Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Sur les conclusions de la réunion de l’Eurogroupe

En matière d’UE, j’ai l’habitude de me fier au PCP (parti communiste Portugais). C’est grâce à leurs écrits que j’avais découvert la résolution du Parlement européen mettant sur le même plan communisme et nazisme et les signataires dont le PS et des verts bien de chez nous. Inutile de dire que ce n’est pas le secteur international du PCF qui nous fera connaître la réalité de ce qui se passe à l’UE (note et traduction de Danielle Bleitrach).

10 avril 2020

Contrairement à la propagande qui accompagne ses conclusions, ce qui reste à retenir lors de la réunion de l’Eurogroupe, ce sont les profondes contradictions au sein de l’Union européenne, l’absence flagrante de solidarité et de mesures adaptées à l’ampleur des problèmes, et aussi cynique qu’une cession non déguisée aux intérêts des principales puissances européennes et des grands groupes économiques et financiers.

En plus de la flexibilité requise dans l’utilisation des fonds déjà alloués à chacun des États membres, la voie présentée se résume à des options limitées et temporaires et se fonde sur la logique de l’endettement, des contraintes et des hypothèses qui non seulement ne garantissent pas les droits des travailleurs et des peuples et la réponse aux besoins de pays comme le Portugal, mais aggraveront les asymétries, les inégalités et les relations de dépendance à l’avenir.

Il en va de même du très grave problème de l’emploi, du revenu et des droits du travail pour les travailleurs. Le programme SURE, précédemment présenté par la Commission européenne, est conçu au détriment de l’endettement des États et servira à financer des régimes de travail à temps partiel et des licenciements, qui suppriment objectivement les revenus des travailleurs et représentent un soutien indirect pour les grands employeurs.

En ce qui concerne les entreprises, l’Eurogroupe pointe vers une ligne de crédit de la Banque européenne d’investissement qui bénéficiera principalement aux entreprises à plus forte capitalisation – avec une plus grande capacité à utiliser la ligne de crédit – et au système financier – par lequel le crédit sera acheminé, ce qui favorisera une concentration et une centralisation encore plus importantes du capital, au détriment du soutien à des milliers de PME.

Quant aux besoins de financement des États, l’Eurogroupe pointe l’endettement auprès du Mécanisme européen de stabilité, présenté comme n’ayant pas de conditions draconiennes associées, mais limité aux dépenses de santé liées à la lutte immédiate contre le coronavirus.

En réalité, il s’agit d’un abandon non déguisé à la pression des grandes puissances, qui confirme la logique de «chacun pour soi», ignorant les besoins de financement immédiats pour aider la situation sociale et relancer l’activité économique, poussant les États vers de nouveaux programmes d’accumulation de dette, associée aux règles ” troïka ” de ce mécanisme, si mauvaises pour le Portugal, qu’elles nuisent et sont inacceptables pour les États membres connaissant une plus grande faiblesse économique, précisément ceux qui ont besoin de plus de soutien.

La situation grave à laquelle sont confrontés les travailleurs, la population et le pays nécessite des mesures importantes d’investissement public dans la protection de la santé, en particulier pour les groupes les plus vulnérables; dans la protection sociale des plus touchés et des plus défavorisés; pour la défense de l’emploi; et la relance de l’activité économique.

Il faut exiger la priorité à la protection et à la garantie des revenus des travailleurs et de leurs familles et à la défense de l’emploi avec des droits et des mesures qui assurent la production et la défense de l’économie nationale, en garantissant d’abord la solvabilité des micro, petites et moyennes entreprises, avec un soutien ciblé, judicieux et accessible.

Les mesures de l’Eurogroupe ne garantissent rien de tout cela.

Ils ajoutent de la dette à une dette déjà colossale et lient le pays à des programmes d’endettement accrus et sans fin, qui ne répondent pas aux besoins et aux droits du peuple et du pays.

Dans les circonstances actuelles, le gouvernement portugais, en plus de l’initiative diplomatique avec des pays confrontés à des difficultés similaires à celles du Portugal, doit défendre au prochain Conseil européen des mesures efficaces qui soutiennent la réponse des États aux demandes qui leur sont faites. Les mesures qui, de l’avis du PCP, devraient comprendre:

– un renforcement significatif du budget de l’Union européenne, garantissant sa fonction redistributive et l’objectif d’une cohésion économique et sociale effective;

– La réorientation des fonds dans le budget actuel, en les concentrant sur le soutien aux États membres dans le but de faire converger le progrès économique et social;

– la dérogation à l’article 123 du traité de Lisbonne en vue d’ouvrir la possibilité de financement direct de la Banque centrale européenne (BCE) aux États, notamment par l’achat direct de titres de dette publique nationale;

– L’adoption de mesures pour faire face à l’augmentation de la dette publique, en particulier des États les plus endettés, comme le Portugal, comme l’annulation de la fraction de la dette publique émise par les États en possession de la BCE et inscrite dans les bilans respectifs, tout au long de la période de réponse aux conséquences de l’épidémie;

– Un programme de renégociation des dettes publiques, en termes d’intérêts et de montants, permettant de réorienter les ressources de la dette vers les réponses économiques et sociales nécessaires;

– L’adoption de mesures empêchant la spéculation financière et l’action prédatrice du capital financier, notamment par le contrôle et la suspension de sa libre circulation.

Le Portugal et les Portugais ne peuvent pas être tenus en otage par les impositions, les contraintes, le chantage et les contradictions qui corrodent l’Union européenne.

Comme lors de la crise qui a éclaté en 2008, la situation actuelle et ses évolutions prévisibles démontrent qu’un pays sans souveraineté économique et monétaire, surendetté, mis à la merci du chantage des spéculateurs et des institutions européennes, face à l’absence totale de mécanismes de Véritable solidarité au niveau européen, sera confronté à des obstacles accrus pour défendre ses citoyens, ses travailleurs, leurs conditions de vie, ses services publics, la reprise de l’activité économique.

Dans cette mesure, comme l’a dit le PCP, la nécessité de récupérer les instruments essentiels de souveraineté gagne du terrain, en particulier dans le domaine économique et monétaire, et le développement d’une politique alternative, patriotique et de gauche, comme la réalité se charge de le démontrer, qui contienne dans ses axes et objectifs les réponses dont le peuple et le pays ont besoin.

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