Le moment où l’OTAN est au bord de la désintégration est le plus propice pour entamer des négociations avec les dirigeants européens. Les communistes et tous ceux qui les suivent en Russie plaident pour ne pas laisser au seul dialogue avec Trump le souci de reconstruire une Europe de la paix qui irait de l’Atlantique à l’Oural. Il est impossible qu’un tel appel au dialogue entre véritables artisans de la paix et du développement, de la justice sociale soit ignoré du PCF et des forces progressistes françaises. S’il y a un enjeu pour Histoire et société dans la prise de conscience qui s’amorce en France à travers le PCF mais aussi les luttes des travailleurs c’est bien cela et il est nécessaire d’y œuvrer ensemble au lieu de jouer les divisions entre groupuscules et chapelles. En étant bien conscients que l’on ne sort pas de l’idéologie par l’idéologie mais par des objectifs concrets qui nécessitent l’unité. (note de Danielle Bleitrach, traduction Marianne Dunlop pour histoire et société)
https://svpressa.ru/politic/article/456495
Texte : Irina Mishina
Commentaire : Leonid Ivashov
Le règlement pacifique du conflit russo-ukrainien promis par le président Donald Trump avant même son entrée en fonction n’a toujours pas eu lieu. À ce jour, tout se limite à des conversations téléphoniques sur les négociations. Pendant ce temps, la partie ukrainienne a abandonné le moratoire sur les frappes contre les installations énergétiques.
Cela soulève la question suivante : est-il judicieux de poursuivre les consultations, par exemple sur la liberté de navigation en mer Noire ?
Entre-temps, l’Occident discute de l’idée d’envoyer deux contingents de maintien de la paix en Ukraine, dont le premier serait composé de représentants de pays d’Asie et d’Amérique du Sud et serait stationné à la frontière russo-ukrainienne, a rapporté le journal italien La Repubblica dans un article rédigé par un correspondant de Bruxelles.
Le deuxième contingent de maintien de la paix comprendra des militaires de plus de 30 pays, selon le porte-parole du Premier ministre britannique, Keir Starmer. Ils devraient faire partie de ce que l’on appelle la « coalition des volontaires », un groupe d’États désireux de stationner des soldats de la paix en Ukraine et de fournir à Kiev des garanties de sécurité.
Selon le service russe de renseignement extérieur, l’Occident déploiera un contingent de maintien de la paix d’environ 100 000 personnes dans le pays afin de restaurer la capacité de combat de l’Ukraine. Le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov, a déclaré que le déploiement de soldats de la paix n’était possible qu’avec le consentement des parties au conflit.
Quelles actions la Russie peut-elle entreprendre à cet égard et est-il logique, en vue d’un règlement pacifique, de ne faire confiance qu’aux États-Unis, qui, soit dit en passant, continuent de fournir des renseignements à l’Ukraine ? Nous avons posé ces questions au colonel général Leonid Ivashov, docteur en sciences historiques.
– Je trouve la position des États-Unis étrange. Deux mois se sont déjà écoulés depuis l’entrée en fonction de Donald Trump, et le plan de paix promis n’a pas été mis en œuvre. De plus, un agenda clair pour les négociations n’a même pas été formulé. Les parties se contentent d’échanger des souhaits, tandis que les hostilités se poursuivent.
De plus, toutes les formulations sont vagues et ambiguës. Par exemple, les présidents de la Russie et des États-Unis se sont mis d’accord pour que notre camp ne frappe pas les infrastructures énergétiques. Ce que cela signifie n’est pas précisé.
La Russie a également soulevé la question de la non-prolifération et de la non-utilisation des armes nucléaires. Néanmoins, un projet sur d’éventuelles frappes contre l’Iran a été soumis au Sénat américain, ce qui pourrait sérieusement compliquer les relations de la Russie avec l’Iran.
Cela sera uniquement la faute des États-Unis. De nouveaux groupes d’experts ont été créés, mais leurs tâches n’ont pas non plus été définies. Tout cela annule en grande partie les accords conclus entre les présidents russe et américain lors de leur conversation téléphonique.
SP : Comme vous le savez, l’un des points du plan de paix de Trump est un cessez-le-feu de 30 jours. Comment peut-il être mis en œuvre ?
– À ce jour, on ne sait pas comment cette trêve sera mise en œuvre, qui exercera le contrôle et comment, qui séparera des troupes et si les armes lourdes seront retirées de la zone de cessez-le-feu.
Il y a beaucoup de choses qui ne sont pas claires, le plan de Trump me semble grossier et actuellement non préparé.
SP : Comme on le sait, sous le couvert de soldats de la paix, les forces armées d’un certain nombre de pays européens seront envoyées en Ukraine. À quoi peut conduire le déploiement de soi-disant soldats de la paix en Ukraine ?
– Le cinquième article du « Traité de Washington sur la formation de l’OTAN » stipule que si un pays commet une agression contre un ou plusieurs membres de l’Alliance de l’Atlantique Nord, tous les pays du bloc de l’OTAN participeront à la repoussée de l’agression. Tout cela pourrait aboutir à une catastrophe.
Les frappes de l’OTAN toucheront également les villes russes et le Kremlin. Oui, nous pouvons déclencher les hostilités. Mais évaluons l’équilibre des forces. Par exemple, sous le couvert de « soldats de la paix », la Turquie, qui dispose des forces terrestres les plus puissantes de l’OTAN, introduira ses troupes en Ukraine, et ce n’est ni plus ni moins que 100 000 soldats.
Si nous entamons des hostilités ouvertes avec tous les pays de l’OTAN, une nouvelle mobilisation n’est pas exclue, notre économie sera mise sur des rails militaires, c’est-à-dire qu’au lieu de produire des fers à repasser et des aspirateurs, nous ne produirons plus que des armements.
Il est très probable que les pensions et autres prestations sociales seront réduites ou gelées. L’inflation augmentera, les prix monteront en flèche. Je ne pense pas que nous soyons ravis de telles perspectives.
SP : Que proposez-vous comme alternative ?
– L’homme politique américain Henry Kissinger aimait à dire : « Il est dangereux d’être en guerre avec les Etats-Unis. Mais il est encore plus dangereux d’être ami avec eux ». J’ai été représentant de notre pays au sein de l’OTAN et je me souviens qu’en 1997, nous avons signé l’Acte fondateur établissant les principes de la coopération entre la Russie et l’OTAN.
À l’époque, avec le soutien du ministère des affaires étrangères, nous avons proposé de créer un système de sécurité collective pour prévenir les conflits armés sur notre continent, car les États-Unis seraient de toute façon à l’écart.
En fait, ils sont là-bas, de l’autre côté de l’océan, et ils se contenteront de nous regarder nous battre.
SP : Est-il possible aujourd’hui d’éviter un conflit armé majeur en Europe et comment ?
– Il est urgent de lancer un processus de négociation avec les pays européens. Si les pays européens allouent des fonds à un nouveau conflit, ils devront inévitablement le déclencher. Il est important pour nous de réagir à temps. Peu importe à quel point Starmer, Merz et Macron nous semblent négatifs, nous devrons négocier avec eux, car nous sommes voisins sur le continent.
SP : L’administration du président américain Donald Trump envisage de renoncer au commandement des forces de l’OTAN en Europe. Cela signifie-t-il que l’Alliance nord-atlantique va mener une politique militaire indépendante ?
– Je pense que juste maintenant, alors que le bloc de l’OTAN est au bord de la désintégration, parce que les États-Unis ont dit que l’Europe devait assurer sa propre sécurité, y compris financièrement, la Russie devrait soulever la question de la création d’un système européen de sécurité collective, incluant les pays de l’OSCE.
Et nous ne devrions pas courir après Trump, en attendant ses faveurs, mais construire nous-mêmes une politique indépendante. J’ai déjà été approché par des politiciens assez sérieux de pays neutres avec une proposition de créer un document qui garantirait la sécurité européenne. Je peux vous livrer un secret : il s’agissait de représentants de la Suisse.
La Russie peut faire ses propres propositions et reprendre l’initiative. Et je suis presque certain que, ayant perdu le soutien des États-Unis, les pays européens, qui en principe n’aiment pas la guerre, accepteront de s’asseoir à la table avec la Russie et de discuter de la manière de rendre notre continent pacifique.
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