Si aujourd’hui je plaide pour un élargissement du combat politique pour la paix et une autre conception de la sécurité de chacun économique, culturelle autant que militaire y compris aux églises, c’est parce que l’impérialisme belliciste a déjà largement entamé ce « travail ». Nous en sommes toujours à la lutte des places entre leaders sur les plateaux de télé, alors que comme nous le voyons par ailleurs est attaquée la capacité cognitive des couches populaires, et les appareils idéologiques pour reprendre une référence althussérienne nous isolent dans une subjectivité dont nous nous croyons les acteurs alors que nous sommes « agis ». C’est parce que ces « appareils » ont une dimension « historique » souvent nationales que l’histoire est aussi importante alors que l’on nous en a privé. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
Géopolitique 5 mai 2026

LES ÉGLISES ALLEMANDES SE PRÉPARENT À LA GUERRE
Par Pascal Lottaz
Vous trouverez ci-dessous un résumé d’un document intitulé « Concept d’un cadre œcuménique » que le Dr Ulrike Guérot m’a communiqué lors d’une récente conversation. Sa lecture est glaçante, car elle révèle à quel point la psychose de guerre est profondément ancrée en Allemagne.
Daté de septembre 2025, le « concept de cadre œcuménique » est bien plus qu’un simple document de planification pastorale. Il s’agit d’un document de préparation rigoureux à l’éventualité d’une guerre et, à ce titre, il témoigne clairement du sérieux avec lequel les institutions allemandes, y compris les Églises, envisagent désormais la possibilité d’un conflit armé en Europe.
Le document part d’un constat fondamental : selon les évaluations de tous les acteurs concernés des secteurs militaire, du renseignement et de la recherche universitaire, la Russie pourrait être en mesure d’attaquer le territoire de l’OTAN avant la fin de la décennie. L’Allemagne s’y prépare déjà institutionnellement par le biais d’une stratégie de sécurité nationale publiée en 2023, d’un plan opérationnel de la Bundeswehr et de directives-cadres pour une défense nationale globale. Le rôle des Églises est explicitement présenté comme une contribution à cette logique plus large de préparation sociale, que l’État a consolidée sous le concept de « sécurité intégrée », dans lequel les acteurs religieux sont expressément désignés comme partenaires de la société civile.
Les exigences spécifiques du document sont radicales. Il impose la préparation systématique de tous les domaines du ministère de l’Église — de l’aumônerie paroissiale et hospitalière à l’aumônerie militaire, policière et pénitentiaire — aux situations impliquant un grand nombre de soldats blessés, de combattants tombés au combat, de prisonniers de guerre et de réfugiés. Les Églises ne sont pas censées improviser ; au contraire, elles sont exhortées à mettre en place immédiatement des cellules de crise, à maintenir à jour leurs canaux de communication, à clarifier les responsabilités et à former leur personnel en amont. La devise qui le guide est révélatrice de sa franchise : « En cas de crise, connaissez vos fidèles. »
Les scénarios précis pour lesquels le document prépare les Églises sont particulièrement révélateurs. Dans le cas de l’alliance – considérée comme le scénario le plus probable –, l’Allemagne servirait de plaque tournante logistique pour les forces de l’OTAN. Cela impliquerait le transit de troupes et de matériel sur le territoire allemand, le rapatriement d’un grand nombre de soldats blessés et tués, des mouvements de réfugiés en provenance d’Europe de l’Est et d’éventuelles attaques contre les infrastructures critiques et les systèmes informatiques. S’appuyant explicitement sur les enseignements de la guerre en Ukraine, le document anticipe un nombre de victimes très élevé.
La demande est forte. Les aumôniers hospitaliers doivent se préparer aux situations de triage ; les aumôniers d’urgence aux événements traumatiques de masse ; et les aumôniers paroissiaux doivent soutenir les familles endeuillées à une échelle jamais vue auparavant en Allemagne en temps de paix.
Le document préconise également une étroite coordination institutionnelle entre les structures ecclésiastiques et les autorités étatiques, tant au niveau fédéral qu’au niveau des États. Des bureaux ecclésiastiques rattachés aux gouvernements des États serviront d’interfaces institutionnelles permanentes. Au niveau fédéral, la création d’une cellule de crise œcuménique d’une dizaine de membres est à l’étude. Les Églises doivent savoir précisément qui exerce l’autorité de supervision en cas d’urgence : sur les aumôniers d’urgence, les aumôniers hospitaliers et les employés de l’Église engagés simultanément dans les brigades de sapeurs-pompiers volontaires ou l’Agence fédérale d’assistance technique. Cette clarification n’est en aucun cas automatique ; elle suppose une préparation juridique et organisationnelle approfondie.
Pris dans leur ensemble, ces documents révèlent une société qui, sur le plan institutionnel, se prépare à la guerre, même si elle ne l’affirme pas publiquement. Les Églises sont incitées à s’intégrer à un dispositif national de préparation. Bien que le document précise qu’il n’affecte pas les engagements éthiques en faveur de la paix des deux Églises, il représente dans les faits une réorientation opérationnelle majeure : une conception abstraite de la paix cède la place à une planification concrète des crises, inscrite dans un cadre de défense nationale global coordonné par l’État.
Pour l’Allemagne, cela signifie que la préparation à une éventuelle guerre n’est plus une affaire purement militaire. Elle imprègne désormais de plus en plus toutes les institutions sociales, jusqu’aux paroisses.
Document complet ici
Note
(1) https://youtu.be/c8ylh4Gqc1M
Source : Pascal Lottaz
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