donald Trump « devrait recevoir le prix Nobel de la paix à plusieurs reprises pour le combat qu’il mène aux côtés d’Israël contre l’État terroriste iranien, ou pour son action au Venezuela ». Nul n’ignore que le président américain convoitait cette distinction. Et, de fait, il l’a obtenue, mais comme un cadeau, après que la politicienne d’extrême droite vénézuélienne María Corina Machado la lui a « offerte » dans l’espoir de s’attirer les faveurs du président qui n’avait soutenu aucune de ses propositions anti-chavistes pour le Venezuela. Sur ce point également, Milei se doit de faire preuve d’un trumpisme sans bornes. 

Alors que le bilan des bombardements se chiffre en centaines de morts et que les prix du pétrole augmentent quotidiennement en raison du climat de guerre, Javier Milei ne mâche pas ses mots : « Je l’admire énormément ; il a permis de mettre fin à huit conflits armés, avec tout ce que cela implique en termes de vies humaines sauvées. » C’est le triste rôle que s’est choisi le président argentin : être plus trumpien que Trump lui-même.

*Analyste international 

@ValeQinaya

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