Dans un article traduit avant-hier hier par Marianne Dunlop, le président des communistes russe Ziouganov insistait sur l’actualité de Lénine. Tout à fait d’accord et pas seulement en ce qui concerne la Russie, mais également pour la société française. Ce livre est née de l’expérience de la diffusion de notre précédent livre collectif sur la chine et le monde multipolaire. Malgré un nombre relativement important de vente, Il y a eu dans la censure que nous avons subie et dans le consensus autour d’elle, la même gêne que l’on rencontre intellectuellement à reconnaitre l’apport de l’expérience révolutionnaire et une sorte d’aveuglement théorique volontaire,. Cet abandon du « théorique » correspond selon nous à la différence à ce qui se passe au niveau international, avec le monde multipolaire, à savoir un processus qui va vers l’unité alors que notre monde celui de l’hégémonie occidentale n’en finit pas de se fissurer, se diviser dans le sillage de la crise de l’impérialisme et de sa classe dominante. Comment défendre cette affirmation sinon en vous offrant en avant- première cette Conclusion de mon livre. Une conclusion, qui n’a pas encore subi la « correction ultime avant imprimerie, c’est même ce qui a retardé la parution prévue dès les premières semaines février 2026., probablement aux alentours du 15 février.
voici donc en état d’inachévement seulement formel la conclusion de mon livre sur Le ZUGZWANG
Conclusion : notes sur le Zugzwang , sur la Révolution, et sur le « Pourquoi ? »…
le Zugzwang, cette figure de jeu d’échec désigne d’une manière allégorique la situation historique et le piège stratégique tendu à la superpuissance les Etats-Unis. Un piège dans lequel nous sommes pris en tant que vassaux. L’empire peut bouger sans être échec et mat mais chaque mouvement lui rend la situation plus défavorable. S’agit-il d’une situation révolutionnaire ?
Relisons sur ce point le texte fondamental, extrait de la faillite de la deuxième internationale écrit en 1915, dans lequel Lénine s’interroge sur ce qu’est une situation révolutionnaire dans une critique de Kautsky qui va être le prélude à impérialisme stade suprême du. capitalisme (https://www.louvrier.org/sites/default/files/2020-12/M09-La%20faillite%20de%20la%202e%CC%80me%20Internationale.pdf
« Pour un marxiste, il est hors de doute que la révolution est impossible sans une situation révolutionnaire, mais toute situation révolutionnaire n’aboutit pas à une révolution. Quels sont, d’une façon générale les indices d’une situation révolutionnaire ? Nous sommes certains de ne pas nous tromper en indiquant les trois principaux indices que voici :
- Impossibilité pour les classes dominantes de maintenir leur domination sous une forme inchangée ; crise du « sommet », crise de la politique de la classe dominante et qui crée une fissure par laquelle le mécontentement et l’indignation des classes opprimées se fraient un chemin. Pour que la révolution éclate, il ne suffit pas habituellement que « la base ne veuille plus » vivre comme auparavant mais il importe encore que « le sommet ne le puisse plus ».
- Aggravation plus qu’à l’ordinaire de la misère et de la détresse des classes opprimées.
- Accentuation marquée, pour des raisons indiquées plus haut de l’activité des masses, qui se laissent tranquillement piller dans les périodes « pacifiques », mais qui en période orageuse, sont poussées, tant par la crise dans son ensemble que par le sommet lui-même, vers une action historique indépendante.
« Chaque fois que les États-Unis « sauvent » un peuple, ils le laissent dans un état de folie ou de cimetière. »
Cette phrase d’Eduardo Galeano décrit sobrement le drame des peuples dont la richesse en ressources naturelles ou les positions géographiques stratégiques ont suscité l’appétit de l’ogre étasunien, sous les prétextes les plus mensongers, comme ceux prétendant apporter une aide humanitaire, ou encore les libérer d’un tyran. Ces interventions se sont traduites immanquablement par le pillage et la destruction des populations, au seul profit de brutes locales.
Trump ne transforme pas la nature de l’impérialisme. Il prétend seulement en améliorer le fonctionnement par un retour aux fondations ou ce qu’il croit être tel. « Est-ce qu’il a inventé la chose ou certains états- majors du capital, ont estimé qu’il fallait changer un petit quelque chose si l’empire ne voulait pas tout perdre ? C’est une bonne question. L’empire vacille sur ses piliers, le dollar, l’armée la plus puissante qui soit, un quasi-monopole médiatique, le tout sur le mode menaçant… L’Empire n’a jamais arrêté de faire la guerre et Trump continue, c’est dans sa nature, celle du capitalisme… Toute honte bue, il revendique le prix Nobel de la paix parce qu’ Obama l’a eu avant même le début de son mandat…
Hitchcock expliquait que pour harponner le spectateur il fallait que le méchant soit obsédant et qu’il interroge notre rapport au mal. Dans ce domaine c’est un révélateur de toutes les turpitudes, les journaleux de nos médias se gaussent des enfantillages de ce gros croquemitaine, mais avec un fond tenace de soumission admirative de larbin à chaque déplacement de l’armada aérienne et navale de l’empire. Il est puéril et effrayant, à souhait, il plisse des yeux minuscules dénués de cils et avance ses lèvres en en cul de poule pour susurrer son onctueuse bienveillance envers ceux qu’il menace de sa foudre jupitérienne. Il est difficile d’imaginer un degré supérieur dans le mépris. Les « alliés » sont traités avec le goudron et les plumes,[1] dans des spectacles télévisuels de leur humiliation. Il est vrai qu’ils sont aussi inventifs que lui dans l’art de s’abaisser dans le grotesque…
Pour qui et pourquoi un tel spectacle ? Malaise dans la civilisation…
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Trump ne propose pas seulement un partage des zones d’influence avec l’Amérique aux Américains, comme dans la doctrine Monroe, l’Asie à la Chine, l’Europe à la Russie. La doctrine Monroe était prévue comme protection face au colonialisme européen. Trump inflige au monde une régression colonialiste en prétendant qu’il apporte la libération. Et un tel appétit ne saurait se contenter d’un continent. Tout en mêlant les pitreries aux faits de piraterie, ce qui est destiné à entretenir la confusion, il ne cache pas qu’il prétend libérer le Venezuela de la Chine et de la Russie. Ce qui est complètement fou, puisque les libérer c’est leur interdire de commercer. Dans ce mélange d’actes d’agression décomplexée et de proclamations grotesques, tout parait se retourner en son contraire, la paix devient la guerre et l’isolationnisme des zones d’influence soustraites au colonialisme une régression coloniale.
Il y a là quasiment une mise en demeure de la part de l’empire d’avoir à penser le monde dans son propre espace idéologique. On s’interroge sur le pourquoi du comment, quand le chancelier Merz, – qui a expédié quelques dizaines de soldats au Groenland sur lequel le dit Trump a décidé de mettre la main- , commente l’affaire en expliquant que c’est pour protéger l’Europe de l’invasion russe et chinoise. Parce qu’il veut conserver l’alliance atlantique alors que nous sommes dans la situation inouie, inusitée au sein de l’Otan : son principal pilier recourt à une invasion et des sanctions économiques pour tenter de s’emparer d’un territoire relevant d’un État souverain, démocratique et allié. Donc quand sont expédiés une quarantaine de soldats désarmés comme figurants et quelques avions dans le ciel du Danemark il ne reste plus qu’à présenter cette étrange présence militaire européenne comme une manœuvre de protection face à l’invasion russe supposée.
La Contre révolution, qui a fait s’effondrer l’URSS, a donné en Europe du regain à toutes les forces fascistes qui n’avaient jamais été éradiquées, ce qui contribue à accélérer cette mutation du fascisme se présentant comme un antifascisme. C’est pourquoi nous avons insisté sur le tournant de la fin des années quatre-vingt.
Si nous restons sur le cas du Venezuela, à l’époque, le pays n’est ni producteur ni diffuseur de la drogue pas plus qu’aujourd’hui. En revanche, il a un rôle dans le blanchiment financier de tous les trafics à travers les ressources pétrolières. Caracas, est une place financière, à partir de l’exploitation du pétrole, un état dans l’Etat autonome cadres, syndicat patronale, oligarchie locale mais aussi la banque espagnole franquiste et les pétroliers texans. L’argent coule à flot et le peuple ne bénéficie pas de cette manne, les parents de Machado, celle qui offre son prix Nobel, à Trump, font partie de cette caste. Chavez s’attaque, dès son élection, à cette forteresse, au secteur bancaire espagnol franquiste au secteur des pétroles. Il en distribue les ressources avec l’aide des Cubains dans l’alphabétisation et la création d’un secteur santé. pour les plus pauvres. C’est là le crime de cette dictature-là !
Mais à la même époque , il faut nous tourner vers l’UE. Dans le contexte de la chute de l’URSS, le premier ministre espagnol de l’époque, José Maria Aznar, un franquiste assumé, devient le théoricien de l’Europe post soviétique, il impose avec l’aide du Polonais Walesa, du Tchèque Vaclav Havel, un anticommunisme offensif comme test de la démocratie. La nouvelle Europe ainsi définie a été officialisée en 2003 par le sommet des Açores. L’étranglement de Cuba en a été l’un des dénominateurs communs, mais la doctrine exerce sa nocivité sur tous les alliés potentiels, anti-impérialistes et en particulier pour tout ce qui touche à l’énergie. Jose Maria Aznar est partout. Décomplexé, le franquisme en place dans les conseils d’administration et dans les institutions comme l’armée, la justice, les rencontres internationales, etc retrouve ses pairs latinos …
Notons l’alliance de fait de sa propagande avec celle de Robert Ménard qui se présente comme un trotskiste, animateur de Reporters sans frontière mais n’a jamais nié son financement par la NED, les bonnes œuvres de la CIA. Que l’Humanité et Patrick le Hyaric aient apporté leur appui à une telle trahison alors que Cuba joue sa survie dans ces années terribles où l’on crève de faim. Castro et le peuple cubain se battent dans la tempête et tendent les voiles de leur petit esquif en cherchant le vent de l’histoire, la grande. La forfaiture de l’Humanité et de son directeur suggère au moins la faiblesse de la résistance opposée à cette offensive qui ose faire de Cuba, de Chavez des « dictateurs », ce parfum de mort *qui émane des geôles où l’on a garrotté Julian Grimau[2].
La manière dont est adopté le langage de la trahison, le blanchiment de l’antisoviétisme sous couvert d’en finir avec le « stalinisme » pour éliminer ceux qui résistent, sera un jour décrite. Ma censure, par les mêmes, date de cette époque et elle ne s’est jamais démentie jusqu’à ce jour. Ce qui prouve une certaine continuité dans les méthodes et les objectifs. Quels que soient les changements de direction du PCF, il y a des postes qui limitent les effets du changement ce sont ceux de la lutte idéologique, la presses et surtout l’international, le dispositif central de l’influence de l’UE et de l’atlantisme. De mystérieux équilibres interviennent à la veille de chaque Congrès pour maintenir en place ceux qui sont les garants de l’inertie…
Ces transactions de sommet n’ont plus l’arbitrage d’un secrétaire de la taille de Thorez ou de Marchais. Le PCF est devenu un parti comme les autres, soumis comme tout le système politique français au tropisme des médias, les concurrences prennent le pas sur les antagonismes réels, dans cette désagrégation du champ politique, le PCF n’est certainement pas le pire. Dieu merci, ce ne sont pas les cancans qui m’intéressent si d’autres que moi en moururent de chagrin, j’y ai ma fois bien survécu.
Il y a un autre « Pourquoi ? » et il est susceptible de balayer tout ça…
Avec le « monde multipolaire, l’Histoire revient, la Grande, la démesurée et en affirmant cela nous pensons à ce roman gigantesque de Victor Hugo Quatre-vingt-treize qui embrasse les convulsions révolutionnaires françaises en 1792-1793 de Valmy à la trahison de Capet à Varenne et son exécution. Cette passion française qui transforme le peuple en tempête et cette phrase si forte de Hugo pour l’exprimer :
« Devant cette mystérieuse complication de bienfaits et de souffrance se dresse le Pourquoi de l’histoire ? Parce que »
Le rendez-vous avec l’histoire s’est limité aux célébrations d’anniversaires, celui de la commune de Paris, celui, de la Révolution d’Octobre, celui de la victoire sur le nazisme, et tant d’autres, on va déposer des fleurs devant les monuments. C’est nécessaire dans les temps du reniement.
Mais il y a aussi la perception d’un retour de l’Histoire, tel celui de la comète de Halley. Souvenez-vous de ce bref échange entre Poutine et Xi, « es-tu prêt à dit l’un ! » Oui a dit l’autre ». L’un et l’autre sont nés dans l’épopée communiste, ils ont ce langage commun, cette référence à la profondeur historique. A l’inverse d’un Trump qui baille d’ennui à ces évocations et se contente de ce qu’Hollywood peut imposer en matière d’interprétation du mal et du bien. Mais la différence d’interprétation est encore plus importante que celle qui opposerait des tactiques.
Revenons sur le fait que dès Marx , la période de basculement historique excède la situation révolutionnaire proprement dite elle est conçue comme un temps plus ou moins long où ces deux facteurs que sont les forces productives contemporaines et les formes de production capitalistes rentrent en conflit et toutes les tentatives de la réaction pour stopper la destruction de l’ordre ancien se heurtent à cette base aussi surement que toute l’indignation morale et toutes les proclamations enthousiastes des démocrates .[3]
Ces changements objectifs sont en effet indépendants de la volonté des groupes, des partis mais mêmes des classes sociales, et sans eux la révolution est impossible, il n’y a plus de situation révolutionnaire. Et nous prétendons qu’il y a dans ce monde multipolaire en particulier avec le leadership de la Chine mais aussi ses partenariats stratégiques, une autre manière d’y faire face, qui est déjà une opportunité d’action autant que d’analyse théorique, un « dépassement » qui est une accélération consciente dans le facteur objectif en privilégiant l’humain, son développement.
Nous avons par ailleurs des évolutions avec des parallélismes qui se retrouvent à la fois de manière générale et spécifique liés à des conditions historiques qui ne cessent d’être unifiées par la mondialisation tout en s’ancrant dans une recherche identitaire pour en transformer l’orientation générale. De ce fait le plus fondamental en ce moment historique est le fait que dans la résistance à l’ingérence se construit l’unité nationale. C’est cette recherche d’unité nationale qui apporte à la lutte des classes des conditions de rassemblement optimales.
Dans la contrerévolution, Il est plus difficile voire impossible pour la classe ouvrière d’obtenir un tel rassemblement contre sa propre classe dominante, quand celle-ci a réussi à ancrer son hégémonie sur un « bloc historique ». Un bloc historique n’est pas seulement une « trouvaille » gramscienne. On retrouve de Marx à Mao en passant par Fidel Castro la même figure léniniste. A savoir un ensemble économico-social, politique et culturel, dans lequel l’économie n’est déterminant qu’en dernière instance, une « dictature » sous des formes plus ou moins démocratiques à travers lesquelles la classe capitaliste a obtenu le ralliement de la majeure partie de la société, les classes moyennes, la paysannerie, les diplômés, etc..
Et c’est bien ce bloc historique réactionnaire des années quatre-vingt-dix, qu’il a été question dans notre livre, cette recomposition de l’hégémonie au niveau mondial qui débouche sur ce renversement, dans lequel le patriotisme s’exprime comme un chauvinisme, une complaisance au pillage du sud et une interprétation de l’Histoire qui détruit la mémoire populaire en France, en occident . La particularité veut que le fascisme s’y proclame un antifascisme au point de n’avoir plus de « vaccin » devant l’apparition de celui-ci.
Sans prendre appui sur les changements objectifs, il n’y aura pas de réponse transformatrice possible sur le plan stratégique. C’est en ce sens que l’expérience de la diffusion et de la censure rencontrée dans notre livre qui proposait l’adhésion aux BRICS est heuristique.
La crise du « politique », celle que nous désignons comme le Zugzwang ou piège stratégique pour la classe dominante est une crise de la politique dans les classes dominantes.
Une crise si forte que le « bloc historique » impérialiste, rassemblé dans la phase contrerévolutionnaire dite néo-libérale, est en pleine implosion. Chaque manœuvre de la classe dominante rend la situation plus instable moins gérable. Ceux qui s’étaient ralliés à un tel pouvoir mesurent le chaos, ils perçoivent cette division au sommet comme une fissure de ce qui a été le front réactionnaire.
Ce devrait être un signal pour les masses. Partout y compris en Europe, les masses voient leur conditions, celles de leurs enfants empirer, et elles ne veulent plus subir Cette poussée s’exerce à travers la spécificité des formations économico-sociales avec l’enracinement identitaire dans l’histoire antérieure.
Trump est le produit de la crise de sommet aux Etats-Unis, qui est plus qu’une nation. Le dollar, l’armada en font le cœur même de l’impérialisme à son stade financiarisé, totalement destructeur, autodestructeur. Et cette crise géopolitique est bien aggravée par la plupart des mouvements de sa classe politique et de ses « élites ». Trump est un syndic de faillite, chargé de maitriser l’implosion des USA, voire simplement de ne pas y perdre les élections. Les enjeux des campagnes entre partis ayant sur le fond les mêmes programmes deviennent des affrontements sur les mœurs, les scandales, une foire d’empoigne, qui contraste avec la nature des maux qui s’abattent sur les peuples.
Cette démonstration de puissance est d’abord à, usage interne, une réponse immédiate, incapable de faire face à des problèmes de longue portée que seraient des reconstructions industrielles indispensables, en devient erratique, capricieuse, de plus en plus incohérente. Un tel pouvoir est enfermé dans sa propre image, il prétend mobiliser les masses en sa faveur par la séduction et la fascination de sa puissance faustienne. Même la référence à ce terme mérite explication, il s’agit non seulement de ce vieillard, qui vend son âme pour retrouver la jeunesse ou de la séduction diabolique par les bijoux, le veau d’or, mais il y a le fond de ce que dit Goethe : ce qui est conçu comme « la jeunesse » est aussi une tentative fantasmée d’être la « nature », une volonté aveugle destructrice qui ne débouche que sur des fantasmagorie[4]s, un romantisme qui est déjà dans le nazisme. Les conditions objectives et les défis planétaires nourrissent la négation des conditions réelles, objectives au profit du triomphe théâtralisé de la « volonté » devenue immaitrisable.
Ce « triomphe de la volonté » nourrit les rumeurs complotistes sur l’origine d’un tel séisme, quand s’installe le doute sur la possibilité d’avoir des « élites » responsables.?
Lénine était très sensible à la distinction entre le caractère national du fait révolutionnaire et le chauvinisme réactionnaire et manipulatoire qui est toujours celui d’une expansion, de la guerre. Cette distinction est plus que jamais d’actualité. En elle, se joue ou non le processus révolutionnaire.
Il y a là avec le fascisme ou plutôt les diverses formes de fascisme[5] l’obstacle ultime érigé devant la situation révolutionnaire. Alors même que s’expose la vulgarité, la voracité, le mensonge et la brutalité de la classe au pouvoir, nous assistons à une démonstration de l’art et de la manière de dévoyer le fait national en esprit de haine et de rapine. Est-ce que cette révélation de ce qu’est la nature du pouvoir de la classe dominante peut finir par rendre impossible tout gouvernement ?
La question n’est pas seulement posée aux citoyens de l’Occident, les Etats-Unis et leurs vassaux, la réponse nous le pensons introduit une nécessité de « civilisation » à l’intérieur du monde multipolaire, encore un terme dont il faut s’entendre sur le contenu. Disons que l’ingérence des Etats-Unis ou des occidentaux, peut produire des effets contrastés
La situation révolutionnaire est celle où il existe les conditions objectives de la transformation mais aussi où se produit cette mystérieuse rencontre du temps long de l’histoire cette montée des souffrances longtemps contenues, acceptées presque avec résignation et qui tout à coup sont considérées comme insupportables. Existe-t-il des conditions où la résignation peut être imposée au-delà de ce qui parait être la condition humaine, OUI c’est la guerre et le fascisme, celles dans lesquelles un peuple abruti et hébété doit être libéré de l’extérieur et la même guerre en fournit parfois l’occasion.
Marx et tous les théoriciens marxistes ont beaucoup insisté sur le fait que la volonté si elle fait partie de l’action révolutionnaire ne saurait se substituer à une situation révolutionnaire. Marx en 1850, après l’échec des mouvements romantiques de 1848 est même allé jusqu’à dire : « Nous sommes dévoués à un parti qui fort heureusement pour lui ne peut pas encore parvenir au pouvoir. Le prolétariat, à supposer qu’il y parvienne, prendrait des mesures qui ne seraient pas directement prolétariennes, mais petites bourgeoises. » Ce qu’a très bien perçu Lénine à travers l’impérialisme et ses conditions d’interdépendance, c’est qu’il faut être plus que jamais attentif à l’ensemble du Front mondial, et de ne cesser de développer les possibilités d’intervention de ce que l’on continuera à désigner comme « le prolétariat », donc le parti dans son rapport aux masses.
Lénine, encore lui, mais que voulez-vous il est d’une telle actualité, a constaté : « Sans instruction, nous sommes exclus de la vie politique et devenons la proie des « rumeurs, des ragots, des contes de fées et des préjugés ».
Si l’histoire ne peut bruler les étapes qui dicte la fondamentale, l’essentielle configuration dans l’unité du processus révolutionnaire et le rassemblement dans l’action, il y a dans le passé à la fois de quoi constituer un bloc nouveau et de quoi empêcher sa constitution et le fascisme est l’ultime possibilité de s’opposer à l’intervention décisive des masses. La démonstration de la force joue un grand rôle parce qu’au lieu des conditions réelles, est mis en avant « la volonté » supposée de quelque histrion et en fait une force naturelle proche de l’état de nature qui balaye ou feint de balayer les obstacles qu’en réalité il ne peut soulever. .
La stratégie du fou de Trump se révèle, selon nous, être une forme d’impuissance à contredire le cours de l’histoire.. L’opération « chirurgicale » au Venezuela est un crime ayant fait un maximum de victimes y compris dans les rangs de l’assaillant. Elle rate « le coup d’Etat » comme l’occupation du pays. Elle n’est qu’ un terrorisme. Mais surtout l’attitude de matamore se heurte à l’impuissance à modifier la réalité du Venezuela et des pays du sud.
Récemment les experts tout à fait favorables à l’impérialisme notaient que si après avoir encouragé et même initié l’explosion de la contestation en Iran, les Etats-Unis et Israël avaient fait machine arrière toutes c’était dû aux lacunes des États-Unis en matière de projection de force et de réponse aux crises « militaires » qui sont étroitement liées au déclin de la production navale américaine. Les analystes pointent du doigt la baisse des cadences de production comme un défi majeur quand on a détruit des pans essentiels de l’industrie cela ne se reconstruit pas au rythme que l’on voudrait être celui du spectacle de la puissance. Même les nouvelles technologies, qui ne s’appuient pas sur une base matérielle et éducative, paraissent de l’ordre de la spéculation boursière . L’idée de vouloir reconstruire cette base productive dans le temps qui correspondrait à ces opérations gadgets qui elles sont plutôt faites pour gagner les élections ou plutôt ne pas les perdre, donner une assise aux marchandages pour imposer des négociations plus favorables, ne correspond à rien.
Face à cette tonitruante impuissance, on s’interroge alors dans le monde médiatico-politicien sur la valse-hésitation d’une action spectaculaire mais limitée, le doute s’installe même chez les plus lâches, on va même jusqu’à soupçonner un ascendant secret et tordu de Poutine sur Trump. Ce qui est nié et perturbe une telle analyse réside dans le fait que l’esprit de suprématie est si ancré dans notre monde, que même la chute de notre domination doit être l’œuvre du maitre tout puissant. Alors que l’aspect déterminant est dans les conditions objectives, l’alternative que présentent la Chine et le monde multipolaire, le mécontentement des masses. Ce sont les seules forces en capacité d’être à l’origine de ces revirements et donc les seules capables d’imposer des négociations.
La situation alors révèle les limites de la puissance américaine et les aggrave. Le kidnapping de Maduro a provoqué le défi plus ou moins déterminé du Brésil, de la Colombie, du Chili, du Mexique et de l’Espagne, sans parler bien sûr de Cuba, du Nicaragua. L’onde choc va au-delà. Les pays d’Amérique latine, notamment les plus grands et les plus éloignés géographiquement, pourraient chercher à diversifier davantage leurs relations économiques et sécuritaires. Parce que l’essentiel est pour eux de réduire leur dépendance à un maitre chanteur, Washington autoritaire et exigeant. Ils y sont même contraints parce que les conditions économiques et sociales, l’accès aux biens se fait dans de meilleures conditions avec la Chine et ils doivent tenir compte de la pression populaire. Autrement dit, l’attaque de Trump pourrait compromettre son ambition d’influence sur le continent américain parce que l’alternative multipolaire existe, parce que la Chine est déjà la première puissance économique en Amérique latine ?.
Est-ce que le refus de la domination s’accompagnera d’insurrections régionales voire internationales alors même que l’influence chinoise s’accroit ? est-ce que la transformation intervient sous d’autres formes ? le fait que l’on imagine pas une stabilité dans le retour aux fondamentaux largement fantasmées des siècles passés.
Rien n’est écrit mais les FAITS sont là et ils témoignent d’une évolution irréversible sinon d’une situation révolutionnaire telle que nous nous la représentons, l’exigence est là si l’humanité veut survivre et les conditions s’en rassemblent.
Mais dans le même temps l’absence de réflexion sur la nature de la situation actuelle et la tentation de ne voir d’issue que dans le passé est forte, cela entraîne des fulgurances parfois au milieu de la médiocrité générale. Ces possibilités de « revanche » soulagent les vieux révolutionnaires dont le cœur se soulève devant la veulerie et la flagornerie générale, mais en rester là, mène trop souvent sous nos climats à s’en remettre à de faux prophètes, de véritables fous. Ils bénéficient de ce mélange de crédulité et de bons sentiments doublé de paranoïa à la recherche d’une cause unique à tous leurs malheurs qui sont le résultat de la débâcle théorique dans les périodes de basculement historique. Face à l’inconsistance des anciennes idées théoriques et leurs aberrations pratiques expliquait déjà Marx on a besoin de se réapproprier tout le savoir et l’expérience de hier et d’aujourd’hui pour se donner un but, une stratégie sans laquelle nous sommes pris dans ceux de l’idéologie dominante. En revenir au FAIRE mais avec une Théorie pour éviter le découragement et le fait qu’au meilleur des cas chacun dans sa localité, à son propre compte fomente son petit mouvement séparé avec des réminescences totalement inconscientes pour la plupart de ceux que Marx désignait déjà comme des « raclures » Louis Blanc et Proudhon.
Alors que l’événement, y compris la guerre, devrait nous ramener à la fois à une autre vision de l’aspect « objectif » de la transformation et à la nécessité d’une confrontation des expériences nous subissons la dissolution du « politique » , de la crise de la classe dominante. Et nous sommes dans l’incapacité de bénéficier des possibles qui sont déjà là. C’est pour cela que nous avons suggéré un « réveil » qui s’est heurté à toutes les censures, celles dans l’ordre des choses de l’impérialisme mais celle aussi de ce qui dès lors devient une farce de plus dans l’absence manifeste d’un parti apte à saisir l’opportunité.
A savoir que les interventions contre des gouvernements qui ont choisi de résister au pillage des ressources, peuvent à tout moment se retourner en mouvements qui iraient plus loin et se traduiraient par un enlisement de la tentative de les réprimer. Loin d’être toutes puissantes, les situations de blocus, de sanctions, fonctionnent aujourd’hui comme un « piège stratégique » où chaque option comporte des risques susceptibles de surpasser les gains potentiels pour les Etats-Unis et leurs grotesques vassaux et de faire passer de la crise de sommet entre dirigeants politiques à une crise révolutionnaire avec intervention des masses.
Ce constat est celui de faits. Avant l’opération au Venezuela, l’impérialisme a connu des échecs retentissants, l’intervention en Afghanistan et ses drames n’a pas empêché le retour des talibans, l’intervention en Libye, en Irak, en Syrie a partout créé les conditions d’un échec du projet annoncé l’installation d’une démocratie et du bonheur des peuples. Trump avait entre autres promis le non enlisement. Les hésitations des gredins ont toujours une bonne raison et elles n’ont en général pas grand-chose à voir avec les vertus morales et démocratiques que nous attribuons ou non aux protagonistes dans le système qui est le sien. Les crises s’empilent. La Révolution unifie des temporalités de révolte différentes.
Le Venezuela n’est déjà plus un problème périphérique ; c’est un bourbier qui exige une attention accrue au même titre que l’Iran, Israël et la Chine, forçant Washington à gérer des crises parallèles avec une marge de manœuvre très réduite. Il devient de plus en plus problématique pour les Etats-Unis de gérer les conséquences cumulatives d’un grand nombre de conflits alors même que la marge de manœuvre se réduit.
Pourquoi ? Parce que.
A ce stade de son évolution impérialiste, le capitalisme est autodestructeur y compris de ses propres « régulations ». Qu’il a développé dans les diverses figures de son évolution qu’il n’a jamais commandées en totalité et qui ont toujours été le produit des contraintes objectives et de la lutte des classes, comme l’ONU est l’instrument de sa domination et de celle de l’occident mais aussi le produit de la lutte contre le nazisme et du rôle du premier Etat socialiste, dans la charte des nations unies.
Si la Chine – et même le Brésil avec un Lula que les événements du Venezuela semblent avoir aidé à rompre avec les illusions sur ce qu’on peut attendre des USA – peut clairement s’opposer à la volonté de Trump d’en finir avec ses propres institutions pour instaurer la loi de la jungle dont il serait avec son armada le seul maitre, ce n’est pas un paradoxe, les opprimés savent d’expérience qu’il vaut mieux de mauvaises lois que l’arbitraire du maitre. Ce qui est le rêve de « l’anarchiste couronné » qu’est dans son crépuscule l’impérialisme soit le stade ultime du capitalisme..
Mais le capitalisme continue à exister sous toutes ses formes et pas seulement celles financiarisées, “le capitalisme rentier” mais les petits trafics de sa naissance qui est celui d’un petit banditisme y compris dans le socialisme, le capitalisme boutiquier, celui de l’accumulation vers le progrès révolutionnaire et toutes ses formes s’entrechoquent, se déchirent dans cette mise à feu de sa décrépitude.
. Il y a encore de l’énergie du développement dans cette mise à feu comme dans le nucléaire et le socialisme comme transition doit s’en emparer, le manipuler grâce à l’Etat socialiste, celui de la dictature du prolétariat ou de la démocratie réellement majoritaire.
C’est aussi ce possible de l’impérialisme, de sa mondialisation que la Chine a su utiliser pour son ^propre développement. Mais ce feu là doit être maitrisé par chaque nation, chaque classe et groupe en fonction de ses possibles, dont une dimension essentielle est le rôle de la chine dans l’évolution dès aujourd’hui de la relation de l’humanité aux forces productives. La Russie a une situation spécifique qui est liée à son conflit au sein de l’Eurasie , en Ukraine qu’à la manière dont elle gère son histoire, et en cherche l’unité difficile, pour le moment on ne peut qu’être frappé par le fait que Poutine qui paraissait l’homme de toutes les liquidations a été contraint au partenariat stratégique avec Xi et ce monde multipolaire parce que l’occident a refusé d’intégrer la Russie dans son dispositif et ce n’est pas au moment où celui-ci s’écroule que Poutine va s’y associer. avec toutes les contradictions accumulées de l’histoire russe.
Nous en sommes tous là et notre conception stratégique doit partir de là.
Oui mais pourquoi le cinéma ?
Parce que le capital à ce stade nous fait du « cinéma » mais parce que la théorie de notre stratégie est la philosophie matérialiste. Comment puis-je à partir de cet éblouissement, ce sentiment du juste et du vrai que l’on peut éprouver devant une « œuvre », un film, un tableau de Matisse, un poème d’Aragon et tant d’autres, faire partager cette autre conviction qui est la mienne ?
A savoir, la philosophie matérialiste qu’est « le marxisme » ne peut pas être réduite au politique par son objet même, la connaissance, la philosophie matérialiste qui n’est pas scientisme mais prétend en rester maître. Celle-ci n’a pas pour seul objet la connaissance de la lutte des classes, ni même des lois du développement scientifique social, mais des lois qui lient tout ceci à des lois plus générales du mouvement de la nature en tant qu’elles se réalisent dans la société et dans la pensée. C’est toute la pratique politique qui ne peut être réduite à la politique politicienne à l’Etat à la production et la répartition des ressources, dans la lutte des classes, les institutions, les représentations, l’objet du matérialisme historique. Mais la politique est alors prise dans une nécessaire réflexion et conceptualisation théorique qui la dépasse et il viendra un temps sans lutte de classe ni Etat où la seule fonction politique du commerce des êtres humains entre eux et dans leur relation à la nature, sera la connaissance celle dont rêve Spinoza comme la « joie ». Le rôle de la connaissance dans la pratique va croissant, l’art par moment est promesse de cet achèvement et ce au cœur de nos souffrances humaines, chacun en ressent une part même quand on le maintient dans l’ignorance, «
Et vive le mélodrame qui fit pleurer Margot, « le théâtre de la rue, sa créativité, sa sensualité audacieuse d’où nait le renouveau alors que les Musées, les salles de spectacles ne font que confirmer, sélectionner et l’artiste lui porte la création jusqu’à ce moment où la représentation nous aide à habiter souffrances, amour et mort.
[1] La punition du goudron et des plumes est une forme de punition torture, qui remonte au moins à l’époque des Croisades en Europe,. Héritage d’une justice féodale mais laissée au ressentiment de la foule. D’abord en usage en Europe, elle a été transférée dans les colonies et a particulièrement été adoptée aux Etats-Unis, de la Nouvelle Angleterre au far west. On dépouille de ses habits le malheureux et la foule vengeresse dans une sorte de lynchage l’enduit de goudron et de plume, il est brulé et souvent pendu.
[2] Le 21 avril 1963, le dirigeant communiste Julian Grimau avait été condamné à mort et exécuté malgré les protestations internationales. On sait que le franquisme à son stade crépusculaire mais toujours soutenu par l’armée, les autorités vaticanes avait renouvelé en 1970 avec le garrottage des militants basques de Burgos cette provocation, cette démonstration de toute puissance fasciste, tout en créant en sous main les conditions d’une transition monarchique faussement démocratique accepté par Santiago Carillo. Ceux qui, comme moi, se sont retrouvés mêlés à cette horreur en ont gardé un hérissement de la colonne vertébrale devant certains « compromis » qui visiblement se poursuivent. Mais peut-on expliquer cela sans remettre à plat toute l’histoire pour des gens qui ne lisent plus, sont « ailleurs » ?
[3] Marx et Engels Neue Rheinissche Zeintung . Hambourg 1850, écrits politiques, pleiade p.1120
[4] Nous faisons référence aussi a second Faust de Goethe, ouvrage assez méconnu des Français. Ce n’est pas un hasard dans nos conversations avec A.D nous avons fait référence au sombre disciple de Goethe qu’est Schopenhauer, il y a dans l’impérieux retour de l’Histoire cette force vitale, »cet état de nature » auquel on prétend retourner qu’en fera-t-on ? .
[5] Pasolini a très bien décrit la mutation du fascisme dans la société italienne depuis un temps où celle-ci est encore prolétarienne ancrée dans la nature, la production au fascisme de la petite bourgeoisie consommatrice et il a ce constat prémonitoire (qui est aussi notons le celui de Fidel Castro) : « Le fascisme peut revenir sur la scène, à condition qu’il s’appelle anti-fascisme. »
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