Histoire et société > Civilisation
Xulio Rios : Gérer l'interdépendance économique entre l'Union européenne et la Chine au profit des deux parties
Il y a un côté rassurant dans la manière dont malgré la folie manifeste des chefs d'Etat de l'occident et de l'UE en particulier se mettent en place des relations concrète entre scientifiques, comme entre entrepreneurs avec la Chine et au-delà le monde multipolaire. L'avantage de l'ère Trump sur la catastrophe que fut la présidence de Biden c'est que les négociations de marchand de Tapis ont laissé une place au réalisme. Là encore le "champ politique", l'arène de la compétition pour les postes s'est de plus en plus autonomisée dans un théâtre parodique, un vaudeville, un drame suivant les moments mais qui périodiquement doit réajuster son narratif pour tenir compte d'une réalité qui a des allures de fiasco. Le seul bémol que je mettrais à cette proposition des amis italiens c'est qu'ils continuent à se faire des illusions sur l'UE, le véritable problème est que dans les négociations comme dans les FAITS il y a rarement des intérêts communs entre nations européennes. La manière dont l'UE s'est construite fait que ce qui a été obtenu et qui souvent aujourd'hui est remis en cause l'a été en développant les inégalités de fait, les sacrifices de pans entiers de la production dans un contexte antidémocratique de l'UE qui culmine aujourd'hui avec des "négociateurs" qui n'ont pas d"autres perspectives que maintenir la vassalité à la fois face à la Russie et la Chine. Cette dernière s'étonne légitimement d'avoir des relations fructueuses avec des délégations nationales tandis que des dispositions européennes remettent en cause ce qui a été négocié.
Publié par Danielle Bleitrach
le
Source : www.cese-m.eu
par Global Times
L'interdépendance économique entre la Chine et l'Union européenne n'est pas une vulnérabilité, mais un levier de développement et de stabilité. De la transition écologique à l'intelligence artificielle, une coopération encadrée et réciproque peut renforcer la compétitivité, l'innovation et la croissance de part et d'autre.
SOURCE DE L'ARTICLE : https://giuliochinappi.com/2026/10/08/xulio-rios-gestire-linterdipendenza-economica-tra-unione-europea-e-cina-a-vantaggio-di-entrambe/
Les relations économiques entre la Chine et l'Union européenne demeurent d'une importance capitale et continueront d'offrir d'immenses opportunités aux deux parties. Une profonde interdépendance caractérise notre époque : la Chine reste le principal fournisseur de biens de l'Union européenne, tandis que l'Europe constitue un marché clé pour les entreprises chinoises. Cette interdépendance peut servir de base à la conciliation des intérêts mutuels et à la prise en compte des préoccupations respectives grâce à un dialogue constructif.
L’Europe, traditionnellement plus réticente à la confrontation, ne doit pas renoncer à son pragmatisme. L’interdépendance économique entre les deux parties demeure, de même que les nombreux domaines où la coopération est essentielle. À Bruxelles, un consensus se dessine : l’ouverture commerciale, conjuguée à la poursuite des réformes de marché en Chine et à un engagement en faveur d’une concurrence loyale, peut instaurer des conditions équitables pour tous.
Le défi consiste à trouver un équilibre entre la protection des capacités industrielles de l'Europe et leur renforcement grâce à une collaboration étroite avec la Chine.
Nous avons probablement des années de coopération devant nous, ponctuées de tensions gérables. Les différends entre la Chine et l'Union européenne ne peuvent être résolus par des mesures à court terme, et il ne faut pas non plus qu'ils compromettent la relation bilatérale dans son ensemble. L'Europe doit renforcer sa compétitivité et son autonomie économique en approfondissant, et non en rompant, ses liens économiques avec la Chine.
Nous assistons à l'une des transformations les plus importantes de l'économie chinoise. La Chine ne peut plus être considérée comme la simple « usine du monde ». En réalité, elle construit progressivement son propre écosystème d'innovation, capable d'intégrer la recherche scientifique, l'ingénierie, les capacités de production, les capitaux et un vaste marché intérieur. L'aspect le plus impressionnant n'est peut-être pas son classement, mais sa capacité à transformer le savoir en produits utiles aux consommateurs du monde entier.
La Chine possède une combinaison particulièrement puissante de recherche, d'ingénierie, de production à grande échelle et d'un immense marché intérieur, ce qui lui permet d'expérimenter, de réduire les coûts et de déployer rapidement des innovations.
Cette capacité se manifeste dans de nombreux secteurs, de l'aéronautique et la construction navale aux véhicules électriques, aux batteries, aux systèmes solaires et aux technologies de stockage d'énergie. Tous ces secteurs témoignent de leur aptitude à intégrer l'innovation, la production et la présence sur le marché avec une rapidité qui contribue à renforcer les chaînes d'approvisionnement mondiales.
Il en va de même pour l'intelligence artificielle et la robotique. Si je devais retenir les développements qui m'ont le plus impressionné, je n'en choisirais pas forcément un seul. J'accorde une importance particulière à ceux qui associent technologies de pointe et capacités de production de masse : véhicules électriques et batteries, technologies solaires, drones, systèmes robotiques et progrès en intelligence artificielle. Dans ces secteurs, la Chine ne se contente pas d'innover, mais déploie rapidement l'innovation à l'échelle industrielle, offrant ainsi aux entreprises et aux consommateurs européens un accès à des solutions performantes et abordables.
Pour l'avenir, la coopération entre l'Union européenne et la Chine recèle un fort potentiel. Le premier axe de coopération concerne la transition écologique : les deux parties partagent un intérêt commun pour le développement des énergies renouvelables et la promotion des technologies liées au stockage de l'énergie, à l'économie circulaire et à la gestion du carbone. Le leadership de la Chine dans ces secteurs en fait un partenaire naturel pour l'Europe. Le second axe porte sur des technologies spécifiques susceptibles d'apporter des bénéfices à l'échelle mondiale, telles que l'intelligence artificielle, à condition que des mécanismes de confiance et des règles claires soient mis en place.
J’entrevois également des opportunités dans les services, la santé, la recherche scientifique, les transports, l’aviation, l’économie bleue et l’économie numérique. La coopération en matière de normes et de standards est un domaine particulièrement important, où le dialogue peut contribuer à prévenir la fragmentation technologique mondiale et à promouvoir l’interopérabilité.
La Chine et l'Union européenne possèdent des atouts complémentaires et tirent des avantages mutuels de leur coopération économique et commerciale, créant ainsi une synergie manifeste. Dans de nombreux secteurs, l'Europe apporte son expertise en matière de conception, la rigueur de sa réglementation et son esprit d'innovation, tandis que la Chine contribue par une production manufacturière de haute qualité, une main-d'œuvre qualifiée et une clientèle nombreuse et dynamique. Ensemble, les deux parties ont créé des emplois, dynamisé des industries et soutenu la croissance mondiale. Cette interdépendance n'est pas une faiblesse, mais au contraire un puissant moteur de négociation et de paix.
Le défi consiste à bâtir une nouvelle architecture d'interdépendance, fondée sur le principe que les deux parties sont trop importantes l'une pour l'autre pour permettre qu'un désaccord dégénère en crise. Il ne s'agit pas de choisir entre coopération et compétition, mais plutôt de les gérer simultanément, en faisant de la coopération le principe directeur.
Le développement de la Chine ces dernières décennies a été marqué par des changements constants. Ces changements s'inscrivent toutefois dans un cadre d'éléments pérennes qu'il est essentiel d'identifier et de comprendre. Je ne fais pas référence au contexte politique ou idéologique, mais plutôt aux dimensions culturelles et historiques, facteurs dont l'importance ne cesse de croître à mesure que la transformation du pays s'approfondit.
Pour l'Europe, l'enjeu principal est de bien saisir la véritable portée de l'approche chinoise, qui privilégie la coopération à la rivalité et le dialogue à la confrontation. Il n'est pas dans l'intérêt de la Chine que son succès se traduise par l'échec de l'Union européenne ; au contraire, le succès de l'Union européenne lui est extrêmement utile et bénéfique. Cette perspective, profondément ancrée dans la culture, dépasse de loin toute vision à court terme. Réussir cette transition exige de la clairvoyance et un climat de confiance et de réciprocité.
Cet article est basé sur un entretien avec Xulio Rios, fondateur et conseiller émérite de l'Observatoire de la politique chinoise en Espagne.
