Il y a désormais une telle distance entre la politique, telle que les protagonistes du moins en France se la représentent et ce qui se met en place au plan international que la difficulté devient d’avoir un langage commun tant il y a un effet de fragmentation de nos connaissances éparses. Comment non seulement décrire cette situation dans sa complexité tout en trouvant ce qui va favoriser l’intervention des « masses » ou celle des « citoyens », une intervention de plus en plus urgente?
Il me revient à ce propos ce que m’expliquait l’ami cubain très cher que Fidel Castro envoyait en Chine représenter Cuba, il me disait : il y a deux choses que tu dois sans cesse te dire à propos de la Chine, la première insiste sur la complexité à savoir que tout va si vite que quand tu crois avoir compris quelque chose, c’est déjà dépassé. La seconde est au contraire un principe de base, celui qu’aucun dirigeant chinois ne pourra oublier et qui fait de lui un homme d’Etat. C’est comme nous Cubains, si nous oublions ne serait-ce qu’une minute que nous avons à quelques kilomètres le pire des ennemis qui se puisse imaginer, nous sommes foutus. Et bien tu vois si les dirigeants chinois oublient qu’ils ont un milliard quatre cent millions de bouches à nourrir ils sont également foutus, tout change sauf ça.
Ce double principe celui de l’examen de la réalité dans toute sa complexité, son foisonnement, la nécessité de travailler et d’étudier tous les aspects de la réalité sans a priori et celui de définir ce qui produit la transformation, l’intervention consciente est aussi celui que Lénine dit être la logique dialectique par opposition à la logique formelle de Boukharine..Lénine explique que la logique dialectique ne doit pas se contenter de deux propriétés elle doit tenter de saisir toute la complexité d’une situation et quand elle a un panorama de l’ensemble de la situation, elle doit saisir le mouvement et là au contraire c’est l’élément déterminant qui doit être compris et il est lié à l’action consciente. Il ajoute en se moquant « En ce moment, il y a deux chinois qui discutent, l’un dit que la guerre est un art, l’autre que c’est la lutte des classes » Ils ont raison tous les deux mais si je veux l’emporter il faut que je comprenne aujourd’hui quel est le mouvement et comment il détermine la victoire ? (1) Mao parlera dans le même sens de la guerre « prolongée ».
Pour revenir au monde multipolaire et à sa complexité, il y a certes ceux qui continuent à la nier, mais il y a aussi une perception fragmentée de l’alternative à la fin de l’unipolarité. Mais cette perception est encore largement occulté par le spectacle de l’exercice de la puissance de l’hégemon, la manière dont il joue le spectacle de sa dangerosité et son chaos et la prise en otage de tous alliés, ennemis peut importe c’est du rackett. Face à ce théâtre de la puissance, ceux qui n’imaginent pas d’issue concrète ont tendance à limiter leur reflexion a un voeux pieux : les USA ne doivent plus exercer cette puissance en solitaire mais reconnaitre l’importance des alliés et les traiter avec considération. Toute la stratégie de Macron est résumée là ? Et cette alternative est la même que celle qui sur le champ politico-médiatique circonscrit les enjeux dans des alliances de sommet de plus en plus formelles.
Notre position est que le fascisme ne se limite pas à ceux qui prétendent exercer un pouvoir brutal mais à la nature même du système impérialiste et capitaliste.
Il y a en France, l’illusion tenace d’u simple dysfonctionnement et la cécité volontaire sur tous les événements qui mettent en cause la réalité de l’ampleur de l’ébranlement, qu’il s’agisse de la manière dont nos élites sont convaincus que l’Ukraine est démocratique et est en train de gagner la guerre, ou le refus d’analyser ce qui s’est passé à l’ONU ou comment les deux nations les plus liées à l’hegemon étasunien, l’Allemagne et les Philippines ont été écartées parce que présentant un maximum d’insécurité. ce que signifie en revanche l’élection du Kirghizistan. cela va avec les alliances de sommet, les compromis de sommet dans la confusion, l’ignorance entretenue.Les faits occultés et d’autres hypertrophiés. Nous reprenons certains de ces évenements à la lumière de la « logique dialectique », celle qui fait du socialisme un processus à construire avec les matériaux du capitalisme.
Alors il y a le monde multipolaire déjà là et ledéclin irréversible de l’hégemon unipolaire tout doit être repensé différemment. Toutes les propriétés de la situation prennent un autre sens et plus encore si on voit le mouvement dont Ormuz a paru le déclencheur alors qu’il a été simplement le rendez-vous de toutes les contradictions.
il est question de nouvelle guerre froide. S’agit-il réellement de la guerre froide ? l’analogie n’est pas la réalité.
Nous présentons plusieurs textes sur l’évolution du monde multipolaire, en insistant sur le continent eurasiatique, centre de gravité, de l’ébranlement qui a trait au développement des forces productives, les questions de l’énergie, mais aussi de l’intelligence artificielle.
Pris entre la dépendance militaire américaine et une profonde intégration économique avec la Chine, le Japon, la Corée du Sud, les Philippines et Taïwan sont confrontés à des contradictions croissantes alors que la nouvelle guerre froide remodèle l’Asie de l’Est. dans le fond le vote de l’ONU, les recompositions régionales peuvent être analysées à partir de ce mouvement dans lequel s’effondre la pax america et se met en place un autre « ordre » international complètement dynamité par le syndic de faillite US et sa tentative de « régression » vers un ordre néocolonial.
Les aspects de la situation géopolitique peuvent paraître complexes surtout si l’on n’a pas la moindre idée de la géographie et encore moins de l’histoire telle qu’elle concerne l’immense majorité des habitants de la planète. Une ignorance qui faisait partie de notre supposé suprématie civilisatrice mais qui ne peut plus être entretenue dans une situation de mondialisation, d’interdépendance dans laquelle se multiplient les conflits susceptibles d’avoir des effets directs économiques, militaires, environnementaux, sanitaires sur chaque nation, sur les plus fragiles d’entre nous.
Partout, il y a des constantes, nous assistons plus ou moins à la manière dont les USA, les occidentaux exercent un chantage militaire sur leur peuple et sur leurs alliés. Tous de gré ou de forces sont invités àla guerre.
En Asie, dont on s’accorde à dire que depuis au moins une trentaine d’années il y a là le centre de gravité de la nouvelle dynamique mondiale, il y a une contradiction qui s’amplifie : , alors qu’économiquement les dynamiques régionales dépendent de plus en plus du monde multipolaire et de la Chine en particulier, la pression militaire, la mobilisation des forces répressives tentent d’éloigner les peuples de leur intérêt économique, de formes de coopération et il est évident qu’Ormuz est le symbole de cette contradiction.
Cette contradiction est celle de la fin de l’impérialisme occidental et de son ultime combat, l’issue devrait en être un processus de transformation de la concurrence à la coopération, le socialisme qui part de la base productive et s’enfle de tout ce que l’humanité a cumulé d’aspirations inassouvies dans les conquêtes comme dans les défaites de la lutte des classes, de l’émancipation humaine. Des expériences sont des ressources, il y a le cas de Cuba et le fait d’être communiste mais aussi dans une démarche de non alignés qui a une expérience, mais il y a aussi la Russie, voire la Corée du Nord, et l’Iran.
Les Russes représentent à la fois l’expérience de la révolution, celle de la lutte victorieuse contre le nazisme, mais aussi celle de la défaite qui est presque aussi précieuse. Non sans lucidité, les Russes sont venus alerter les Chinois sur le fait que cette contradiction était arrivée à un tel niveau que la guerre et la force militaire des USA et de leurs alliés devenaient le recours évident et donc la fascisation.
Le manque d’empressement c’est une litote face à l’engagement iranien en a assuré le fiasco avec le choix de l’Iran de jouer à la fois sur son territoire, l’unité nationale et l’asymétrie mais le blocage volontaire des dynamiques régionales, celles du Golfe, celle de l’Asie mais aussi de l’UE. Tout cela nous permet de comprendre mieux ce que l’on peut définir comme le fascisme de ce moment historique où la « nouvelle guerre froide » peut aller à chaque moment vers le piège de Thucydide .
Le contexte est cependant diffrérent.
Il s’est avéré que j’ai écrit la préface du livre qu’Henri Alleg Publiait en 1983 au début de l’année 2026 à la même époque où je finissais le Zugzwang. Le livre d’Henri va probablement être publié chez Delga avec ma préface que voici à la rentrée de septembre, mais il me semble que l’élection du Kirghizstan à l’ONU donne un éclairage à ce que je tente depuis des décennies de faire entendre à mes contemporains sur les « ruses de l’histoire » … Celles-ci sont telles que l’on croît parfois identifier le présent au passé et parler maintenant de « guerre froide » pour ce moment où effectivement il semble que les guerres impérialistes n’ont jamais cessé c’est à la fois juste et complètement erroné parce que le rapport des forces n’est plus le même, les « camps » se sont modifiés mais reste le fait qu’un peuple qui a fait la révolution ne l’oublie jamais parce qu’il connait le pouvoir de l’intervention des masses.
A suivre, nous allons continuer …
danielle Bleitrach
(1) Cela se passait au moment du X e congrès. Trotski avait de fait réussi à organiser le Congrès autour de la question de la définition des syndicats malgré la situation dramatique que vivait la jeune Union soviétique. Il s’agissait en fait, et Lénine l’avait très bien compris, d’une entreprise fractionnelle dans laquelle la définition des syndicats et la radicalisation supposée de Trotski était destiné à compter ses partisans, et Lénine lui reprochait son rôle de division sur un leurre. Boukharine, comme à l’ordinaire jouait le groupe tampon, celui qui sous couvert d’unité empêche que l’on sorte de la confusion. La spécialité de Trotski un brillant intellectuel mais aussi un homme d’action, c’est de provoquer ce genre de débat pseudo théorique au paroxysme de la crise que vit la jeune Union soviétique . Boukharine intervient dans les débats du congrès pour expliquer que Lénine a raison et Trotski également et il donne l’exemple du « verre », Lénine dit qu’il a un fond et Trotski dit qu’il a des bords lisses , ils ont raison tous les deux. Lénine excédé intervient et dit : Boukharine nous donne une leçon de logique formelle en montrant que le verre a deux propriétés. Mais moi je vais sous expliquer ce qu’est la logique dialectique.
Il serait d’ailleurs important de revoir tous ces événements fondateurs de l’URSS y compris le traité de Brest litvosk . Négocié par Joffé et Trotski, celui qui est signé le 27 août 1918 constitue à la fois le véritable traité de paix entre l’Allemagne et l’Autriche Hongrie, d’une part, et la Russie aux mains des bolcheviks depuis la révolution d’Octobre de l’autre, Il accorde de fait une grande partie de l’Ukraine et de la Bielorussie et Trotski appuyé par Boukharine n’est pas d’accord, mais Lénine l’appuie parce que pour lui l’essentiel et de donner au régime bolchevik le temps de la consolidation interne, en développant le commerce avec les grandes puissances, avant de lancer la Russie dans de nouvelles initiatives extérieures. Et effectivement l’Armée rouge dénonce de fait le traité le 17 novembre 1918 après la défaite de l’Allemagne et l’armistice du 11 novembre alors que les puissances victorieuses se lancent sous couvert de « guerre civile » à l’assaut de ce qui deviendra l’URSS. Lénine va impulser à la fois un combat et une activité diplomatique qui s’appuyant sur la division des Européens tend à faire reconnaitre l’URSS comme héritière de l’empire tsariste. L’URSS naitra largement de cette stratégie qui connaitra son achévement à la fin de 1922 par la conquête de Vladivostok , l’armée rouge a repris l’Ukraine et la Bielorussie. . Cette saga largement ignorée en France en dehors des spécialistes est le fond aujourd’hui encore de la perception géopolitique russe. Il y a la même totale ignorance de l’espace géopolitique russe et soviétique à propos de l’Asie centrale et de nations limitrophes y compris la Turquie, l’Iran…
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