De nombreux analystes et observateurs occidentaux interprètent mal les véritables intentions du dirigeant suprême chinois lorsqu’il s’exprime dit l’article qui propose une méthode universitaire pour décrypter le « récit » chinois.Dans notre livre « quand la France s’éveillera à la Chine » (1) nous accordons une large place à ce récit national chinois et à son rôle dans le socialisme chinoismultipolaire, dans la relation aux Etats-Unis. Notre propre formation historique et marxiste nous a convaincu que tous les « récits nationaux » fonctionnent d’une manière semblable(2). L’histoire s’apparente au mythes fondateurs avec simplement un souci de rigueur et d’érudition qui se développe avec le mode de développement cognitif qui est exigé du citoyen. On peut en tirer deux conclusions, la France, l’occident a perdu les cadres sociaux de la mémoire et de la formation citoyenne avec la référence historique et géopolitique, parti de la chronique des rois, elle devient avec la révolution le roman national. Dans un moment de déclin comme celui que nous traversons, il y a abandon des aspects progressistes et formes de rigidité qui lui interdisent de percevoir le changement qui échappe à ce qui est devenu marginalisation, petit bout de la lorgnette(2). Alors que la Chine (comme l’URSS, comme Cuba, comme l’Iran en ont fait une dimension essentielle de leur conception de l’avenir, ce qui adviendra aussi comme une volonté collective). La Chine elle a perçu l’importance de ce récit non seulement pour son peuple mais pour l’insertion de sa nation dans le monde et comment elle façonne à sa manière le monde. Et elle le fait y compris pour décrypter l’Occident lui-même, les autres peuples. S’il y a eu un orientalisme, il y a désormais un « occidentalisme » et il nous apporte beaucoup de connaissance sur nous mêmes. C’est même ce qui m’intéresse le plus dans la vie politique actuelle. Les textes que nous vous présentons montre le caractère tout à fait conscient de ce « récit ». (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
(1) Danielle Bleitrach, Marianne Dunlop, Jean jullien, et Franck Marsal quand la France s’éveillera à la Chine, la longue marche vers un monde multipolaire. Delga 20 avril 2025.
(2) Cet incapacité à faire vivre le récit national correspond pour la France à des phénomènes que j’ai tenté d’analyser, sur le plan politique la multiplication des « champs » à savoir des microsystèmes avec leurs propres enjeux incompréhensibles pour les autres, la société toute entière devient « un sac de pomme de terre » qui comme la paysannerie selon Marx ne peut engendre que le bonapartisme, le destin national va vers le despotisme. Mais il y a aussi l’incapacité pour les arts, la littérature, la philosophie, les sciences à s’ouvrir au mouvement réel avec la aussi des chapelles, un culte de l’individualisme et les censures multiples. C’est cette incapacité alors que la situation serait révolutionnaire que j’ai tenté de comprendre dans mon livre sur le Zugzwang , la fin du libéralisme libertaire. Et Après? Delga. 25 février 2026
par Mei Li15 mai 2026

Pour beaucoup d’Occidentaux, la Chine reste difficile à appréhender pleinement. Le débat public et la couverture médiatique se focalisent trop souvent sur la « menace chinoise ».
Les critiques soulignent les failles du système politique chinois et les restrictions imposées aux libertés individuelles. Pourtant, la Chine est parvenue à s’imposer comme une grande puissance capable de rivaliser avec les États-Unis. Ce manque de compréhension s’explique notamment par le fait que les médias présentent souvent la Chine à travers un prisme occidentalo-centré.
Le sommet qui s’est tenu cette semaine entre le président américain Donald Trump et le dirigeant chinois Xi Jinping, par exemple, sera analysé en Occident de manière très différente de la façon dont il sera perçu en Chine. Le discours de Xi sera disséqué et scruté à la loupe afin d’y déceler des messages indirects, des menaces voilées et des significations cachées.
Mais il se peut que les analystes passent à côté de certains outils utilisés par la Chine pour expliquer et justifier ses actions.
Mes recherches, menées en collaboration avec d’autres auteurs, proposent une nouvelle perspective sur la grande stratégie chinoise : l’analyse de la manière dont le gouvernement utilise le récit. Mes collègues et moi-même faisons partie d’un groupe croissant de chercheurs qui étudient comment la géopolitique se transforme en une guerre de récits – comment les États se racontent des histoires sur eux-mêmes et sur les autres.
Pour ce faire, nous avons étudié quatre discours majeurs de Xi Jinping prononcés entre 2021 et 2023. Nous les avons lus comme des récits et avons disséqué les narrations – ainsi que les personnages et le langage – afin de mieux comprendre le sens caché des mots.
Pourquoi le récit est important en politique
Le recours aux récits politiques par les dirigeants n’est pas nouveau.
Dans l’Athènes et la Rome antiques, les hommes politiques s’appuyaient sur une rhétorique publique percutante pour persuader le peuple. Aristote décrivait trois éléments clés de la persuasion en rhétorique : la logique ( logos ), l’appel aux émotions ( pathos ) et la crédibilité de l’orateur ( ethos ).
Des théoriciens modernes comme Kenneth Burke affirment que la rhétorique crée un sentiment d’objectif commun entre les dirigeants et le public, mais qu’elle peut aussi créer des divisions entre les groupes.
Le spécialiste de la communication Michael Kent a identifié 20 « intrigues » fondamentales utilisées par les conteurs depuis des millénaires pour élaborer des récits percutants. Parmi celles-ci : la quête, l’aventure, la poursuite, la transformation, la vengeance, le sacrifice, la découverte et, bien sûr, l’amour.
Mes partenaires de recherche et moi avons utilisé ces procédés narratifs pour analyser les discours de Xi afin de voir comment il communique – et raconte des histoires – sur les stratégies de la Chine.
Les procédés narratifs utilisés dans les discours de Xi
Nous avons découvert plusieurs grands complots qui façonnent systématiquement le récit officiel de la Chine :
Aventure
Dans son discours prononcé en 2021 à l’occasion du centenaire du Parti communiste chinois , Xi Jinping a déclaré :
Pour sauver la nation du péril, le peuple chinois a opposé un courageux combat. Des patriotes animés d’un profond esprit se sont efforcés de rassembler la nation.
Ce récit présente la Chine comme une nation engagée dans un long cheminement vers la puissance et la prospérité, jalonné d’échecs et de réussites. Il s’agit d’une sorte d’aventure politique. Ce récit fait également écho aux souvenirs partagés en Chine, empreints de souffrance et de persévérance.

Quête
Les discours de Xi décrivaient également une quête – les efforts de la nation pour atteindre un objectif difficile, sous la direction du Parti communiste chinois (PCC).
Dans son rapport au 20e Congrès du Parti en 2022, Xi a déclaré :
Il n’y a jamais eu de manuel d’instructions ni de solution toute faite vers laquelle le peuple chinois et la nation chinoise puissent se tourner […] alors qu’ils avançaient vers un avenir prometteur de renouveau.
Ce message vise à inspirer l’unité, le patriotisme et la fierté parmi les auditeurs chinois.
Transformation
Dans son discours devant la 14e Assemblée nationale populaire en 2023, Xi a déclaré :
La nation chinoise a accompli une transformation majeure, passant de l’émergence et de la prospérité à la puissance, et le renouveau national de la Chine est devenu une fatalité historique.
Les récits de transformation décrivent non seulement le changement, mais aussi la croissance et le renouveau. Ce récit présente l’ascension de la Chine comme une évolution naturelle, fruit de décennies de réformes et de sacrifices.

Rivalité
Les récits de rivalité mettent généralement en scène des menaces internes et externes.
Dans deux des discours que nous avons étudiés, Xi fait référence aux efforts déployés par les puissances étrangères pour « faire chanter, contenir, bloquer et exercer une pression maximale sur la Chine », et évoque un passé où l’intimidation étrangère a causé de « grandes souffrances ».
Dans son discours prononcé à l’occasion du centenaire du PCC, Xi a également déclaré :
Quiconque tenterait de le faire se heurterait inévitablement à un immense mur d’acier forgé par plus de 1,4 milliard de Chinois.
Ces scénarios renforcent l’idée que la Chine doit rester vigilante et unie face aux pressions extérieures.
Amour
Dans ses discours, Xi ne fait pas référence à une histoire d’amour romantique ; il parle plutôt du dévouement et de la loyauté des partisans du Parti communiste.
Dans son discours du centenaire, par exemple, Xi a déclaré :
Et je tiens à exprimer ma profonde gratitude aux personnes et amis du monde entier qui ont témoigné leur amitié au peuple chinois, ainsi que leur compréhension et leur soutien aux efforts de la Chine en matière de révolution, de développement et de réforme.
Comment le public perçoit ces messages
Ce message a un fort impact au niveau national . Il est souvent renforcé par les médias d’État, les productions culturelles et l’éducation patriotique afin de toucher un public aussi large que possible.
Le contraste fréquent entre les souffrances passées et la force présente incite le public à percevoir la Chine comme un acteur mondial pacifique mais ferme.
Pour un public étranger, ce type de récit peut aider d’autres pays à interpréter les actions de la Chine et à anticiper ses réactions.
Par exemple, le récit chinois des humiliations passées et de la nécessité de défendre sa souveraineté contribue à expliquer sa position ferme sur Taïwan – et la légitimité du Parti communiste sur cette question aux yeux du peuple.
Mais cela ne signifie pas qu’un conflit militaire soit inévitable. Toute action militaire future concernant Taïwan dépendrait d’une multitude de facteurs, notamment une évaluation précise des risques, l’interdépendance économique de la Chine avec le reste du monde et les conséquences potentiellement catastrophiques pour la région et ses populations.
Il est difficile de transmettre cela par le récit, c’est pourquoi nous ne pouvons pas nous fier à ce seul procédé pour expliquer les actions de la Chine. Mais il nous offre un aperçu de la pensée des dirigeants – et dans un système politique comme celui de la Chine, c’est essentiel.
Mei Li est maître de conférences en relations publiques stratégiques à l’Université de Sydney.
L’auteure souhaite remercier ses co-chercheurs sur ce projet : Mitchell Hobbs de l’Université de Sydney (chef de projet), ainsi que Zhao Alexandre Huang et Lucile Desmoulins de l’Université Gustave Eiffel, en France.
Cet article est republié de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’ article original .
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Franck Marsal
Cela me fait penser à cette phrase de Marx, dans le Manifeste du Parti Communiste « Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot. »
Comme les choses sont des réalités et non des idées, y compris les choses les plus abstraites comme le prolétariat et la nation, ce mouvement de « devenir lui-même la nation » ne peut être lui aussi que quelque chose de réel et concret, quelque chose de vrai , faute de quoi, il ne serait qu’un mensonge. Il doit se passer un processus concret, historique et déterminé par lequel le prolétariat devient la nation, l’incarne.
Le récit, tissu collectif d’une multitude de mots, de phrases, de discours, de références sémantiques organise un assemblage complexe de faits et de perceptions. Il ne devient réellement collectif que lorsqu’il est approprié, disséminé, retransmis dans une multitudes d’esprits et constitue ainsi une manière collective d’être au monde, une identité collective. (cf. la célêbre phrase de Marx : « les idées ne deviennent des forces sociales que lorsqu’elles s’emparent des masses »). Cette appropriation collective peut être en quelque sorte imposée de l’extérieur, par la force d’une classe dominante mais le récit historique n’est réellement puissant que lorsqu’il s’appuie sur une réalité sociale et qu’il émerge même du peuple lui-même, des racines profondes de son vécu, et qu’il crée une adéquation entre ce vécu et l’action qui permet de le dépasser.
Le récit scientifique n’échappe pas à cette règle. Sa spécificité, est – pour les scientifiques – qu’il se vérifie et se développe par un travail de confrontation systématique et répété avec la réalité. Né dans ce champ de travail, il constitue en ce sens une forme de récit supérieure, mais il reste néanmoins habité, ce faisant, de son histoire humaine et sociale. Dimension humaine et sociale qui va se développer lorsque le récit scientifique va s’étendre au delà de son champ initial et devenir un outil collectif dans la vie quotidienne, au travail, dans l’interprétation de la réalité .. Dans les deux cas, limité à cet exercice de vérification matérielle, le discours scientifique a peiné à expliquer la réalité sociale et à s’entendre lui-même comme réalité sociale. Ce n’est qu’avec l’apport du matérialisme dialectique et du matérialisme historique, qu’il a pu se lire comme récit en mouvement vers la vérité par le travail humain socialement organisé et non comme récit de la vérité elle-même.
La lutte des récits (la bataille idéologique) n’est pas une lutte technique oratoire, mais une lutte politique, sociale et humaine autour de la réalité et de la vérité. La classe dominante dispose de la supériorité oratoire, par les moyens de communications, qu’elle contrôle, mais aussi par sa capacité à imposer son vocabulaire, sa culture et à manipuler le sentiment des masses. Mais son récit se heurte à la réalité du vécu et aux contradictions internes qui sont les siennes. Les classes dominées constituent systématiquement des contre-récits, plus ou moins admis, elles transforment la langue et créent parfois leur propre langue en opposition à la langue de la classe dominante. Mais ce récit spontané contient aussi en miroir l’exploitation subie. Il n’est parfois principalement qu’une manière de vivre en tant qu’exploité.
La France a connu une sévère lutte des récits dans les années 30 et 40. En septembre 39, avec l’interdiction du Parti Communiste, la prise en main des syndicats, l’interdiction de toutes les municipalités communistes, des journaux communistes, la classe dominante tente d’empêcher le récit adverse, celui du prolétariat organisé par le Parti Communiste, de s’exprimer. A partir de juin 40, Pétain et son appareil fasciste imposent par la force leur récit national réactionnaire et fasciste. La bataille de la résistance – et en particulier de la résistance communiste – , c’est d’abord celle de faire exister dans la clandestinité le récit révolutionnaire et de restituer la réalité face au mensonge. Quand on lit les mémoires de Duclos (ce que je suis en train de faire, mais d’autres livres portent la même chose), on se rend compte que au moins à la fin 43 cette bataille est largement gagnée. Il indique un rapport de début mars 1944 qui situe à 1 680 000 tirages de tracts et journaux pour février 44, capacité de tirage qui devait passer à 2 millions le mois suivant. Cette bataille de la propagande permet d’informer la population et de combattre au coup par coup la propagande officielle. Elle est le support, dans l’année 44, d’une accélération phénomènale de la mobilisation populaire dans toutes ses dimensions, les manifestations, l’action syndicale et la grève, et bien sûr, prioritairement la lutte armée.
Cela peut sembler rapide, en réalité, c’est un travail qui s’est préparé sur plusieurs décennies, depuis 1920 avec la création du Parti Communiste, son émergence en tant que parti tourné vers les masses avec Thorez et tout le travail des années 30. Et encore, le PCF en 1920 ne naît pas de rien, il est le fruit du meilleur de la 2nde internationale, formé et préparé depuis plus de 20 ans en France, que la lutte contre l’échec et la trahison de 1914, les douleurs terribles de la guerre vont endurcir et projeter dans le feu des années 30 et 40. Se tournant vers les masses et la résolution des tâches historiques, le PCF, qui a acquis dans la première moitié des années 30 une importance décisive dans la classe ouvrière, commence simultanément à constituer le récit national qui va s’imposer durant l’occupation nazie. Il ne sera pas le seul. Dans une série de pays, un mouvement similaire se développe et un récit mondial encore minoritaire mais cohérent commence à émerger.
Après guerre, cette force idéologique et pratique va moderniser et transformer irrémédiablement la France. Le départ, imposé par les USA et leurs valets, des ministres communistes en 1947 ne changera pas encore le cours global suivi par notre pays. La planification, la modernisation demeure. Les droits sociaux continueront à se développer par la lutte incessante et le soutien inébranlable du peuple. LA bourgeoisie tient le pouvoir, mais elle ne tient pas complètement l’idéologie. Le récit national lui est encore défavorable. Avec l’appui des USA, elle va consacrer plusieurs décennies à détruire l’acquis historique le plus précieux de la résistance : le récit national. Prenant le contrôle des leviers culturels, s’appuyant sur la pénétration culturelle états-unienne, elle va détacher une à une les couches sociales et affaiblir la conscience collective, menant à la domination d’un autre récit, celui des « droits de l’homme », du concept anti-communisme de « totalitarisme », de la supériorité de la « démocratie capitaliste », de son « efficacité économique » et du « libéralisme ».
Nous voyons sous nos yeux depuis plusieurs années l’effondrement de ce récit néo-libéral et néo-conservateur, le récit de la guerre permanente, qui a dominé le monde depuis plus de 50 ans pour soutenir l’hégémonie impérialiste et tous ses crimes. Avant, il suffisait qu’un G7 se réunisse et presque tous les médias du monde relayaient l’adaptation du récit dominant face à un fait nouveau survenu ici ou là, récit qui était accepté dans une large majorité de pays et de populations. Cela ne fonctionne plus aujourd’hui.
Pour se maintenir, les bourgeoisies dominantes de l’impérialisme tentent de subvertir toute tentative de récit alternatif. Elles promeuvent la confusion, les divisions et les faux-récits, qu’elles présentent comme un appat, mais dont elles ont déjà les clés pour l’annihiler. C’est ce qui s’est passé en Grèce avec Syriza. Le récit prometteur s’est effondré en 6 mois et la bourgeoisie grecque et ses parrains de l’UE ont gagné 10 ans de pouvoir incontesté.
Ce dont il s’agit, me semble-t-il, ce n’est donc pas de construire un récit artificiel, mais de faire émerger des luttes organisées du peuple et des contradictions sociales, le récit de la réalité, dans toute sa force dialectique selon la méthode décrite par Lenine et mise en pratique par les communistes dans de nombreux pays à sa suite.
Ce récit commence à se construire et cela part du niveau mondial, de l’effondrement de l’ordre mondial néo-conservateur qui a dominé depuis 1991. L’idée qu’il s’effondre, et avec lui, toute forme d’hégémonie, de néo-colonialisme se tisse au travers d’une multitude de récits. Cela a une grande importance pour la France compte tenu de son histoire et des liens atlantiques par lesquels la bourgeoisie s’est reconstruite au lendemain de la guerre, mais aussi par ses liens avec le Sud global, l’Afrique et l’Algérie en particulier. C’est un premier point d’appui très important.
Le second point d’appui, c’est l’idée, plus confuse, de la nécessité d’une reconstruction et d’une modernisation de la nation, s’appuyant sur sa souveraineté. L’idée anciennement dominante que les vieilles nations européennes allaient être emportées dans une nouvelle « construction européenne » a perdu toute réalité. Au fond, l’ordre européen s’effondre avec l’ordre mondial. L’idée d’une nécessaire union populaire pour reconstruire et moderniser la France est une aspiration palpable, mais la bourgeoisie consacre toute son énergie à multiplier les divisions, tant à droite qu’à gauche, d’ailleurs, à brouiller les pistes. Curieusement, (mais ce n’est en rien surprenant), au moment où l’Europe capitaliste s’effondre, le RN et la FI ne revendiquent plus d’en sortir. Au contraire : Bardella vient de se signaler favorable à la reconstruction d’un axe franco-allemand avec l’extrême-droite germanique. On se pince, … mais non, ce n’est pas un cauchemar. Quant à Mélenchon, il a rejeté fermement toute possibilité de dialogue tant avec la Russie qu’avec la Chine. Avec qui alors ?
Le troisième point d’appui, c’est la perception que la réalité de l’économie n’est pas dans des équations mais dans la production. C’est le retour du réel, du travail, de la matérialité, le rejet de l’artificialité, qui va de pair avec les deux points précédents pour construire le récit d’une richesse souveraine, dans un monde où les échanges devront s’équilibrer et donc dans lequel on ne pourra plus compter sur les autres pour produire ce que nous consommons. Cela replace le travail au centre, et donc les travailleurs et travailleuses.
Le quatrième point d’appui à développer à mon sens, c’est la nécessité de s’organiser pour agir et le rejet des formes illusoires d’organisation, les organisations virtuelles, gazeuses et de toutes sortes, les micro-partis conçus pour financer les aventures personnelles et les égos.
Ce n’est peut-être encore pas la totalité du récit, mais il me semble que ces points d’appuis permettent déjà de franchir quelques pas concrets.