Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Pourquoi l’Italie a-t-elle été impuissante face au coronavirus par Vladimir Dobrynin

La leçon de l’Italie ne parait pas avoir été entendue et l’Espagne et la France marchent sur le même râteau. Cela dit l’article – outre son diagnostic sur les “erreurs” signale un fait qui est repris un peu partout sauf dans la presse française, à savoir de l’existence d’un virus autochtone qui apparaît sous forme de pneumonie. Il est signalé l’attitude irresponsable des autorités italiennes, françaises et espagnoles, mais le record semble bien être l’Angleterre et désormais les Etats-Unis qui sont devenus le nouveau centre de diffusion mondial (note et traduction de Danielle Bleitrach).

https://vz.ru/world/2020/3/25/1030458.html

L’épicentre mondial de la pandémie de coronavirus, là sous nos yeux, est passé de la Chine à l’Italie. La situation est si critique que les Italiens ont décidé d’accepter l’aide même de la Russie et de Cuba. Mais il y avait encore un mois, il a été déclaré que l’Italie était en sécurité. Pourquoi ce pays n’était-il pas préparé à affronter l’épidémie mondiale?

L’Italie a été au centre de la propagation de l’épidémie en Europe. On peut se réjouir que la courbe de mortalité ait baissé – mais jusqu’à présent uniquement pour l’Italie. Parce qu’en Espagne et en France, celle-ci paraît suivre la courbe des Apennins avec les mêmes étapes, répéter les mêmes erreurs, mais avec un retard d’environ une semaine et demie, jusqu’à présent – pas un soupçon de baisse.

De quel genre d’erreurs parlons-nous?

Confiance en soi, lenteur et erreurs de diagnostic

Il y a un mois, l’Italie regardait avec inquiétude la Chine, épicentre de la pandémie, mais l’alerte a été stoppée par le sentiment que “nous avons tout sous contrôle”. Il y a eu trois cas d’infection au cours des dix premiers jours de février, tous importés d’un pays asiatique. Les patients ont été isolés dans le secteur infectieux de l’un des hôpitaux de la capitale.

Le premier patient «autochtone » était un homme de 38 ans, un athlète, sans aucun lien avec la Chine, qui vivait à Codogno, une ville de 15 000 habitants, à 60 kilomètres de Milan. Alors qu’il était soigné dans un hôpital local pour une pneumonie atypique (mais pas encore de type “Wuhan”), le virus a réussi à attaquer avec succès le personnel médical. Les scientifiques n’ont pas pu identifier le «patient zéro», c’est-à-dire celui qui a infecté cette personne, de sorte que le confinement du virus était compliqué.

Selon des experts, le virus circulait en Italie depuis plusieurs semaines auparavant. Les malades avaient reçu un diagnostic erroné – la grippe. Les patients asymptomatiques qui ne présentaient pas de signes externes d’infection ont continué à aller travailler, à aller au cinéma et à traîner dans les fêtes et dans les tribunes des stades, transmettant le virus à d’autres. “Celui que nous appelons le premier patient était probablement le patient numéro 200, et peut-être plus”, a déclaré le  virologue Fabrizio Pregliasco.

Ce n’est que le dimanche 23 février, lorsque le nombre officiel de personnes infectées a dépassé 130, que le gouvernement a ordonné la fermeture complète de 11 villages en Lombardie et en Vénétie, où vivent 50 000 personnes et où la majorité des infections étaient enregistrées. Malgré l’adoption de mesures assez strictes, le gouvernement était assez complaisant. Le 27 février, le chef du Parti démocrate, membre de la coalition au pouvoir, Nicola Zingaretti a publié sa photo avec un verre de vin à la main à “l’ apéritif  de Milan” et affirmant “nous ne changerons pas nos habitudes”.

Le nombre de cas à ce moment-là avait à peine atteint 400, et le nombre de décès venait à peine d’atteindre un nombre à deux chiffres. Des rumeurs ont circulé selon lesquelles le virus a une orientation anti-asiatique et que les Européens ne sont pas particulièrement en danger, ils se sont détendus. Le trafic aérien n’était pas bloqué, les bars – cafés – restaurants fonctionnaient comme d’habitude. L’Italie est un pays du sud dans lequel les recettes budgétaires du tourisme de vacances occupent une place de choix, et les autorités espéraient donc jusqu’à la fin qu’il ne serait pas nécessaire de fermer ce poste de revenu. Et au sujet de la fermeture des entreprises industrielles, il n’y a eu aucune discussion du tout.

Incapacité à garder un secret et quarantaine trop molle

Cela a rassuré la nation pendant une période extrêmement courte: dix jours plus tard, Dzingaretti a dû publier une nouvelle vidéo sur son compte Facebook – avec le message “Je suis tombé malade”. Les statistiques officielles à cette époque montraient 5833 patients et 233 morts. Les autorités ont finalement pensé à prendre des mesures dures et urgentes.

Mais ils ont pensé, pour ainsi dire, trop fort et trop haut: des informations sur le plan de mise en quarantaine du nord du pays, dont l’exécution était prévue pour le 9 mars, avaient été divulguées largement la veille. Des foules de Milanais qui avaient la possibilité de s’échapper de la ville se préparant à imposer un état de siège se sont précipitées vers le sud.  Elles ont apporté le virus avec elles, naturellement. L’épidémie s’est donc propagée facilement et simplement dans tout le pays.

La quarantaine imposée par le gouvernement Conte était, pour le moins, étrange. Elle n’avait rien à voir avec le concept d ‘«isolement total». Les gens ont continué à aller travailler, à fréquenter les magasins.

Les Chinois qui sont arrivés deux semaines plus tard en Italie pour partager leur expérience dans la lutte contre la pandémie ont été extrêmement surpris: «Appelez-vous cela une quarantaine et rêvez-vous de vaincre le virus? Il est nécessaire de faire comme nous l’avons fait: arrêter la production et cesser complètement les contacts. »

«Pas chez nous» dans un pays européen de démocratie triomphante, on ne ne peut l’accepter. Les collègues de l’UE se plaindraient instantanément des violations des droits de l’homme et de l’autoritarisme. Une main d’acier, heureusement, n’est pas le propre de Conte. Qui, cependant, la situation persistant, a été contraint de se décider à la fermeture de la production. Et dans une large mesure, l’adoption de cette décision a été facilitée par leurs amis de l’Union européenne qui ont refusé de fournir du matériel médical, des médicaments et les masques les plus élémentaires.

Lorsque la question de vie ou de mort s’est posée à l’Italie de manière aigüe, le Premier ministre a décidé d’aller enfin demander l’aide des «régimes autocratiques»: Chine, Cuba, Russie. Et ils sont venus à la rescousse, envoyant non seulement les matériaux et équipements nécessaires, mais aussi des équipes de leurs spécialistes.

La raison principale est la séquestration de la santé

Il est vrai que le «quand tout se terminera» est encore très loin. Ce dimanche, le ministère de la Santé et des Affaires intérieures a interdit aux personnes de changer de lieu de résidence, à l’exception des besoins de travail avérés, des raisons d’urgence ou des conditions sanitaires. Jusqu’à présent, il était autorisé à voyager d’une ville à une autre afin de retourner dans sa propre résidence, et il y eut tant de personnes, notamment des étudiants, qui se déplaçaient massivement du nord au sud, moins touché par l’épidémie.

Selon la vice-ministre de la Santé Sandra Zampa, l’Italie ne fait que commencer à évaluer la gravité de la situation. Avant cela, elle percevait l’exemple de la Chine non pas comme un avertissement pratique, mais comme un “film de science-fiction qui ne nous concerne pas”. Plus tard, lorsque la crise sanitaire en Italie a éclaté, le reste de l’Europe et les États-Unis ont regardé le pays transalpin «tout comme nous avons regardé la Chine». Maintenant, la presse est pleine d’explications, «pourquoi l’épidémie en Italie s’est transformée en un véritable maelstrom.

Parmi les  raisons, selon Corriere Della Sera, il y a entre autres une forte composante de la population âgée (65+) dans la société italienne – 26%.

Et trop de personnes âgées de 30 à 49 ans vivant avec leurs parents – 20% (en Allemagne, où la mortalité par coronavirus est plusieurs fois plus faible qu’en Italie, cette catégorie représente 10% de la population). Et l’âge moyen excessivement élevé des patients est de 66 ans (en Allemagne – 47 ans). Et peu d’attention est accordée au dépistage des jeunes, et en raison de leur grande mobilité et de leur moindre sensibilité au virus, ils sont précisément le principal transporteur-distributeur.

Une seule raison n’est pas mise en avant, alors que c’est la principale: les soins de santé italiens n’étaient pas prêts à faire face à l’attaque épidémique. Il n’y avait pas assez de masques, de respirateurs, d’assistance respiratoire, de lits spécialisés dans les unités de soins intensifs et de services de lutte contre les maladies infectieuses (comparer: en Allemagne – 29,2 lits pour cent mille personnes, en Italie – 12,5).

Mais cette situation s’est développée pour une raison simple: l’Union européenne, créée pour “l’assistance mutuelle des membres de l’alliance”, ne connaît qu’une forme de tirer les pays de la crise financière – chaque pays bénéficiaire d’un prêt est contraint à l’austérité. Et c’est précisément la crise financière que l’Italie a connue il y a seulement quelques années. En conséquence, elle a considérablement réduit les dépenses budgétaires. Les premières coupes budgétaires tombent traditionnellement dans les sphères des soins de santé, de l’éducation et des programmes sociaux. Et si la réduction du financement des deux derniers est préjudiciable, mais pas dramatique, laisser les hôpitaux «sans équipement» (masques, vêtements anti-infectieux, etc.) est grave.

“L’Italie donne une leçon au monde entier”, écrit le New York Times, analysant littéralement la situation et signalant les erreurs des autorités. Leçon sur la technique du «comment ne pas agir dans une situation critique». Mais à en juger par les actions des gouvernements de l’Espagne et de la France, la leçon italienne ne leur profite pas : la lenteur et l’indécision de Pedro Sanchez et Emmanuel Macron (couplées à une réduction des financements pour les soins de santé de leurs pays) montrent qu’ils sont prêts à marcher sur le même râteau que Giuseppe Conte .

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La semaine prochaine nous allons “monter” à 29000 tests par semaine, l’Allemagne est d’ores et déjà à 500 000. Car le confinement est nécessaire mais pas suffisant pour stopper un simple pallier de l’épidémie: l faut pouvoir séparer les infectés des autres, donner aux infectés des masques pour ne pas propager, traiter tous azimuts pour permettre de réagir à l’infection ensuite avoir des soins intensifs qui peuvent durer jusqu’à 20 jours. Donnez la réelle possibilité du confinement, médecins protégés y compris en ville, tests répétés, surveillance. Et une infrastructure numérique de qualité: des réseaux performants, rapides, la possibilité d’aider les… Lire la suite »

Bien sûr Danielle, mais de temps en temps j’ai un coup de mou !