Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Ziouganov avait prévenu que la « deuxième édition » de Trump serait bien plus effrontée et impitoyable

Les communistes selon l’intervention de Youri Afonine font une analyse qui éclaire la politique de Trump en montrant qu’elle n’a rien de spontané, il y a des raisons objectives qui sont celles pour l’impérialisme de s’approprier les ressources mondiales. Et son analyse correspond exactement à celle que je développe dans mon livre sur le fait que Trump représente une stratégie impérialiste traditionnelle mais avec une agressivité accrue contredite par le fait qu’il n’ose pas avancer de peur de déclencher une rébellion qu’il n’aurait pas les moyens de contrôler. Cette description part chez lui comme chez moi d’une réflexion de Lénine dans Impérialisme stade suprême du capitalisme où sont articulées conditions objectives et subjectives des révolutions et des résistances à l’impérialisme (note de Danielle Bkleitrach traduction de Marianne Dunlop).

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Le premier vice-président du Comité central du Parti communiste russe, Youri Afonine, est intervenu dans l’émission « 60 minutes » sur la chaîne « Russie-1 ».

Dans son intervention, Youri Afonine a présenté une analyse détaillée de la situation géopolitique actuelle. Il a déclaré que l’ordre mondial d’après-guerre, dont on aime tant parler en Occident, n’existe plus depuis longtemps : son processus de désintégration a été déclenché par la destruction de l’Union soviétique et l’expansion subséquente de l’OTAN vers l’Est. Cela a été la conséquence du sentiment d’impunité qui a prévalu aux États-Unis et parmi leurs alliés, qui se sont imaginés avoir le droit de soumettre le monde entier.

Tous les processus qui se déroulent aujourd’hui dans le monde, a souligné Youri Afonine, ne sont en aucun cas spontanés. Ils s’inscrivent parfaitement dans un paradigme compréhensible : la lutte pour les ressources. En premier lieu, pour les ressources naturelles, qui sont irremplaçables. L’énergie se développe, notamment grâce aux technologies solaires et aux grands projets en Chine, la main-d’œuvre est progressivement remplacée par la robotisation et l’intelligence artificielle, c’est pourquoi les ressources naturelles restent l’objet principal de la concurrence.

La politique agressive de Trump, selon ses propres termes, s’inscrit pleinement dans cette logique. Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole, l’Iran celles de pétrole, de gaz et d’uranium. Même le Groenland, qui se trouve déjà dans la zone d’influence des États-Unis et de l’OTAN, intéresse Washington en raison de son accès direct et immédiat aux ressources. L’impérialisme américain teste également le terrain en Afrique, où il mène une lutte généralisée pour les matières premières.

L’Ukraine n’est pas une priorité pour Trump, mais là aussi, il s’intéresse avant tout à la possibilité de « s’accrocher » à certaines ressources naturelles. L’armée russe libère avec assurance les territoires des nazis, et le président américain dispose d’une petite fenêtre d’opportunité, mais il trouvera quand même le moyen de tirer profit du reste de l’Ukraine dans l’intérêt de l’impérialisme américain.

Pour les communistes, il était évident dès le départ que la politique expansionniste des États-Unis sous Trump n’augurait rien de bon, a déclaré Youri Viatcheslavovitch. Il a rappelé le grand texte programmatique de Guennadi Andreïevitch Ziouganov, publié le 16 janvier 2025, dans lequel il était clairement indiqué que le « deuxième mandat » de Trump serait beaucoup plus impitoyable et arrogant que le premier. Les contradictions interimpérialistes s’intensifient et les principaux acteurs vont abandonner leurs masques de démocratie et de droits de l’homme, avait prévenu le leader communiste. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui.

Bien sûr, les États-Unis sont une grande puissance militaire et économique, et Trump tente de la renforcer encore, mais ses capacités ne sont pas illimitées. Les États-Unis ont commis un acte de banditisme international : ils ont capturé le président Maduro, encerclé le Venezuela avec des porte-avions et continuent leurs actions terroristes contre les pétroliers, mais ils n’ont pas réussi à renverser le gouvernement chaviste ni à susciter des protestations massives contre lui. La majorité de la population vénézuélienne déteste les États-Unis, qui étouffent leur pays depuis des décennies.

Commentant l’opinion de la présentatrice Olga Skabeeva selon laquelle Trump finira par s’emparer du pétrole vénézuélien et étouffera Cuba, qui en dépend, Youri Afonine a supposé qu’il réussirait plutôt à s’emparer du Groenland à ses alliés plus faibles qu’à s’emparer complètement des réserves pétrolières du Venezuela et, a fortiori, de l’Iran.

Youri Viatchevitch a qualifié la situation en Iran de grande guerre hybride. Il a souligné l’intervention active d’Elon Musk dans le processus politique avec son système « Starlink ». Selon lui, cet exemple prouve une fois de plus la nécessité urgente pour la Russie d’assurer sa souveraineté technologique et informationnelle.

Mais les États-Unis n’ont pas la force nécessaire pour déclencher un conflit à grande échelle en Iran, estime Youri Afonine, car leur principal groupe est concentré autour du Venezuela. Le porte-avions le plus proche de l’Iran se trouve en Extrême-Orient, mais sa mission principale est de protéger Taïwan, un autre territoire que Trump souhaite maintenir dans sa sphère d’influence. Des frappes ponctuelles contre l’Iran sont possibles, mais les États-Unis ne pourront pas mener une guerre à grande échelle. Le monde a changé, et les États-Unis ne sont plus en mesure de le contrôler entièrement.

Le premier vice-président du Comité central du Parti communiste russe a déclaré que pour de nombreux peuples, notamment les Vénézuéliens et les Iraniens, l’exemple de l’Ukraine devrait servir de leçon, car il montre ce qui se passe lorsque l’Occident, profitant des contradictions internes, renverse le pouvoir légitime et installe un régime fantoche. Les Ukrainiens avaient des griefs en grande partie justifiés à l’égard de Ianoukovitch, mais qu’ont-ils obtenu à la suite de son renversement ? Une guerre civile, la dégradation de l’économie et, finalement, la perte totale de leur souveraineté et une confrontation avec la Russie. L’Occident orchestre les conflits strictement dans son propre intérêt, et non dans le but de venir en aide à d’autres peuples.

La lutte acharnée pour les ressources et le redécoupage du monde ne fera que s’intensifier, estime Youri Afonine. Dans cette situation, la Russie doit soutenir ses alliés, mener une politique indépendante, accélérer la souverainisation et le développement des technologies, car seuls les puissants ont leur mot à dire. « Si nous sommes forts, les Européens et les Américains dialogueront avec nous. La Russie ne sera jamais une amie de l’Occident, car nous sommes un immense réservoir de ressources. Et dans les décennies à venir, tout sera déterminé par la lutte pour les ressources, y compris les tentatives d’accéder aux ressources de notre pays », a-t-il résumé.

Le droit international en tant que tel n’existe pratiquement plus – il ne reste que la loi du plus fort. La Russie ne peut pas agir comme Trump, mais elle se doit de défendre fermement ses intérêts. Dans les années 1990, à notre grand regret, la Russie a trop souvent reculé, perdant ainsi son influence. Les pays baltes et une grande partie de l’ancien bloc socialiste ont rejoint l’OTAN, passant dans la sphère d’influence de l’ennemi. « Nous avons longtemps reculé, comme on le voit dans une œuvre célèbre, en attendant la bataille », a déclaré Youri Viatcheslavovitch.

Aujourd’hui, la tâche principale consiste à restaurer notre influence et à approfondir la coopération avec nos alliés géopolitiques dans l’espace post-soviétique et dans le monde entier. Il est particulièrement important, a souligné Youri Afonine, de ne pas laisser se rompre les relations étroites d’alliance avec la Chine. Et les tentatives de nos adversaires pour diviser cette alliance seront inévitables : l’Occident craint l’union stratégique entre la Russie, la Chine et la RPDC, des États autosuffisants et puissants.

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1 Commentaire

  • normando
    normando

    réflexion très perspicace, à lire

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