Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Constantine : Justice pour la mémoire de Jean Sadek Massebœuf

Le 27 septembre 1957, devant le Tribunal militaire d’Orleanville (aujourd’hui Al-Asnam), qui le condamna à 20 ans de travaux forcés, Jean Sadek Masseboeuf médecin communiste déclarait :

« Je me présente à vous en tant qu’Algérien d’adoption, Français d’origine, qui a passé toute son enfance en France, qui y a toute sa famille, qui est imprégné de son ciel et de sa culture, qui aime la France et qui l’a prouvé.

Avec mes amis, mes camarades, mes frères, de France et d’Algérie, j’ai, dans la mesure de mes moyens et pendant plus de vingt ans, montré une autre image des Français d’Algérie que celle de l’arbitraire et de la violence, une autre image de l’Algérie que celle du mépris racial et des appels à la haine. J’ai la conscience claire d’avoir ainsi contribué à maintenir vivantes toutes les possibilités d’entente entre tous les Algériens d’une part, et d’autre part entre le peuple de France et d’Algérie de demain qui sera, inéluctablement.

J’ai la conviction d’avoir servi l’Algérie et la France, en me montrant fidèle à la terre de mes ancêtres, la France, ma patrie, et à mon pays d’adoption, l’Algérie »

PHOTO : D. R. – Les ouvriers de la commune du Khroub enlevant la plaque de l’ANIE NOURI NESROUCHE 10 JANVIER 2021 À 10 H 54 MIN 1679

L’Anie veut-elle installer ses sièges en dépossédant les autres ? Ce qui s’est passé cette semaine au Khroub devrait interpeller son président, Mohamed Charfi. Le siège où la délégation locale de l’autorité a été installée lui a été accordé en effet par le président de l’APC de cette grande agglomération de Constantine… au détriment du Centre de santé communautaire.

Dans cette affaire qui a tourné au scandale, il y a double injustice : d’abord, en procédant de la sorte, le maire du Khroub a voulu priver sa commune d’un centre unique en Algérie, et très utile contrairement aux apparences, car dédié à la société civile pour se prendre en charge sur les questions de la prévention et de l’éducation sanitaire.

Ensuite, les images de cette «dépossession», qui ont largement circulé sur les réseaux sociaux, ont montré la tentative déguisée de dé-baptiser le centre et enlever le nom du valeureux médecin algérien, le révolutionnaire Jean Sadek Massebœuf.

Excès de zèle

Les démons de la pensée unique, garde prétorienne des frontières de l’exclusion, ont encore surgi des ténèbres de l’administration locale et des centres périphériques de décision pour commettre l’absurde. Le zèle du maire et de son assemblée a dû rencontrer les pensées basses de quelque responsable. Comment expliquer sinon l’empressement de la commune du Khroub (aux couleurs du FLN et du RND) dans cet acte ? Ce n’est sûrement pas par souci de donner à l’indépendance des élections les moyens de s’affirmer !

Fort heureusement, la riposte est venue assez vite pour empêcher ce grave impair. Le rejet qui s’est exprimé d’abord sur la Toile s’est traduit rapidement par des actes et la mairie du Khroub a été amenée à renoncer à sa décision. Samedi, des employés de la commune sont revenus sur les lieux pour enlever le nouveau fronton. La nouvelle plaque au nom de la délégation locale de l’Anie avait caché, en effet, celle portant le nom de Dr Massebœuf.

Ce n’est pas la première tentative de détourner de sa vocation ce centre qui a vingt ans d’âge. Le Pr Abdelhamid Aberkane s’est insurgé, parmi d’autres personnalités, contre l’acte de la mairie. L’ancien ministre de la Santé, qui a été maire du Khroub durant deux mandats, condamne cet acte «inouï», et incompréhensible, d’autant que les locaux ne manquent pas dans cette ville, dit-il.

S’exprimant pour El Watan, le Pr Aberkane a aussi souligné que le choix du nom de Dr Massebœuf avait été validé par la commission des moudjahidine sur proposition du conseil communal en 2015.

D’origine française, Jean Sadek Massebœuf avait fait le choix de l’Algérie et a rejoint les rangs de la lutte anticolonialiste dès 1955. Un choix qui lui vaudra de nombreuses et lourdes condamnations à la prison, d’où il ne sortira qu’à l’indépendance.

Comme de nombreux cadres communistes, il a consacré sa vie à construire une Algérie où règne la justice sociale. «Médecin des pauvres», son apport à la médecine préventive et la médecine du travail est indéniable, comme reconnu par ses pairs à Constantine.

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