Youri Afonine sur la chaîne « Rossiya-1 » : en 1996, Guennadi Ziouganov aurait remporté la victoire si l’Occident et les oligarques russes n’avaient pas déployé toute la puissance de leurs finances et de leurs technologies « noires » contre le KPRF. A partir du spectacle offert par le monde à Davos, le premier vice président du comité central du parti communiste de Russie interroge : qui a rendu le monde ainsi? (note et traduction de Marianne Dunlop pour histoire et societe)
Le premier vice-président du Comité central du Parti communiste russe, Youri Afonine, est intervenu dans l’émission « 60 minutes » diffusée sur la chaîne « Russie-1 ».
L’un des principaux sujets de discussion dans le studio a été le Forum économique mondial de Davos, qui a été le théâtre de scandales et de déclarations politiques retentissantes. Le discours de Trump au forum a choqué de nombreux dirigeants européens et a mis encore plus en évidence les contradictions croissantes entre les États-Unis et l’Europe. N’osant même pas rencontrer Trump, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est lamentée depuis la tribune du Parlement européen : « Nous vivons dans un monde régi par la force brute ». Mais qui a rendu le monde ainsi ?
Ceux qui se plaignent le plus aujourd’hui, ainsi que leurs prédécesseurs, sont les principaux responsables du fait que la force brute a pris le pas sur le droit international dans le monde, a fait remarquer Youri Afonine. Après la destruction de l’Union soviétique, la politique occidentale est devenue beaucoup plus agressive et expansionniste : avancée inexorable de l’OTAN vers l’est, bombardements de la Yougoslavie, sécession du Kosovo, guerres en Irak et en Afghanistan, destruction de la Libye et de la Syrie. L’Europe a pris une part très active à tous ces actes d’affirmation de la force brute, faisant fi des résolutions et des décisions des Nations unies, estimant que, puisque l’URSS n’existait plus, tout était permis. Avec les États-Unis, les Européens ont en fait dévalorisé le rôle de l’ONU, la transformant d’une citadelle du droit international en une tribune pour des déclarations et des discussions, dont aucune décision n’est mise en œuvre. Ils ont eux-mêmes plongé le monde dans ce chaos, alors pourquoi verser maintenant des larmes de crocodile ?
Aujourd’hui, Trump déclare que l’ONU est inutile et crée un « Conseil de paix » pour régler les conflits à Gaza et ailleurs, selon son bon vouloir. En réalité, comme l’a fait remarquer Youri Viatcheslavovitch, Trump veut créer un contrepoids aux autres instances en plein essor, à savoir l’OCS et les BRICS, dans lesquelles la Russie et la Chine jouent un rôle de premier plan et auxquelles adhèrent de plus en plus de pays du Sud.
Le forum de Davos ne remplit plus depuis longtemps les fonctions pour lesquelles il a été créé, à savoir discuter des problèmes économiques mondiaux et renforcer la coopération internationale. Mais il y a eu des années où de nombreuses questions économiques y ont été sérieusement discutées et où un dialogue a eu lieu, a déclaré Youri Afonine. Le présentateur Evgueni Popov a rappelé que dans les années 1990, le leader du KPRF, Guennadi Andreïevitch Ziouganov, s’était rendu à Davos au sein de la délégation russe.
Bien sûr, à l’époque déjà, l’Occident suivait de très près la situation en Russie, en particulier à l’approche des élections, a fait remarquer Youri Viatchevitch. En 1996, ils ont vu que le pouvoir d’Eltsine était sur le point de s’effondrer et, avec l’oligarchie russe, ils ont déployé toute la puissance de leurs finances et de leurs technologies « noires » contre le KPRF et son leader. Sans cela, Ziouganov aurait gagné et la vie dans notre pays aurait suivi un scénario beaucoup plus favorable.
Ces derniers temps, le forum de Davos discute principalement de ce que l’on pourrait encore faire de mal à la Russie, a déclaré le premier vice-président du Comité central du KPRF. Les élites occidentales ont décidé que si elles parvenaient à isoler la Russie, elles pourraient lui infliger une défaite économique et militaire. Mais le monde a changé, et elles n’ont pas réussi à isoler notre pays ni à lui infliger de dommages stratégiques.
Et voilà que le principal impérialiste est arrivé au forum et a montré à ces « pauvres et pitoyables » qui est le maître du monde. Le discours de Trump montre clairement à quel point il respecte et apprécie peu ses soi-disant alliés. Il réclame le Groenland, brandit le gourdin douanier, humilie publiquement les dirigeants européens comme Macron. Tout le monde doit écouter le maître bouche bée, et il a certainement noté qui était présent dans la salle lors de son discours et qui ne l’était pas, et en tirera les conclusions.
Bien sûr, la politique de Trump est ouvertement impérialiste, mais il s’agit en grande partie d’une opération de relations publiques destinée aux électeurs américains, a fait remarquer Youri Afonine. C’est avant tout à leurs yeux qu’il doit apparaître comme un vainqueur. Car, en réalité, toutes ses « victoires » dans les conflits mondiaux sont fictives, à l’exception peut-être de la capture du président vénézuélien Maduro par des bandits.
Que lui apportera, par exemple, l’accord sur le Groenland actuellement en discussion ? La souveraineté sur de petites zones pour la construction de bases militaires américaines ? Mais les bases militaires américaines sont apparues au Groenland dès les années 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale. Et depuis plus de 80 ans, le Groenland est un porte-avions insubmersible des États-Unis. Admettons que quelques bases supplémentaires apparaissent. Et même si les petits territoires sur lesquels se trouvent ces bases sont transférés sous la souveraineté des États-Unis, cela ne changera pas grand-chose.
Les militaires américains ne se contentent pas d’utiliser le Groenland depuis longtemps, ils y font en fait ce qu’ils veulent, a fait remarquer le premier vice-président du Comité central. En 1968, un bombardier américain s’est écrasé au Groenland avec quatre bombes à hydrogène à bord. Une partie importante du territoire a été contaminée par la radioactivité. Et tout cela sans l’intervention de Trump.
Une autre affaire est que Trump menace de déployer au Groenland des éléments du nouveau système antimissile « Dôme doré ». Si ce système est réellement créé et ne reste pas une simple opération de relations publiques de Trump, il constituera une menace très sérieuse pour la stabilité stratégique mondiale et exigera de notre part des décisions en réponse.
Dans un contexte où Trump tente de renforcer l’expansion impérialiste, la Russie doit adopter une position intelligente et pragmatique, a déclaré Youri Viatcheslavovitch. Nous continuerons à construire un monde multipolaire, à développer et à renforcer la coopération avec nos alliés, en premier lieu avec la Chine socialiste. Et, bien sûr, nous ferons tout notre possible pour aider les alliés vers lesquels l’impérialisme tend ses tentacules, à savoir Cuba et le Venezuela.
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