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New York Times – Présidentielle en Bolivie : une étude statistique conteste les accusations de fraude d’Evo Morales

Voilà une information qui devrait faire les gros titres de notre presse française, mais on peut toujours attendre une rectification sur ce qui se passe réellement en Amérique latine (note de Danielle Bleitrach).

By Rezo Nòdwès -9 juin 2020076

Le New York Times a publié dimanche les conclusions d’une enquête sur les soupçons de fraude lors de la présidentielle d’octobre en Bolivie. Trois chercheurs indépendants affirment que le rapport de l’OEA, qui avait conclu à des tricheries d’Evo Morales et fait descendre dans la rue les opposants au président bolivien, présente des failles méthodologiques.

« LE RAPPORT DE L’OEA PRÉSENTE DES FAILLES MÉTHODOLOGIQUES » ÉCRIT NEW YORK TIMES

New York, mardi 9 juin 2020 ((rezonodwes.com))–C’était l’élection la plus disputée de l’histoire de la Bolivie depuis le retour à la démocratie écrit France24 qui a parcouru les lignes de new York Times. En novembre dernier, le président Evo Morales, tout juste réélu pour un quatrième mandat controversé, était finalement contraint à l’exil devant les accusations de fraudes électorales, appuyées par un rapport de l’Organisation des États américains (OEA), laquelle aujourd’hui, encourage le président haitien Jovenel Moise à violer la Constitution pour imposer sa présence au Palais national au lendemain du 7 février 2021.

Cependant, une étude dont les conclusions ont été publiées dimanche 7 juin par le New York Times, montre que ce rapport pourrait être erroné. Cette nouvelle expertise s’appuie sur les données fournies par les autorités électorales boliviennes fournies au quotidien américain.

« Nous avons examiné de près les preuves statistiques de l’OEA et nous avons constaté des problèmes avec leur méthode », explique Francisco Rodríguez, l’un des chercheurs ayant conduit l’étude. « Une fois ces problèmes corrigés, les résultats de l’OEA s’estompent et il n’y a plus de preuve statistique de fraude. »

Pour cette étude, Francisco Rodriguez, économiste spécialiste de l’Amérique latine à l’université Tulane, en Louisiane, s’est associé à Dorothy Kronick, de l’université de Pennsylvanie, et Nicolás Idrobo, un doctorant spécialiste des études statistiques. Leur étude n’est pas encore passée par l’étape de l’évaluation par les pairs, ni rendue publique.

UN COMMUNIQUÉ DE L’OEA AYANT FAIT OFFICE DE DYNAMITE

Les élections d’octobre 2019 se sont déroulées dans une Bolivie particulièrement polarisée.

« La Bolivie est alors très divisée, notamment en raison du référendum constitutionnel de février 2016. Evo Morales voulait modifier la Constitution pour pouvoir se représenter indéfiniment. Les Boliviens ont dit : ‘non, on ne changera pas la Constitution pour vous’. Le fait qu’Evo Morales passe en force a polarisé la situation », explique Christine Delfour, professeure en civilisation latino-américaine contemporaine à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée et spécialiste de la Bolivie, interrogée par France 24. « C’est ce passage en force, plus que le programme du Mas [le mouvement d’Evo Morales, NDLR], qui polarisait. Je reste persuadée que si Evo Morales avait présenté un successeur, le Mas l’aurait emporté facilement. Que le résultat ait été serré était une évidence au vu des trois précédentes années. »

En amont du scrutin, les analystes estiment que, pour la première fois, Evo Morales peut être contraint à un deuxième tour. Une tendance qui se confirme lors de la journée électorale : avant la fermeture des bureaux de votes, Evo Morales n’a qu’une légère avance sur son principal opposant, l’ancien président Carlos Mesa.  

Puis, durant 24 heures, le décompte s’arrête de manière inexpliquée. Quand il reprend, Evo Morales possède une avance suffisante pour éviter le ballotage. L’opposition crie à la fraude. Des manifestations éclatent dans tout le pays dans un climat insurrectionnel.

« L’OEA a été ambiguë. L’organisation suivait le mouvement de droitisation croissant de l’Amérique latine. Et, face au flottement de l’exécutif et l’incapacité d’Evo Morales à organiser sa succession, elle s’est engouffrée dans l’interstice pour ainsi ‘abattre’ la dernière expérience indigéno-populaire du continent » , estime Christine Delfour. « L’appui de l’OEA a renforcé les oppositions. »

LES OPPOSANTS À MORALES S’APPUIENT SUR LES DÉCLARATIONS DE L’OEA

Les deux principaux opposants, Carlos Mesa et Luis Fernando Camacho, ont d’ailleurs utilisé l’organisation comme argument d’autorité dans leurs attaques contre le président. L’OEA a en effet publié un communiqué dans lesquels elle estime que la présidentielle est entachée de « fraudes » et demande la convocation d’un nouveau scrutin.

Bientôt lâché par l’armée ainsi que de nombreux hauts fonctionnaires parmi lesquels d’anciens alliés, Evo Morales démissionne et part en exil au Mexique, puis en Argentine, tout en continuant de clamer son innocence.

UN RAPPORT DE L’OEA FAUSSÉ 

L’étude des trois chercheurs américains dit démontrer que l’OEA s’est basée sur de mauvais modèles statistiques pour établir ses conclusions. Les auteurs restent cependant mesurés. Si la méthode statistique de l’OEA est problématique, leur propre étude n’exclut en rien la possibilité que des fraudes aient pu avoir lieu, elle affirme juste qu’il n’existe pas de preuves statistiques de celles-ci.

Le professeur Irfan Nooruddin, consultant de l’OEA qui a effectué leur analyse statistique, a déclaré au New York Times que la nouvelle étude déformait son travail et était erronée. Il a refusé de fournir ses données aux auteurs de l’étude, malgré des demandes répétées, ainsi que de partager ses méthodes de travail.

L’OEA quant à elle défend ses conclusions : « Vous faites un exercice statistique sur des documents falsifiés », a-t-elle déclaré. « La question n’est pas de savoir si les faux chiffres s’additionnent. La question est de savoir s’ils sont faux ou non – et ils le sont. »

Depuis le départ d’Evo Morales, Jeanine Añez a été proclamée présidente. Cette conservatrice issue des milieux catholiques avait pour mission d’organiser une nouvelle élection présidentielle dans les six mois pour rétablir l’ordre conditionnelle. Initialement prévue pour le 3 mai, elle aura lieu le 6 septembre en raison de l’épidémie de Covid-19.

Innocenté des fraudes électorales, le Mas pourrait tirer à nouveau son épingle du jeu : « La gestion d’Añez est très critiquée, de nombreux scandales de corruption ont éclaté et sa gestion du Covid-19 considérée comme désastreuse. En face, le socle électoral du Mas est toujours là. Les progressistes qui hésitaient à voter Evo en raison du référendum pourrait revenir au Mas », affirme Christine Delfour. Le candidat du Mas à la présidentielle, Luis Arce, ancien ministre de l’Économie d’Evo Morales, caracole d’ailleurs en tête des sondages.

source : France24 et New York Times

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