les victoires à la Pyrrhus sont une autre version du zugzwang. Ce dernier terme paraît plus juste parce que ce que décrit l’article n’est pas seulement la défaite programmée d’un souverain mais bien celui d’un empire occidental derrière son suzerain les USA et qui a connu divers épisodes. Mais il y a eu une accélération lors de l’apparent triomphe sur l’URSS, comme je le décrivais dans l’intervention de l’OTAN en Yougoslavie, la faute plus encore que le crime de cette intervention c’est qu’elle témoignait de l’incapacité du système de gérer sagement sa victoire et ouvrait donc la voie (avec l’expédition de libye, celle d’Irak) à la troisième guerre mondiale. La seule chance qui nous reste c’est d’avoir à la tête des pays du sud, la Chine qui propose une autre gestion, celle de la victoire de l’humanité, du sud en particulier qui ne soit pas la destruction impérialiste mais un ordre international plus juste moins raciste. Ceux qui comprennent cela seront gagnant, les autres se liquideront eux -mêmes. C’est inexorable c’est cette voie ou la fin de l’humanité, son retour au moins à l’âge de pierre. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Pire encore que de devoir payer un prix élevé pour gagner, le problème du roi Pyrrhus était que chaque victoire faisait pencher la balance en sa défaveur.
par Andrew Latham23 avril 2026

Le président Donald Trump a revendiqué la victoire dans la guerre contre l’Iran avant même la fin du conflit. Or, malgré l’ assassinat du dirigeant du pays et l’affaiblissement considérable de son armée , certains affirment que la République islamique en est ressortie plus forte que jamais, du simple fait d’avoir survécu.
En effet, l’ expression « victoire à la Pyrrhus » est revenue à maintes reprises à mesure que les États-Unis investissaient de plus en plus de matériel militaire et de crédibilité dans l’opération Epic Fury.
Ce terme apparaît également dans les rétrospectives sur la guerre d’Irak , dans les analyses a posteriori des opérations américaines en Libye et dans pratiquement toutes les tentatives sérieuses de comprendre les deux dernières décennies d’intervention occidentale au Moyen-Orient.
Mais qu’est-ce qu’une victoire à la Pyrrhus, au juste ? Et les États-Unis sont-ils vraiment en train d’en remporter une en Iran ?
1 roi, 2 batailles et une remarque pleine de regrets
L’expression « victoire à la Pyrrhus » est souvent employée pour désigner une victoire dont le prix est supérieur à la valeur. C’est assez juste, mais cela omet un élément crucial qui justifie pleinement son utilisation.
Revenons au début . En 280 avant notre ère, Pyrrhus, roi de l’ancien royaume grec d’Épire, traversa la frontière pour se rendre dans ce qui est aujourd’hui le sud de l’Italie et combattre Rome. Il remporta d’importantes batailles, d’abord à Héraclée, puis à Asculum l’année suivante.
Mais ces deux victoires furent préjudiciables à Pyrrhus. Son corps d’officiers était décimé, et ses meilleures troupes provenaient d’un petit royaume éloigné des combats. Elles étaient irremplaçables à l’échelle de Rome.
Après Asculum, il aurait déclaré : « Si nous remportons une autre bataille contre les Romains, nous serons anéantis. » Plutarque l’a consigné par écrit pour la postérité, et cette phrase a survécu à tout ce que l’on sait de cette campagne.
Le problème n’était pas que Pyrrhus ait payé un prix élevé pour la victoire. C’était plutôt que chaque victoire faisait pencher la balance en sa défaveur.
Une guerre peut être coûteuse sans pour autant être une victoire à la Pyrrhus. Si l’on sort d’une bataille nettement plus fort que son adversaire, alors – quel qu’en soit le prix – on a obtenu un gain réel. On parle de victoire à la Pyrrhus lorsque le camp qui la revendique se trouve en réalité dans une position plus faible qu’au début des combats.
De Bagdad à Tripoli…
Alors, quel est le lien avec les conflits américains du XXIe siècle ?
L’Irak de 2003 constitue un point de départ évident. Les forces américaines et de la coalition ont démantelé le régime de Saddam Hussein en seulement trois semaines. En soi, l’opération a été un succès. Mais elle a aussi entraîné l’effondrement de l’État irakien : armée dissoute, ministères vidés de leur substance et police absente.
Ce qui a suivi, en termes généraux, fut l’insurrection, la guerre sectaire, puis la montée en puissance du groupe État islamique .
L’Irak de Saddam Hussein constituait également l’un des principaux contrepoids à la puissance iranienne dans le Golfe persique – non pas intentionnellement, ni dans un esprit de coopération, mais en tant que rival qui maintenait Téhéran sous pression. La chute de Saddam a permis à l’Iran d’exercer une influence régionale qu’il n’avait plus connue depuis 1979.
La guerre actuelle en Iran n’a aucun sens sans ce changement de perspective. Les États-Unis sont intervenus en Irak pour éliminer une menace supposée, et ont fini par en amplifier une autre.
L’ intervention américaine en Libye en 2011 , au sein d’une force de l’OTAN, a semblé plus propre. La campagne aérienne fut brève, et le dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, épine dans le pied de Washington depuis longtemps, fut tué en moins de huit mois par ses propres compatriotes. L’OTAN s’était fixé pour objectif de protéger les civils et de renverser un régime, et elle a atteint ses deux objectifs.
Le problème résidait dans la suite des événements . La Libye était l’État de Kadhafi, et aucun plan concret n’avait été prévu pour l’après-Kadhafi. Après sa chute, il ne restait que la division : des milices, des gouvernements rivaux et un stock d’armes considérable qui a déferlé vers le sud, dans la région du Sahel en Afrique du Nord, alimentant des conflits qui font encore rage aujourd’hui.
Ailleurs, des gouvernements sont parvenus à une conclusion sans détour : se conformer aux demandes de démantèlement des programmes d’armes de destruction massive, comme l’avait fait Kadhafi, ne renforce pas la sécurité. En réalité, cela peut même avoir l’effet inverse.
La Libye et l’Irak furent, en ce sens, des « victoires à la Pyrrhus » – des triomphes sur le champ de bataille qui laissèrent les États-Unis dans une situation stratégique globale pire qu’auparavant.
…et ensuite l’Iran ?
Il est trop tôt pour se prononcer avec certitude sur la place qu’occupe la guerre en Iran parmi ces autres conflits.
Mais les signes sont là. Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a disparu , et les forces de missiles et la marine du pays ont subi de lourds dégâts.
Washington a proclamé sa victoire , et selon ses propres critères, cela se défend.
Mais d’un autre côté, l’Iran contrôle toujours en grande partie le détroit d’Ormuz – un levier qu’il n’utilisait pas avant la guerre.
Parallèlement, la flambée des prix du pétrole, avoisinant les 100 dollars le baril, a eu des répercussions sur l’économie mondiale. Et la Russie, sans avoir tiré un seul coup de feu, est en passe d’en récolter les fruits .
La question du programme nucléaire iranien – l’un des nombreux moteurs déclarés de la campagne américaine – semble désormais moins susceptible d’être résolue qu’auparavant : un État qui a subi un tel niveau de sanction a des raisons plus fortes de vouloir une dissuasion, et non des raisons plus faibles.
Bien comprendre le concept
Trump suit-il donc la voie de la victoire à la Pyrrhus ? Une victoire à la Pyrrhus n’est pas seulement amère ; c’est une victoire qui laisse un adversaire plus faible que le vainqueur. La question qu’on a tendance à éluder une fois le combat terminé est : qu’est-ce que cette victoire a réellement changé ?
Pyrrhus eut sa réponse après Asculum. Au vu du détroit d’Ormuz, des marchés pétroliers, de l’impasse des négociations à Islamabad et d’un Iran plus que jamais déterminé à se doter de l’arme nucléaire, Trump aura peut-être bientôt la sienne.
Andrew Latham est professeur de sciences politiques au Macalester College .
Cet article est republié de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’ article original
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Jean-Do
« un Iran plus que jamais déterminé à se doter de l’arme nucléaire » !? Je suis abasourdi de cette information affirmée sans preuves ni arguments. Elle est tellement contraire à toutes les déclarations et actes de l’Iran que je ne peux la comprendre. Ce me semble une affirmation destinée à prolonger et approfondir le conflit USIsraélien contre l’Iran et à le plonger dans le chaos comme le veut l’état sioniste, contre les intérêts de tout l’occident et de la population de la majorité du monde. Non ?
admin5319
il faut vous rendre compte qu’histoire et societe publie des articles provenant de diverses sources et qui en général tous contribuent ou tentent de contribuer à enrichir le débat nécessaire dans un monde où le theorico-pratique et l’expérimentation remplacent certaines certitudes idéologiques…
Comme je l’explique dans mon livre le Zugzwang, il me semble qu’il faut fonctionner à l’inverse du crétinissime Boulet et son fan club, c’est-à-dire poser des questions concrètes, en rester aux FAIS et aux défis réels et là avoir deux « attitudes » politiques, la première est celle de la réflexion intellectuelle, critique, comme de la multiplicité des « expérimentations », laisser une totale liberté à condition de bien rester sur le problème posé.
La seconde est politique et elle doit chercher l’unité dans l’intervention collective. Donc elle doit se nourrir de la précédente mais imposer l’orientation de la recherche de l’unité face à ce qui créé le problème et empêche sa résolution y compris par la guerre. Cela suppose alors l’équivalent de ce qu’a été le centralisme démocratique. Là encore de ce qui se développe au sein du PCF comme dans toute la gauche, un congrès permanent du PS avec ses leaders dont les motions ont pour seule fonction de rallier des troupes derrière des leaders et des factions.
Jean-Do
Ce n’était évidemment pas une critique à l’égard de « Histoire et Société » qui nous présente beaucoup de documents dont ils ne partagent pas obligatoirement tous les détails mais bien de l’auteur de celui-ci. Merci d’avoir pris le temps et l’énergie de me le préciser.