Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Le totalitarisme n’a plus besoin de brûler des livres

En lisant ce texte paru hier sur le site espagnol Rebellion, j’ai pensé on se croirait revenu aux protestations de Godard, de Lang et tant d’autres contre la télévision aux alentours de 1968.

Puis le titre du film de Cronenberg (fils) Antiviral s’est imposé à moi et j’ai réalisé que le Covid-19 achevait le processus. On assiste à un désastre culturel si l’on n’y prend garde, encore aggravé par la manière dont l’inquiétude des gens face à la maladie est avivée. La manière dont même le doute nécessaire en matière scientifique est en train de se transformer en foire d’empoigne entre “fans” en recherche de certitude, en idolâtrie de gourous ou répulsions aussi gratuites. Ces invraisemblables commentaires où un individu dont vous ignorez tout vous insulte au nom du stéréotype que vous avez osé bousculer dans un recoin de ce qu’il croît être sa pensée.

Il y a eu aussi ce truc extraordinaire du responsable à la formation du PCF qui considère qu’une table de livres où il y a trop de marxisme “ce n’est pas éthique!”, dans “l’université du PCF” et il force un libraire à remballer son choix… ON a beau dire ça fait bizarre au bout d’une vie d’engagement, on se dit que soit lui, soit moi on s’est trompé, il y a quelque part une erreur d’aiguillage.

Le tout dans un contexte général où l’on assiste à des choses assez inouïes en matière de spectacle je n’ose dire politique. A ce titre, pour en rajouter dans mes incertitudes d’octobre mois des tempêtes et des révolutions, je venais de lire quelques lignes d’un citoyen des Etats-Unis qui avait encore la force de s’étonner… mais pour combien de temps encore? Il écrivait :” le président Donald Trump émerge de Marine One (l’hélicoptère présidentiel) comme s’il avait échappé à un camp de prisonniers de l’Etat islamique après avoir aidé Navy Seals dans son sauvetage. Il monte les escaliers jusqu’au siège de la puissance américaine, il s’arrache le masque et fait des gestes triomphalement devant les caméras. Plus tard, le narcissique en chef Tweete à ses disciples en se proclamant un héros invincible de la guerre sur COVID-19.

Je dois prendre note ici, que le coronavirus a tué plus d’Américains que la guerre d’indépendance, la guerre de 1812, la guerre d’Espagne américaine, la Première Guerre mondiale, la guerre de Corée, le Vietnam, la guerre en Afghanistan, et la guerre en Irak combinées. Et il est juste de dire que l’attitude cavalière des dirigeants comme M. Trump, a causé plus de mort que nécessaire. Je suppose que c’est de ça que les super-héros sont faits.” (note et traduction de Danielle Bleitrach pour histoire et société)

Mais voici le film qui explique pourquoi le totalitarisme n’a plus besoin de bruler des livres
Par Miguel Suárez del Cerro

source : Rébellion

https://rebelion.org/el-totalitarismo-ya-no-necesita-quemar-libros/
Il y a huit ans, est arrivé dans certains cinémas, un petit nobre, une proposition canadienne d’un réalisateur, qui nous semblait plus familiers par son nom que par son prénom. Le cinéaste était Brandon Cronenberg, fils du grand analyste cinématographique de l’esprit humain, et le film, “Antiviral”.

Tout cela ressemblait à une dystopie classique, du genre où la censure et le contrôle des contenus par un État totalitaire interdit aux gens d’accéder librement à une pensée alternative. Cependant, dans “Antiviral”, il n’y a pas une telle interdiction, car il n’y a rien à interdire.

L’introduction du film, un monde dans lequel des personnes achètent le droit d’être infectés par les mêmes infirmités dont leurs stars médiatiques favorites sont atteintes, devient encore plus noire lorsque nous atterrissons dans la réalité de ce monde-là tel que le peint Cronenberg. Il n’y a là qu’une propagation ininterrompue de ces grossières idoles. Il n’y a rien d’autre, ni informations, ni politique, encore moins de philosophes et, bien sûr, rien de comparable à des écrivains, des musiciens ou des cinéastes. En bref, il n’y avait pas de penseurs en train de décrire les pulsions innées de l’être ou en train de se plonger dans les espaces inexplorés de l’esprit de toutes ces personnes aliénées. La société décrite dans ce film évite de penser la condition de classe et ne remettra jamais en question l’exploitation dénoncée par un certain philosophe de Trèves.

Cette censure, beaucoup plus répandue aujourd’hui, a également été décrite par Pier Paolo Pasolini. L’auteur a démontré que la véritable menace pour notre société réside dans un pouvoir absolu qui ne le semble pas à première vue et que, par conséquent, peu de gens y font face. Pasolini a présenté avec précision comment la banalisation des messages par les médias, les productions audiovisuelles commerciales et les sujets mettrait fin à toute aspiration à la liberté.

Pour lui, la télévision était une sorte de tribunal de l’Inquisition dans lequel seuls pouvaient passer «ceux qui sont capables de prononcer des phrases creuses ou ceux qui savent se taire». Dans notre pays, trouver des exemples pour illustrer cette définition non seulement n’est pas compliqué, mais la difficulté réside dans la recherche d’exceptions.

Je pourrais dénoncer ici les programmes les plus nocifs, presque tous concentrés sur la même chaîne de télévision, mais je trouve beaucoup plus intéressant de me référer à ce qui passe inaperçu. J’entends par là ces espaces, présents sur des canaux supposés progressistes, qui de blague en blague introduisent des messages réactionnaires. Utilisant des phrases toutes faites, acceptées par une grande partie de leur audience, ils lancent des attaques contre le syndicalisme, les fonctionnaires, les idéologies, certains pays étrangers et les créations artistiques alternatives. Par coïncidence, quelques minutes plus tard, ils louent quelque production commerciale, embauchent des collaborateurs qui se vantent de leurs opinions de classe ou applaudissent des adolescents chargés de détruire toute inquiétude intellectuelle chez leurs fans qui les enrichissent.

Cela crée non seulement une opinion, mais des habitudes de consommation. Pour cette raison, la censure présentée par les dystopies classiques n’est plus nécessaire. Vous n’avez plus besoin de brûler des livres à 451 degrés Fahrenheit, il suffit de placer une montagne de pseudo-littérature avec une couverture attrayante accompagnée d’un visage médiatique au-dessus. Le cinéma et le théâtre, dominés par des visages de télévision dénués de talents, sont également en crise. Les échantillons de tout art non commercial sont menacés, ils sont entretenus par un travail altruiste et par le public courageux qui assiste à ces rendez-vous, et presque jamais par un soutien extérieur, uniquement préoccupé de financer le divertissement et le spectacle.

Las advertencias de Pasolini y de Cronenberg (tanto padre como hijo) son similares: una crisis se vuelve más fuerte cuando afecta a una mayoría que ha cedido sus derechos a cambio de evasiones triviales. Esto puede cambiar, y la clase trabajadora debe ser protagonista de este cambio. «Si usted quiere regresar a la realidad, apague el televisor. Es muy fácil. Se hace con la mano y con lo que le quede de su voluntad», concluía el personaje de Rutger Hauer en The Osterman Weekend, de Sam Peckinpah.

Les avertissements de Pasolini et de Cronenberg (père et fils) sont similaires: une crise devient plus forte lorsqu’elle affecte une majorité qui a renoncé à ses droits en échange d’évasions insignifiantes. Cela peut changer et la classe ouvrière doit être le protagoniste de ce changement. «Si vous voulez revenir à la réalité, éteignez la télévision. C’est très facile. C’est à portée de la main et est tout ce qu’il faut est de la volonté », a conclu le personnage de Rutger Hauer dans The Osterman Weekend de Sam Peckinpah.

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