Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

La clé de la victoire à Villejuif: La politisation des quartiers populaires

Témoignage précieux dans le cadre de nos analyses ici sur ce que les élections municipales ont pu révéler de la France “en profondeur”. La référence au “droit à la ville” d’Henry Lefebvre nous est commune et elle fait aussi référence à un temps où le pCF savait mobiliser chercheurs, intellectuels dans un souci constant à créer sur le terrain cette revendication à la justice, à la paix de la classe ouvrière. Cela fait du bien de voir que cela n’a pas totalement disparu et même que cela ne demande qu’à renaître parce que l’exigence est plus forte que jamais. (note de danielle Bleitrach)

S’il devait y avoir une seule élection qui ne ressemble à aucune autre, il s’agirait bel et bien de l’élection municipale. La carte des résultats en témoigne, même si, ici où là, on peut tomber dans la simplicité de la “vague verte”. En réalité, les résultats témoignent d’une très grande hétérogénéité. D’une part, d’une abstention massive qui remet parfois même en cause la légitimité de l’élection, et du basculement droite/gauche et gauche/droite qui n’est, à mon avis, en rien un “dégagisme naturel”, mais bel et bien une réelle politisation de l’élection, souvent sur des questions qui ne sont pas suffisamment prises en compte par les majorités sortantes.


De ce point de vue, la question du droit à la ville, l’enjeu écologique et l’efficience des services publics ont été les sujets prédominants pour les électeurs de gauche à Villejuif, comme dans le pays, auxquels il convient d’ajouter la tranquillité publique et le cadre de vie.


En 2014, la perte de la ville nous “oblige” à ouvrir en grand le débat avec la population pour comprendre les raisons de la défaite. Évidemment, l’attelage contre nature “droite/gauche” se constitue sur une volonté de faire tomber un maire communiste, mais elle devient crédible parce que les politiques d’austérité subies éloignent le personnel communal de la gestion municipale, la question épineuse de la dette de la ville et des emprunts toxiques, et concrètement la rapacité des banques et des marchés n’est pas affrontée dans le débat avec les habitants.


À cela s’agrège l’incapacité de mener les batailles politiques pour transformer/rénover les quartiers populaires. La situation est vécue comme un “abandon” par les couches populaires et nous savons ô combien l’abstention est plus forte chez les ouvriers et employés. Les projets de nouvelles constructions engagés en fin de mandature sont vécus eux aussi comme une densification à marche forcée, alimentant un “sentiment” de déclassement pour les catégories intermédiaires et supérieures et déjà une gentrification pour les couches populaires.
Avec l’arrivée de la droite, la “gentrification” et le prix de l’immobilier explosent. Plus de 70 projets visent littéralement à remplacer les couches populaires et une casse du service public municipal se met en marche.


Les communistes organisent tout de suite les luttes contre la fermeture d’une école maternelle, celle du centre municipal de santé, des mairies annexes, d’un bureau de poste dans le quartier des Lozaits, et dans la dernière ligne droite contre la privatisation de l’office public de l’habitat, dont la vente avait été négociée secrètement avec le rapace CDC Habitat.
L’élection en 2015 de nos camarades Pierre Garzon et Flore Munck en tant que conseillers départementaux nous a confortés dans le travail de reconquête et l’objectif que nous nous étions fixé.


Pleinement engagé dans son mandat et sur le terrain, Pierre Garzon a fait la démonstration concrète de l’utilité d’avoir des élus communistes et ainsi d’asseoir son “leadership” à gauche, en lien étroit avec le travail des communistes.


Dès 2018, nous savons que deux conditions sont à réunir pour battre le maire sortant qui a su, malgré les affaires, asseoir son autorité. Le rassemblement des forces de progrès et surtout l’implication la plus large des Villejuifois pour construire les contenus et la campagne. Concrètement, mettre dans les mains du plus grand nombre les enjeux de l’élection.
En premier lieu, dans les quartiers populaires, les mères de famille ; et dans la dernière ligne droite les jeunes villejuifois ont été fortement mobilisés. Sans détour, ils ont exprimé ce qu’ils et elles ne voulaient plus et surtout ce à quoi ils et elles aspirent. Nos résultats dans ces bureaux de vote atteignent 80 % des voix, avec une participation bien supérieure par rapport au premier tour et devant les bureaux favorables au candidat de droite.


Le Parti a donc joué pleinement son rôle d’impulsion, d’élévation des consciences et de politisation des enjeux de l’élection au service d’une réappropriation collective et citoyenne du devenir de la ville.


En plusieurs mois, nous sommes passés de la “feuille blanche” à un programme de 120 propositions novatrices, audacieuses et crédibles construites par les habitants.
En construisant le rassemblement le plus large à la base et en élevant les exigences et contenus, nous avons fait une belle démonstration de construction politique, tout en renforçant le Parti avec des dizaines d’adhésions nouvelles.


Ce travail de longue haleine et d’investissement extrêmement important a permis de “libérer Villejuif”, comme le criaient avec sourire et des étincelles dans les yeux des centaines de Villejuifois, le dimanche 28 juin sur l’esplanade Pierre-Yves Cosnier.


Une nouvelle page de progrès s’ouvre avec Pierre Garzon, nouveau maire communiste de Villejuif, pour répondre à l’immense attente de la population et chercher à répondre aux conséquences de la crise économique qui va fortement frapper toutes les couches de la population.

Ozer Oztorun

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Très intéressant et encourageant. Bien que membre d’un groupuscule communiste (orphelin du PCF comme des milliers d’autres exclus ou dégoûtés par l’arrivisme et les compromissions) je pense que le renouveau du PCF est encore possible. Villejuif en est une preuve, petite, mais une preuve quand même. Le résultat de Vénissieux en est une autre.