Timo, vient de tomber dans la trentaine, lui qui fabrique notre site et qui prétend avoir découvert la politique dans Histoireetsociete me parle toujours de l’influence qu’a sur lui Simone Weil la philosophe. Quand j’ai tenté de lui expliquer l’angoisse éprouvée à l’idée de ne pas savoir transmettre ce que j’ai reçu alors qu’il y a urgence, il m’a envoyé cette lettre de Simone Weil. J’y lis effectivement la tentative de fonder « l’obligation » d’agir pour son prochain, pas la charité, non l’impératif catégorique doublé de l’empathie totale sacrificielle qui renvoie au communisme par sa matérialité. C’est d’autant plus « actuel » qu’elle écrit cela alors que monte le nazisme et que le Front populaire a échoué à organiser la résistance, il en est arrivé à « l’étrange défaite et à traquer les communistes, mettre le parti en clandestinité et les députés communistes en prison, dont Ambroise Croizat parce qu’ils refusent de dénoncer le choix de Staline du pacte germano-soviétique comme réponse à Munich. Simone Weil, établi solitaire avant que ce fut une mode dans cet autre échec que fut mai 68, une révolution de couleur, avec ses « gauchistes » dont peu allèrent jusqu’au bout comme Robert Linhart, la plupart passant du col Mao au Rotary club (1). Pour Timo et ceux de sa génération, y a-til là un éternel recommencement face à l’incapacité politique d’ériger une riposte valide au fascisme? ou l’existence d’une autre dynamique des contraires, les deux probablement. Il y a comme chez Simone Weil la recherche de l’intégrité absolue, la nécessité de se construire sans le moindre écart entre la pensée et l’action, une quête générationnelle et individuelle sur un fond de suspicion,. Les partis représentent une possible corruption et détournent « l’attention » de l’essentiel, ils font la démonstration de leur incapacité, mais le dialogue est recherché tant le brouillard est épais. C’est plus ou moins conceptualisé d’ailleurs alors que ça l’était trop peut-être en 1938 et en 1968. Mais le grand espoir, la nouveauté c’est que ce retour d’une quête du sens se porte de plus en plus sur le TRAVAIL, la tâche choisie, ce qu’il apporte, sa finalité et c’est par ce biais intéressant qu’il y a un retour au politique qui dépasse la rêverie, la fuite et les « ivresses » . En ce qui concerne Simone Weil, le caractère christique de la quête devant les apories de ce qu’a été réellement la faillite du Front populaire s’écrasant sur la guerre d’Espagne, sur l’acceptation de Munich est hors mémoire d’une génération qui se retrouve sans la moindre conscience politique et à qui il ne reste plus que le mépris mais qui s’est dégagée des illusions des « gagneurs » à la Tapie. Les partis politiques restent pourtant une pesanteur dont la recherche de la grâce de la conscience pure ne peut pas s’encombrer.
la réponse n’est pas seulement dans le dialogue nécessaire générationnel, elle est dans ce que la situation nous « obligera » à être. (note de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Darling M., tu crois que j’ai quelque chose à donner. C’est mal formulé. Mais j’ai moi aussi une espèce de certitude intérieure croissante qu’il se trouve en moi un dépôt d’or pur qui est à transmettre. Seulement l’expérience et l’observation de mes contemporains me persuadent de plus en plus qu’il n’y a personne pour le recevoir.
C’est un bloc massif. Ce qui s’y ajoute fait bloc avec le reste. À mesure que le bloc croît, il devient plus compact. Je ne peux pas le distribuer par petits morceaux.
Pour le recevoir, il faudrait un effort. Et un effort, c’est tellement fatigant !
Certains sentent confusément la présence de quelque chose. Mais il leur suffit d’émettre quelques épithètes élogieuses sur mon intelligence, et leur conscience est tout à fait satisfaite. Après quoi, quand on m’écoute ou me lit, c’est avec la même attention hâtive qu’on accorde à tout, en décidant intérieurement d’une manière définitive, pour chaque petit bout d’idée à mesure qu’il apparaît : « Je suis d’accord avec ceci », « je ne suis pas d’accord avec cela », « ceci est épatant », « cela est complètement fou » (cette dernière antithèse est de mon patron). On conclut : « C’est très intéressant », et on passe à autre chose. On ne s’est pas fatigué.
Qu’attendre d’autre ? Je suis persuadée que les chrétiens les plus fervents parmi eux ne concentrent pas beaucoup davantage leur attention quand ils prient ou lisent l’Évangile.
Pourquoi supposer que c’est mieux ailleurs ? J’ai déjà connu quelques-uns de ces ailleurs.
Quant à la postérité, d’ici qu’il y ait une génération avec muscle et pensée, les imprimés et manuscrits de notre époque auront sans doute matériellement disparu.
Cela ne me fait aucune peine. La mine d’or est inépuisable.
Quant à l’inefficacité pratique de mon effort d’écrire, dès lors qu’on ne m’a pas confié la tâche que je désirais, ça ou autre chose… (je ne peux pas d’ailleurs me représenter pour moi la possibilité d’autre chose).
Voilà.
Pour une petite initiation à Simone Weil.
(1) je m’interroge sur le rôle joué par le fait d’être juif d’Europe centrale en tant qu’origine dans cette « quête » du matérialisme et de sa transcendance, de la raison et de la foi. En ce moment il est question de Michel Feher, un philosophe, Belge, juif, l’un des penseurs européens les plus rigoureux de la financiarisation et de l’extrême droite contemporaine avec son livre «Redevenir juif» (La Découverte), il s’adresse aux Juifs de la diaspora pour leur dire que le sionisme les a mal protégés — et qu’il les expose aujourd’hui à un retournement. Sa thèse centrale : un « pacte de blanchiment réciproque » s’est noué entre gouvernements occidentaux, institutions juives et extrêmes droites, qui a intégré les Juifs dans la blanchité dominante en échange d’un soutien à Israël. Ce pacte est en train de craquer, notamment aux États-Unis. La sortie de secours que propose Feher : renouer avec la tradition diasporique, subversive, internationaliste — redevenir le cauchemar de la fachosphère plutôt que son allié objectif. Chaque fois que je lis une telle proposition, je suis partagée. D’un côté je suis d’accord avec Aragon dissertant sur les « paradis artificiels » à la Charles Baudelaire, et d’ailleurs se demandant s’il y avait d’autres paradis que les artificiels donc il y a pléonasme. Mais Aragon, époux d’Elsa triolet née née Ella Iourievna Kagan, juive russe, comparait l’obstination des drogués à celle des juifs, incapables de renoncer à une identité qui au cours des millénaires ne leur avait apporté que des déboires. le fait est qu’il y a cette obstination identitaire, qui combine comme pour Spinoza ou Simone Weil le rejet de la synagogue et l’impossible conversion, une forme d’exemplarité …une chaîne familiale que l’on ne peut interrompre et qui peut-être celle de la dynamique des contraires, de l’infini dialogue talmudique, pour ne pas accepter que la vie soit facilité . A savoir trouver sa place à partir d’une identité fantasmée mais qui ne soit pas celle de la fascisation, une manière plus confortable pour l’assumer que celle du fiasco israélien actuel. En quoi l’existentiel, le stigmatisé nous ouvre-t-il sur l’universel ou contribue-t-il à ces isolats du « communautarisme »?
Comment devient-on communiste? Sans être simplement anarchiste, comment choisit on le prolétariat? quand la dimension de classe ne vous y prédestine pas? Et qu’il n’existe plus de parti communiste apte à concilier les contraires, les dynamiser ? Pour pleinement participer à la matérialité de l’humaine condition tout en gardant cet élan vers l’avenir. Ce qui n »existe pas encore? Il faut parier sur l’avenir , sur le « FUTUR », sur cette capacité qui a caractérisé le communisme à bâtir l’avenir avec le matériau pourri du capitalisme, ce qui s’appelle le « socialisme »…

Je ne sais pourquoi à la vue de ce slogan du PCF à la suite de son Conseil National du 9 et 10mai (dates si chargées d’Histoire) il me revient la boutade de Godard disant « Avec les communistes, j’irai jusqu’à la mort mais pas au delà… » Je ne sais jamais avec Godard si la justesse de son propos, sa « modernité » est de l’ordre de la coïncidence opportuniste ou de la prescience stupéfiante, mais on peut dire en être exactement là… Il y manque un au-delà, une « obligation » matérialiste indispensable dans ces temps de basculement historique, et pourtant elle est dans ce mot avenir qui dit ce qui n’est pas écrit, justement… mais dans cette brièveté sans le fatras des mondanité inutiles il y a bien là le minimum nécessaire. l’essentiel est dit, le titre suffira…je n’en lirai pas plus…
Oui à une candidature communiste pour un autre projet de société !
Il faut sortir du cadre mortifère du capitalisme : pour que vive le socialisme à la française Fabien Roussel – Page nationale Une absence de candidature conduirait les communistes à « devoir choisir entre Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann ou une candidature socialiste, ou une candidature issue d’une primaire qui pourrait être pro-Otan, pro-guerre, fédéraliste, anti-industrie, antinucléaire, ou encore démago sur le fond comme sur la forme » il y a là au moins une vérité.
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déclaration de Fabien Roussel sur une démarche qui est celle qui ouvre une lueur ce qui est peut-être tout ce que l’on peut attendre de la politique aujourd »hui et de ce qui parait être l’horizon indépassable que l’on ne peut pas négliger sans nécessairement s’en contenter, c’est du moins ce que je plaide face à ceux qui n’y croient plus… Tant mieux s’ils aspirent à plus en sachant se battre sur ce terrain là aussi.
C’est encore un obstacle à la déshumanisation: telle que la décrit l’historien Chapoutot : Qui tue ? tout le monde est personne est le management de la mort… Je sais que Timo se pose une question urgente, celui de la fin de la responsabilité en traitant du chiffre.
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