Voici la video de ta rencontre autour du « Zugzwang » à la « Jeunesse du monde » que Edmond Jansen téléchargée sur la chaine youtube des Editions Delga : Par rapport à la précédente interview à la librairie Tropique je m’étais rendu compte que parfois nous ne parlions pas des mêmes choses. En effet, je distingue le capital des nations dont le système est le capitalisme et sur lesquels depuis toujours il détruit la base productive initiale en ne lui laissant que les fonctions de direction réservée à une caste qui achète sa classe moyenne, son aristocratie ouvrière comme le décrivait Lénine à la fin de la seconde guerre mondiale en décrivant l’impérialisme stade suprême du capitalisme.
En ce qui concerne les nations, ce sont comme d’autres formes collectives, des « formations sociales » chez qui « l’économie’ n’est déterminante qu’en dernière instance. J’ai donc choisi de préciser ce qu’est pour moi le fascisme au stade ultime de l’impérialisme financiarisé et en quoi je ne confonds pas totalement l’impérialisme et les Etats-Unis, et ceci est vrai des nations et des peuples. Et pourquoi cela implique une nouvelle étape de la lutte des classes dans l’unipolarité vaincue.
Pour chacun de ces peuples y compris le peuple français comme l’analyse l’article ci-dessous tout dépendra de sa capacité à se réorienter dans ce monde multipolaire dominé par désormais par une alliance stratégique de nations ayant choisi un combat déterminé pour sa souveraineté, un combat qui a pu paraître asymétrique mais qui a su tirer de cette asymétrie la force d’une autonomie stratégique victorieuse selon les leçons du Vietnam et de Cuba.
En fait, comme nous le montrons aujourd’hui derrière l’évenement du détroit d’Ormuz, c’est le fonctionnement habituel des Etats-Unis bras armé du capital financiarisé qui peut se résumer à « je frappe et vous payez la note ».. simplement cette fois le chaos se heurte à une résistance farouche, asymétrique comme durant la guerre du Vietnam ou avec Cuba. Et l’invite à payer les conséquences ne fait pas l’unanimité chez les alliés ni même chez les investisseurs… De deux solutions ou la situation se limite à une crise pétrolière ou elle s’étend beaucoup plus. L’UE ou ce qu’il en reste, est en train d’annoncer la réponse à une crise « pétrolière » comparable à celle de 73-74 pour ceux qui s’en souviennent avec ses économies de bout de chandelle (à l’époque on s’est mis à éteindre les lumières de la ville, la nuit) pour mieux faire accepter la « rigueur » et une mutation du capital comme à cette époque là contre toute logique nous avons choisi le modèle inauguré par Pinochet, l’hyperlibéralisme accompagnée de campagnes sur le goulag menée par ceux qui chantaient « Vive la crise », mais là il va être tenté un nouveau modèle de gestion du capital pour bien sur que ce soient toujours les mêmes victimes… la question que je pose dans la video à savoir pourquoi alors que l’on sort de la guerre du Vietnam et de l’atrocité de la répression de Pinochet est-ce qu’une campagne sur le goulag après celle des boat people connait-elle un succès ? C’est incompréhensible sans référence à la crise pétrolière et ce qu’elle entraîne en matière de dollarisation, mais aussi sans voir que le capital va choisir la social démocratie, Mitterrand contre le socialisme et le parti communiste… ce qui va installer un pseudo gouvernement de gauche qui en 1983 logiquement choisira la rigueur, l’austérité et l’atlantisme après avoir réduit le PCF à survivre d’élections en élections et l’eurocommunisme.
la France de temps en temps a des pulsions souverainistes, des protestations qui tournent à la jacquerie.. et comme Villepin elle proclame quelque passion gaulliste sans base réelle.
En ce moment même Macron s’est lancé dans un tour du monde des nations qui sont en grand embarras pour s’être mal positionnées comme l’Inde, la Corée du sud et le Japon et qui cherchent désespérement à tirer parti de leurs ultimes forces pour surnager au désastre. Il se prend pour De gaulle et le discours de Pnom Phem mais il n’a plus derrière lui les non alignés. Il faut aussi voir le caractère désespéré de ceux qui derrière Stamer et les restes de la City, le Pakistan en crise profonde ou les monarchies du Golfe tentent d’éteindre l’incendie en sacrifiant l’hégémon perdant. Tandis que le maitre du monde nous rejoue Macbeth en dénonçant les trahisons qui s’accumulent et l’OTAN devenu selon la prophétie la forêt en marche dans un ultime camouflage.
danielle Bleitrach
La guerre Iran-États-Unis/Israël et la fin de l’unipolarité
Le monde doit désormais se préparer à accueillir l’aube du siècle multipolaire
par Bhim Bhurtel2 avril 2026

Alors que la guerre au Moyen-Orient entre l’Iran, les États-Unis et Israël entre dans son 34e jour, il est devenu évident que nous assistons à bien plus qu’un simple chapitre de plus dans les longues et sanglantes annales des conflits au Moyen-Orient.
Ces 33 derniers jours ont déjà accompli ce que des décennies de manœuvres géopolitiques n’avaient pu réaliser : porter un coup décisif, et probablement irréversible, à l’architecture de l’ordre mondial unipolaire dominé par les États-Unis. Ce qui avait commencé comme une confrontation régionale s’est mué en une épreuve de résistance ultime pour un système global qui a façonné les relations internationales depuis la fin de la Guerre froide
Les conséquences militaires, diplomatiques et économiques de ce conflit ne se limitent plus à de simples statistiques de champ de bataille ; elles constituent l’épitaphe d’une époque révolue. Le message est clair : la puissance américaine ne peut plus garantir une sécurité crédible, et l’hégémonie qui sous-tendait la Pax Americana s’effondre de façon systématique et accélérée.
Le monde se tourne désormais – à une vitesse fulgurante – vers un multilatéralisme et une multipolarité complexes. Ce nouvel équilibre ne sera pas défini par une seule superpuissance, mais forgé par le partenariat de puissances émergentes : la Chine, la Russie, l’Iran, le Brésil et d’autres. Pour des nations comme l’Inde, partenaire stratégique de longue date des États-Unis, ce réalignement soulève une question existentielle : parviendront-elles à gérer cette transition, ou seront-elles définies par leur incapacité à le faire ?
Dans les paragraphes suivants, nous analysons les bouleversements sismiques déclenchés par cette guerre et esquissons les contours de l’ordre mondial qui émerge aujourd’hui des décombres.
1. La fin de l’invincibilité : repenser la suprématie militaire
Ce conflit de 33 jours a accompli ce qu’aucun adversaire n’avait réussi à faire depuis des décennies : il a brisé le mythe de l’invincibilité militaire américaine. Malgré le déploiement des réseaux de défense aérienne, des systèmes radar et des moyens navals les plus sophistiqués jamais réunis, les drones et les missiles iraniens ont pénétré à plusieurs reprises le prétendu bouclier technologique américain.
Des systèmes comme le THAAD, le Patriot et l’Aegis – longtemps présentés par Washington comme un « blindage impénétrable » – se sont révélés incapables de neutraliser les menaces asymétriques. Des frappes de précision ont ciblé avec succès des installations pétrolières et militaires stratégiques, démontrant que la technologie sophistiquée, à elle seule, ne garantit pas la sécurité des émirs, des cheikhs et des autres dirigeants du Golfe. C’est un constat alarmant pour les alliés qui ont fondé leur défense sur le matériel américain.
Les conséquences sont profondes. Au cours des cinq prochaines années, voire plus, on peut s’attendre à une profonde remise en question des stratégies de défense à l’échelle mondiale. Les nations qui considéraient autrefois leurs arsenaux comme indissociables des chaînes d’approvisionnement américaines vont désormais diversifier leurs sources d’approvisionnement.
Le développement autochtone connaîtra une forte croissance et les marchés s’ouvriront aux alternatives chinoises et russes. Le complexe militaro-industriel américain, longtemps pilier de la puissance économique et stratégique des États-Unis, voit sa domination sur le marché s’éroder considérablement. Si les États-Unis demeurent le plus gros dépensier en matière de défense, cette guerre a démontré que l’ efficacité de ces dépenses – leur capacité à projeter une dissuasion crédible – est en net déclin.
Désormais, aucune nation, qu’elle soit membre de l’OTAN, du Conseil de coopération du Golfe ou du Quad, ne considérera l’intervention américaine comme une fatalité ou une garantie.
2. Le système d’alliances est en crise et souffre d’un vide de crédibilité.
À cette crise des équipements s’ajoute une crise de confiance. Pendant des décennies, les États-Unis ont fondé leur influence mondiale sur un réseau de garanties de sécurité inébranlables. Cette guerre a révélé la vacuité de ces garanties.
Lorsque le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour l’énergie mondiale, est devenu un théâtre de conflit, les alliés de l’OTAN sont restés silencieux. Les partenaires asiatiques, notamment le Japon et la Corée du Sud, ont adopté une attitude de silence stratégique. Les monarchies du Golfe ont assisté, impuissantes, à l’échec des flottes et des radars américains à protéger leurs intérêts souverains.
Cette situation a accéléré le démantèlement du modèle d’alliance « en étoile ». L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis n’attendent plus que Washington réaffirme son engagement ; ils diversifient activement leurs portefeuilles stratégiques, en approfondissant leurs liens économiques avec la Chine et leur coopération en matière de défense avec la Russie.
En Europe, le désir d’une armée européenne s’accroîtra à mesure que la confiance dans le pilier américain de l’OTAN s’amenuisera. En Asie, la crédibilité du Quad et de l’AUKUS sera mise à mal par les doutes quant à la capacité de Washington à projeter sa puissance sur un théâtre d’opérations contesté.
La leçon pour la communauté internationale est claire : la diversification des options n’est plus une stratégie de prudence, mais une nécessité. Les nations cultiveront des relations équilibrées avec de multiples puissances, abandonnant la bipolarité rigide de la Guerre froide et l’unipolarité qui lui a succédé. La crédibilité de l’alliance menée par les États-Unis a constitué le fondement de la stabilité mondiale pendant toute une génération ; cette guerre a ébranlé ce fondement.
3. De l’hégémon au primus inter pares
L’ordre international d’après-guerre, patiemment construit par Washington, approche aujourd’hui de son terme historique. Les fissures apparues lors des politiques de « pivot vers l’Asie » et de « leadership en retrait » de l’administration Obama ont été exacerbées par la « stratégie indo-pacifique » et l’unilatéralisme « L’Amérique d’abord » des années Trump. Avec cette guerre, ces fissures ont cédé la place à un effondrement total.
Les États-Unis ne peuvent plus prétendre jouer le rôle de gendarme du monde. Leur budget de défense de 1 000 milliards de dollars , jadis symbole d’une suprématie incontestable, apparaît désormais comme un rempart insuffisant face à la guerre asymétrique. Parallèlement, les fondements économiques de la domination américaine s’effritent. La part des États-Unis dans le PIB mondial diminue, tandis que celle de la Chine augmente. L’expansion des BRICS remet en cause l’hégémonie monétaire du dollar.
À l’horizon 2030, nous envisageons un monde structuré autour de trois ou quatre pôles principaux : les États-Unis, la Chine, un partenariat russo-indien et un bloc européen plus autonome. Les États-Unis resteront puissants, mais ils seront primus inter pares – premiers parmi leurs pairs – plutôt que la seule superpuissance. Il ne s’agit pas d’un simple rééquilibrage des pouvoirs, mais d’une transformation fondamentale de leur nature.
4. L’essor de la multipolarité
Si l’ancien ordre s’éteint, qu’est-ce qui naît ? Cette guerre a fait de la multipolarité non plus un concept théorique, mais une réalité opérationnelle. L’ « ordre international fondé sur des règles » – expression souvent employée comme synonyme de primauté américaine – est supplanté par la construction de nouvelles normes.
Des plateformes comme l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), un BRICS élargi et l’ASEAN acquièrent une influence inimaginable il y a dix ans. Les appels à la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies vont se faire de plus en plus pressants. La guerre a démontré qu’aucune puissance ne peut, à elle seule, garantir la paix ; l’avenir exige un partenariat.
Cette transition reposera sur de nouvelles structures mondiales pour le commerce, l’énergie et la finance. L’initiative « la Ceinture et la Route », la Route de la Soie numérique , l’ Union économique eurasienne et la Zone de libre-échange continentale africaine créent des blocs économiques qui fonctionnent en dehors des cadres occidentaux traditionnels.
Dans le secteur financier, le monopole du dollar cédera la place à un écosystème plus diversifié, intégrant le yuan, la roupie et le rouble. Dans ce nouvel ordre, les États-Unis demeureront un acteur clé, mais leur rôle évoluera : du droit de veto au vote, ils ne seront plus qu’une voix parmi d’autres au sein d’un concert de puissances.
5. Le dilemme américain : gérer le déclin ou risquer la ruine
Pour les États-Unis, la voie à suivre exige une retenue stratégique sans précédent depuis un siècle. La première étape, et la plus cruciale, est l’acceptation : l’ère de l’hégémonie est révolue. Au nom du G2, la vision bipolaire d’une « nouvelle guerre froide », souvent privilégiée par l’establishment politique de Washington, a déjà été rejetée par Pékin et ne correspond pas à la réalité d’un monde multipolaire.
Plus Washington s’obstine dans l’unilatéralisme, plus il accélère sa propre marginalisation. S’il devait, dans un élan d’aventurisme militaire, commettre une grave erreur d’appréciation face à la Russie ou à la Chine, il risquerait un excès de zèle stratégique que l’histoire jugera sévèrement – un sort qui rappelle celui des empires ayant confondu ambition et puissance. La véritable mesure de la puissance américaine dans les décennies à venir ne résidera pas dans sa capacité à mener une guerre seule, mais dans son aptitude à endiguer sa dégradation interne : une dette nationale abyssale, des inégalités économiques croissantes et une polarisation politique paralysant la prise de décision.
La diplomatie, la retenue stratégique et un véritable engagement en faveur du partenariat multilatéral ne sont plus des préférences idéalistes ; ce sont des nécessités de survie.
Le siècle multipolaire
En résumé, la guerre de 34 jours contre l’Iran restera dans les mémoires non pas pour ses détails tactiques, mais pour ses conséquences stratégiques : elle a marqué la fin de l’hégémonie américaine et ouvert la voie à un ordre mondial nouveau, plus complexe, plus équilibré et plus juste. En ce siècle multipolaire, la paix et la prospérité ne seront plus dictées par une seule capitale, mais forgées dans le creuset du partenariat.
Cette transformation engendrera des turbulences, mais aussi des opportunités. L’ancien ordre unipolaire s’efface peu à peu. La question n’est plus de savoir si un nouvel ordre émergera – il est déjà en train d’émerger – mais si les grandes puissances, et notamment les États-Unis, accepteront cette réalité et sauront s’y adapter avec sagesse.
Ceux qui s’adapteront rapidement façonneront l’avenir ; ceux qui résisteront en seront victimes. La guerre contre l’Iran n’est que le premier chapitre de cette nouvelle ère. Le monde doit désormais se préparer à l’aube du siècle multipolaire.
Cet article a été initialement publié sur le Substack de Bhim Bhurtel et est republié avec son autorisation. Abonnez-vous au Substack de Bhim ici .
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