L’Occident en perte de vitesse cherche tous les arguments, toutes les interprétations tendancieuses pour tenter de justifier ses propres échecs en condamnant les autres. Mais voyons ce qu’il en est réellement (note et traduction de Marianne Dunlop pour Histoire et Société)
https://vz.ru/economy/2025/12/11/1379982.html
La Chambre de commerce de l’UE a accusé la Chine de sous-évaluer artificiellement le yuan par rapport à l’euro. Cette année, il a perdu 7,5 % de sa valeur par rapport à l’euro, et son taux de change effectif réel par rapport au panier de devises a baissé de 18 % par rapport à son pic de mars 2022, pendant la pandémie de COVID-19.
Le taux de change sous-évalué du yuan constitue en fait une subvention aux exportations chinoises, a déclaré le président de la Chambre de commerce de l’UE, Jens Eskelund. Selon lui, si l’on considère les choses sous cet angle, il sera plus facile pour les partenaires commerciaux de prendre des mesures de rétorsion sous la forme d’enquêtes antidumping et de la mise en place de droits de douane.
Le Fonds monétaire international (FMI) n’a pas pu passer à côté du débat sur le yuan. Il estime également que la cause du déséquilibre commercial et de la croissance des exportations chinoises réside dans l’affaiblissement réel du yuan. La directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a déclaré que, en tant que deuxième économie mondiale, la Chine ne devrait pas assurer une croissance significative de son économie uniquement grâce aux exportations, car cela ne ferait qu’aggraver les conflits commerciaux mondiaux.
Donald Trump n’apprécie pas non plus le taux de change sous-évalué du yuan, ce qui est compréhensible : le président américain impose des droits de douane sur les produits chinois, tandis que la Chine compense la perte de compétitivité de ses produits grâce au taux de change de sa monnaie et, au contraire, augmente ses exportations. Trump a critiqué Pékin à plusieurs reprises pour avoir activement développé son industrie manufacturière. En effet, les États-Unis aimeraient la développer eux-mêmes, mais Pékin se met en travers de leur chemin.
Les politiciens de haut niveau laissent clairement entendre que la Chine aurait intérêt à renforcer sa monnaie, et les économistes occidentaux en parlent ouvertement, sans diplomatie.
Entre-temps, l’attaque contre le cours du yuan surprend.
« Le cours du yuan est ciblé et un corridor est créé, hors duquel la monnaie ne peut sortir. Ce n’est pas une théorie du complot. C’est la politique officielle de la Banque populaire de Chine : gérer le cours du yuan.
Il est donc assez étrange de découvrir en 2025 que le yuan est artificiellement sous-évalué. La Chine dit clairement qu’elle agit ainsi, c’est une caractéristique de son système », s’étonne Yulia Khandoshko, PDG du courtier européen Mind Money.
L’Europe et les États-Unis se plaignent que la Chine « inonde » leurs marchés avec ses produits et, d’un point de vue économique classique, Pékin devrait effectivement afficher un excédent commercial important. Formellement, cette logique est correcte, mais les critiques occidentales ignorent deux grands groupes de facteurs, note Mme Handoshko.
« Le premier facteur est l’échec total de la politique industrielle européenne. C’est-à-dire les problèmes liés aux prix de l’énergie et à la désindustrialisation. Chaque Volkswagen invendue est en fait une voiture chinoise vendue. Et si l’on considère le marché russe, la Chine l’a conquis non pas tant grâce à sa persévérance, mais plutôt parce que les Européens se sont retirés, laissant une part importante du marché libre. Il est donc étrange de s’indigner du succès de la Chine là où vous avez vous-même libéré de l’espace », explique Yulia Khandoshko.
« Le deuxième facteur que l’Occident préfère ignorer est que, malgré tous les succès de son expansion extérieure, la Chine connaît des problèmes internes assez graves. La crise dans le secteur immobilier a laissé des traces profondes. Les ménages sont devenus plus prudents, ils épargnent davantage et consomment moins. La demande intérieure est faible et les importations ne progressent pratiquement pas. En d’autres termes, malgré la puissance de ses exportations, la Chine connaît simultanément un ralentissement économique interne. Cela augmente automatiquement l’excédent commercial, mais ne signifie pas que l’économie soit en parfaite santé », explique notre interlocutrice.
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En résumé, les raisons de l’excédent commercial de la Chine avec l’UE sont nombreuses, et ne se limitent pas au yuan bon marché, comme veulent le faire croire les États-Unis et l’UE.
Ainsi, la réduction du commerce entre la Chine et les États-Unis due aux droits de douane imposés par Trump et la réorientation par la Chine de ses flux d’exportation vers les marchés européens ont joué un rôle important, explique Natalia Milchakova, analyste principale chez Freedom Finance Global. Les échanges commerciaux ont diminué de 18 % en glissement annuel entre janvier et novembre 2025, principalement en raison de la réduction des exportations chinoises vers les États-Unis.
En outre, pour un certain nombre de produits, les Européens sont eux-mêmes en retard sur Pékin. « La Chine domine les marchés de certains types de matières premières, de matériaux et de produits, notamment les marchés des panneaux pour centrales solaires, et de certains métaux rares (par exemple, le lithium), des voitures électriques, ainsi que la part importante de la Chine sur le marché mondial des smartphones, où les produits européens ne sont pas du tout compétitifs », explique Milchakova.
Pourquoi la théorie du complot autour de la Chine et du yuan s’est-elle répandue dans les pays occidentaux ? Milchakova rappelle que la théorie conspirationniste populaire dans les pays du G7 selon laquelle la Chine dévaluerait « de manière malveillante » le yuan a commencé à se répandre au début du XXIe siècle, après que la Chine a officiellement annoncé qu’elle ne liait plus le cours du yuan « interne » et encore moins « externe » au dollar américain.
« En d’autres termes, l’Occident s’indigne essentiellement du fait que la Chine soit devenue moins dépendante des États-Unis et de l’Occident en général. Cela signifie que l’Europe ne pourra plus lui dicter ses conditions, mais devra la prendre en considération et négocier avec elle sur un pied d’égalité, comme avec un partenaire à part entière, et non comme avec une ancienne colonie d’un petit État européen qui a récemment quitté l’UE »,
explique notre interlocuteur.
En Europe, on s’inquiète beaucoup du fait que les Chinois aient déjà tout racheté. Et en effet, les entreprises chinoises détiennent souvent non seulement des participations minoritaires, mais aussi des participations majoritaires dans des entreprises européennes. En particulier, les hommes d’affaires chinois détiennent d’importants paquets d’actions dans les entreprises européennes Volvo et Volkswagen, et possèdent des sociétés énergétiques, des fabricants d’engrais, de fibres chimiques, de cellulose et de produits de peinture et de vernis dans les pays européens, y compris en Suisse et au Royaume-Uni, qui ne font pas partie de l’UE, note Milchakova.
Au cours des 20 dernières années (2005-2024), la Chine a investi 1 500 milliards de dollars dans l’acquisition d’entreprises existantes sur le territoire européen et plus de 1 000 milliards de dollars dans la création d’entreprises en Europe « à partir de zéro » (selon les données de l’American Enterprise Institute). Cette année, les constructeurs chinois détiennent déjà 10 % de toutes les ventes de voitures dans l’Union européenne, et plus de 32 % du marché des smartphones dans l’UE revient également à trois marques chinoises, note Milchakova.
Cependant, l’UE a elle-même activement contribué à l’arrivée des Chinois dans ses entreprises, car elle avait besoin d’argent pour conserver ce qu’elle avait. Le fait que son industrie ait été sapée par le renoncement aux énergies russes est imputable aux actions des politiciens européens, et non à celles des politiciens chinois.
Si l’UE avait la possibilité de dévaluer elle-même l’euro afin que les exportations européennes retrouvent leur gloire d’antan, elle le ferait.
« Mais la Banque centrale européenne elle-même ne peut pas dévaluer artificiellement l’euro, car cela entraînerait une chute totale de l’autorité de l’euro en tant que monnaie de réserve mondiale.
Les pays en développement rejettent l’euro, tout comme le dollar, en raison de sa « toxicité » politique, et si l’euro s’effondrait, il serait rapidement remplacé par le dollar américain, le yen et le yuan », explique Mme Milchakova.
Selon elle, l’UE ne devrait pas adopter un ton dictatorial dans ses discussions avec la Chine, car la deuxième économie mondiale et la première en termes de PIB calculé en PPA pourrait assez facilement se passer du marché européen, alors que l’Europe aurait du mal à remplacer les produits chinois, voire serait dans l’impossibilité de le faire sans voir l’inflation repartir à la hausse.
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Philippe Chartreux
L’ennemi c’est la Chine ?
Mais à quoi jouent les dirigeants européens ? Quelle folie suicidaire les animent ?
À qui le crime profite ?
Alors qu’on peut lire dans l’Express :
» Dans le futur, il faudra peut-être acheter les panneaux solaires chinois en yuans.
La transition énergétique sonne la fin du pétrodollar. Et la Chine l’a bien compris… La Chine pourrait essayer d’avoir une monnaie dominante – pas nécessairement basée sur la production électrique elle-même, mais sur tous les produits liés comme les panneaux solaires, les batteries ou les éoliennes », estime Frédéric Lambert, rédacteur en chef d’Electrek.
https://search.app/3eBWS
Et dans Le Monde du 05/12/2025 sous la plume d’Isabelle Chaperon :
» Moscou va émettre des obligations en yuans.
[…] pendant que l’Europe cherche à recycler ses aimants afin de réduire sa dépendance visà vis de la Chine en matière de terres rares, la Russie recycle ses Yuans et resserre ses liens avec Pékin. La bourse de Moscou a accueilli, mardi 2 décembre, l’émission du premier emprunt d’État russe libellé en yuans. […] L’opération a permis de lever l’équivalent de 2,4 milliards d’euros. […] C’est tout bénéfice pour la Chine. Plus sa monnaie s’internationalise, moins elle supporte de risque de change. […] la Hongrie a emprunté en yuans, tandis que le Pakistan et la Slovénie préparent des projets similaires. Le Kenya ou encore le Sri Lanka ont noué des accords avec des banques chinoises pour convertir leurs dollars en yuans. Une façon pour la Chine d’étendre sa zone d’influence face au dollar. «
Etoilerouge
La chine ne cherche absolument pas à remplacer le dollar. Les brics échangent en différentes monnaie des différents partenaires et donc empruntent ou prêtent l’un envers l’autre yuan rouble ou autres. Par lui même ce fonctionnement évite le dollar. Quant à l’euro qui s’est coupé volontairement de la Russie ss l’ordre des collabos atlantistes la chute s’accentue toute seule.
Red Star
Tout à fait d’accord Mme Étoile Rouge !
Mais dans le commentaire de M. Chartreux, drôle de pseudo,
je n’ai pas lu que la Chine cherchait à remplacer le dollar …