Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Russie : Les sanctions doivent être levées, mais elles ne le seront pas

par Gevorg Mirzayan, Professeur agrégé, Département de science politique, Université financière du gouvernement de la Fédération de Russie

Un excellent article basé sur le simple bon sens au regard de ce qu’est une épidémie, mais la haine, le besoin de reporter ses propres fautes sur l’étranger, la négation d’un simple point de vue humanitaire faute de quoi tout le monde en pâtira est au-delà des catégories mentales des dirigeants occidentaux et malheureusement d’un certain nombre de citoyens de ces pays. Quand on songe que cette lutte il faut y compris sous des formes masquées la mener au sein du PCF, dont certains se sont alignés sur la gauche social-démocrate sous toutes ses formes, c’est dire où en est l’opinion française combien elle est travaillée au profit de l’extrême-droite. Un mot encore, si l’unanimité se fait à l’ONU pour dénoncer le blocus cubain, depuis plus de 20 ans la campagne du PCF et celle de l’Humanité en faveur de ce pays a connu des ignominies, avec la nouvelle direction on note un petit regain dans les déclarations, mais on continue à ne pas voir en quoi ce qui se passe au Venezuela atteint également Cuba. Et que le blocus iranien est également une indignité, cette vision du caractère “moral” des sanctions un jour sera dénoncé comme la barbarie ultime de ceux qui ont inventé des droits de l’homme contre la véritable humanité. (note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop).

6 avril 2020

https://vz.ru/opinions/2020/4/6/1032735.html

Le terrorisme continue

Depuis plusieurs mois maintenant, le monde vit dans une guerre mondiale contre le coronavirus – cependant, cette guerre mondiale est menée dans son ensemble selon les lois de la jungle. Autrement dit, c’est le «chacun pour soi», et bien qu’il y ait des pays enthousiastes (Russie, Chine) qui aident les victimes, il n’y a toujours pas de stratégie mondiale. Tant sur le plan médical de la lutte que sur le plan économique.

Cependant Moscou préconise activement la création d’une telle stratégie. Ainsi, fin mars, la Russie, avec 27 autres pays, a soumis à l’examen de l’Assemblée générale des Nations Unies une résolution sur la lutte collective contre le coronavirus. Cela implique la solidarité internationale, toute une série de mesures conjointes – dont la proposition de Vladimir Poutine de «renoncer aux guerres commerciales et aux sanctions unilatérales contournant le Conseil de sécurité des Nations Unies». Guerres et sanctions qui empêchent les pays touchés d’acheter et même de recevoir du matériel humanitaire pour lutter contre le virus.

Étonnamment, cette proposition a été promue non seulement par le président russe (et le secrétaire général de l’ONU Antoni Gutierrez qui s’y est associé), mais aussi par des politiciens, des militants et des journalistes occidentaux. Au cours des dernières semaines, de nombreux articles ont paru dans les médias américains et européens selon lesquels il était nécessaire «pour des raisons humanitaires» de lever ou d’assouplir les sanctions contre ne serait-ce que l’Iran, gravement touché par le coronavirus. D’arrêter ce que le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Jawad Zarif a qualifié de “terrorisme médical”. Non seulement des journalistes, mais aussi des politiciens, y compris des personnalités éminentes du Parti démocrate américain, s’expriment en ce sens.

Cependant, la principale figure de l’administration républicaine – le président Donald Trump – pense différemment. Comme les dirigeants des pays européens. Par conséquent, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Union européenne, ainsi que la Géorgie et l’Ukraine, qui les ont rejoints, ont bloqué la résolution russe à l’Assemblée générale.

Que peuvent-ils faire d’autre?

Avec Kiev et Tbilissi, tout est clair et net – la résolution russe menace la survie même des régimes locaux, en particulier ukrainiens. La levée des sanctions sera inévitablement considérée comme une nouvelle étape vers la normalisation des relations russo-européennes – et, par conséquent, une diminution de l’intérêt de l’UE pour le soutien moral et financier de la politique russophobe des dirigeants géorgien et ukrainien. Qui, d’une manière générale, vivent de cette politique et ne savent pas comment en mener une autre. Par conséquent, la décision de Kiev et de Tbilissi de bloquer la résolution était conforme aux intérêts de leurs régimes (à ne pas confondre avec les intérêts des pays).

Quant aux “grandes personnes” – États-Unis et Europe -, leur décision de bloquer la proposition russe a été une grave erreur. Et pas seulement parce qu’ils ont ignoré les conséquences humanitaires des sanctions – depuis quand les États-Unis se soucient-ils du sort des Iraniens ordinaires (parmi lesquels environ 60 000 personnes infectées et qui, en raison des sanctions, ne peuvent même pas recevoir d’aide humanitaire, sans parler de l’achat de matériel médical).

Et l’essentiel n’est même pas qu’ils aient négligé l’effet de cette résolution sur les opinions publiques – les médias occidentaux atténueront les dégâts en matière d’image et ne diffuseront probablement pas les déclarations des dirigeants iraniens sur le “terrorisme médical” de l’Occident. L’erreur réside dans le fait de ne pas comprendre l’importance de cette résolution pour assurer la sécurité du « milliard d’or » [les pays les plus riches, NdT], ainsi que dans l’opportunité manquée de sortir de la guerre des sanctions, perdue de toutes façons, sans être obligés d’admettre leur défaite.

Un effet inverse

Vous pouvez détester les Russes, les Iraniens, les Vénézuéliens autant que vous voulez – mais vous devez comprendre que le virus ne fait pas de discrimination. Il affecte tout le monde sans discrimination. Vous pouvez imposer des sanctions contre des pays individuels autant que vous le souhaitez, mais vous ne pouvez pas creuser un fossé autour d’eux et les isoler de la communauté internationale. Par conséquent, si les États-Unis se soucient de leur sécurité, ils devraient faire tout leur possible pour aider tous les pays du monde – de l’Allemagne au Venezuela – à éliminer le virus sur leurs territoires. Plus le virus est détruit rapidement, plus la crise économique mondiale prendra fin rapidement. Plus il sera détruit de manière certaine, plus il est probable que cette crise ne se reproduira pas. Par conséquent, en sauvant par exemple l’Iran du coronavirus, les Américains se sauvent d’abord eux-mêmes.

Vous pouvez conserver le régime de sanctions aussi longtemps que vous le souhaitez, mais vous ne pouvez pas nier qu’il a fait la fait la preuve de son inefficacité. Y compris parce qu’aux yeux des pays du tiers monde, il est passé d’un instrument de coercition à un instrument de répression. Les sanctions contre la Russie et l’Iran ont longtemps été infligées non pas comme une mesure exceptionnelle afin de forcer Moscou et Téhéran à faire des concessions raisonnables limitées – elles sont devenues, en fait, une méthode de dialogue quotidien entre l’Occident et les régimes indésirables. Des sanctions sont prises au nom des sanctions elles-mêmes, toute concession de la part des «victimes» potentielles ne produit que des menace de nouvelles sanctions et l’exigence de nouvelles concessions – jusqu’au démantèlement final et la capitulation. Il n’est pas surprenant que par rapport à la grande majorité des pays «rebelles», les sanctions ne fonctionnent plus – et dans certains cas, elles produisent même l’effet inverse.

Ainsi, par exemple, les sanctions «injustes» décidées contre la Russie n’ont pas conduit à la volonté de la population de renverser le pouvoir, mais à la consolidation des gens autour du gouvernement – y compris ceux qui avaient précédemment critiqué Vladimir Poutine. De plus, ces sanctions frappent la classe moyenne russe – le groupe même de la société qui était le plus pro-occidental et qui exigeait le plus activement la modernisation et la libéralisation des autorités. Autrement dit, il s’est avéré que les sanctions occidentales non seulement n’ont pas affaibli, mais ont même renforcé Vladimir Poutine – sans parler du fait que la Russie s’est tournée vers la coopération avec la Chine, qui est le vrai concurrent des États-Unis dans la lutte pour le leadership mondial.

Une guerre proactive

Il semblerait raisonnable dans cette situation d’arrêter la guerre des sanctions – cependant, les dirigeants occidentaux restent avant tout des politiciens. Aucun d’entre eux ne veut admettre la défaite, exposer « l’échec d’Akela » [d’après le Livre de la Jungle, quand le roi de la meute essuie un échec, il est déjà presque un loup mort, NdT] à ses électeurs, à ses concurrents dans la lutte pour le pouvoir, ainsi qu’aux opposants de l’étranger. Par conséquent, même une partie raisonnable de l’élite occidentale est obligée de poursuivre la guerre des sanctions par inertie. La résolution russe actuelle à l’Assemblée générale permettait aux États-Unis et à l’Europe de sortir de la guerre des sanctions «pour des raisons humanitaires» – c’est-à-dire sans admettre la défaite. Mais les partenaires occidentaux ont raté cette occasion.

Les Américains vont utiliser toute cette histoire de lutte contre le coronavirus à d’autres fins politiques – non pas pour corriger leurs propres erreurs, mais pour dénoncer les étrangers. Ainsi, les États-Unis (en plus de la clause des sanctions) n’aimaient pas le fait que «l’origine chinoise» du virus ne soit pas mentionnée dans la résolution russe. Les États-Unis réfléchissent déjà aux conséquences politiques de l’épidémie. À la croissance inévitable de la popularité de la Chine qui (en l’absence des États-Unis ayant renoncé à leur rôle de leader) a activement aidé d’autres pays à lutter contre le coronavirus, envoyant des médecins, du matériel et de l’aide humanitaire. Et aussi à la critique du modèle libéral-démocratique imposé au monde entier –étant donné que, comme le note à juste titre le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, la lutte efficace contre la propagation du coronavirus “a montré les avantages institutionnels de la forme chinoise de gouvernement “.

Par conséquent, les Américains (y compris Trump personnellement) mènent déjà une guerre préventive. Ils commencent à monter en épingle l’histoire de la culpabilité chinoise dans le déclenchement de l’épidémie mondiale. Se répandant sur le fait que le coronavirus se serait échappé des laboratoires biologiques chinois ou (ce qui est beaucoup plus facile à montrer) par la faute de responsables chinois négligents qui ont tenté de faire taire les cas d’infections de masse dans les premières semaines de l’épidémie. Apparemment, cette idée continuera d’être répétée et promue dans les médias occidentaux – et l’idée de lever les sanctions ne restera qu’un éclair passager de la raison.

Suite de l'article
S’abonner
Notifier de
1 Commentaire
le plus ancien
le plus récent
Inline Feedbacks
View all comments

l n’y aura rien à tiré de l’U E tant qu’elle restera collée aux tarés mégalos des USA.Mais ici comme là bas paraitre est plus important qu’être donc la réalité importe peu pour avoir raison avant out. C’est vraiment incroyable cette société basée sur le mensonge ayant pour seul but le pillage et de nouveau une forme d’esclavage où l’on tend à associer les esclaves à la décision de l’être et à en dédouaner les magnats du capital.