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Si nous instrumentalisons cette technologie uniquement pour remplacer la main-d’œuvre, le capitalisme creusera sa propre tombe. A la veille de la seconde guerre mondiale, la question était déjà posée à l’occident, au capitalisme tel qu’il était apparu avec le Révolution française comme le prolongement des « lumières ». Pourquoi les êtres humains qui sont prêts de s’émanciper de ce que le travail a de plus épuisant et asservissant au lieu d’aller vers leur libération choisissent ils la barbarie nazie? Le capitalisme sous sa forme impérialiste et nazie a été vaincu en particulier par l’URSS et les peuples en état de Résistance, mais le nazisme n’a jamais été éradiqué parce que l’impérialisme l’a maintenu en place, et ce n’est pas le « libéralisme » qui a paru l’emporter dans la contre-révolution mais bien cette toute puissance sans frein ni loi qui se révèle aujourd’hui sous la parodie clownesque de Trump avec ses décadents Epstein, Musk, Mythos, et tant d’autres qui tous à leur manière posent la question de ce que les nouvelles forces productives peuvent faire de l’humanité. Mais avec là encore la guerre en Iran il est apparu une autre économie, une autre réalité celle qui ne se nourrit pas d’actions en bourse mais qui a besoin d’énergies, d’aliments et que le capitalisme désormais pour survivre ne peut qu’asphyxier. On ne peut pas se contenter de petits réajustements il faut avoir la force d’affronter ce que le monde multipolaire permet de poser autrement, le socialisme. (noteettraduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
par Bhim Bhurtel21 avril 2026

À y regarder de plus près, la psyché économique mondiale révèle que l’humanité s’est récemment retrouvée prise entre deux pôles opposés.
D’une part, des progrès technologiques sans précédent promettent de coloniser la Lune et Mars, d’éradiquer les maladies à la source et d’apporter une hausse inimaginable du niveau de vie.
D’autre part, les deux piliers de la technologie – la robotique industrielle et l’intelligence artificielle (IA) – menacent de réduire la valeur du travail humain à son plus bas niveau, ce qui devrait susciter l’inquiétude des décideurs politiques quant à l’insécurité sociale.
La première crainte est que les robots et l’automatisation des usines remplacent la main-d’œuvre. La seconde est plus profonde : que l’IA usurpe non seulement le travail des ouvriers, mais aussi celui des cadres qui travaillent sur ordinateur.
Par exemple, dans le meilleur des cas, Kai-Fu Lee estimait que 50 % des emplois humains pourraient être remplacés par l’IA et les robots , affectant aussi bien les cols bleus que les cols blancs. Cela représente un taux de chômage supérieur de 15 % à celui observé pendant la Grande Dépression des années 1930.
Dans le pire des scénarios, comme l’a averti Roman Yampolskiy, l’IA et les robots humanoïdes pourraient remplacer 99 % des emplois d’ici cinq ans, entraînant un chômage sans précédent, sans que les gouvernements et les entreprises n’aient prévu de plan de reconversion. Il prédit que les humains pourraient gagner 60 à 80 heures de travail par semaine, mais considère cela comme un effondrement du marché du travail.
Cette inquiétude n’est pas sans fondement. Cependant, il ne s’agit pas simplement d’un problème de chômage individuel ; il pourrait engendrer des troubles sociaux généralisés, une aggravation des inégalités et une instabilité politique, ce qui devrait inciter les universitaires et les décideurs politiques à envisager des réformes urgentes et des solutions à long terme.
Du point de vue économique, cette question ne doit pas être perçue comme un simple phénomène de substitution du travail, mais comme le glas des économies capitalistes et mixtes. Elle représente une crise philosophique et structurelle profonde, qui exige des réformes politiques urgentes, telles que la mise en place d’un revenu de base universel, le développement de l’éducation et des programmes de reconversion professionnelle, tout en tenant compte des enjeux économiques et politiques que ces réformes impliquent.
La contribution du travail aux fondements structurels de l’économie actuelle
Les anomalies structurelles de l’économie mondiale peuvent être analysées non pas par des méthodes économétriques complexes, mais par une simple analyse statistique des réalités économiques.
Une analyse du produit intérieur brut (PIB) mondial révèle que la production industrielle et manufacturière représente environ 15 à 16 % du total , tandis que l’exploitation minière contribue aux économies à forte intensité de ressources . Dans ces dernières, l’exploitation minière peut représenter environ 8 à 15 % du PIB, tandis que dans d’autres, elle se situe entre 2 et 3 % , selon qu’il s’agisse d’un pays développé ou d’un pays en développement riche en ressources.
Le véritable pilier de l’économie moderne est le secteur des services, qui contribue aujourd’hui à près des deux tiers – soit environ 60 à 70 % – de la valeur mondiale. Par ailleurs, l’agriculture, secteur qui assurait autrefois la subsistance de 90 % de la population active, ne contribue plus qu’à hauteur de 4 à 5 %.
Collectivement, ces secteurs représentent une économie ouvrière qui pèse environ 70 % du PIB mondial – un marché colossal soutenu presque entièrement par la consommation quotidienne de milliards de travailleurs.
Ces industries constituent le pilier vital de l’économie mixte capitaliste moderne. Cependant, si la robotique et l’intelligence artificielle venaient à supprimer les emplois humains dans ces secteurs clés, une question fondamentale se pose : comment les économies mondiales pourraient-elles continuer à fonctionner à l’avenir ?
Cette question devrait inciter les décideurs politiques à élaborer des stratégies pour prévenir l’effondrement économique.
Ces secteurs constituent le pilier des économies modernes. Si la robotique et l’IA venaient à anéantir tout emploi dans ces secteurs, une question fondamentale se poserait : comment l’économie mondiale fonctionnerait-elle ? Cette interrogation nous oblige à nous confronter à la formule la plus élémentaire, et pourtant immuable, de l’économie.
Le cercle vicieux de l’offre et de la demande
Si les robots produisent des biens et l’IA fournit des services, qui les consommera ? La consommation nécessite des revenus. Les revenus nécessitent un emploi ou une activité entrepreneuriale. Si les robots et l’IA accaparent tous les emplois , l’argent cesse d’affluer vers les humains. Sans argent, les humains cessent d’être des consommateurs.
Le succès du capitalisme repose sur la symbiose du travail et du capital : le travail génère un revenu, le revenu crée la demande, la demande stimule la production et la production, à son tour, crée des emplois.
Mais lorsque la technologie remplace totalement le travail, ce cycle se rompt. Le pouvoir d’achat d’une classe capitaliste restreinte ne peut à lui seul soutenir la demande globale de l’économie, car la demande économique se définit par la consommation générale, et non par les achats de luxe d’une infime ploutocratie.
Une crise de la demande effective ne se contente pas de dévaster l’économie ; elle vide de sa substance toute la structure de production, la laissant à la dérive. Si un investissement ne crée pas d’emplois, comme par exemple l’achat de robots, il ne crée pas de nouveaux consommateurs. Sans consommateurs, la production n’a plus de véritable raison d’être.
Il s’agit d’un exemple classique du problème de la poule et de l’œuf en économie.
Anomalies économiques futures
En tant qu’économiste, je ne considère pas les scénarios suivants comme des personnages de science-fiction ; il s’agit d’anomalies économiques plausibles susceptibles de se manifester au cours des deux prochaines décennies. La prise de conscience de ces crises potentielles peut inciter les décideurs politiques, les universitaires et les citoyens à agir avant que ces défis ne deviennent inévitables, en favorisant un sentiment d’urgence et de responsabilité collective.
I) Le paradoxe de l’alimentation et de l’agriculture : Imaginons une agriculture entièrement automatisée. Des tracteurs guidés par GPS ou applications mobiles labourent les sols, des drones épandent engrais et pesticides et des bras robotisés cueillent les fruits. La production explose. Mais que se passe-t-il si les consommateurs qui comptaient acheter ces aliments et produits agricoles se retrouvent au chômage et dans la pauvreté ? Les robots cuisineront-ils et mangeront-ils les aliments qu’ils récoltent ? Les robots et l’IA ressentent-ils la faim ?
Quand le portefeuille du travailleur est vide, il ne lui reste que la faim. Par conséquent, le prix des produits agricoles chute brutalement. C’est là le cruel paradoxe : l’abondance devient la cause même de la famine.
II) La crise des biens industriels et des biens de consommation durables : Imaginez une usine entièrement automatisée produisant en continu des voitures, des téléviseurs, des réfrigérateurs, des lave-linge, des ordinateurs et des smartphones de pointe. Les coûts de production sont faibles, la qualité est élevée.
Mais que se passerait-il si la classe de consommateurs censée acheter ces biens était devenue une relique du passé ? À mesure que le pouvoir d’achat des ménages s’évapore, les stocks s’accumulent dans les entrepôts. L’entreprise réduit sa production, annule ses commandes de nouveaux robots et, finalement, le propriétaire capitaliste fait faillite faute de demande.
III) Le déclin du logement, du transport aérien et de l’hôtellerie : Les magnats de l’immobilier ont bâti des villes tentaculaires. Les hôteliers ont ouvert des restaurants et des complexes hôteliers de renommée mondiale. Les compagnies aériennes ont investi des milliards de dollars dans des avions. Mais qu’est-ce qui justifie ces infrastructures si la majorité de la population mondiale passe du statut de « consommateurs » à celui de « dépendants » ? À terme, les aéroports se videront, les hôtels fermeront leurs portes et les gratte-ciel étincelants ne seront plus que des « tours fantômes ».
En l’absence de revenus et de consommation, qui paiera l’impôt sur le revenu et la taxe sur la consommation ? Et comment le gouvernement financera-t-il le fonctionnement de l’État ?
La crise économique mondiale arrive
Toutes ces questions mènent à une seule conclusion : s’il n’y a pas de demande sur le marché, l’économie cesse de fonctionner.
Nous avons été témoins de la Grande Dépression de 1929-1930 dans les livres d’histoire. À cette époque, malgré les capacités de production, les marchandises s’accumulaient. Le lait était jeté dans les rivières, faute de pouvoir d’achat. Pourtant, même alors, le travail humain restait indispensable. Or, les technologies actuelles menacent de rendre l’humain superflu.
Cela engendrera une dépression mondiale et perpétuelle, non pas conjoncturelle, mais structurelle. La production n’aura plus de consommateurs. L’investissement s’arrêtera. Un investissement qui ne crée pas d’emplois ne peut générer de consommateurs. Il s’agirait d’un véritable arrêt cardiaque pour l’économie mondiale.
La crise économique mondiale modifie le tissu social
Si la technologie continue de se développer sans limites et sans nouvel accord social, la civilisation humaine sera inévitablement confrontée à ce qui suit :
a) Conflits et troubles sociaux : Lorsque des milliards de personnes perdent leurs moyens de subsistance, elles ne resteront pas les bras croisés. L’histoire en témoigne implacablement : chaque fois que des masses sont exclues du système économique, des révolutions éclatent, des rébellions se multiplient et des guerres civiles se déclarent.
Le chômage engendre le désespoir, et le désespoir attise la révolte. Le décor est planté pour un affrontement entre une poignée de privilégiés et l’immense majorité démunie. Dans un monde où le chômage des jeunes est omniprésent, les troubles sociaux ne sont pas seulement probables, ils sont inévitables.
b) Le coût exorbitant de la lutte contre la criminalité : Face à la raréfaction des emplois et des revenus, une grande partie de la population se tournera vers l’« économie » parallèle du crime. Les taux de vols, de cambriolages, de fraudes et de cybercriminalité exploseront. Les prisons seront surpeuplées. Or, une question cruciale demeure : le fonctionnement des tribunaux, des parquets et des prisons nécessite des budgets colossaux.
Lorsque l’économie se paralyse, les recettes fiscales de l’État s’évaporent. Comment un État peut-il financer la police, l’administration et le système carcéral sans revenus ? Face au coût insoutenable de la gestion des conflits et de la lutte contre la criminalité, les gouvernements seront contraints d’augmenter les impôts sur une assiette fiscale de plus en plus réduite, ce qui accentuera la baisse de la demande et aggravera la crise. À terme, l’appareil d’État lui-même s’affaiblira et s’effondrera.
Voie à suivre pour un nouvel accord
Cette situation n’est pas une simple conjecture théorique ; c’est une conclusion logique. Cependant, cela ne signifie pas que nous devions freiner le progrès technologique. Cela signifie que nous devons fondamentalement réévaluer le système de répartition économique. Devons-nous nous lamenter : « Le robot m’a pris mon travail », ou devons-nous engager un débat politique en nous demandant : « Quel est notre intérêt dans les profits réalisés par les robots ? »
Voici quelques solutions concrètes :
1) Un modèle collaboratif pour la technologie et le travail humain : les robots et l’IA doivent être perçus comme des outils de collaboration, et non comme des armes de substitution totale. L’humain doit être intégré à la technologie dans tous les secteurs qui requièrent créativité, émotion et prise de décision, tels que les énergies vertes, les technologies spatiales, la santé, l’éducation et les domaines créatifs. Les gouvernements et le secteur privé doivent élaborer conjointement des modèles d’« emploi technologique ».
2) Refonte du système éducatif : Les programmes scolaires doivent être restructurés afin de transmettre des compétences adaptables aux nouvelles technologies. Il ne s’agit pas uniquement de compétences techniques, mais aussi de développer l’esprit critique, la créativité et l’intelligence émotionnelle – des qualités intrinsèquement humaines que l’IA ne peut reproduire intégralement.
3) Politiques nationales et internationales de création de la demande : Un investissement public conséquent dans les infrastructures, la protection sociale, la santé et l’éducation est essentiel. Il crée des emplois et stimule le pouvoir d’achat. Les pays doivent collaborer ; les pays riches ont la responsabilité de partager leurs technologies avec les pays plus pauvres. Faute de quoi, les inégalités mondiales et les difficultés qui en découlent seront inévitablement exacerbées.
4) Le revenu de base universel : possibilités et limites : Certains économistes proposent des solutions comme le revenu de base universel (RBU). Si l’idée est pertinente, ses limites sont tout aussi évidentes. Le RBU redistribue les revenus, mais ne rétablit pas pleinement le cycle de la productivité et de la demande.
Un débat sérieux sur la répartition équitable des richesses et les options de revenu de base est inévitable au cours de la prochaine génération. Ce débat doit transcender les idéologies politiques et être guidé par les lois implacables de l’économie.
Le glas sonne pour le capitalisme de libre marché et le capitalisme d’État.
La technologie que nous vénérons aujourd’hui peut réduire les coûts de production, mais elle anéantira aussi les fondements mêmes de la consommation. Le consommateur est le moteur du capitalisme.
Si la classe capitaliste accapare la propriété des robots et de l’IA tandis que la consommation disparaît, la richesse de ces capitalistes perd toute valeur réelle. L’argent n’a de valeur que s’il permet d’acquérir des ressources au sein d’une économie de marché fonctionnelle. Sans marché, l’argent n’est que du papier ou un chiffre sur un écran.
Les changements induits par l’IA et la robotique peuvent être perçus comme une opportunité ou une catastrophe. Si nous instrumentalisons cette technologie pour remplacer la main-d’œuvre, le capitalisme signera sa propre chute. En revanche, si nous en faisons un outil au service d’un développement centré sur l’humain, elle pourrait ouvrir la voie à une ère nouvelle.
L’histoire nous enseigne que lorsqu’un système crée les conditions dans lesquelles la majorité de ses citoyens ne peuvent survivre économiquement, ce système se transforme. Ainsi, l’essor de l’IA et de la robotique ne doit pas être perçu comme une simple révolution industrielle. C’est le coup de grâce porté au capitalisme.
Le monde doit bientôt trancher. La technologie est-elle au service de l’humanité ? Ou l’humanité est-elle au service de la technologie ?
Maintenir un équilibre entre emploi, demande et productivité est le plus grand défi de notre époque. L’ignorer nous expose à la plus grande crise économique et sociale de l’histoire. Il ne s’agit pas d’une mise en garde, mais d’une réalité économique inéluctable.
Il est encore temps – mais il n’y a plus de place pour le retard.
Cet article a été initialement publié sur le Substack de Bhim Bhurtel et est republié avec son autorisation. Abonnez-vous au Substack de Bhim ici .
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