Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

A PROPOS DU CRIME CONTRE L’ENSEIGNANT : NE PAS TOUT MELANGER

Face à l’horreur, la stupéfaction que nous éprouvons tous devant ce qui s’est passé, il me semble nécessaire de ne pas en profiter pour faire un paquet cadeau. Dans ce domaine comme dans d’autres, je pense qu’un retour aux fondamentaux du marxisme léninisme, plus un peu de bon sens face aux réalités de la vie aiderait à retrouver le chemin le plus efficace et le plus juste… Ces derniers temps et ce n’est pas le seul domaine, tout le sociétal est la proie d’une hystérisation invivable, je me suis retrouvée totalement en porte à faux avec tous les “idéologues” de la gauche et du parti (1). Alors je vais essayer de vous dire comment je vois les choses. C’est une simple contribution à un débat qu’il faudra bien avoir.

Bon voilà, on est tous horrifiés, stupéfaits.. et maintenant qu’est-ce qu’on fait, quelle leçon politique sur le long terme, pas dans l’événement, on en tire?

Ceux avec qui le dialogue musclé serait productif c’est la famille qui a porté plainte et qui a exposé le prof dans les réseaux sociaux. Là il y a malveillance et mise en danger de la vie d’autrui. En plus ces gens-là ne sont pas des terroristes mais des procéduriers qui passent leur vie à emmerder le service public. Ils sont capables d’entendre raison et l’horreur du geste ne doit pas nous masquer la nécessité d’une réflexion collective entre Français tout à fait capables de raisonner : un dialogue politique.

Ce qui est incroyable c’est la tolérance dont ils jouissent, la complaisance même. Certes la proviseure a refusé de lâcher son collègue, mais l’éducation nationale une fois de plus a été aux abonnés absents. Blaquer peut venir faire son numéro républicain, il s’avère que les enseignants dans ce cas comme dans d’autres sont seuls. Cette solitude de l’enseignant comparable à celle du gardien de but devant un penalty existe dans bien des domaines y compris face à l’épidémie. Quand un enseignant est seul, l’idéologie ambiante l’envahit comme les autres… Alors avec la meilleure volonté du monde il peut commettre des maladresses tant il se retrouve au cœur de contradictions, oserais-je dire que le choix du matériel, comme il l’a reconnu lui-même n’était pas de ceux les plus aptes à établir le dialogue, même si rien ne justifie l’excitation de la famille et encore moins le crime. La manière dont Blanquer et la plupart des forces politiques s’emparent de l’affaire n’est pas destinée non plus à aider l’enseignant et leur réaction ne m’inspire rien de bon. Par ailleurs, pour tous ceux qui sont en train de se coller un badge “je suis un enseignant” copié sur le “je suis Charlie” ,je suis navrée d’avoir à vous le dire, mais une salle de classe ce n’est pas la salle de rédaction d’un journal satirique. Des ados c’est parfois de la dynamite, la mauvaise foi incarnée et en même temps une expérience formidable à laquelle on n’est jamais tout à fait préparé, mais c’est comme le spectacle vivant, l’intérêt c’est de savoir si le lion va manger le dompteur. Je plaisante mais à peine, ce travail a besoin d’un collectif responsable. Parce que le vrai problème est bien dans ce que les enseignants doivent affronter, l’inégalité encore aggravée par le confinement, comment y faire face, avec quels moyens, comment faire face à l’injustice, au désespoir et à l’agressivité qui va avec, sans parler de la démonstration que la société fait à ces jeunes jours après jour, l’individualisme, l’égoïsme, la culture inutile..

Dans cet espèce d’unanimisme qui salue le martyre enseignant de la laïcité, jamais il n’est soulevé la question d’un enseignant qui est seul devant un programme dont il sait qu’il va choquer une partie de sa classe. IL n’y a rien sur l’histoire, sur le scandale de certains manuels, de l’injonction à préparer à l’efficacité du capital en économie, y compris l’orientation de certains élèves. Non on chante la Marseillaise et on envoie l’enseignant sur le front …

Donc il ne faut pas tout confondre.

Il y a d’un côté le Tchétchène appartenant à une société ultraprimitive, radicalisée et devenu une bête fauve qui a servi des intérêts que l’on connait. C’est Hilary Clinton qui disait des gens de Daech “ce sont des monstres mais ce sont nos monstres”. Je me suis “amusée” à relire les propos de nos médias à propos des deux guerres de Tchétchénie et la manière dont on a présenté ces gens-là comme de gentilles victimes, eux et les talibans, et ça continue pour les Ouïghours, tant que ces brutes vont foutre le bordel là où nous le souhaitons et qu’ils nous permettent de déstabiliser ceux que nous avons désignés nous nous accommodons. Mais la première chose dont nous devons avoir conscience c’est que les principales victimes sont des musulmans qu’il s’agisse des Maliens, Libyens, Syriens, des Algériens dans la décennie noire. Pour arrêter “le terrorisme”, il faudrait changer de logique et arrêter d’inventer que nous avons un devoir d’ingérence là où nous ne sommes que des pillards. Et de ce point de vue, la gauche, le secteur international du parti qui a approuvé de fait toutes les expéditions portent une lourde responsabilité et doivent changer de point de vue.

De l’autre côté, il y a un dialogue avec des familles musulmanes qui sont des gens de droite, calotins, comparables à nos intégristes catholiques et qui aident à constituer les viviers de ces enfants perdus et avec lesquels il faut ce dialogue politique comme avec toutes les extrêmes-droites… en tant qu’individus… Les lois de la république doivent leur être appliquées. Avec une institution éducation nationale unie et solidaire autour de ses missions, une revalorisation y compris du statut de l’enseignant. Tout n’est pas financier mais c’est incontournable comme moyen des missions républicaines et progressistes.

Puis il y a la masse des musulmans qui est loin des deux précédentes catégories… je me refuse à tous les mélanger et plus j’écoute la télé plus je suis inquiète des capacités d’amalgame, ça glisse, ça dérape à chaque moment et loin de régler les problèmes ça les accroit. Parce que ça rassemble autour des premiers, de ceux qui font la loi.

La confusion est là, on fait un paquet cadeau avec les premiers, ceux qui accomplissent des crimes qui révulsent la conscience ici après avoir comme nos supplétifs ensanglanté et déstabilisé des pays entiers, ce sont des nazis, des bêtes fauves que l’on a transformés en ça. Malheureusement ils relèvent d’une solution militaire chez nous et que l’on arrête d’en former et d’en développer ailleurs.

Les seconds doivent être clairement remis à leur place par rapport au service public, l’école mais aussi la santé quand ils décident de perturber un service entier avec leurs exigences religieuses. Ce sont en général des petits bourgeois aussi insupportables que ceux qui, catholiques ou autres, chez nous emmerdent sur l’avortement ou contre le mariage homosexuel. Et la complaisance dont on fait preuve à leur égard ne se justifie pas, complaisance d’Etat d’abord qui achète volontiers la paix sociale en fermant les yeux, y compris la police… Dans les prisons ceux qui trinquent ce sont ceux qui refusent l’adhésion à leur valeurs… Et ça c’est une corruption qui se retrouve partout y compris à gauche, à Marseille nous savons de quoi nous parlons et qui ferme les yeux sur quoi quitte à rendre la vie impossible aux autres sur des bases racistes.

tout cela mérite débat et réflexion y compris à l’intérieur du parti, mais si les premiers, les criminels, relèvent du militaire, les second d’un débat politique sans complaisance sur la laïcité et de leur isolement, tout est fait pour leur donner de la force, pour rassembler autour d’eux.

Même chez les communistes qui ne sont pas les pires, mais bien affaiblis, Il y a dans le parti communiste et singulièrement dans la commission féminine, qui faute d’une politique de classe avec les couches populaires, des présupposés qui sont autant de pressions systématiques contre la laïcité. C’est toute la gauche qui agit ainsi et joue les dames patronnesses entretenant à la manière des démocrates américains un débat communautariste encore moins justifié en France qu’aux Etats-Unis. Que l’on ne rentre pas dans les leurres du voile ou autres est une chose, que l’on manifeste pour défendre le voile en est une autre, tant que l’on ne verra pas la différence, on n’aidera pas à une compréhension collective de la laïcité, à l’école ou ailleurs.

Avec une telle idéologie, la gauche et parmi eux les enseignants sont complétement démunis pour affronter avec leurs élèves des questions sensibles, ils peuvent en faire trop ou pas assez. Cela participe de leur solitude face aux conséquences sociales de processus face auxquels ils se retrouvent comme des fantassins sans armes, ni bagage. Avec des procéduriers qui leur pourrissent la vie, une administration absente. Vider l’abcès si faire se peut devrait être le premier souci des communistes. Il est difficile de le faire quand l’horreur du crime envahit notre vision.

Pourtant ce serait nécessaire parce que la grande masse des Français musulmans est tout à fait ailleurs : le geste leur fait horreur même si peu d’entre eux sur le fond admettent caricatures et “blasphèmes”. Ils sont plus croyants que la masse des Français mais cela évolue, il n’y a qu’à voir comment le Canada est passé d’une génération d’un catholicisme intégral à un athéisme décontracté… Pareils pour les Italiens en France ou autres Portugais. Donc ils sont plus croyants et ne sont pas plus enthousiastes devant les “caricatures” anticléricales que les autres croyants ne le sont. Ils se demandent pourquoi nous insistons, mais ils haïssent plus encore que nous les terroristes. Au risque de vous étonner, à l’encontre des idées reçues, je vais vous dire qu’il y a une certaine réussite dans l’intégration de ces populations issus de la colonisation et de migrations forcées en particulier dans les couches populaires où la mixité est devenue une réalité. Il plaident comme je le fais ici pour qu’on parle d’autre chose, ils sont très préoccupés de l’avenir des enfants et de ce que la société fait d’eux. Un tout autre dialogue est possible à partir de l’école, je le sais je l’ai mis en œuvre, je le pratique tous les jours. Et moi d’origine juive, qui ne supporte pas le moindre antisémitisme, je n’ai jamais eu aucun problème ni dans ma famille algérienne, ni chez leurs amis. Ils adhérent au parti s’y retrouvent bien suivant les lieux où ils tombent. Avec eux je parle de la géopolitique, nous sommes le plus souvent d’accord y compris surle fait que Netanayoun est un fasciste, et surtout sur la vie quotidienne, de la nécessité que les pauvres s’entendent contre les riches. Je partage leurs problèmes et ce jusqu’à la prison, jusqu’aux crises des ados et je me fous complètement de la manière dont ils ou elles sont vêtus. Et il n’y en a aucune qui ressemblent à des belphegor même si certaines sont voilées.

Est-ce un hasard si ceux qui arrivent parmi les communistes à réellement créer les conditions de l’adhésion, de batailles communes et de dépassement des querelles religieuses sont ceux qui privilégient cette dimension de classe… Je pense en particulier à mes camarades de Vitry et je suis convaincue que si le parti au prochain congrès retrouve les fondamentaux cela va changer beaucoup de choses y compris pour la gauche, pour la défense de la laïcité. Beaucoup de faux problèmes dont se nourrit ce pouvoir et l’extrême-droite tomberont, ce qu’il faut affronter le sera dans de meilleures conditions. Tous les problèmes que crée le capitalisme, le chômage, les inégalités devant la santé, l’éducation, la culture, ne tomberont pas et ils continueront à entretenir le racisme, l’extrême-droite mais en les affrontant nous créeront les conditions d’une véritable laïcité qui ne soit pas stigmatisation.

Ce retard pris et l’aggravation des problèmes en France et dans le monde, renforce ma colère contre les expéditions néo-coloniales, les déstabilisations de la CIA et de l’OTAN et aussi la “gôche” qui se cherche une clientèle à bon compte au lieu d’affronter les vrais problèmes des couches populaires face à l’école comme à l’emploi, au logement, à la santé, au lieu de se mettre ensemble en situation d’affronter les défis de notre temps, les épidémies, l’environnement qui ne connaissent ni frontières, ni races, ni genres mais continuent à être subis différemment suivant les classes sociales .

Au delà de l’horreur, de la stupéfaction que nous ressentons tous, il faut savoir ce que l’on cherche, avec nos fondamentaux de classe et aussi un minimum de bon sens et d’empathie. Nous avons besoin d’urgence d’un retour du parti communiste Français.

Danielle Bleitrach

(1) je me suis retrouvée accusée par des délirantes féministes communistes du Vaucluse d’être quasiment une disciples de Marine Le Pen parce que je faisais remarquer qu’au lieu de faire une fixette sur le voile, il vaudrait mieux prendre en compte les problèmes concrets de logement, d’éducation, d’emploi… D’ailleurs c’est pareil pour le féminisme qui est à des années lumières des problèmes des femmes des services publics, de celles qui sont dans des familles monoparentales, qui se font des soucis pour leurs gosses. Même question à propos de l’homosexualité, ceux qui étudient les interventions du parti dans ce domaine trouvent mon nom, dans mes responsabilités politiques comme dans ma vie politique j’ai toujours combattu l’homophobie. Je déteste que l’on enquiquine les gens pour ce genre de choses et je ne comprends même pas au nom de quoi on se le permet, mais quand on en fait l’alpha et l’oméga de la politique, quand je vois qu’entre les sociaux démocrates et ceux qui ne pensent qu’à ça on réduit la figure d’Aragon, je ne suis pas d’accord. Je ne suis pas plus que si on réduisait la figure de quiconque à l’une de ses dimensions alors que l’on gomme l’essentiel qui est son écriture et son adhésion aux combats du siècle sur des bases jusqu’au bout j’en témoigne sans ambigüité et sans complaisance à l’égard des dérives social-démocrates. Bref il y a manière de prendre des questions importantes parce qu’elles concernent l’émancipation individuelle d’une manière non communiste qui exaspère les antagonismes. Il n’y a aucun acquis dans les moeurs, dans la condition féminine qui se maintienne quand la régression sociale débouche sur le fascisme, quand le capital accroit son exploitation. C’est pourquoi le point de vue réellement communiste est le seul capable de créer l’unité et de faire avancer ces droits individuels et de rendre concrète la laïcité..

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Un article qui fait du bien, merci.

Tu as très bien fixé le problème, reste comme tu l’explique que le PCF retrouvant ses fondamentaux puisse faire passer dans la vie ce qui est indispensable pour aller vers le but d’une société débarrassée de ses oripeaux.

Merci. Je reprends.
Y.Genestal

Ayant grandi en Banlieue, plus de 75% des mes amis étaient musulmans, c’est le charme de la mixité en France, bien au Nord de la ville et avec la fin des transports à 21 heures. Parmi ces amis la très grande majorité avaient un emploi, dont une partie non négligeable avec niveau bac et jusqu’à normale sup. beaucoup d’ouvriers et techniciens mais aussi des enseignants, des militaires, une intégration réussie. Jamais à cette époque je n’ai vue une seule de leurs sœurs voilées comme on en voient certaines aujourd’hui. Quelques mariages mixtes. Le seul Etat étranger à l’époque qui intervenait… Lire la suite »

Danielle, je prends ton texte qui est très juste, afin de le mettre sur le blog du PCF arras