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Tant qu'il n'y a pas d'œuvre commune, il y aura toujours de l'intolérance

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Marx et la monnaie : jean Claude Delaunay comment resserrer les boulons de la théorie 2

Nous avons dans un précédent article compte rendu de l'ouvrage de Jean Claude Delaunay sur Marx er la monnaie insisté sur l'actualité de ce livre de Jean Claude Delaunay; Ne serait-ce que si l'on considère le récent sommet des BRICS, ou lorsque Washington peut geler à volonté la monnaie d'un pays, la réponse qui s'est dégagée du récent sommet en Inde n'a pas été la création d'une monnaie rivale, mais une refonte discrète des mécanismes de paiement entre pays. Mais c'est aussi la capacité à asphyxier un pays, un continent en créant la rareté du capital, des investissements en provoquant des crises dont le modèle demeure le Chili de Pinochet et que l'on voit se renouveler. On perçoit alors le caractère de cette monnaie, le dollar auquel l'humanité paraît enchainée mais dans le même temps comment les Etats-Unis à force d'utiliser militairement le fait de jouir du privilège du contrôle de la monnaie universelle sont en train de détruire le pouvoir de celle-ci voir de la conduire au Krach. Nous ne pouvons pas ignorer la coexistence de deux systèmes et la lente désagrégation du premier dans lequel la France est absorbée vers des guerres par procuration, la répression de sa classe ouvrière, de sa jeunesse et l'autre qui se dégage de cette mortifère influence....Et nous avons insisté sur le projet mené par Jean claude dans la plupart de ses ouvrages et la manière dont dans la confusion générale ce livre proposait de construire des repères. En quoi la théorie marxiste conçue au XIX e siècle alors que tous les processus de la financiarisation étaient encore embryonnaires pouvait être pertinente à ce stade de l'impérialisme financiarisé et alors que le dollar fait entendre des craquements sinistres. Mais ce livre témoigne d'une préoccupation plus théorique et il s'agit de la tentative de "resserrer les boulons de la théorie de Marx sur la monnaie". Pour en finir avec les "confusions" ambiantes. Là encore il est question de la complexité d'aujourd'hui, d'un retour à Marx et du refus du dogmatisme. De l'actualité telle que nous la vivons dans l'aveuglement de ceux qui ne veulent pas, ne peuvent pas accepter ce qui pourtant s'impose à eux.

Publié par Danielle Bleitrach

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Article original pour le blog

Donc il nous faut encore préciser en quoi ce "travail" conceptuel a pour Jean Claude dans ce livre son objet propre et en quoi ce travail théorique d'élucidation des concepts nous intéresse-t-il politiquement ?

Là encore, nous ne voulons pas paraphraser la démonstration de Jean Claude Delaunay sur le Marxisme et la monnaie qu'il résume très bien en trois points : 1) est-ce que cette théorie est ou non une théorie marchandise alors que nous en sommes à l'écriture numérisée ? 2) quels liens la monnaie entretient avec la valeur des marchandises. 3) Pourquoi les marxistes doivent-ils considérer la monnaie comme un élément de premier plan au lieu de la négliger.

Donc pourquoi est-ce si important de "resserrer les boulons de la théorie" en retrouvant la "valeur" et sa définition chez Marx et en quoi cette "valeur" est différente d'autres théories y compris considérées comme "progressistes" comme Keynes héritée des néoclassiques que l'on retrouve dans la plupart des programmes des candidats à l'élection présidentielle de gauche comme réponse aux programmes de la droite ?

Dans la première partie de cette préface, en suivant la démarche de Jean Claude nous avons compris que dans un temps de la chute de l'empire Etatsunien avec le krach possible du dollar, la recherche d'une monnaie "sécurisée" dans la cryptomonnaie , comprendre ce qu'est la monnaie est au cœur de nos inquiétudes mais pourquoi faut-il resserrer les boulons de la théorie et en quoi devons nous opérer un tel détour conceptuel? Ne serait-il pas suffisant que nous percevions un mouvement général ? Vous comprendrez très vite que ce retour à Marx est un retour au travail social, à l'exploitation.

Mais la démarche que nous propose Jean Claude Delaunay va plus loin, il ne s'agit pas d'un simple retour à l'exploitation, au travail, il s'agit non seulement de reprendre au capitaliste ce qu'il a volé mais "la réalité productive immédiate n'en sera pas modifiée pour autant". "La monnaie n'est que l'habit de la richesse et celle-ci n'est que l'habit du travail social dans des rapports économiques déterminés, mais elle n'est pas le travail social lui-même" Etre riche est un rapport social qui doit être renouvelé en permanence, dérivés de la production marchande et des rapports d'exploitation à un stade déterminé des forces productives.

Il y a quelque chose d'apparemment absurde dans les fortunes dépensées en formes publicitaires diverses y compris pour vanter leurs guerres, pour gonfler les profits dans une croissance poussive si l'on ne mesure pas que nous avons un système et que ces débats théoriques sur la monnaie portent en fait sur la légitimité d'une civilisation dans une crise profonde et là encore la proposition de jean Claude Delaunay porte non seulement sur l'écroulement d'un mode de production mais sur les défis du socialisme qui ne peut pas être une simple expropriation mais tenir compte de ses propres défis.

Là encore je vais faire une proposition de lecture : nous sommes en France, dans un despotisme doux qui est en train de virer au fascisme, non en rupture avec la "démocratie" mais dans son prolongement direct des limites du capitalisme. Tout se passe comme si les institutions créées pour cette "démocratie" née avec le capitalisme s'effondraient et des monstres en surgissaient. Est-ce qu'il s'agit de Trump comme on nous le suggère ou est-ce que ce despotisme, cette dictature de la bourgeoisie est inscrite dans le capitalisme ? les deux, est la réponse qui s'impose dans la lucidité de cette descente encore vivant dans les enfers comme dans les mythes. Est-ce ce qui prélude aux révolutions : quand la classe capitaliste est divisée et qu'elle est incapable de tenir sa domination par les voies "libérales" et qu'elle adopte pour sa classe ouvrière, la société libérale voir libertaire des méthodes réservées jusqu'ici aux colonisés.

la confusion est une arme aux mains de la classe dominante. Ou plutôt cette classe en crise profonde utilise notre résistance aux nouvelles évidences mais notre manière de vivre, nos habitudes de pensée nous paraissent si cohérentes que nous faisons comme si nous ne les rencontrions pas, l'accord qui nous unit à l'ancien devient son unique force et nous prétendons la transmettre à nos enfants qui s'ils ne sont pas gênés par leurs propres souvenirs sont en plein désarroi parce qu'ils n'ont pas leur place dans ce monde là.

Alors ce retour sur les concepts marxistes dit que ce sont ceux qui mettent en lumière l'exploitation ce scientifiquement, rationnellement. qui encore et toujours en ont les clés. Et justement cela fait des décennies qu'il a été accepté de ne plus faire de l'exploitation le critère explicatif de notre "culture". Le retour à Marx doit et peut s'opérer mais pas comme un dogme parce que le monde a profondément changé.

Alors il nous parait judicieux de suivre la méthode qui est celle de Jean Claude : confronter les origines du phénomène monétaire avec la réalité de son développement actuel et ce que le marxisme dit des deux. C'est valable pour la monnaie mais ça l'est pour la plupart des institutions en plein ébranlement.

On peut ainsi passer au crible la plupart des "mots" du langage politique ou politicien pour voir qu'elle en est la chose.

En ce qui concerne la "démocratie", ou la nécessité d'un contrat social avec les citoyens aboutissant même au suffrage universel revenons en à l'origine qu'est "la révolution américaine" qui sous sa forme libérale précède la Révolution française : Tocqueville dans son célèbre voyage aux Etats-Unis à propos des "démocraties modernes" dit "Il serait plus diffus et plus doux et détruirait les hommes sans les tourmenter" Nous sommes alors dans un temps où s'instaure le libéralisme et à travers les Révolutions va se modifier la conscience de devoir gouverner avec les masses. Notez que dès que la consultation des citoyens, leur "représentation" en France devient suffrage universel (sans les femmes) aussitôt a été conçu le plébiscite de Napoléon le petit qui désamorce le suffrage universel. C'est-à-dire que se combine dès le XIX e siècle pour avoir ce consensus le pouvoir publicitaire et l'occultisme des cercles du pouvoir ce qu'a très bien perçu Balzac. Il faut dès ce moment là prendre conscience de la nature du consensus qui après la Commune de Paris va voir naitre la proposition de partage avec "l'aristocratie ouvrière" décrite par Lénine, alors que dans le même temps commence l'installation de ses comptoirs et la fabrication d'un marché adapté à la diffusion de ses marchandises comme au pillage des ressources. Le compromis avec l'aristocratie ouvrière se fait à travers la plus value relative, la force de travail bénéficie pour se reproduire de conditions améliorées par les ressources extorquées aux colonies.

Mais il s'agit d'une part infime que la guerre impérialiste remet en cause avec son exigence de chair à canon.

A ce consensus citoyen de dupes, qu'il soit doux ou violent la réponse qu'a toujours apporté le marxisme a été l'éducation, la conscientisation et l'organisation en particulier sur les lieux mêmes de la production, la lutte des classe dans l'internationale. Comme une partie de la classe ouvrière et des intellectuels a exporté le marxisme comme un mode d'émancipation anti colonial dont l'appropriation reste à analyser.

La guerre impérialiste y devient une nouvelle étape structurelle dans l'organisation de ce consensus. les techniques employées sur le Front extérieur et intérieur qui fascinèrent Marc Bloch dans les tranchées et qui sont utilisées pour les amis, les ennemis et les troupes elles-mêmes ne sont pas abandonnées en temps de paix. Le but n'est pas d'élucider, de comprendre mais de capter l'attention, de soulever les passions. La culture orale mais aussi l'écrit résumé à un slogan publicitaire est beaucoup plus propice à cet exercice de manipulation à grande échelle .

Dans un tel contexte, la plupart des mots connaissent une popularité d'autant plus grande que leur ambiguïté et les jeux de miroir qui sont suggérés sont faits pour masquer les contradictions réelles. Il est des mots qui tout à coup prennent la place de l'analyse et ont souvent pour vocation de tenir lieu de la réalité, de prétendre la rendre visible mais qui peuvent être aisément retournés en leur contraire. L'exemple type du moment est le mot "sécurité".

Non nous ne égarons pas puisque nous sommes en plein dans l'effort théorique nécessaire à l'émancipation, et si la monnaie, est bien cette institution dont la crise révèle et masque la chute de l'impérialisme , Jean Claude Delaunay note ce moment historique à partir des années 1970, à partir desquels on assiste à des efforts théoriques renouvelées sur la définition de la monnaie et bien sur cela n'est pas étranger au choix des Etats-Unis de renoncer à lier le dollar à l'or et de baser donc ce dernier sur la puissance (y compris militaire) des USA.

Ce fait se combine avec l'apparition de courants marxistes et autres y compris ce que l'on définira comme la théorie de la régulation. Marx est accusé d'avoir défini, la monnaie comme une marchandise comme les autres qui devenait l'équivalent pour leur échange. Mais des chercheurs au contraire expliquent qu'à l'origine il y ait eu un tel processus ne signifie en aucun cas que Marx ait identifié marchandise et monnaie. Marx l'identifie à la "valeur". c'est l'école d'Aglietta et surtout celle de Paul Boccara. Suivez bien tout ce qu'il nous dit de ces débats et gardez le fil : la négation du travail social et de l'exploitation.

Jean Claude Delaunay dit reprendre l'affirmation déterminée de Suzanne de Brunhoff : la monnaie c'est la monnaie. ce n'est pas une marchandise. Par parenthèse j'ajouterai ce rappel qui dit que la marchandise c'est la force du travail comme les moyens de production que le capitaliste achète. La force de travail ayant on le sait la particularité de produire plus de valeur qu'il ne lui en faut pour se reproduire (elle a en outre la caractéristique d'entretenir la valeur existante dans les moyens de production). A ce propos je dois dire que la fréquentation de Marx devenue aujourd'hui de plus en plus abandonnée y compris chez les militants français aide beaucoup à percevoir l'intérêt de ce retour au théorique de Jean Claude Delaunay. On se souvient en particulier de la manière dont Marx pose l'inversion de la relation entre le capital (A) et la marchandise(M) dans les échanges courants et dans l'accumulation capitaliste, ce qui met en évidence le fait que pour lui la monnaie n'est pas la marchandise mais doit au contraire être distinguée de celle-ci pour qu'intervienne l'accumulation. L'argent doit être "transformé" en marchandise dit Marx donc il n'est pas marchandise. Une relecture de Marx s'impose :

"La forme immédiate de la circulation des marchandises est M—A—M, transformation de la marchandise en argent et retransformation de l’argent en marchandise, vendre pour acheter. Mais, à côté de cette forme, nous en trouvons une autre, tout à fait distincte, la forme A—M—A (argent—marchandise—argent), transformation de l’argent en marchandise et retransformation de la marchandise en argent, acheter pour vendre. Tout argent qui dans son mouvement décrit ce dernier cercle se transforme en capital, devient capital et est déjà par destination capital.

Considérons de plus près la circulation A—M—A. Comme la circulation simple, elle parcourt deux phases opposées. Dans la première phase A—M, achat, l’argent est transformé en marchandise. Dans la seconde M—A, vente, la marchandise est transformée en argent. L’ensemble de ces deux phases s’exprime par le mouvement qui échange monnaie contre marchandise et de nouveau la même marchandise contre de la monnaie, achète pour vendre, ou bien, si on néglige les différences formelles d’achat et de vente, achète avec de l’argent la marchandise et avec la marchandise l’argent"

En attendant, cette relecture, je vous conseille de suivre l'analyse que fait Jean Claude Delaunay pour nettoyer les "ambiguïtés" théoriques et les polysémies habituelles en tout à coup vous arrêtant sur ce terme de valeur et sa relation au Travail ou plutôt le travail social.

Et là, une fois de plus tout ce détour théorique reprend pied dans les enjeux contemporains y compris la manière dont Fabien Roussel a tout à coup en France mis au centre des débats politique le travail. "Pour un marxiste, ce point de théorie qu'est la liaison la plus intime possible entre monnaie et travail social n'est pas négociable et c'est ce point qui pose problème. La contestation du marxisme se fait sur ce terrain, car il n'est pas question pour un non marxiste, a fortiori pour un antimarxiste, de reconnaitre que la vie sociale repose sur le travail." nous rappelle jean Claude Delaunay

Parce qu'il s'agit bien d'une "forme", derrière ce terme de Travail Marx considère que la monnaie doit être conforme au fonctionnement des rapports sociaux d'exploitation dont elle est la monnaie. C'est-à dire que dans une société de type capitaliste le système monétaire aux mains de la classe dominante se doit de favoriser l'extension maximale de production de valeur (temps de travail à l'origine de l'accumulation) et d'autre part doit aboutir à la privatisation des résultats de cette extension. nous rappelle Jean Claude

C'est plus que jamais incontournable...

La monnaie est donc un rapport social contradictoire, plus ou moins bien pris en charge par telle forme matérielle de la monnaie. La monnaie métallique fut la forme primitive et efficace durant des millénaires; Mais ce fut que l'une de ses formes . En sorte que, si l'on souhaite donner de la monnaie une définition générale, cohérente avec la problématique marxiste, il vient que la relation économique, juridique et comptable , une relation de "rapport social" et non une relation de "chose sociale" dit-il.

C'est pour cela que lier monnaie et valeur, un rapport social avec un temps de travail social est le véritable scandale que l'on ne saurait tolérer dans le débat public et aujourd'hui moins que jamais. Il faut nier ce travail social dans "l'endettement" et la spoliation de la "dette", comme il faut interdire la nationalisation. Oui voilà un premier pas franchi mais il faut aller encore plus loin dans la démonstration et prendre en considération ce sur quoi nous sommes encore en de ça de la théorie marxiste de la monnaie, à savoir son rôle dans le déclanchement des crises et sa recherche frénétique quand elle fait défaut avec le pouvoir actuel du capital, sa puissance réelle telle qu'on l'a vu au Chili et même aujourd'hui en Amérique latine. Les sociétés socialistes ont été des sociétés sous développées et même quand elles ont socialisé au maximum la production et la consommation, d'en réduire les faux frais et rapprocher au maximum travail social et travail effectif, elles souffrent de cet asphyxie qu'impose le capital comme on le voit dans le cas de l'héroïque Cuba mais aussi celui de la vague qui déferle sur l'Amérique latine et qui pose nous y reviendrons la question des facteurs de la résistance, elles sont comme le dit Jean Claude nationales mais n'est ce pas là aussi qu'il nous faut avancer ? .

Il y a aujourd'hui la mise en place d'une autre stratégie : est-ce un hasard si elle se développe dans le monde multipolaire ? Voilà pourquoi comme nous l'avons vu au début de cette préface la crypto monnaie ou monnaie "sécurisée" par rapport à la possibilité des Etats de battre monnaie et de jouer avec la dette et l'inflation, est une réalité différente en matière d'investissement dans la production en Chine et un mécanisme spéculatif aux Etats-Unis.

Mais l'on doit également noter à quel point est apparu comme une surprise cette force du marxisme même quand il parait totalement oublié de poser non seulement le "parti pris du travail" mais de le poser comme un rapport social face à la crise historique du capitalisme.

Et c'est là que nous avons l'autre aspect théorique de ce petit rappel de Marx et la monnaie à savoir la dimension non seulement économique mais anthropologique de la monnaie.

Et là aussi nous sommes dans un processus : la capacité de la monnaie à permettre d'exploiter le travail fut tendanciellement croissante avec le temps et les modes de production (1)

Là aussi nous ne pouvons qu'appuyer cette vision de Marx et de sa critique de l'économie fut-elle politique par le matérialisme historique mais dans une démarche encore plus ambitieuse proche de la dialectique du vivant que l'on retrouve non seulement dans l'œuvre posthume que Engels écrivit à partir de ses notes inspirées par Morgan (2) mais dans toute son oeuvre y compris le Capital . Ce retour au théorique de la définition de la valeur travail social remet à jour non seulement l'exploitation, sa spoliation, mais aussi le rôle que jouent la relation de ce travail social dans l'appropriation de la nature, les transformation scientifiques et techniques, la mondialisation avec un espace et un temps qui s'étirent et ne nous conte plus seulement l'épopée de la race blanche, héritière de l'humanisme, l'universalité de notre monnaie s'ébranle avec celui de notre récit et là aussi on retrouve le Marx anthropologue que Jean Claude nous invite à découvrir dans le rôle de la monnaie dans la chute de l'empire romain.

Nous sommes d'autant plus d'accord que nous avons toujours lu ce Marx là et il doit selon nous opérer une rencontre entre toutes les expériences socialistes et la réponse aux défis actuels. Nous sommes à l'ère de la complexité et il faut se nourrir de ce que dit Jean Claude à partir de son poste d'observation en Chine : "le but du socialisme est d'assurer la domination du travail vivant sur le travail passé et de le faire sur une base nationale, dans l'intérêt de tous et non de quelques uns. "A terme la disparition de la monnaie signifiera que le travail vivant domine complétement le travail passé." Mais sans jouer les phénoménologues existentialistes et réduire l'humanité à une révolte contre la rationalité, il y a dans l'expérience du socialisme y compris en Chine une "révolte contre le capital" pour reprendre l'expression de Gramsci qui donne à l'exigence anthropologique de ce livre et d'autres je pense en particulier aux travaux de Rémy Herrera la place qui est la leur à l'intérieur d'un mouvement réel dans lequel s'inventent les alliances.

Marx dans le Capital fait même un lien que n'aurait pas désavoué max Weber qui s'en est probablement inspiré, entre religion et formes monétaires dans le livre I section . chapitre IV il dit :Le monde religieux n'est que le reflet du monde réel. Une société où le produit du travail prend généralement la forme de marchandise et où, par conséquent, le rapport le plus général entre les producteurs consiste à comparer les valeurs de leurs produits et, sous cette enveloppe des choses, à comparer les uns aux autres leurs travaux privés à titre de travail humain égal, une telle société trouve dans le christianisme avec son culte de l'homme abstrait, et surtout dans ses types bourgeois, protestantisme, déisme, etc., le complément religieux le plus convenable. Dans les modes de production de la vieille Asie, de l'antiquité en général, la transformation du produit en marchandise ne joue qu'un rôle subalterne, qui cependant acquiert plus d'importance à mesure que les communautés approchent de leur dissolution. Des peuples marchands proprement dits n'existent que dans les intervalles du monde antique, à la façon des dieux d'Epicure, ou comme les Juifs dans les pores de la société polonaise. Ces vieux organismes sociaux sont, sous le rapport de la production, infiniment plus simples et plus transparents que la société bourgeoise ; mais ils ont pour base l'immaturité de l'homme individuel — dont l'histoire n'a pas encore coupé, pour ainsi dire, le cordon ombilical qui l'unit à la communauté naturelle d'une tribu primitive — ou des conditions de despotisme et d'esclavage. Le degré inférieur de développement des forces productives du travail qui les caractérise, et qui par suite imprègne, tout le cercle de la vie matérielle, l'étroitesse des rapports des hommes, soit entre eux, soit avec la nature, se reflète idéalement dans les vieilles religions nationales. En général, le reflet religieux du monde réel ne pourra disparaître que lorsque les conditions du travail et de la vie pratique présenteront à l'homme des rapports transparents et rationnels avec ses semblables et avec la nature. La vie sociale, dont la production matérielle et les rapports qu'elle implique forment la base, ne sera dégagée du nuage mystique qui en voile l'aspect, que le jour où s'y manifestera l'œuvre d'hommes librement associés, agissant consciemment et maîtres de leur propre mouvement social. Mais cela exige dans la société un ensemble de conditions d'existence matérielle qui ne peuvent être elles-mêmes le produit que d'un long et douloureux développement."

Mais vous avez là un chemin sur lequel il ne vous reste plus qu'à suivre Jean Claude Delaunay et qui devrait vous aider à découvrir ce qui est là mais qui ne saurait être dit parce que Marx reste toujours aussi révolutionnaire et il est bon de saluer ceux qui nous invitent à cette actualisation en recréant les conditions du combat politique pour la majorité et non pour une minorité.

danielle Bleitrach

(1) Paul Boccara insistait d'une manière heuristique sur le développement dialectique du marchand et du non marchand avec des dominantes dans les modes de production mais aussi des phases. Le monétaire ne joue pas le même rôle dans les sociétés marchandes et non marchandes. .

(2) L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État est un essai de Friedrich Engels publié en 1884 d'après les notes de Karl Marx sur les études anthropologiques des sociétés archaïques de Lewis Henry Morgan. Engels se réfère aussi au livre Le Droit maternel de Johann Jakob Bachofen. Notez que cette publication tout à fait passionnante intervient un an après la mort de Marx, alors qu'Engels doit publier les manuscrits du Capital inachevé et il est en train de constituer la social démocratie mais tout affaire cessante il se met à ce travail là. Et si on lit leur correspondance on sait que périodiquement Engels invite Marx de suspendre les polémiques politiques, les travaux annexes et de s'atteler à cette œuvre qui est réellement la leur et qui a cette dimension anthropologique, une contribution scientifique dont l'interlocuteur privilégié est la classe ouvrière, les "producteurs".

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