Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

J.CL. Delaunay, suite du débat sur le socialisme chinois

J.Cl Delaunay n’arrive pas à comprendre que les communistes français n’arrivent pas à poser la question du socialisme. Nous discutons beaucoup de cela avec Marianne et nous orientons la plupart des publications de ce blog en ce sens. Nous en sommes arrivées à l’idée que c’est parce que outre les dégâts de la social démocratisation de la direction, la destruction du parti, ‘au meilleur des cas ils n’ont qu’une expérience touristique de la planète, ils n’ont jamais vécu dans un pays étranger, partagé la vie quotidienne des gens et résultat ils sont incapables de voyager réellement et d’aller à la rencontre des populations, ce qu’une partie de la jeunesse est amenée à faire. Ils n’arrivent pas à comprendre qu’il y a une différence entre les institutions politiques et le vécu réel d’une situation politique. Résultat, ils n’arrivent pas à dépasser l’exigence d’alliances politiques, qu’il s’agisse de la gauche plurielle ou du Front de gauche… Pour en arriver à l’idée du socialisme à la française, il faut premièrement être convaincu comme je le suis que le capitalisme est incapable de produire une “alternance” (comme on le voit avec Trump et Biden, ou Macron-Le pen) qui ne relève pas de sa logique d’exploitation, de pillage, de guerre. Mais qu’en revanche un dialogue fructueux peut s’instaurer entre différentes catégories sociales sur le choix socialiste. Mais je suis en train de beaucoup réfléchir à cela et nous orientons en ce sens ce blog. Les réflexions de Jean Claude nous aident beaucoup (note de Danielle Bleitrach).

Michel, bonjour. Je suis content que mon livre puisse, malgré ses lacunes, stimuler ta réflexion. Je vais te dire, en prolongement de ton propos, ce que tes deux remarques me suggèrent.

La première a trait aux différences de langues et de nationalités comme obstacles à la lutte contre la pauvreté. Tout à fait d’accord. Celles et ceux qui, aujourd’hui encore, regardent la Chine avec mépris ou avec condescendance ne mesurent pas l’immensité de l’effort accompli pour réduire à rien l’analphabétisme. Il y eut l’obstacle de la langue mais sans doute aussi bien d’autres obstacles; par exemple l’absence de routes. Quand un village est complétement coincé dans une montagne, comment lui transmettre de nouvelles connaissances? Comment envoyer du courrier à ses habitants et réciproquement ? Comment faire venir le médecin, et ainsi de suite? La guerre contre les Japonais a certainement été un puissant levier d’unification de ces populations territorialement unifiées mais parfois disparates. Aujourd’hui, le facteur d’unification, c’est l’économie et le moteur en est la volonté politique incarnée par le PCC, et par son leader. C’est aussi une très forte image de ce qu’est la nation chinoise. La Chine actuelle fournit l’exemple des 3 conditions de l’intégration réelle d’une nation : 1) son développement économique doit concerner tout le monde et toutes les régions, 2) le facteur nation est ensuite un puissant levier d’intégration, 3) le rôle du PCC est primordial,

Xi Zhonxun et ses deux fils, dont Jinping – via Foreign Report Xi Zhonxun a été un des dirigeants de la longue marche dénoncé durant la Révolution culturelle

Xi Jinping est un type qui mouille la chemise. Il est partout. Il est avec les professionnels, avec les gens de l’armée, les médecins, avec les infirmiers, les pompiers, les constructeurs de tel ou tel pont dont il inaugure avec eux l’ouverture. Nous sommes des êtres humains et nous avons besoin de représentations concrètes simples. Il est la matérialisation de la Chine de l’espoir. Surtout, il visite beaucoup les gens simples, des villages pauvres, des coins reculés de campagne. Il serre des paluches à tour de bras. Les gens sont ravis. Ces visites n’ont rien à voir avec les serrages de main des pitres qui nous gouvernent, pour la raison que Xi Jinping ne se contente pas de serrer des paluches. Dans un pays où la lutte des classes est ouverte, dure, permanente, comme en France, on ne serre pas les mains comme en Chine, où le peuple est au pouvoir et en a le bénéfice.

Maison troglodyte à Liangjiahe aujourd’hui, comme celle où vécut Xi Jinping pendant 7 ans – Ursula Gauthier/Nouvel Obs

Je suis désolé d’observer qu’en France, à l’heure actuelle, alors que des tas de gens manifestent leur mécontentement, ils, elles ne disent pas un mot du socialisme. Chacun revendique son petit truc dans son coin et on croit qu’on a avancé dans l’opinion quand on a pu conclure le tract local en disant que l’activité que l’on défend n’est pas une marchandise. Ça, c’est le fin du fin de la pensée politique du moment. On n’est pas une marchandise!!!. OK, mais précisément; si l’on n’est pas une marchandise, quelle est la forme de société qu’il faut imposer aux capitalistes pour qu’ils s’en aillent définitivement ? Là, le silence est sidéral, et pour moi, vu de loin, sidérant. Car, en réalité, toutes ces revendications avanceront quand elles fusionneront dans une immense revendication politique qui sera la revendication du socialisme pour la France, du socialisme sur la base de la nation française, on y revient. Je suis certainement plus idiot qu’un balai. Je n’arrive pas à comprendre que des communistes puissent être à ce point vulnérables à l’idéologie capitaliste, qui leur murmure à l’oreille de ne pas parler de socialisme, parce que, ajoute le subtil et doux murmure, nous sommes déjà dans le communisme. Et puis, ajoute le doux murmure, n’oubliez surtout pas “les crimes de Staline”.

J’espère, Michel, ne pas être trop bavard. Tu dis avoir confiance dans l’avenir de la Chine et tu as raison. L’Impérialisme, et les États-Unis qui en assurent le leadership, sont affaiblis. Ils ne peuvent plus faire ce qu’ils faisaient il y a ne serait-ce que 30 ans. Mais ils n’ont pas perdu toutes leurs forces. Je te donne en primeur un graphique que j’ai trouvé dans une publication récente du Bureau d’étude de la Bank of China, une grande banque chinoise, à ne pas confondre avec la Banque centrale chinoise, ou People’s Bank of China.

Ce graphique est le produit d’une recherche effectuée par l’ARAR, un centre de recherche de l’armée américaine. Il a été repris dans un rapport du Bureau de Recherche de la Bank of China pour 2019 [1]. Mais manifestement, ces chercheurs chinois semblent ignorer les règles académiques les plus élémentaires concernant la signification des sigles et la datation précise des sources. Quoiqu’il en soit, ce graphique est un essai de visualisation des domaines de recherche dans lesquels les États-Unis continueraient, en 2047, d’occuper une place supérieure, égale ou inférieure par rapport à la moyenne mondiale. Il en ressort que, dans la plupart des domaines considérés des technologies de pointe, les États-Unis occuperaient encore une place située au dessus de la moyenne, mais sans supériorité affirmée. Les deux domaines de pointe seraient, pour les États-Unis, les Matériaux et les Fabrications de Haute Gamme ainsi que la Robotique et l’Intelligence Artificielle. Mais quand on regarde les données relatives à la Chine dans ces domaines, on voit que les chercheurs chinois avancent eux aussi à grandes enjambées, alors que l’État chinois ne fait pas reposer les capacités intellectuelles de la Chine sur le drainage des cerveaux à grande échelle, comme le font les États-Unis. En 2017, par exemple, avait été lancé un plan pour le développement de la nouvelle génération de l’intelligence artificielle. Cet effort est poursuivi avec vigueur. Tu parles de la 5G. Tu as raison. Mais déjà, en Chine, la 6 G est en route.

Graphique 1 : Prévisions concernant le niveau des industries US de hautes technologies par rapport au niveau moyen mondial, en 2047

BOC Research Table 2018 USA capabilities

Sources : US Army and Technology Office, Bank of China

Ce que suggère par conséquent ce graphique (c’est le commentaire qu’en font les rédacteurs du rapport de la BOC) est que le 21ème siècle sera, dans les disciplines considérées, un siècle de forte compétition scientifique entre les États-Unis et la Chine, mais non le siècle de la suprématie américaine ou chinoise. Cette conclusion «modérée» paraît acceptable. Si le socialisme chinois arrive, avec le soutien d’autres peuples (celui des Français tarde beaucoup) à imposer la paix aux impérialistes, alors une grande victoire aura été obtenue pour l’Humanité, celle du fonctionnement pacifique de cet ensemble. Il y aura encore des pays capitalistes. Mais il y aura certainement davantage de pays socialistes. Et le socialisme montrera de manière évidente sa fécondité. Jean-Claude Delaunay.


[1] BOC Research Institute, Global Banking Industry Outlook, Annual Report 2020, 28 novembre 2019. La source de ce graphique est seulement mentionnée dans ce rapport comme étant l’US Army Research and Technology Office, sans indication de date de publication. 

Suite de l'article
S’abonner
Notifier de
1 Commentaire
le plus ancien
le plus récent
Inline Feedbacks
View all comments

Les crimes de Staline mais le pas ne sera jamais franchi sur les crimes du colonialisme qui se poursuivent de nos jours par le néocolonialisme ne serait-ce que maquillé par des coups d’Etat ou tentatives dont doit souffrir l’Amérique-Latine. Pour le reste je suis resté sur ma fin car l’analyse me semble très incomplète par rapport aux revendications de chez nous, sociales et fiscales qui sont le fer de lance d’être anticapitaliste. !Le capitalisme voleur et menteur de ce qu’on peut traduire de MARX ! Parce que l’on observe beaucoup de citoyens Chinois avec des conditions de vie leur permettant… Lire la suite »