Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

DISCOURS D’INTRODUCTION DU SECRETAIRE GENERAL DU COMITÉ CENTRAL DU KKE, DIMITRIS KOUTSOUMPAS, AU NOM DU KKE, À LA TÉLÉCONFÉRENCE DES PARTIS DE L’INITIATIVE COMMUNISTE EUROPÉENNE

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DIMANCHE 10 MAI 2020

Chers camarades,

Au nom du Comité central du KKE, nous vous adressons à tous des vœux de santé et de force dans notre lutte qui est continue, dans toutes les conditions, et précieuse pour les intérêts de la classe ouvrière et des peuples.

Le Parti communiste de Grèce a pris l’initiative d’utiliser la téléconférence, au milieu de la pandémie de coronavirus menaçant notre peuple comme les peuples du monde entier, afin que, même dans des conditions aussi complexes, nous puissions conquérir de nouvelles façons d’échanger des vues et coordonner de façon créative l’activité des Partis de l’Initiative communiste européenne.

Il faut souligner que malgré la pandémie et les aspirations des gouvernements antipopulaires, les Partis communistes et ouvriers d’Europe sont présents, et ils ont honoré avec de nombreuses activités la Journée des Travailleurs de cette année aussi, les innombrables héros de la lutte pour les droits ouvriers et la cause de la classe ouvrière.

Hier en particulier, nous avons célébré le 75e anniversaire de la Victoire antifasciste, qui a été acquise grâce à la lutte acharnée du peuple soviétique, de l’Armée rouge, dirigée par le Parti des bolcheviks, et par l’action vigoureuse des mouvements partisans sous la direction des PC.

Camarades,

Notre parti affronte avec un grand sens des responsabilités cet événement sans précédent pour le peuple. Nous avons d’emblée adapté le fonctionnement et les actions des Organisations du Parti pour se conformer aux mesures de prévention et de protection de la santé publique, en exigeant parallèlement que toutes les mesures nécessaires soient immédiatement prises pour protéger la santé du peuple et les droits des travailleurs.

L’intervention de notre Parti dans ces conditions difficiles se résume par le slogan suivant : « Soyons forts mais ne restons pas silencieux. ».

SOYONS FORTS, en nous protégeant nous-mêmes, nos familles, nos amis, nos camarades, nos collègues. Mais ne restons pas silencieux quant aux défaillances du système de santé publique. A cet égard, nous mettons en évidence et exigeons tout ce qui aurait déjà dû être fait pour faire face à la pandémie.

Nous soulignons en particulier la nécessité de recruter des milliers de personnels de santé, la réquisition immédiate du secteur de santé privée, la protection de nos concitoyens qui souffrent sur les lieux de travail afin de produire les moyens nécessaires à la survie de la population, ainsi que la protection de ceux qui mènent un combat titanesque dans les hôpitaux et dans toutes les unités de soins, pour protéger notre santé et nos vies.

Soyons forts, mais n’abaissons pas notre résistance, nos exigences et notre solidarité sur les lieux de travail et dans les quartiers, en prenant bien évidemment en compte les mesures de protection et les conditions particulières.

Nous ne restons pas silencieux face à l’arbitraire des employeurs et à la politique du gouvernement qui, une fois encore, cherche à faire peser tout le poids de cette crise sur les épaules des travailleurs.

Chers camarades,

L’État bourgeois, le gouvernement et leurs mécanismes ont déployé une grande attaque de propagande idéologique et politique contre notre Parti et le mouvement syndical ouvrier de classe, au PAME, à l’occasion des grandes manifestations pour le 1er mai qui ont eu lieu dans tout le pays, avec le grand rassemblement sur la place Syntagma, devant le Parlement, qui a même été couvert par de nombreux médias européens et internationaux.

Ils ont recouru à l’anticommuniste vulgaire, parce que ce qui les dérange et inquiète c’est le symbolisme des manifestations :

Ils sont dérangés par la DÉSOBÉISSANCE à l’égard de l’injustice et l’exploitation. Ils sont dérangés par le fait que la classe ouvrière, son mouvement, avec les communistes en première ligne, peut et doive désobéir aux mesures répressives anti-ouvrières qui touchent les droits des travailleurs, trouver des moyens d’exprimer la protestation populaire et d’organiser la lutte, dans toutes les conditions, même dans des conditions d’interdiction, en utilisant une variété de formes originales.

Ils sont également dérangés et inquiétés par la DISCIPLINE des travailleurs. La discipline quant au respect de toutes les mesures de protection, auxquelles les communistes ont appelé, les syndicats de masse qui se rassemblent au PAME. Ils sont dérangés par le fait qu’en ce 1er mai emblématique, comme lors des précédentes journées d’action qui l’avaient préparé, comme la Journée de la santé (7 avril), la Journée des travailleurs aux supermarchés (15 avril) et la Journée d’action pour la défense des droits des travailleurs sur tous les lieux de travail et toutes les industries (28 avril), l’organisation, la collectivité, la participation et l’action disciplinée, individuelle, consciente volontaire pour le but commun, la vigilance, la préparation, la qualité et la supériorité du peuple militant, ont resplendi littéralement.

L’élément de la DÉSOBÉISSANCE, de l’insubordination, de la poursuite de la lutte, en toutes circonstances, nous montre la voie que nous devons constamment suivre en fonction de notre programme et de notre objectif stratégique, tous les Partis communistes et ouvriers.

L’élément de la DISCIPLINE met en évidence le rôle de pionnier que seul le Parti communiste devrait et peut jouer en tant que dirigeant de la classe ouvrière, le seul Parti qui peut s’appuyer sur des données scientifiques, ouvrir des voies lumineuses, être en tête de la lutte, de l’alliance sociale, mener l’affaire jusqu’au bout, à la victoire finale des travailleurs de toute l’Europe, contre la dictature des monopoles, conduire les peuples vers une nouvelle société libérée de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Tout cela inquiète la bourgeoisie; c’est tout ce que nous devons systématiquement et constamment exposer à notre peuple dans la période à venir.

Chers camarades,

Il est en notre pouvoir de briser le silence que le gouvernement et les grands patrons cherchent à nous imposer au nom du slogan « Surmontons cette crise ensemble », reflétant bien l’hypocrisie de l’éthique bourgeoise.

Il est en notre pouvoir de revendiquer des mesures pour soutenir les employés et les travailleurs indépendants frappés par les mesures restrictives.

Exigeons l’annulation des dizaines de milliers de licenciements ainsi que tous les changements encore plus nuisibles qui ont précédé ces licenciements.

Nous rejetons la légitimité de ces mesures, prises sous prétexte de l’épidémie, mais qui visent à demeurer permanentes, comme celles ayant trait à une plus grande « flexibilité » du travail.

La stratégie de communication du gouvernement de la ND [Nouvelle Démocratie] en Grèce, invoquant la « responsabilité individuelle » à tout va, est sournoise parce qu’elle cache la vérité au peuple.

Elle vise à dissimuler les énormes carences du système de santé publique causées par la politique globale de l’UE acceptée et défendue par tous les gouvernements grecs, de même que la politique de dégradation, de commercialisation et de réduction des dépenses que tous les gouvernements – d’abord le ND-PASOK, puis SYRIZA – ont suivi au fil du temps.

Camarades,

LE MYTHE selon lequel secteurs public et privé peuvent coexister harmonieusement, pour le bien-être de tous, est complètement réfuté par la pandémie de coronavirus. Ce mythe est réfuté par l’avidité des centres de santé privés qui n’effectuent des tests de dépistage qu’auprès de ceux qui peuvent se le permettre, privant ainsi la planification étatique de ressources stratégiques, accroissant en même temps le risque de propagation du virus. Le fait que de nombreux cas et décès en Grèce ont eu lieu dans des cliniques et des structures privées qui ne respectaient pas les règles fondamentales d’hygiène, en a apporté la preuve de manière tragique.

Ce mythe est également réfuté par le fait que l’État dépend de la “guerre” menée par les grandes entreprises sur le marché mondial, qui ont trouvé l’occasion de faire des affaires très lucratives sur l’approvisionnement en matériel de base et en médicaments.

La nécessité d’un système de santé gratuit et entièrement public, de même que l’abolition de toute activité commerciale privée, vient d’être dramatiquement démontrée. Aujourd’hui, il est incontestable que la santé du peuple, le soin, la protection, la sécurité sont incompatibles avec le profit capitaliste, avec le capital vorace, la mode de production capitaliste.

Si des solutions ne sont pas imposées en fonction des besoins réels du peuple, le peuple souffrira, il vivra dans des conditions misérables, il paiera constamment de son propre poche, pour que l’élite du capital fasse de larges profits.

Particulièrement, ces derniers temps, les processus et les antagonismes pour le soutien le plus effectif de l’économie capitaliste frappée s’intensifient.

Les conséquences de la pandémie du COVID agissent absolument comme des catalyseurs pour l’aggravation des problèmes sérieux, qui existaient déjà dans l’économie capitaliste.

Même quand les gouvernements – actuels et précédents – célébraient le « développement », le KKE avertissait que le problème de la suraccumulation du capital, en tant que le fait générateur de la crise, n’avait pas été surpassé, mais il est encore plus aggravé, en faisant rapprocher le risque d’une nouvelle crise, peut-être plus vite que prévu.

En effet, l’économie grecque est encore plus exposée à ces chocs, à cause de sa grande dépendance du tourisme et du transport maritime, des transports en général.

Tous les gouvernements précédents – ND, SYRIZA, PASOK-KINAL –  brandissaient l’étendard de cette politique qui amoindrissaient en même temps les grandes possibilités de production du pays, qui sont précieuses et nécessaires, surtout dans des conditions comme les actuelles, seulement parce que cela était imposé par les profits du capital et les engagements vers l’UE.

C’est sur ce terrain que se développe le débat sur le besoin d’une intervention puissante étatique à l’économie, nommée « un nouveau Plan Marshall ».

Au fait, ce terme est utilisé tant par les supporteurs des mécanismes de soutien actuels du MES (l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche), que par les supporteurs des euro-obligations ou de quelque chose pareille, provenant des pays du Sud surendettés.

Aussi, ce terme est utilisé par toutes les forces bourgeoises, peu importe si elles se présentent comme des forces rivales entre eux (des néolibéraux, de la droite, des sociale-démocrates de toute sorte et d’autres).

Cette identification montre leur grand accord sur la nécessité que les États bourgeois et leurs alliances, comme l’UE, interviennent, avec une politique d’expansion financière, afin de soutenir non pas les travailleurs et les peuples, qui sont encore une fois les grandes victimes en ce qui concerne leur santé et leurs droits, mais les grands groupes d’entreprises et leur rentabilité ; en même temps, afin de renforcer la position du capital européen envers ses antagonistes, comme les Etats-Unis, la Chine, la Russie etc., dans le cadre des réarrangements qui se réaliseront dans le système impérialiste international.

Bien sûr, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de différences entre eux, à l’intérieur de l’UE, concernant qui gagnera et qui perdra de la crise, qui peuvent conduire à un nouveau compromis fragile.

Au contraire; les pays avec les déficits et les dettes les moins importants avancent que les prêts aux économies doivent être l’affaire de chaque pays, à travers les mécanismes actuels de soutien. Les pays avec les déficits les plus grands, comme l’Italie et l’Espagne, qui auront besoin des grands fonds pour le soutien de leurs propres groupes d’entreprises, avancent que ce prêt doit être effectué sous des conditions de « mutualisation » des nouvelles dettes.

Ce qui est confirmé encore une fois est l’escroquerie de la « solidarité européenne ».

L’UE et la zone euro sont par nature des alliances des États et des économies concurrentes qui, surtout dans des conditions de crise, font preuve de leur agressivité l’un à l’égard de l’autre et surtout à l’égard du peuple.

Donc, tous ceux qui pleurnichent encore une fois pour la cohésion de l’UE et « la maison commune européenne qui est menacée » le font parce qu’ils connaissent que cet image fausse apparaît affaiblie aux yeux des peuples.

Aussi, il est confirmé que la formule de gestion bourgeoise qui est choisie chaque fois, n’est pas déterminée par les opinions politiques particulières de chaque gouvernement bourgeois, mais par les besoins et les priorités du capital, dans un moment donné.

C’est pour cela, d’ailleurs, que nous avons vu que des forces sociale-démocrates, comme SYRIZA en Grèce, implémentent des politiques restrictives, auxquelles elles étaient supposément opposées, ainsi que les forces néolibérales implémentent maintenant une politique d’expansion, qu’elles critiquaient auparavant.

Ce n’est pas un nouveau phénomène. L’histoire contemporaine est pleine d’exemples similaires. En tout cas, le dénominateur commun est le suivant : Les travailleurs sont ceux qui seront appelés à payer de nouveau pour les nouveaux plans de sauvetage.

Les travailleurs ont payé dans les années précédentes pour les mémorandums et les mesures dures antipopulaires, qui restent encore en vigueur ; c’est eux qui seront appelés à payer pour les nouveaux prêts et les déficits qui seront créés, avec des nouvelles mesures qui sont déjà testés dans le tube expérimental « sanitaire », à l’occasion de la pandémie.

Camarades,

En Grèce, les syndicats de classe, les organisations militantes des secteurs privé et public, ainsi que ceux des travailleurs indépendants dans les villes et à la campagne – professionnels, agriculteurs, scientifiques- des artistes, les étudiants, les élèves, promeuvent des demandes importantes, qui ont le soutien du KKE, sur le soutien des revenus populaires, l’abolition de centaines de lois antipopulaires et de décisions gouvernementales concernant tous les secteurs.

Nous faisons des demandes spécifiques et élaborées pour la satisfaction des besoins modernes des travailleurs, des paysans pauvres et moyens, des travailleurs indépendants de la ville, des jeunes étudiants et travailleurs, et des femmes des couches ouvrières-populaires, ainsi que des immigrants et réfugiés trouvés dans notre pays et qui sont victimes des guerres impérialistes et de l’exploitation capitaliste.

Nous saisissons chaque occasion pour organiser la lutte ouvrière et populaire, et nous considérons que la promotion et la revendication dans les conditions spéciales des restrictions, avec une intensité plus grande et avec d’autres formes et moyens le jour suivant, est une condition essentielle pour préparer la contre-attaque populaire, cultiver un climat de préparation, de regroupement, de large alliance sociale avec la classe ouvrière en première ligne.

Le coronavirus sera guéri et la pandémie passera, comme d’autres dans le passé, mais le capitalisme est incurable et continuera de tourmenter l’humanité, avec la pauvreté, le chômage, les guerres, la destruction de l’environnement, jusqu’à ce que les peuples décident de venir sur le devant des développements.

De plus en plus de gens dans le monde entier réalisent et crient, que «le capitalisme est le vrai virus».

Le système actuel ne peut être renversé et remplacé que par un système social supérieur, le socialisme-communisme, où la propriété sociale dans les moyens de production avec le pouvoir ouvrier, la planification centrale scientifique pour répondre aux besoins populaires, le contrôle ouvrier dans toutes les organes administratifs et la participation à tous les organes du pouvoir, de bas en haut, peuvent conduire au bien-être du peuple, à la paix et au progrès de l’humanité.

Nous devons être résolument attachés, sans hésitation, à cette tâche. Il faut que nos tactiques et pratiques quotidiennes soient ancrées à cette tâche, en tenant bien sûr toujours compte des conditions spécifiques, de la corrélation des forces, mais sans reculer devant celles-ci, modifiant notre ciblage stratégique.

C’est l’internationalisme, la solidarité et l’activité ouvrières et communistes, qui doivent nous accompagner à chaque étape, comme c’était le cas jusqu’à présent, mais à un rythme plus rapide qui conduira à de petits sauts réalistes dans le présent, mais qui prépareront le grand saut à l’avenir, pour les peuples de nos pays, pour toute l’Europe, pour le monde entier.

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