La transition vers l’énergie propre n’est plus une aspiration, c’est un marché mondial fonctionnel et en pleine croissance, avec la Chine en son cœur. Tandis qu’en France, en Europe et à tous les niveaux de gouvernance, nous sommes enfoncés dans un jeu perdant-perdant (à ce titre je recommande la campagne municipale de la gauche déjà pourtant en état de marginalisation et son art de ne paraître intéressée que par un nombrilisme des petits chefs. Ce qui donnent des leçons de démocratie à la planète devraient s’interroger sur ce qu’est un gouvernement par et pour le peuple dans un monde confronté à des défis existentiels. Par parenthèse rien de plu polluant que la guerre. (note et traduction de danielle Bleitrach)
par Nigel Green11 novembre 2025

Alors que la COP30 s’ouvre à Belém, au Brésil, le débat sur le climat se concentre sur les promesses et les objectifs. Le véritable changement, cependant, est déjà visible sur les marchés mondiaux.
La Chine est désormais au cœur de la transition vers l’énergie propre, et cette réalité façonne les stratégies de tarification, de commerce et d’investissement dans le monde entier.
La Chine a fait de l’ambition climatique une stratégie industrielle. Il est à la tête de presque tous les segments de l’économie de l’énergie propre, du solaire et de l’éolien aux batteries, aux véhicules électriques et à la technologie des réseaux. Ses décisions influencent désormais les structures de coûts mondiales, les chaînes d’approvisionnement et les attentes du marché.
À la fin de 2024, la Chine avait déjà dépassé son objectif de 2030 en matière de capacité éolienne et solaire installée, atteignant environ 1 400 gigawatts, selon l’Administration nationale de l’énergie. Cette année, la capacité renouvelable a dépassé pour la première fois l’énergie fossile.
L’Agence internationale de l’énergie prévoit que la Chine représentera près de 60 % de toutes les nouvelles capacités mondiales d’énergie renouvelable installées d’ici 2030.
Cette expansion a changé l’économie de l’énergie. L’échelle industrielle a fait baisser le coût des modules solaires, des éoliennes et des batteries à des niveaux qui rendent l’énergie propre compétitive sans subventions dans la plupart des régions.
La Chine contrôle désormais plus de 80 % de la chaîne d’approvisionnement mondiale de la fabrication de panneaux solaires et domine la production de véhicules électriques et de batteries de stockage. Ces évolutions sont en train de remodeler la base de coûts mondiale.
Tous les portefeuilles d’investisseurs exposés à l’énergie, aux infrastructures ou aux matières premières réagissent désormais à la façon dont la Chine évalue et déploie les technologies propres. Qu’il s’agisse des marges des entreprises ou des balances commerciales, la déflation créée par les capacités de production chinoises influence les valorisations et les prévisions sur tous les continents.
Les marchés boursiers s’adaptent à la nouvelle réalité énergétique. En Chine, la surcapacité de fabrication solaire a entraîné une concurrence féroce sur les prix. Les six plus grands producteurs solaires chinois ont signalé des pertes combinées d’environ 2,6 milliards de dollars au premier semestre 2025. Les plus faibles disparaîtront probablement, laissant les entreprises plus fortes et mieux capitalisées avec une plus grande portée mondiale.
En dehors de la Chine, l’effet d’entraînement soutient les fournisseurs de cuivre, de lithium, de nickel et de terres rares, ainsi que les opérateurs de réseaux et les entreprises de logistique desservant les nouvelles infrastructures énergétiques.
Les marchés du crédit évoluent en parallèle. Les obligations vertes et de transition liées aux exportations chinoises se multiplient. Les émetteurs des marchés émergents financent des projets d’énergies renouvelables construits avec la technologie chinoise, créant ainsi une nouvelle couche de dette investissable et renforçant les bilans liés à la transition énergétique. Les capitaux affluent vers les infrastructures qui sous-tendent l’électrification, le stockage et le transport.
Les fonds de capital-investissement et d’infrastructure se positionnent en conséquence. Les projets énergétiques de la Ceinture et de la Route qui reposaient autrefois sur le charbon se concentrent désormais sur le solaire et l’éolien. Les développeurs régionaux sécurisent les composants chinois pour atteindre les objectifs nationaux de décarbonisation. L’énergie propre passe du statut de coût à celui de moteur de croissance dans plusieurs régions.
Pourtant, il y a des limites. Le réseau chinois a toujours du mal à absorber l’expansion rapide de la production d’énergie renouvelable, certaines provinces sont confrontées à des restrictions et les contraintes d’endettement local ralentissent les nouvelles approbations. Le charbon reste un stabilisateur important des sources d’énergie. Pourtant, le pourcentage de production d’énergie propre continue d’augmenter, et l’orientation politique reste cohérente et ciblée.
Les implications en matière d’investissement sont de plus en plus claires. La domination de la Chine a fait de l’énergie propre la source la plus puissante de déflation des coûts des actifs réels au monde. Elle entraîne de nouveaux cycles de demande industrielle, d’utilisation des produits de base et de dépenses d’infrastructure.
L’exposition à cette transformation peut prendre de nombreuses formes, notamment les énergies renouvelables cotées en bourse, les métaux essentiels à l’électrification, les services publics intégrant le stockage avancé et les structures de financement qui relient ces secteurs.
De nombreux gouvernements voient l’essor de la Chine principalement à travers un prisme politique. Les marchés, cependant, l’envisagent à travers une structure structurelle.
Des écosystèmes industriels de cette ampleur ne peuvent pas être dupliqués rapidement. Ils représentent des décennies de capital et d’expérience accumulés, et toute tentative de les isoler ou de les remplacer risque d’entraîner des coûts plus élevés et de ralentir les progrès ailleurs.
La sécurité énergétique, la compétitivité et la productivité dépendront de plus en plus de l’accès à l’écosystème d’énergie propre de la Chine. Le fait de traiter l’énergie propre comme une infrastructure nationale a créé des industries, des emplois et un leadership à l’exportation. Les économies qui hésitent à suivre cette approche perdront à la fois de la croissance et de l’influence dans les décennies à venir.
La transition vers une énergie propre n’est plus une aspiration. Il s’agit d’un marché mondial fonctionnel avec la Chine en son cœur. La combinaison de la technologie, du capital et de la discipline industrielle émergeant de Pékin, Shanghai et Shenzhen définit l’orientation des opportunités économiques en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique.
Ignorer ce changement ne protégera pas le capital de ses conséquences. Cela signifierait seulement passer à côté de l’une des principales sources de rendement durable probable dans l’économie mondiale contemporaine.

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Franck Marsal
Il y a une deuxième étape à la révolution technologique chinoise : c’est le développement industriel de la filière nucléaire de nouvelle génération. Avec une cadence de 8 réacteurs par an, la Chine va abaisser les coûts du nucléaire comme elle l’a fait pour toutes les industries qu’elle a développé et va mettre cette énergie au service du monde, un niveau de puissance sans commune mesure avec l’éolien et le solaire.
RV
La Chine occupe aujourd’hui une position centrale dans le déploiement mondial des énergies renouvelables. L’ampleur de ses capacités de production, la structuration de ses chaînes d’approvisionnement et son rôle dans la baisse des coûts constituent des transformations majeures. Toutefois, cette transition, si spectaculaire soit-elle, modifie davantage les techniques énergétiques que le cadre civilisationnel qui a rendu la crise écologique possible.
Les analyses d’Aurélien Barrau éclairent ce décalage. Pour lui, la crise écologique est d’abord civilisationnelle : elle procède d’un modèle fondé sur l’expansion matérielle continue et l’intensification industrielle. Dans cette perspective, substituer massivement des technologies « propres » aux infrastructures fossiles sans interroger les logiques productivistes qui les soutiennent revient à opérer une transformation superficielle. On change les moyens, mais non les finalités.
La trajectoire chinoise en offre l’illustration. Elle accélère effectivement la diffusion du solaire et de l’éolien, mais en s’appuyant sur une extraction accrue de ressources, sur l’extension d’infrastructures lourdes et sur une augmentation globale de la demande énergétique. Loin de remplacer les énergies fossiles, les renouvelables tendent à s’y additionner, produisant un accroissement net de la pression exercée sur les écosystèmes.
Or une véritable réponse écologique suppose une réduction de la demande matérielle, une sobriété organisée et une transformation des modes de vie. Ces éléments sont absents de l’analyse dominante, qui interprète la transition énergétique exclusivement à travers les marchés, les investissements et la compétitivité. Cette lecture réduit l’enjeu écologique à un signal économique, alors que l’effondrement du vivant constitue une limite physique non négociable.
En marginalisant les impacts environnementaux des chaînes d’approvisionnement — pollution, extraction minière, destruction d’habitats — et en passant sous silence les limites planétaires déjà dépassées, la perspective technico-financière produit une forme de **dépolitisation** du désastre écologique. Elle reconduit enfin le problème fondamental : la croyance que l’humanité peut indéfiniment accroître sa production, quelle que soit la nature de l’énergie mobilisée.
Ainsi, la voie chinoise illustre moins une transition écologique qu’une continuité du paradigme industriel global. Sans remise en cause du rapport civilisationnel à la croissance et à la production, l’adoption d’énergies non carbonées ne saurait constituer une réponse suffisante aux défis écologiques contemporains.
Franck Marsal
Bien, voilà l’occasion d’apporter quelques précisions et éléments de réponses à ces arguments qu’on entend souvent, mais qui reçoivent rarement de réponse développée. Le productivisme est un concept qui a été précisément développé pour attaquer les pays socialistes, en premier lieu l’URSS, aujourd’hui la Chine. Les changements sociaux et politiques portés par le socialisme sont, dans cette logique, mis de côté et le capitalisme et le socialisme sont rendus équivalents, ce qui conduit toujours à rester en réalité dnas le cadre du capitalisme, puisque les tenants du concept du productivisme ne proposent en réalité pas de sortir du capitalisme, mais de le conserver en habituant les travailleurs à consommer moins. On peut constater en France les résultats de cette politique qui amène des millions de familles à n’avoir plus les moyens de se chauffer l’hiver, sans remettre en rien en cause ni les profits du capitalisme, ni l’accumulation massive du capital en un nombre de plus en plus réduits de mains, ni les consommations extravagantes de ces gens, avec leurs yachts et leurs jets privés. Or, la différence essentielle entre le capitalisme et le socialisme, c’est qu’alors que le capitalisme produit avant tout des profits et de l’accumulation (c’est à dire produit des biens matériels uniquement dans le but d’enrichir le capitaliste, le socialisme produit pour répondre à des besoins. Si la soif d’accumulation du capital est quasiment sans limite, rien ne prouve que les besoins humains soient également sans limites. Donc, l’idée que le socialisme a pour objectif d’accroître indéfiniment la production n’a aucune base sérieuse. Il est particulièrement étrange d’attribuer un tel objectif à la Chine qui est le seul pays à avoir restreint drastiquement sa natalité (que seraient les objectifs climatiques si cela n’avait pas été le cas ?). A partir du moment où la taille de la population humaine se stabilise, ce que l’on voit dans un nombre croissant de pays comme un résultat du développement (voire baisse, ce qui pose d’autres problèmes), il est difficile d’imaginer que la consommation et la production puissent croître indéfiniment. En revanche, il nous faut répondre à une question clé, qui est en fait une double question : 1) question de l’égalité d’accès au développement 2) question de la compatibilité physique et biologique de ce développement avec l’équilibre entre l’humain et la nature, pour reprendre l’expression de Marx. Il est bien évident que le système de production actuel, basé sur la chimie, les combustibles carbonés, l’individualisation de la consommation (en contradiction avec le caractère très collectif de la production) ne permet de résoudre aucune de ces deux questions. Il ne permet pas l’égalité d’accès au développement, et il n’est pas compatible – même limité à un quart de l’humanité environ – avec l’équilibre entre l’humain et la nature. Il n’y a donc que trois solutions : 1) on réduit drastiquement la population mondiale (on me permettra de ne pas discuter cette possibilité insensée) 2) on accepte l’inégalité actuelle qui réduit à la misère la majorité de l’humanité (idem) 3) on invente un nouveau système productif qualitativement plus performant et capable donc d’atteindre les deux objectifs ci-dessus. Cela suppose d’accroître significativement la quantité d’énergie disponible et non de la diminuer, en tous cas dnas un premier temps, puisqu’il faut une certaine quantité d’énergie accessible à tout être humain, il faut de l’énergie pour réparer les impacts de la pollution et il faut de l’énergie pour construire le nouveau système productif remplaçant celui basé sur le pétrole et le charbon. Peut-être que, comme on le voit pour la population, après une phase de croissance énergétique importante, un palier sera atteint, et une décroissance s’amorcera. Mais ce ne peut être maintenant, avec les 3/4 de l’humanité au bord du chemin et une planète sous haute tension, avec l’utilisation massive actuelle du pétrole et du charbon. La Chine n’est pas au bout du chemin. Elle n’y parviendra d’ailleurs pas seule. C’est un destin commun à construire ensemble pour l’humanité. La Chine a néanmoins donné suffisamment d’éléments pour rendre cette perspective crédible. Il s’agit maintenant d’éviter la guerre, que le capitalisme impose partout au monde pour maintenir sa domination, de généraliser un système social qui met au centre des décisions les besoins humains et non le profit capitaliste. C’est le principal obstacle politique à lever, avant que l’humanité puisse cheminer sereinement vers le progrès technique nécessaire.
Philippe, le belge
Merci Franck pour cette réponse qui, à quelques très petits détails près, me semble parfaite!
Philippe, le belge
J’ajouterais ceci:
Je peux comprendre que certains progressistes de « gauche » doutent de la bonne volonté de la Chine.
Si on ne parvient pas à se dépêtrer de la propagande occidentale continue, on peut voir celle-ci comme un nouvel hégémon capitaliste remplaçant le précédent et nous envoyant dans le même mur! Après tout, les chinois sont humains et ils ont des grands capitalistes, alors qu’est ce qui nous dit que ceux-ci ne prendront pas le pouvoir un jour, voire qu’ils l’ont déjà pris!
Pour les sceptiques gauchistes, nous sommes pourtant devant une sorte de pari de Pascal!
Soit on continue le « business as usual » et on se plante d’office, soit on suit la Chine en espérant que ce que certains communistes (ceux qui animent infailliblement ce blog entre-autres) peuvent leur faire percevoir du potentiel productif, technologique,politique et écologique qu’offre la Chine, soit authentique et gagnant in fine!
« There is no alternative »!
Notre rôle de communiste et de ceux prêts à les suivre, est de sans cesse montrer ce potentiel, de montrer les chemins possibles pour nous d’y participer, voire de l’augmenter, et de pousser toutes les forces progressistes à garder ce potentiel vivant et transformable en réalité, en soutenant et développant le mouvement authentiquement communiste international, le mieux à même de soutenir le PCC dans sa tâche contre le capital national (pour autant qu’il en ait besoin) et international!