Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Suite du débat sur le premier pas du socialisme et le PCF

Jean-Claude Delaunay propose que nous ouvrions une rubrique consacrée au débat qui s’est ouvert ici, voici un premier échange, auquel je voudrais ajouter la réflexion d’un jeune camarade, artisan menuisier de son état, très impliqué dans la vie de sa section et qui intervient dans le petit groupe de réflexion facebook (très fermé) dans lequel je tente de faire régner une discipline de fer avec deux exigences 1) qu’on lise les textes en débat même s’ils sont très longs. 2) que l’on ne s’égare pas dans les leurres habituels (pour ou contre la chloroquine, pour ou contre le voile, pour ou contre me too, pour ou contre la France insoumise, etc…) et que l’on reste sur le sujet (Danielle Bleitrach).

Première intervention Jean-Pierre Heloir

Le “avec qui” est le piège dans lequel on nous a enfermé depuis des années et qui justifie les alliances qui font passer le parti sous la table. Je pense que le passage au socialisme est une longue phase historique dans laquelle nous sommes engagés. Comme de nombreux camarades j’ai pensé pendant longtemps que nous étions sur le seuil, je suis moins optimiste aujourd’hui, il me semble que le chemin est encore long et qu’il faut s’inscrire dans ce long terme. Ce qu’entre parenthèse, fait le PCC.
Une petite remarque sur la robotisation, le Japon y est fortement engagé, notamment pour des raisons de vieillissement de la population problème que la Chine va aussi avoir à affronter.

En réponse à Jean-Pierre HELOIR de Jean-Claude Delaunay

Tout à fait d’accord avec vous, Jean-Pierre Heloir. Mieux vaut s’inscrire dans le long terme. Cela dit, le plus long des voyages commence par un pas. Et l’Histoire ne comporte pas moins d’incertitudes que l’Economie. Elle s’accélère. Mais restons-en à l’idée du “premier pas”. Même dans une perspective de long terme, nous devons avoir une action de court terme. Laquelle? Personnellement, je trouverais vraiment utile que certains des lecteurs, ou des lectrices de ce débat, osent réfléchir à ce premier pas et proposent à Danièle Bleitrach la publication de leurs réflexions. Je ne sais pas si mon propos peut aider au démarrage de ce processus. Je vais énoncer 4 remarques.
 
1) Tout d’abord les forces susceptibles d’agir. En tant que communiste inscrit au PCF, j’ai le réflexe parti. Bon, nul n’est parfait. Mais mon sentiment est que, dans ce qui reste encore de ce parti, il y a certainement des personnes, plus peut-être qu’on ne croit; considérant que le socialisme, sans être une potion magique, est la société vers laquelle nous devons tendre pour commencer d’aborder rationnellement et efficacement les problèmes qui s’accumulent dans notre société capitaliste. Je ne dis pas que nous ne devons rien attendre de l’actuelle direction. Mais je crois quand même que nous devons agir sans attendre que Fabien Roussel et son équipe puissent s’exprimer.
 
2) Il y a les forces du PCF mais il y a aussi tous les autres camarades et plus généralement tous ceux, toutes celles qui accordent de l’importance au mot “socialisme” et à son contenu. Il existe de ce point de vue une grande diversité de situations. Certains sont isolés mais actifs. D’autres ont fondé une organisation, comme le PRCF, etc. Nous devons, ici, avoir l’ambition de faire en sorte que chacun s’exprime et trouve dans cette expression le besoin de se rassembler, de faire en sorte que le plus grand nombre des personnes concernées, ainsi que les membres du PCF précédemment évoqués, fassent émerger, dans la société française, la conviction du socialisme. Car il faut en finir avec cette fange qui nous dirige et qui nous gruge et qui n’est qu’une bande de racailles.
 
3) Tout cela pour faire quoi? C’est évidemment la question la plus importante mais aussi la plus difficile à traiter. Je crois qu’il faut adopter une démarche de grande ouverture. Chacun a sa propre idée de la chose et nous devons être patients les uns envers les autres. Mais je crois que nous devons tendre néanmoins à dégager les 2 ou 3 points majeurs qui seront autant de leviers idéologiques permettant que les organisations de lutte et les masses populaires s’emparent de l’idée du socialisme. Pour ma part, j’avance les 3 idées suivantes :
 
a) Dire aux capitalistes, au plan politique : c’est fini. Allez vous rhabiller. La comédie est terminée (c’est la fin de la démocratie bourgeoise).
b) Dire aux capitalistes, au plan économique : c’est fini. Cette fois, c’est la tragédie qui est terminée (c’est la fin du mode de production capitaliste, c’est la dictature démocratique du peuple).
c) Penser cependant que le socialisme est une construction et donner aux entreprises capitalistes qui accepteront cette nouvelle règle du jeu la possibilité de continuer à travailler en France, dans le cadre de la légalité socialiste (le socialisme est une société de droit).

Intervention de Jonathan Julliard dans le groupe facebook

Le fait de la désindustrialisation a effectivement diminué la couche ouvrière.
Cependant il faut regarder les modifications de la société en face.
Le prolétaire occupant massivement la place de l’ouvrier du XXème en France, bien qu’existant toujours dans la production industrielle restante, sont les caissières, les infirmières, les travailleurs du BTP, les ouvriers agricoles – représentants par exemple en Vaucluse plus de 20 000 travailleurs, ce qui en fait le secteur ouvrier le plus important du Vaucluse, etc.

Il ne faut pas oublier non plus le processus contradictoire intrinsèque au développement du capitalisme, qui plus il grossit, plus il développe un prolétariat, voire un prolétariat sur-exploité.
C’est le cas de la petite-bourgeoisie prolétarisée par le mécanisme appelé uberisation. Il suffit de regarder le remplacement des petites boutiques où boulangeries artisanales devenues des chaînes qui les rachètent massivement dans les centres ville, et dont les anciens propriétaires retournent bien souvent dans le salariat.
Idem pour le BTP où, sous couvert d’auto entreprenariat, le capital réinvente le travailleur à la tâche, à peine camouflé.

Le danger présent avec ce processus, c’est clairement le développement du fascisme. Car la conscience anti libérale de la petite bourgeoisie seulement basée sur une notion subjective des gros contre les petits possède en elle tous les mécanismes qui ont construit l’Italie fasciste de Mussolini.

En l’absence d’un parti communiste fort, à même de comprendre les possibilités d’une alliance objective de ces deux classe, en l’abordant par ses intérêts de classe propre, la dérive arrive vite (il n’y a qu’à regarder les Onfray et autres fascisants et le succès qu’ils rencontrent auprès de cette gauche petite-bourgeoise, avec les conséquences que cela comporte).

C’est en cela que nous avons besoin, voire même que nous avons le devoir suprême de reconstruire notre grand Parti, de façon complète, par la base.
En redéveloppant des moyens de propagande adéquats, en se formant afin d’apprendre à analyser toujours mieux les situations et être au plus près des travailleurs.

En cela, nous avons déjà du matériel intéressant.
Je suis menuisier indépendant. Je n’ai pas droit au chômage, rien. Là proposition de Boccara d’emploi formation est un élément qui me permettrait d’avoir la sécurité de ne pas tomber dans la merde si je n’avais plus rien.

Il faut cependant faire attention aux reprises du capital sur ce genre de mesures, mais aller dire cela aux travailleurs, directement, c’est impossible que ça ne rencontre pas de succès.
De même que la nationalisation et socialisation des crédits à l’investissement des petits indépendants, qui leur permettrait de se libérer de l’emprise des crédits à la consommation qui écrasent le travailleur.

Tous ces éléments sont des point d’appui. Ils ne doivent pas être considérés comme des forme de lutte, mais bien des moyens de retoucher, dans leur intérêts de classe propre, les individus composant la part laborieuse.

Ce que je propose, c’est qu’il nous faut redévelopper un ensemble de moyens, d’outils permettant dans un premier temps de se réaffirmer, de se restructurer, puis dans un deuxième temps, d’aller au combat, convaincre, persuader.
Persuader de participer au parti, proposer la construction commune d’un nouveau modèle, enthousiasmant, intéressant, novateur pour des millions de travailleurs.

C’est ainsi qu’en grossissant les rangs du parti avec une population cohérente avec le réel, et non pas composée que d’instit retraités et de cadre managériaux, que nous renverserons la tendance.

Le parti ne peut en être que renforcé. Car comme le précise Lénine, le parti se renforce en s’épurant. Mais ce processus n’a pas besoin d’être violent, dans la confrontation… Il a juste besoin d’être mécanique. Changer la composition sociale d’un organisme, c’est changer sa ligne et sa visée. Les parasites disparaîtront, après s’être pliés au cours de l’histoire.
Tout est question de rapports de forces. Toujours.

C’est ainsi qu’en rendant le parti plus fort, plus sûr, plus conséquent, que nous pourrons avoir une réelle portée.
Car je le dis, je le répète, quand on est négligeable on est négligé.
Il ne faut donc plus être négligeable.

Chaque militant communiste, impliqué doit, car c’est son devoir œuvrer à la reconstruction, démarrée par le 38eme congrès du Parti.
Cela doit être fait en dépit des attaques, des insultes, des vindictes.
Les chiens aboient, la caravane passe.
Nous devons nous inspirer de la persévérance des chinois, cette façon formidable d’agir sans conflit inutile ou dévorant.
L’énergie doit être utilisée à la réalisation du bien commun, l’apport de soi à la construction du socialisme.
Ceci doit passer par la base, en organisant des réunions, des formations matérialistes, complètes, des formations économiques etc.
En organisant des études sur le développement de formes de tracts, de propagande (vidéo, images, etc).
En retournant dans les entreprises, régulièrement, même si c’est pour comme moi, retourner la queue parfois entre les jambes… Y retourner.
Développer la constance, la conscience et l’intérêt.
Ne pas se contenter de dire, mais faire; démontrer avant de faire des leçons aux autres camarades.

C’est le seul moyen d’avancer. Avec comme obsession la question suivante ” est ce que cela nous fait avancer dans la direction du socialisme ou pas ? “

Car une fois la visée nommée, qualifiée : le socialisme.; il faut développer le plan à même de nous y conduire.
Cela ne peut passer que par l’investissement massif des camarades conséquents au sein de leurs cellules, de leurs sections, pour peser au niveau des fédérations et ainsi renverser la tendance social démocrate. Ce n’est que par l’action et le résultat que nous convaincrons et que nous pourrons persuader les autres camarades de se lancer et quant aux autres de quitter le navire.

Mais ceci doit devenir notre obstination, notre devoir suprême, car sans cette considération, rien ne changera et la question qui se pose alors est :
“est-ce que je milite pour moi et satisfaire ma conscience ou bien, est-ce que je milite pour l’ensemble des humains et de notre émancipation au travers de la construction d’un système productif socialiste ?”

Évidemment tous ceux tentés par la première option ont soit besoin d’être formés sérieusement afin de délibéraliser leur pensée et ôter le voile de l’Idéologie dominante, soit n’ont rien à faire dans le parti communiste et devraient plutôt aller militer avec les trotskistes.

Les récents débuts de collisions entre les forces productives et les rapports de production devraient nous inciter à considérer l’entrée dans une période de changement sociaux importants… À nous de faire en sorte qu’ils soient du côté Progressiste et socialiste plutôt que de les laisser à la réaction, faute grave de notre part, car condamnant le futur de par notre absence.
C’est notre devoir, sombrons dans l’oubli de l’histoire si nous sommes incapables de l’assurer.

Suite de l'article
S’abonner
Notifier de
7 Commentaires
le plus ancien
le plus récent
Inline Feedbacks
View all comments

Tout d’abord merci pour la considération de mon propos et son ajout dans cet article, j’en suis très touché. Je suis d’accord, on ne peut limiter la situation à une modification de la composition sociale du Parti. Il semble, et je tiens cela de camarades plus anciens que moi, que la ou les mutations de société qui ont suivi la chute de l’Union Soviétique, mêlées à tout un tas d’autres choses ont fait que les communistes ont eu du mal à se situer, à analyser et agir en fonction des changements brutaux et de la violence de la société capitaliste.… Lire la suite »

 
Militant communiste de base, pourquoi rien ne change depuis le 38em congrès, la minorité devrait appliquer la démocratie, aider la sortante à faire avancer les choses dans le sens du 38em congrès.
J’ai bien peur que les compromis pour une soi-disant unité du Parti fausse le débat pour le socialisme à la Française.
La minorité n’en veut pas, elle veut continuer les compromis avec la sociale démocratie pour sauvegarder leurs intérêts personnels. J’attends 2022 les Présidentielles, candidat communiste ou pas..? 

Bonjour à tous.
Peut-on se joindre à vos échanges ?
pour aiguiser les échanges entre “horlogers de la Révolution” et “insolents de l’instinct de classe” ?
Bien fraternellement
 

Bonjour,   Je rebondis sur l’excellente métaphore de Jonathan que je comprends d’autant mieux qu’hier, moi qui ne suis pas menuisier, j’ai complètement foiré une latte en bois en utilisant ma scie sauteuse comme un béotien. Par ailleurs, un point de vue extérieur (belge dans le cas présent) ne fait jamais de mal. Je ne cherche ci-dessous ni à juger, ni à donner de leçon de morale, je n’en ai certainement pas la légitimité. Chacun en fait ce qu’il veut.   Le Parti, c’est l’outil! Lecteur assidu du blog de Danièle depuis 13 ans, c’est une des nombreuses choses que… Lire la suite »

Bonjour, Pour commencer, je partage votre position sur le marxisme-leninisme. Je ne l’avais, ici, pas précisé (et c’est peut-être une erreur de ma part) car il me paraît naturel de considérer que le leninisme est le développement du marxisme de l’ère impérialiste. (d’autres parleront du maoisme, mais ici n’est pas le débat.) Je pense que quand j’utilise la métaphore de la scie, il y a quelques limites au raisonnement tout de même. Aussi, j’aimerais préciser, que je vivrais personnellement le fait de ” virer” les brebis galeuses comme un échec. Un échec car premièrement, je ne me reconnais aucune autorité… Lire la suite »