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Editorial Les enseignements d'une journée française par danielle Bleitrach
Ce bilan d'une journée française renvoie à un pari fait ici au mois d'août (1) il commence à être tenu et il s'appelle le retour du politique dans une France qui a toujours été très "politique" et qui avait perdu ce sens là . A partir de cette "journée française" Je vais essayer de vous expliquer pourquoi je ne cesse de protester contre les commentaires que l'on fait de mes analyses, en disant que je ne pense pas comme ça. Je viens d'un temps où nous possédions des bases qui sont oubliées et nous continuons à penser a contrario du mode actuel. Il y avait en ce temps là une maîtrise théorique plus ou moins poussée dans l''érudition mais qui en fait structurait la classe ouvrière et avec elle se jouait en permanence un véritable affrontement politique, qui effectivement pouvait exister comme fondement de la République. Cette capacité à poser dans le calme la réponse au défi qu'exprimait cette jeunesse inquiète et en souffrance, a de nouveau été là : ce furent les interventions de fabien Roussel, de la jeunesse communiste, des syndicats qui ont pu s'exprimer sur un fond médiatique qui consacrait 90% de ces sujets à la "violence" des manifestants et 10 % à leurs revendications. Mais ces propos de raison et de lutte ne prenaient sens que dans le fait de cette manifestation dans toutes les villes du pays avant et avec Paris.
Publié par Danielle Bleitrach
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Article original pour le blog
De ce que la réalité de la lutte apprend : Pour faire simple : qui ne voit pas qu'il y a un parallélisme entre ce théâtre auquel parait se résumer la politique telle que le capital (avec son leader grotesque et effrayant Trump) l'invente encore aujourd'hui : la focale mise sur la violence supposée des victimes et l'appel à la guerre face à une menace inventée de toute pièce voilà le "spectacle". Mais toutes ces parodies prennent sens dans le recours à la "dette" comme le fond de la stratégie du capital pour rendre "techniquement incontournable" la situation de notre jeunesse, l'absence d'avenir, lui substituer l'accumulation obscène du capital financiarisé, militarisé. Ce lien entre des données "éparses", cette logique impérialiste c'est le rôle d'un parti communiste d'en faire partager la cohérence de classe et d'en appeler à la vraie majorité celle qui veut comprendre pour agir, pour trouver une issue. Ce jour-là, ce 6 octobre 2026, ce mardi que l'on inventait noir cette compréhension là commença à s'imposer le temps d'un défilé, d'une émission, d'une conférence de presse ce fut peu mais cela démontre les possibles et le fait que certains parmi ces jeunes ont fait leur expérience .
Le soir d'ailleurs sur LCI, la fenêtre ouverte par l'interview de fabien Roussel, s'était refermée et on assistait à un numéro où les uns minimisaient l'importance de ce défilé dans le calme en relativisaient le nombre faute de pouvoir malgré tous les efforts en dévoyer l'esprit, et on avait fait appel à la présence exclusive du RN et de LFI pour retrouver l'ambiance de la pseudo grande peur de la révolution conçue comme le désordre, la chienlit face auquel se justifiait la "violence légitime" fût-elle le fascisme.
Ce n'est pas un hasard si ignorant cette journée , les revendications de la jeunesse française, Emmanuel Macron assiste, de façon inattendue, a assisté au lancement d’un missile depuis un sous-marin nucléaire tout en laissant les médias aux ordres affirmer qu'il n'y avait pas d'argent, que la dette était insoutenable ? Non c'est parce que cette classe là est dans l'obligation de nous imposer sa "logique" qui parait "absurde" mais qui est celle de cette caste et de son mode de production. C'est une questions de vie ou de mort pour eux mais aussi pour l'immense majorité des habitants de la planète... Et la France fut comme souvent le pays où les contradictions de classe se révélèrent pour ceux qui voulaient et pouvaient les voir.
Voilà ce que fut cette journée française comparable à la douceur de vivre que l'on décrit dans les jours de la Commune où les capitalistes et leurs criminels, leurs argousins les avaient suivi à Versailles, avant que Monsieur Thiers ne les renvoient massacrer le Parisiens sous le regard appréciateur des troupes allemandes qui laissaient faire les Versaillais... ce furent des journées de bonheur durant lesquelles furent conçues bien des projets progressistes concernant en particulier l'école et le droit à la santé. Même si mai 68 ,ne fut qu'une parodie, parce que la classe ouvrière avait rejoint la jeunesse turbulente les choses avaient changé : le calme et les discussions pouvaient prendre sens... les salaires augmentaient de 30% et le droit syndical était instauré dans l'entreprise comme à l'université. Pour nous qui avions vécu les répressions y compris de la guerre d'Algérie c'était extraordinaire mais la violence s'arrêta et ne repris que pour justifier l'appel à Massu et les élections sur ce thème là qui fut une vague réactionnaire.
« Je reprends le début du constat de Laurent Brun intervenu à midi avant la manifestation parisienne qui a confirmé le diagnostic :
260000 manifestants sur 80 villes recensés à 13h30 par la #CGT, hors Paris !
L’#USL annonce au moins 1800 #lycees bloqués et le mouvement s’est étendu à 57 facs bloquées ce matin.
C’est donc un mouvement puissant qui se développe, malgré 900 lycées fermés, les multiples interdictions illégales de se rassembler prises par les préfets (la CGT, le #SAF et la #LDH en ont fait annuler un paquet en justice), la répression aveugle et disproportionnée (6000 arrestations, dont 87% de mineurs, depuis le début du mouvement).
C'est bien pour les revendications de ces jeunes, mais c'est bien pour l'expérience qu'ils font de la force d'un mouvement de masse, peut-être cela iront-il jusqu'à comprendre que la Révolution n'est pas violente mais une joie.
C'est la contre-révolution, la répression qui sont la violence, la peur, la haine... »
Voilà dans le calme exigeant qui ne cédait sur rien sur le fond et qui ne reconnaissait aucune violence comme légitime et qui invitait comme jadis Robespierre que chacun passe en jugement en fonction du pouvoir réel qu'il a sur la situation telle qu'elle est et sur ce qui rend la vie impossible, le peuple redevenu notre boussole...
Alors je voudrai une fois pour toute tenter de vous expliquer pourquoi et comment a contrario pour moi la Révolution est la joie, le bonheur de faire et d'inventer ensemble, le choix du progrès maitrisé et pourquoi on a laissé la "contrerévolution" devenir le visage de la Révolution ?
En revenir à Marx, à la lutte des classes en France pour comprendre comment est analysé l'événement pour pouvoir transformer le monde, faire la révolution comme cette joie... spinoziste et matérialiste...
J'ai impulsé dans Histoireetsociete l'adoption d' une méthode d'exposé qui n'a rien d'évident mais qui est celle de Marx et des Marxistes comme Lénine puisque cela revient à donner à l'événement une profondeur historique dans laquelle "l'économique" joue un rôle mais en dernière instance et cet économique auquel le vulgaire renvoie souvent le matérialisme de Marx est pris dans une forme historique celle du "travail social" soit la relation des producteurs entre eux, par rapport à une domination de classe, les rapports de production dans leur relation au développement des sciences, des techniques face à la nature. ces formes sont donc juridiques, politiques, culturelles. Cet ensemble est lui même en mouvement dialectique qui est la lutte des classes ce qui détermine des temporalités. Mais l'événement se situe également dans un ensemble géopolitique,celui de la Nation comme celui de l'international aujourd'hui dans cette mondialisation plus que jamais. C'est-à-dire que nous partons des origines d'un phénomène et nous le confrontons à la situation actuelle, aux défis concrets qui sont devant le mouvement ouvrier. C'est le contraire d'un évolutionnisme historique, c'est le présent qui révèle l'origine et sa dynamique en tant qu'elle révèle le sens du présent pour l'avenir. Et elle le fait non selon le point de vue habituel qui est de faire de la politique le jeu des puissants, mais de le confronter à ce qui est réellement déterminant, l'intervention de ceux qui font l'histoire. Et donc le politique est aussi histoire des "mentalités" cet échange permanent entre invention populaire et formes culturelles savantes. D'où notre intérêt pour les "représentations" artistiques, le cinéma en particulier.
mais revenons en à notre interrogation d'aujourd'hui: nous sommes dans un monde occidental et singulièrement en Europe, en France dans un déclin qui mène au fascisme parce que c'est ce vers quoi nous mène l'hegemon impérialiste entré en crise profonde et qui donne le spectacle de la comédie de la puissance en remettant en cause toutes les régulations qu'il a lui même créé pour asseoir la légitimité de sa domination. Face à cela les "élites" européennes et françaises donnent le spectacle de leur divisions et de leur impuissance, seule la guerre et le fascisme sont leur issue. La question est donc : voici des décennies que la France comme d'autres nations qui se sont inscrites dans ce processus paraissent aller vers ce fascisme et ont réussi à dévoyer l'intervention populaire pour accélérer cette voie. Oui mais on mesure bien que le fascisme est l'impossibilité pour la classe dominante de gouverner en "démocratie", la fin du "libéralisme libertaire" par lequel elle prétendait représenter la civilisation face à la "barbarie", l'ordre par rapport à l'anarchie et la tyrannie.
Est-ce que la France qui est on le sait cette nation qui part tout à coup dans des mouvements imprévus est encore le pays de la lutte des classes ou est-elle la proie d'une fièvre qui partout en Europe marque le déclin et la montée de ce fascisme sur le modèle de ce qui a déjà préludé aux guerres mondiales ? relire Marx non pour en faire une bible, un oracle mais pour en tirer une compréhension de la dynamique de la lutte des classes est de bonne méthode. Cette analyse des événements, de leur aspect révolutionnaire a été mis en pratique à propos de la France dans des textes qui ont été rassemblés sous le titre la lutte des classes en France, un ensemble de texte historiquement datés puisqu' après avoir pris une part active à la révolution de 1848 en Allemagne, Marx se réfugia d'abord à Paris en juin-août 1849, puis à Londres. Mais il entendait continuer la lutte à laquelle il venait de participer et il fonda, à cette fin, une revue qui portait le même titre que le journal qu'il avait dirigé à Cologne. Et il lui apparut que la tâche la plus urgente était d'exposer et d'expliquer les diverses phases de la révolution de 48 en France, parce que c'est là qu'elle avait pris la tournure la plus caractéristique. Ce sont, en effet, les événements de notre pays qui ont le mieux traduit le caractère nouveau de la lutte des classes tel qu'il apparaît au milieu du XIXe siècle. C'est pourquoi il composa une série d'articles : « La défaite de juin 1848 », « Le 13 juin 1849 », « Conséquences du 13 juin », « Napoléon et Fould », qui constituent les trois premiers chapitres des Luttes de classes. Cet intérêt pour le "cas français a été partagé par Lénine qui a voulu être enterré dans le drapeau de la commune de Paris.
Aussi étrange que cela puisse vous paraître c'est à cause de cette spécificité française que j'ai fait le pari de cette longue et absurde fidélité au PCF et je l'ai fait comme l'a fait Aragon parce que le parti auquel j'ai adhéré il y a si longtemps et dont nous sommes de moins en moins nombreux à conserver le souvenir représentait cette longue histoire celle dans laquelle c'est le petit peuple qui vient sauver le pays de la félonie de la bataille de Crecy, du dimanche de Bouvine à Valmy en passant par les maquis du Vercors c'était ma propre histoire qui se tissait dans cette trame là. Ce parti là était si "liquidé" si caricatural qu'il m'était impossible d'y adhérer, la brève expérience que j'ai faite de ce retour en 2013 me fit comprendre que je ne le supporterai pas et de surcroit que je n'aidais en rien au contraire. Mais il y avait aussi malgré tout les germes qui n'existaient nulle part ailleurs.
Mais pour revenir à Marx et à Engels dont il faut comme tous les auteurs et en particulier ceux qui sont aussi des politiques qui prétendent intervenir sur la réalité et la transformer consciemment il faut toujours dater les écrits, parce qu'ils respectent justement la méthode exposée il faut voir l'évolution que Marx puis Engels donnent à ces analyses de la France comme pays de la lutte des classes. Dans un tableau des événements européens, intitulé « De mai à octobre », et qui parut à la fin de novembre 1850 dans le dernier numéro de la revue, Marx exprime cette opinion nouvelle qui rectifie dans une certaine mesure la teneur de ses articles précédents. C'est la partie de ce tableau historique concernant les événements français qui constitue le dernier chapitre de l'ouvrage. Il y a deux faits qui corrigent son opinion, il rencontre en Angleterre justement l'économie et s'astreint à son assimilation réfutation, et d'autre par il y a après le romantisme des révolutions de 1848 qui soulevèrent l'Europe des nationalités, il y a eu en France en particulier la manière dont la classe dominante à travers les divisions entre ville et campagne, à partir de l'industrialisation du second empire imposa une contre révolution et commença le chemin impérialiste à travers la première industrialisation et les crises de surproduction, la recherche des marchés, ce que Lénine poursuivra face à la guerre mondiale comme impérialisme stade suprême du capitalisme.
Marx n'eut jamais le loisir de reprendre ces textes et c'est Engels qui, en 1895 assura leur publication en brochure, en joignant le quatrième article aux trois
précédents. Dans une longue introduction, Engels a justifié l'addition à laquelle il avait procédé. Comme il le dit lui-même:
"La première épreuve eut lieu lorsque Marx, à partir du printemps de 1850, retrouva le loisir de se livrer à des études économiques et qu'il entreprit tout d'abord l'étude de l'histoire économique des dix dernières années. Ainsi, des faits eux-mêmes, il tira une vue tout à fait claire de ce que jusque-là il n'avait fait que déduire, moitié a priori, de matériaux insuffisants : à savoir que la crise commerciale mondiale de 1847 avait été la véritable mère des révolutions de Février et de Mars [1] et que la prospérité industrielle, revenue peu à peu dès le milieu de 1848 et parvenue à son apogée en 1849 et 1850, fut la force vivifiante où la réaction européenne puisa une nouvelle vigueur. Ce fut une épreuve décisive. Tandis que dans les trois premiers articles (parus dans les fascicules de janvier, février et mars de la Neue Rheinische Zeitung, revue d'économie politique, Hambourg, 1850) passe encore l'espoir d'un nouvel essor prochain de l'énergie révolutionnaire, le tableau historique du dernier fascicule double (de mai à octobre) paru en automne 1850 et qui fut composé par Marx et par moi, rompt une fois pour toutes avec ces illusions : « Une nouvelle révolution n'est possible qu'à la suite d'une nouvelle crise. Mais elle est aussi sûre que celle-ci. » Ce fut d'ailleurs la seule modification essentielle à faire. Il n'y avait absolument rien de changé à l'interprétation des événements donnée dans les chapitres précédents ni aux enchaînements de cause à effet qui y étaient établis, ainsi que le prouve la suite du récit donnée dans ce même tableau d'ensemble et qui va du 10 mars à l'automne de 1850. Voilà pourquoi j'ai inséré cette suite comme quatrième article dans cette nouvelle édition.
La deuxième épreuve fut plus dure encore. Immédiatement après le coup d'État de Louis Bonaparte du 2 décembre 1851, Marx travailla de nouveau à l'histoire de France de février 1848 jusqu'à cet événement qui marquait provisoirement la fin de la période révolutionnaire. (Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, 3° édition, Meissner Hambourg, 1885.) [2] Dans cette brochure, la période qu'il expose dans notre ouvrage est traitée à nouveau, quoique de façon plus brève. Que l'on compare avec la nôtre cette deuxième description écrite à la lumière de l'événement décisif survenu plus d'un an après, et l'on constatera que l'auteur n'eut que fort peu à y changer.
Ce qui donne encore à notre ouvrage une importance toute particulière, c'est le fait qu'il prononce pour la première fois sous sa forme condensée la formule par laquelle, à l'unanimité, les partis ouvriers de tous les pays du monde réclament la réorganisation de l'économie : l'appropriation des moyens de production par la société. Dans le deuxième chapitre, à propos du « droit au travail », qui est caractérisé comme « la première formule maladroite dans laquelle se résument les prétentions révolutionnaires du prolétariat », on peut lire :
Mais derrière le droit au travail il y a le pouvoir sur le capital, derrière le pouvoir sur le capital, l'appropriation des moyens de production, leur subordination à la classe ouvrière associée, c'est-à-dire la suppression du travail salarié ainsi que du capital et de leurs rapports réciproques.
pour ceux qui ont eu la patience de lire jusqu'ici je vous laisse comprendre ce qui dans le programme esquissé par Fabien Roussel dans ce programme d'août m'a fait parier sur ce chemin là... Une fois de plus, le peuple français, les communistes quand ils reprennent pied dans leur peuple ont fait du Marx sans le savoir... je ne suis pas sure que Roussel ni aucun dirigeant actuel du PCF ait jamais lu la lutte des classes en France... D'ailleurs jadis au Comité central, Marchais me regardait d'un air étonné : "pourquoi as-tu besoin de chemins si compliqués pour trouver ce qui est effectivement juste? Peut-être est-ce simplement parce que j'ai toujours été convaincue de la nécessité de la théorie mais également du fait que bien des théories que nous avons immédiatement à notre disposition sont des carcans dans lesquels le "sens commun" s'ingénie à tenter en vain de faire rentrer la réalité et que c'est par un retour à Marx que je retrouve un autre usage de la théorie dans sa relation avec la réalité.
danielle Bleitrach
