Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

L’UE poursuit la Russie en Asie centrale jusqu’au Kirghizistan et l’oblige à fermer des entreprises soupçonnées d’aider la Russie

Ce sont 50 entreprises qui ont été contraintes de fermer mais le système est infiniment plus complexe qu’il n’y paraît et là aussi la rencontre Chine et Russie nous montre la multipolarité et ses souplesses et ses liens avec l’ex-Union soviétique, la plus belle histoire d’amour du monde comme Djamilia le beau roman du grand écrivain soviétique Chingiz Aitmatov.

Le président russe Vladimir Poutine accueille le président kirghize Sadyr Japarov lors de leur rencontre au Kremlin à Moscou, en Russie, le 23 avril 2026. Maxim Shipenkov/Pool via REUTERS TPX IMAGES OF THE DAY
Le président russe Vladimir Poutine accueille le président kirghize Sadyr Japarov lors de leur rencontre au Kremlin à Moscou, en Russie, le 23 avril 2026 [Maxim Shipenkov/Pool via Reuters]

Le Kirghizistan est un, pays montagneux Asie centrale lieu d’élevage et on se souvient des magnifiques romans du grand écrivain soviétique Chingiz Aitmatov. Djamilia dont Louis Aragon qui l’avait traduit disait « C’est la plus belle histoire d’amour du monde » : un amour poignant raconté par les yeux d’un jeune garçon et qui nous transmet la beauté et la dureté de son pays, les difficultés à accepter le monde nouveau qu’est l’Union Soviétique et cet auteur avait vu son père tué par les bolcheviques mais il était devenu par humanisme le chantre de cette acceptation du socialisme, avec comme toile de fond les montagnes Kirghizes. Comme nous allons le voir Aitmatov a réussi à transformer ce magnifique travail sur la langue russe en histoire d’amour parmi les plus belles de l’Asie centrale malgré le soin jaloux que l’occident prend à les séparer. En complément de ce que nous avons tenté de vous faire partager avec les textes de Ziouganov et l’explication de « la doctrine Primakov » voici donc l’histoire de la Russie’ et de la Kirghizie face à la jalousie de l’occident, avec en toile de fond le rôle de la Chine.

Sous la pression de l’Europe et la menace de sanctions, à cause de l’invasion de l’Ukraine, le ministère de la culture a annulé le festival de cinéma russe « le temps de la vérité » destiné à éclairer ce qui se passait dans le Donbass et en interdisant les manifestations de soutien devant l’ambassade russe (qui ont tout de même eu lieu) en expliquant que le Kirghizstan était « neutre », mais le défilé du régiment immortel a eu lieu et le Kremlin a laissé filtrer le fait que le 26 février qu’au cours d’un échange téléphonique avec Vladimir Poutine, le président Sadyr Japarov avait soutenu « les actions décisives du côté russe pour protéger la population pacifique du Donbass ». Le bureau du président n’a apporté aucun démenti clair.

Si les morts russes sont célébrés par une garde d’honneur, une procédure pénale a été initiée à l’encontre d’un Kirghiz combattant du côté ukrainien. L’Europe peut parler il s’avère que pour la jeunesse en particulier alors que l’économie est pauvre, les Kirgjizes sont est une main d’œuvre apprécié par le puissant conglomérat qui dirige la Russie moderne et dont on sous estime les réalisations.

la Russie apprécie les produits de l’agriculture kirghize, à la fois respectueuse de l’environnement et de grande qualité. D’autant plus que celle-ci est relativement modeste : les entreprises agricoles russes ne souffriraient certainement pas des importations. La Russie a de la peine à assurer une politique de grands travaux mais la Chine y supplée. En revanche, la Russie accorde volontiers des prêts, du carburant et des armes.

Mais cela va au delà de la permanence des échanges économiques. L’attitude de Sadyr Japarov auprès du Kremlin est dénoncée par l’Occident comme celle d’un dirigeant qui se croit encore en Union soviétique. le Premier ministre kirghiz fait des déclarations jugées provocatrices : « Si la fenêtre vers l’Europe se ferme, nous sommes prêts à ouvrir les portes de l’Asie. » S’il est considéré comme l’allié le plus fidèle les autres ex-pays de l’Asie soviétique ne sont pas prêts à rompre avec Moscou, il y a aussi le cas du Tadjikistan, dont le PIB dépend pour un tiers des envois d’argent de Russie et de la modeste Arménie dont les monopoles russes possèdent la totalité des infrastructures mais qui comme nous l’avons vu dans un autre article est prêt sous l’influence de l’Europe et des Etats-Unis à se jeter dans les bras de Trump et de la Turquie . Mais les plus fidèles sont les Kirghizes et il ne s’agit pas seulement des dirigeants, du président et du premier ministre, les commentaires de l’UE, de l’Allemagne en particulier disent que  » Il n’existe aucune étude sur l’opinion des citoyens kirghiz au sujet de la guerre en Ukraine, mais le ressenti est que les soutiens de la Russie sont plus nombreux parmi les Kirghiz que dans tout autre pays d’Asie centrale. Cela est dû non seulement à l’économie et à l’influence des médias russes, mais aussi à la proximité des cultures politiques. « Je dois dire avec une grande fierté que nous sommes un pays où le russe est la langue officielle », a déclaré Akylbek Japarov dans une interview pour le média russe Kommersant. »« Et nos enfants déclarent encore leur amour dans la langue d’Essénine et de Pouchkine. Nous avons préservé le 23 février. […] Nous avons gardé le 8 mars. Nous avons le 1er et le 9 mai (des fêtes de l’époque soviétique, ndlr), et tous les monuments aux vétérans de la Grande guerre patriotique sont protégés et entretenus. Nous remercions le sort d’avoir vécu à l’époque de ce qu’on appelait autrefois l’Union soviétique. Et aucun entre nous ne proteste contre les monuments de Lénine. C’est que nous sommes plus russophones que les Russes eux-mêmes », ajoute-t-il.(1)

La Russie maintient une base aérienne et d’autres installations militaires au Kirghizistan, et les deux pays ont signé des accords de défense mutuelle. « Le Kirghizistan a eu six présidents [depuis son indépendance], mais chacun d’eux est resté extrêmement loyal à la Russie, et plus particulièrement au président [Vladimir] Poutine » Il existe d’ailleurs un sommet baptisé mont Poutine. Et plus que tous ses voisins d’Asie centrale le Kirghizistan est reconnaissant comme s’il appartenait à la fédération de Russie que Poutine ait bloqué l’insécurité, le banditisme, les affrontements « tribaux » que l’occident encourageait en tentant d’installer ses propres bases face à l’Afghanistan.

Dépités il ne reste plus aux commentateurs qu’à comparer le Kirghizstan entraîné malgré lui dans le périmètre des prochaines sanctions de l’occident à être dépeint comme Sadyr et Akylbek Japarov sont confortablement installés sur la proue du Titanic, tels Leonardo Di Caprio et Kate Winslet,en attendant que coule l’UEEE.

C’est ce qui a été tenté et qui s’est traduit effectivement par la fermeture d’une cinquantaine d’entreprises.

Parce que si rien n’a paru altérer l’amitié entre la Russie et la Kirghizie, après les sanctions imposées à la Russie par les gouvernements occidentaux et leurs alliés suite à son invasion de l’Ukraine en 2022, le Kirghizistan est immédiatement devenu une plaque tournante essentielle pour le contournement des embargos. De 2021 à 2022, la valeur annuelle des exportations kirghizes vers la Russie a bondi de 393 millions de dollars à 1,07 milliard de dollars, incluant des produits tels que des voitures de luxe et des microprocesseurs.

Certains de ces produits, comme les microprocesseurs, sont dits « à double usage », ce qui signifie qu’ils sont importés dans des pays tiers comme le Kirghizistan en tant que biens civils, puis réexportés vers la Russie, où ils peuvent être utilisés dans du matériel militaire tel que des missiles et des drones.

La semaine dernière, les autorités kirghizes ont annoncé la fermeture forcée de 50 entreprises soupçonnées d’aider la Russie à contourner les sanctions. Cette annonce intervient quelques semaines après l’embargo imposé par l’Union européenne sur certains produits électroniques destinés au Kirghizistan, ces derniers étant réacheminés vers la Russie. C’est la première fois que ce pays d’Asie centrale prend une telle mesure. L’année dernière, l’UE a placé deux banques kirghizes sur liste noire tandis que le Royaume-Uni a imposé des sanctions à de hauts responsables kirghizes.

« Au Kirghizistan, tout le monde sait que des entrepreneurs et des entreprises profitent des sanctions internationales et occidentales imposées à la Russie en aidant cette dernière à les contourner », a déclaré à Al Jazeera Erica Marat, chercheuse kirghize au Collège des affaires de sécurité internationale.

« Le Kirghizistan revêtait une importance géopolitique considérable pour Moscou. Le pays était perçu comme un rempart contre la propagation de l’islamisme radical, notamment dans le contexte de la guerre civile au Tadjikistan et de la montée en puissance des talibans en Afghanistan », a déclaré à Al Jazeera Mikhaïl Krishtal, professeur associé à l’Université fédérale baltique Immanuel Kant de Kaliningrad et membre du Club d’experts Digoria, basé à Moscou. « Ces circonstances ont largement déterminé le soutien militaro-technique et financier apporté par Moscou à Bichkek durant cette période. »

La Russie et le Kirghizistan entretiennent des relations commerciales « asymétriques », a ajouté Krishtal. La Russie est un marché essentiel pour les produits kirghizes, et les transferts de fonds en provenance de Russie représentent entre 15 et 26 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, selon diverses estimations.

« L’appartenance du Kirghizistan à l’Union économique eurasiatique (UEEA) revêt ici une importance non négligeable, car elle offre à ses citoyens des avantages considérables dont ne bénéficient pas les migrants du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan voisins, même compte tenu du durcissement actuel des politiques migratoires de la Russie », a souligné Krishtal

Bien que l’opinion publique kirghize soit globalement favorable à la Russie, l’influence exercée par le Kremlin ne fait pas l’unanimité.

« C’est déprimant – la situation politique se détériore depuis quelques années déjà, et maintenant on est comme la Russie », a déclaré Khadija, une habitante de Bichkek d’une vingtaine d’années qui travaille comme bénévole dans une ONG. Elle a souhaité garder l’anonymat. « Il y a quelques années, si nous insistions suffisamment, [les politiciens] nous écoutaient. Mais maintenant, je ne sais vraiment plus quoi faire – tout va dans le sens inverse. J’ignore dans quelle mesure la Russie influence [le Kirghizistan], mais c’est toujours la même tactique : des agents étrangers , etc. » dit le média Qatar Al jeezera qui a trouvé des opposants. Il en existe même s’ils sont très minoritaires.

Entouré de voisins souvent qualifiés d’autoritaires, le Kirghizistan était autrefois considéré comme le pays le plus ouvert, quoique politiquement instable, d’Asie centrale, avec la liberté d’expression et des élections démocratiques.

La Russie n’est pas la seule puissance intéressée par le Kirghizistan, situé sur l’ancienne Route de la Soie. Mikhaïl Galuzin, vice-ministre russe des Affaires étrangères, a récemment déclaré dans une interview accordée au journal Izvestia que l’Occident – ​​notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et certains pays de l’UE comme l’Allemagne ou la France– cherche à accéder aux ressources de la région afin de saper l’influence russe en Asie centrale en propageant le discours d’une « menace russe ». Il y a eu des tentatives répétées de favoriser les opinions dissidente d’imposer une vision de l’URSS comme celle d’une colonisation avec quelques dissidents dont sont vantés périodiquement l’augmentation de l’influence a dit à Al Jeezera une activiste souteniue par l’occident et rétribuée par elle : « Nous constatons une plus grande diversité d’opinions et un mécontentement croissant face à l’influence persistante de la Russie au Kirghizistan. Ce mécontentement se manifeste aussi bien au sein des élites intellectuelles que parmi les militants et les jeunes générations qui ne perçoivent pas nécessairement la Russie comme un partenaire positif et ont tendance à considérer la domination russe, notamment durant les périodes soviétique et tsariste, comme un colonialisme destructeur pour la culture et l’identité kirghizes. Ces voix se font de plus en plus entendre », a déclaré à Al Jeezera Erica Marat, chercheuse kirghize au Collège des affaires de sécurité internationale.. « Après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine et les atrocités qui ont suivi, ce mécontentement s’est répandu dans l’opinion publique et est devenu le sujet de discussion dominant dans les milieux non gouvernementaux. »

Cependant, sous la présidence actuelle de Sadyr Japarov, le statut revendiqué de « neutralité s’est opposé à cette influence et l’a réprimé comme une ingérence : le site d’investigation Kloop a été bloqué et ses journalistes arrêtés . Une loi sur les « agents étrangers », similaire à celle en vigueur en Russie, a été adoptée, restreignant le travail des ONG, tandis que les pouvoirs exécutifs personnels de Japarov ont été étendus au détriment du Parlement. Ce qui fait crier à la dictature mais en Kirgjizie a eu jusqu’ici très peu d’écho D »où le renforcement des sanctions économiques et les fermetures d’usine.

Un autre acteur majeur est la Chine, qui partage une frontière avec le Kirghizistan à l’est.

« Le partenariat économique entre le Kirghizistan et la Chine s’est considérablement développé ces dernières années », a déclaré Krishtal. « Il en résulte une forte augmentation des échanges commerciaux, la participation de Bichkek au mégaprojet logistique des Nouvelles Routes de la Soie et une hausse des investissements chinois. Dans ce contexte, la forte dépendance du Kirghizistan à l’égard de la Chine en matière de dette est un point important à souligner : cette situation pourrait permettre à la Chine de bénéficier de préférences économiques dans le pays. » mais là aussi jusqu’ici ce qui a dominé c’est le partenariat qui permet de minimiser les sanctions et comme l’a déclaré le Premier ministre kirghiz : « Si la fenêtre vers l’Europe se ferme, nous sommes prêts à ouvrir les portes de l’Asie. »

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