Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

UN DEBAT DE FOND: EST-IL POSSIBLE AUJOURD’HUI EN FRANCE DE PARLER DU SOCIALISME?

Je dois dire le découragement qui m’a saisie hier devant la nature de l’actualité. Il y avait eu une journée des personnels soignants importante. On pouvait être à la fois heureux de la force de cette mobilisation qui mettait en difficulté Macron et son discours insensé sur “le travailler plus”, sur “l’auto-satisfaction” et dans le même temps être inquiet parce que l’on sait à quel point la maladie est là et que si elle repart ces travailleurs de la santé seront face à une situation catastrophique. On sait que des clusters importants, plus de 100 personnes sont là chez les travailleurs agricoles par exemple. Et puis face à cette manifestation, cette réalité il y a eu les images chocs et peut-être détournées mais c’est de bonne guerre… Et pire encore sur les réseaux sociaux les éternels chamailleries, ragots autour des municipales à géométrie variable. L’impossibilité pour le PCF d’imposer un dialogue sur le fond – en a-t-il même la volonté? un dialogue comme celui qui a lieu ici dans ce blog autour du socialisme à la chinoise, le socialisme réel, ses expériences, l’issue politique qu’il peut représenter. Non, en revanche on diffuse les états d’âme de Trintignant qui en citant Jean Ferrat déplore l’échec du socialisme parce qu’il voit bien qu’à cause de cela tout est foutu en France. Les communistes diffusent ça, sont convaincus que Ferrat avait raison de dire ça quand la contre-révolution l’a emporté en URSS. Il disait une imbécillité comme tant d’autres, mais c’est admis et nul ne le contredit surtout pas la direction du PCF, l’Humanité… Est-il possible de sortir de là ? De cette doxa, de parler d’autre chose que les conneries de BFMTV sur les petites querelles entre la FI et les autres, le racisme devenu prétexte à division et à état d’âme sans aucune relation avec l’exploitation, du voile ou pas du voile, de la chloroquine ou pas la chloroquine, du féminisme ou pas… Alors voilà je reproduis ce dialogue en remerciant ceux qui le mènent et qui prouvent qu’un tel niveau de discussion est encore possible en France aujourd’hui (note de Danielle Bleitrach pour histoire et société).

Première intervention de J.Cl.Delaunay

Le texte de Wang Hanfeng est tout à fait intéressant et utile à rappeler. La Chine a des atouts pour développer son économie et parmi ceux-ci la dimension de son marché. Mais paradoxalement, un autre de ses atouts est le socialisme. Voyons la chose de plus près.

Les salaires augmentent et certaines entreprises s’en vont vers d’autres pays suite à l’augmentation du coût salarial chinois. Le départ est l’une des solutions capitalistes à cette augmentation. C’est vraiment la solution paresseuse. Un jour proche, les capitalistes n’auront d’autre solution que de rechercher dans l’espace, pour travailler dans leurs usines, des “martiens” pas chers, travaillant nuit et jour pour un salaire de misère. Juste de quoi repeindre en vert leurs grandes oreilles pointues..

Il existe une autre solution, à savoir l’automatisation des procès de production. C’est ce qui se passe en Chine, pays dont les entreprises privées sont, dans les secteurs de main-d’oeuvre, de plus en plus consommatrices de robots industriels. Elles font ce pari sans craindre pour autant un état de suraccumulation du capital dans leurs secteurs. En effet, cette solution est cohérente avec l’élargissement et l’augmentation des qualifications ainsi qu’avec la taille du marché intérieur chinois, en voie de développement lui aussi, avec l’appui du socialisme..

Car le socialisme chinois apporte à son marché intérieur un développement semi-planifié, l’extension de l’urbanisation, l’accroissement régulier du pouvoir d’achat de la population et tout un ensemble d’autres éléments de solidité, comme par exemple la lutte contre la pauvreté. Cette dernière est un pur produit du socialisme chinois en même temps qu’un élément que les entreprises peuvent prendre en considération lorsqu’elles investissent dans ces équipements complexes et lourds. Quand Trump vocifère contre la Chine et intime aux entreprises américaines de revenir aux Etats-Unis, pourquoi le feraient-elles, sauf à être grassement payées pour agir ainsi? En raison du socialisme, le marché intérieur chinois leur offre une plus grande sécurité, un horizon beaucoup plus vaste, que le marché intérieur américain,

Je fais cette remarque pour conclure que nous, en France, si nous étions vraiment fûtés, nous lutterions tout de suite pour le socialisme. Nous lutterions tout de suite pour la rupture avec le capitalisme. Car pour rendre la transition socialiste plus tranquille, nous aurions de puissants arguments à proposer aux entreprises capitalistes qui accepteraient de se plier à la loi socialiste. La rupture avec le mode de production capitaliste ainsi qu’avec la démocratie bourgeoise, ne signifient pas l’élimination des entreprises capitalistes. Celles-ci doivent comprendre que le capitalisme en tant que système économique, politique, culturel, assurant leur prééminence dans la société, est terminé. Ce système a fait son temps. Mais après la rupture avec le capitalisme, il faut construire le socialisme. Dans cette phase de construction du socialisme, des entreprises capitalistes peuvent prendre place dans la mesure où elles s’engagent à respecter la légalité socialiste, à ne pas se mêler de ce qui ne les regarde pas. Le socialisme pourra même offrir à ces entreprises, sur la base d’un accord gagnant-gagnant, une plus grande sécurité que le capitalisme, en pleine décadence. Jean-Claude Delaunay

Réponse de Michel Beyer

Je suis d’accord avec vous pour l’essentiel, mais sur la fin de votre réponse, je suis perplexe.
Je manque d’imagination, c’est vrai. Mais vous nous dîtes qu’en France, si nous étions vraiment futés, nous lutterions tout de suite pour le socialisme.
Je ne doute pas que sur ce site, la grande majorité des lecteurs soit d’accord avec cette proposition. Le problème, c’est comment et avec quelle formation et avec qui!!!
Un PCF digne de ses plus grands combats aurait pu être la formation adéquate. Malheureusement, c’est aujourd’hui un parti social-démocrate. Fabien ROUSSEL n’a pas changé grand’chose jusqu’à présent. On sent bien que tout est fait pour lui briser les ailes avec l’ancienne équipe. Ce n’est pas encore l’heure d’évoquer les “présidentielles”, mais si par bonheur il était candidat, cela serait pour lui la possibilité de s’affirmer.
Autre formation “France Insoumise”: je sens pas ce parti en mesure de bousculer la porte vers le socialisme.Melenchon on connaît. J’aime bien François RUFFIN. A mon avis, il prend son rôle de député de la France très à coeur. Mais il lui faudra lever les ambiguïtés sur sa position sur l’Europe.
Voila, vous comprenez ma perplexité!!! Si une recette existe, pour aller vers le socialisme, je suis preneur tout de suite….

Réponse de J.Cl.Delaunay

Non, Michel Beyer, mon camarade, je pense comme vous qu’il n’y a pas de recette et j’ai bien peur que vous ayez raison sur toute la ligne. Ruffin serait sans doute capable de comprendre la nécessité du socialisme s’il y avait un mouvement à ce propos. Mais de lui-même, non, je ne crois pas qu’il puisse concevoir cette exigence. Je peux me tromper évidemment. Mélanchon, n’en parlons pas. Bref, c’est pourquoi j’ai écrit que “Si nous étions fûtés…”. Cela dit, j’exprime ici individuellement une opinion. En tant qu’individu, ma conviction est que la rationalité du socialisme est de plus en plus claire et que nous avons, obstinément, à le répéter, à y réfléchir, à le démontrer, à en convaincre nos camarades ouvriers et non-ouvriers, en nous aidant notamment des exemples de la Chine, de Cuba, en réfléchissant à ce qui a pu “déconner” en URSS. Je dis cela sans être du tout un adepte de cette fadaise appelée “les crimes de Staline”. C’est ce que fait Daniel Bleitrach, me semble-t-il. C’est ce que nous faisons, chacun à notre façon…Je ne sais quoi dire d’autre. La petite bourgeoisie intellectuelle et urbaine française a la trouille du socialisme. Essayons de décoincer de leur trouille celles et ceux qui sont honnêtes. Ce qui est rationnel deviendra réel. Ne nous décourageons pas. Et au plaisir de vous lire à nouveau. JClaude Delaunay

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Le “avec qui” est le piège dans lequel on nous a enfermé depuis des années et qui justifie les alliances qui font passer le parti sous la table. Je pense que le passage au socialisme est une longue phase historique dans laquelle nous sommes engagés. Comme de nombreux camarades j’ai pensé pendant longtemps que nous étions sur le seuil, je suis moins optimiste aujourd’hui, il me semble que le chemin est encore long et qu’il faut s’inscrire dans ce long terme. Ce qu’entre parenthèse, fait le PCC. Une petite remarque sur la robotisation, le Japon y est fortement engagé, notamment… Lire la suite »

Tout à fait d’accord avec vous, Jean-Pierre Heloir. Mieux vaut s’inscrire dans le long terme. Cela dit, le plus long des voyages commence par un pas. Et l’Histoire ne comporte pas moins d’incertitudes que l’Economie. Elle s’accélère. Mais restons-en à l’idée du “premier pas”. Même dans une perspective de long terme, nous devons avoir une action de court terme. Laquelle? Personnellement, je trouverais vraiment utile que certains des lecteurs, ou des lectrices de ce débat, osent réfléchir à ce premier pas et proposent à Danièle Bleitrach la publication de leurs réflexions. Je ne sais pas si mon propos peut aider… Lire la suite »

Bien d’accord sur le “pas”. Ce n’est pas le premier car de nombreux ont été déjà faits dont certains ont été des faux pas. Affirmer la nécessité du socialisme est comme tu le dit (tu, puisque nous partageons la même fraternité partisane) le pas nécessaire à reprendre. Mais je crois aussi qu’il nous faut valoriser l’importance du collectif. Tu as parlé de moyens sociaux mis en œuvre en Chine dans la lutte contre le covid 19,il en a été de même au Viêtnam, au Laos ou à Cuba. Cette valeur a beaucoup reculée dans notre pays et je pense que… Lire la suite »

[…] réponse à Jean-Pierre HELOIR de jean claude […]