Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

La bombe atomique peut rendre fou, par Sun TZU


L’hypothèse de l’analyse est forte : “Tout le vocabulaire sur l’équilibre de la terreur était trompeur car il mettait le fou et le médecin (ou l’équipe soignante si l’on veut) sur le même plan alors qu’à chaque crise celui-ci a réussi à lui passer la camisole.” L’URSS, ajouterais-je pour appuyer cette analyse a sauvé l’humanité par deux fois, la première contre le nazisme, la seconde en empêchant le MAD (fou) de recommencer l’expérience d’Hiroshima. Aujourd’hui, la Chine est contrainte à son tour d’expliquer au fou toujours plus fou que les deux pays ont mutuellement de quoi se détruire. Mais il n’y a pas que Trump, et Macron se comporte sur le même modèle, sa vision de la place de la France en Europe repose sur la même folie de puissance (note de Danielle Bleitrach).

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La décision prise par Truman d’utiliser par deux fois la bombe atomique les 6 et 9 août 1945 n’a pas fait l’unanimité aux Etats-Unis et les critiques se sont amplifiées lorsqu’on été connus les dégâts réels et lorsque les images des deux villes détruites ont été diffusées

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La réponse de l’Etat, Présidence et Pentagone en tête, a été fabriquée a posteriori et elle a consisté à dire que si l’armée US avait dû conquérir le territoire japonais pour arracher la capitulation du Japon les combats auraient été féroces comme ils l’avaient été dans le Pacifique et que les pertes de l’armée US auraient été très importantes.

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L’argument n’est pas faux en soi car le débat a eu lieu au sein même du cabinet Truman où le secrétaire d’Etat Stimson, le secrétaire à la Marine James Forrestal très actifs dans la guerre menée avec les moyens classiques (en une nuit de mars 1945 les bombes incendiaires étasuniennes ont pu tuer 100 000 habitants de Tokyo) pensaient que la simple menace nucléaire suffirait à conduire le Japon déjà très affaibli à capituler. C’était également la position du physicien Robert Oppenheimer directeur scientifique du projet Manhattan qui plus tard s’opposera à la mise au point de la bombe H.  Mais Truman était absolument déterminé à  précipiter les choses et  trois semaines après le premier et unique essai le bombardement nucléaire d’Hiroshima avait lieu. 

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Mais l’argument est trompeur en ce sens que la capitulation n’a pas été obtenue en raison des bombardements atomiques mais par l’entrée en guerre de l’URSS contre le Japon effective le 8 août à la date exacte annoncée à Truman par Staline à Potsdam en Juillet et par la déroute militaire japonaise qui s’en est suivie.

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Truman ayant imposé sa décision, le projet stratégique étasunien prenait corps. En effet la conjugaison de la domination économique et de la supériorité militaire absolue découlant du tout nouveau monopole nucléaire allait permettre d’ouvrir ce que ses promoteurs appelaient  le « siècle américain ». Préparé dés 1938 par le COUNCIL OF FOREIGN RELATIONS, club fermé des plus  grandes entreprises US, le projet fut rendu public en Février 1941 dans un numéro fameux de TIME MAGAZINE sous la plume de son fondateur ALFRED LUCE lequel annonçait la prochaine entrée des Etats-Unis dans une guerre dont ils ont été le protagoniste le plus bref. Le dernier arrivé dans la partie a raflé la mise.

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Le monopole de  l’arme atomique qui garantissait la soumission par la peur de tous les autres états du monde devait donc être maintenu à tout prix. Commença alors la production à l’échelle industrielle des bombes atomiques. Un document trouvé dans les archives du Ministère français des affaires étrangères indique que deux ans après Hiroshima le stock de bombes dépasse déjà les 250. Cette production abondante avait un objectif stratégique clair : rayer l’URSS, seul pays assez vaste et puissant pour porter ombrage au nouvel impérialisme, de la carte. Cet arsenal aurait permis la mise en œuvre du plan établi pour détruire presque simultanément avec des bombes atomiques 300 villes d’URSS tel qu’il est relaté dans l’ouvrage de Gar Alperovitz « The decision to use the atomic bomb » jamais traduit en français. Le Docteur Folamour existait donc réellement bien avant que Kubrick en fit un personnage de fiction.  

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Pourtant cet assassinat de masse, techniquement réalisable, dûment programmé, mais tenu secret, n’eut pas lieu.

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D’abord et avant tout parce que l’URSS, qui se savait visée, eut le temps de se prémunir et réussit son premier essai atomique en 1949. La possibilité d’une riposte prenait ainsi corps.

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Paradoxalement ce n’est qu’à ce moment-là que la crainte d’une guerre nucléaire apparut dans la population et prit la forme de l’appel de Stockholm. Initié en France par le Parti Communiste et porté par le Mouvement de la paix. Ce mouvement exprimait la crainte, fondée, de l’URSS, arrivée à parité pour la bombe A de devoir poursuivre la course folle vers la bombe H, c’est à dire vers une arme à la puissance décuplée. Malgré l’intensité de la campagne et les signatures prestigieuses (Neruda, Picasso …) ce fut peine perdue. Les Etats-Unis voulaient reconquérir avec la bombe H le monopole de la terreur nucléaire un instant brisé en 1949. La course reprit donc.

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Cette fois les USA n’arrivèrent que très légèrement en tête : premier essai US le 01.11.1952 premier essai soviétique 12.08.1953, seulement dix mois d’avance. L’issue de la course était d’autant plus incertaine que parallèlement au développement des bombes elles-mêmes se poursuivait la recherche puis la construction des vecteurs car pour rendre concrète la menace du bombardement atomique de l’adversaire il fallait trouver les outils pour transporter les bombes sur de très longues distances. Le lent bombardier à hélice utilisé à Hiroshima et Nagasaki fut remplacé par des bombardiers lourds à réaction comme le B 47, ancêtre du fameux B52, mis en service en 1951. Côté soviétique, son concurrent, le Tupolev 16 fut produit  à partir de 1953. Là encore l’avance américaine était faible.

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Mais le  4 octobre 1957 a lieu un coup de théâtre. Ce jour-là l’URSS met en orbite Spoutnik le premier satellite artificiel de l’histoire de l’humanité. En URSS et dans les pays du bloc de l’Est l’évènement est salué comme une avancée décisive de nature à éviter toute provocation nucléaire des Etats-Unis. Mais bien que l’URSS ait pris soin d’annoncer que ce satellite n’avait pas d’utilité militaire il démontre une avance soviétique dans le domaine de la balistique au moment où des deux côtés la recherche d’un vecteur beaucoup plus rapide et puissant que le bombardier est lancée. C’est la panique à Washington. Car outre la perte de prestige : l’URSS est technologiquement en avance, le Pentagone s’inquiète : ce satellite qui passe à intervalle régulier très haut dans le ciel des Etats-Unis peut photographier toutes leurs installations militaires et les lanceurs soviétiques pourraient transporter des bombes H beaucoup plus rapidement que les bombardiers. La réponse étasunienne est d’une part le lancement d’un premier satellite le 01.02 1958 et la création la même année de la NASA qui regroupera progressivement tous les programmes civils et militaires.

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La crise des missiles de Cuba en octobre 1962 aura lieu dans cette période très particulière où les Etats-Unis savent qu’ils ne sont pas en position de force. En effet vient de se mettre en place avec la mise en service des deux côtés des sous marins lanceur d’engins ce que l’on dénomme la TRIADE NUCLEAIRE comprenant trois vecteurs pour porter les bombes :

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1-    1- bombardiers  stratégiques,

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2-     2-missiles balistiques et

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3-    3- sous marins lanceurs d’engins.

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Cette triade reste encore aujourd’hui un des concepts clés des stratégies nucléaires.

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Cette nouvelle arme est très menaçante puisque la capacité du sous-marin à s’approcher au plus prés des côtes adverses réduit dramatiquement le temps de riposte.  L’installation de missiles balistiques soviétiques à Cuba et la présence très probable  aux alentours de sous-marins soviétiques rendra le compromis entre Khrouchtchev et Kennedy nécessaire. En effet  la destruction par les Etats-Unis des missiles soviétiques installés à Cuba aurait pu entrainer une riposte des sous-marins soviétiques qui auraient alors visé le sol étasunien.

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  On ne peut exclure l’hypothèse que ce compromis passé par Kennedy réaliste car simple reconnaissance de l’égalité des forces en présence à ce moment donné ait été considéré comme une capitulation, lui ait été reproché par une fraction de l’appareil étatique et militaire et lui ait coûté la vie l’année suivante à Dallas.

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C’est dans cette période qu’émerge le concept de la destruction mutuelle assurée en anglais MAD (Mutual Assured Destruction) (en anglais MAD veut dire FOU) mis en circulation par le secrétaire à la Défense Mac Namara selon lequel celui qui frappe le premier peut causer d’énormes destructions mais ne parvient pas à détruire toutes les capacités de riposte de l’adversaire qui va donc répliquer. Il n’y a pas de vainqueur mais deux  vaincus très mal en point ou  morts. Pourquoi cette pure histoire de fous au sens strict du terme n’a-t-elle pas  produit un soulèvement de la raison ?

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Il est à noter que tout le raisonnement autour de la première frappe supposée être décisive puisqu’anéantissant l’adversaire a été développé aux Etats-Unis qui se sont toujours mis dans la peau du premier frappeur, l’URSS n’ayant jamais conçu que des parades à cette première frappe et des moyens de répliquer. Le fameux « équilibre de la terreur » n’était atteint que lorsque l’URSS réussissait à trouver une réponse au déséquilibre initial créé par les Etats-Unis.

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Bien sûr au fil des années le jeu réduit dans sa version première à un simple aller retour des armes de mort s’est compliqué puisque les vecteurs comme les parades se perfectionnaient et donc la partie pouvait être rejouée plusieurs fois : le premier échange ne faisant que 10 millions de morts la dose était augmentée pour le coup suivant où les victimes pouvaient atteindre 50 millions et ainsi de suite jusqu’à la mort des deux protagonistes. Les chiffres annoncés n’étaient que ceux des victimes immédiates des frappes, il pouvait rester des survivants mais comme disait le général US  Schwarzkopf ils devaient eux « retourner à l’âge de pierre. »

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Remarquons au passage que de tels propos aient pu être tenus par des « responsables » du pays le plus puissant du monde et que ceux qui les proféraient n’aient pas été aussitôt enfermés laisse un certain malaise.

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Cette folle progression explique pourquoi les deux adversaires ont pu se trouver en possession d’un nombre de bombes approchant la dizaine de milliers, réparties entre les trois types de vecteurs et dispersées géographiquement, nombre énorme bien au-delà du nombre suffisant à éliminer toute vie  humaine sur la planète en cas d’utilisation. Au point qu’ils ont fini par négocier l’ampleur des mises de plus en plus coûteuses sur la table de ce jeu insensé. D’où une série d’accords bilatéraux de réduction et de contrôle des armements nucléaires qui n’ont pas empêché les deux protagonistes de continuer à dominer la scène nucléaire mondiale, les autres détenteurs de ces armes, au nombre de 6 aujourd’hui, en possédant entre 20 et 30 fois moins et n’étant au mieux, quoi qu’ils en disent, que de petits acteurs régionaux.

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Il reste aujourd’hui aux Etats-Unis chez les militaires toujours beaucoup plus soucieux de gagner une bataille à l’extérieur que de protéger le territoire national des petits joueurs qui, pour donner l’impression d’un adoucissement, d’une sorte de semi guérison de leur démence nucléaire, se font les promoteurs des « mini nukes »  bombes atomiques dites « tactiques » à utiliser en cas de difficulté dans un conflit militaire classique. Mais ce qu’ils feignent d’ignorer c’est qu’une fois le jeu nucléaire rouvert rien ne permet de dire que l’adversaire s’en tiendra à une riposte de même niveau et rien ne permet surtout de garantir que l’extrême rapidité des ripostes souvent automatisées dans des procédures très brèves n’échappera pas à la décision humaine surtout si la partie se joue en quelques minutes voire quelques secondes le nez sur la frontière russe. Ils se font également au passage les défenseurs ou les agents d’une industrie nucléaire dont les stocks de matériaux fissiles et de plutonium en particulier sont énormes.

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Il y a donc bien un fou qui veut à toute force étrangler celui qui, poussé par la nécessité, s’est installé dans le rôle du soignant et qui l’histoire est juge et l’humanité lui en est redevable, est parvenu depuis 75 ans à le maîtriser.

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Tout le vocabulaire sur l’équilibre de la terreur était trompeur car il mettait le fou et le médecin (ou l’équipe soignante si l’on veut) sur le même plan alors qu’à chaque crise celui-ci a réussi à lui passer la camisole.

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Tous les discours occidentaux brandissant une menace soviétique n’ont jamais été que l’expression de l’obsession maladive des Etats-Unis qui ne supportaient pas et ne supportent toujours pas qu’au plein milieu de leur « siècle américain » il demeure sur la planète un pays deux fois grand comme les Etats-Unis, richement doté d’immenses ressources minières et de terres à blé ayant pleinement développé ses capacités scientifiques et techniques et qui entendait vivre à sa façon. D’où leur participation à la « guerre civile » entre 1918 et 1922 d’où leur accommodement avec les nazis tant que ceux-ci s’en prenaient aux bolchéviques, d’où leur activité anti soviétique puis antirusse sur tous les plans : politique, diplomatique idéologique, culturelle, permanente pendant un siècle entier, d’où encore aujourd’hui la poursuite de l’encerclement par le biais de l’OTAN et des Etats issus de révolutions de couleur : Géorgie, Ukraine.

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L’extrême agitation actuelle du président des Etats-Unis et de son entourage laisse craindre une grave rechute et un nouvel accès de folie nucléaire. En effet après avoir dénoncé tous les traités de régulation conclus avec l’URSS/Russie à l’exception du traité START qui arrive à échéance en février 2021 et au renouvellement duquel il n’accorde aucune attention il annonce aujourd’hui son intention de reprendre les essais nucléaires en violation du  traité de 1972 pour accompagner son énorme budget de modernisation des armes nucléaires.

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En matière nucléaire Macron, tout émoustillé par le monopole nucléaire français dans l’Union Européenne de l’après Brexit et les neurones jupitériens en complète surchauffe veut faire « bénéficier l’Union Européenne de la protection nucléaire française ». Il a, lui aussi, fait voter des crédits pluriannuels de modernisation de l’arme nucléaire française et veut un nouveau porte-avions pour aller porter la mort dans d’autres pays sans armes atomiques. Il se comporte comme un petit Trump régional mais c’est en échange de la soumission de l’économie française au capital allemand.

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Il appartient au peuple français de le calmer et aux autres peuples européens de lui dire que l’influence française peut s’exercer d’une manière plus intelligente et porteuse d’un autre avenir collectif.

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