Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Le Washington post au bout d’une logique de la presse occidentale, y compris française…

Mercredi 4 février 2026
Le bâtiment du Washington Post.Photographie de Kent Nishimura / Bloomberg / GettyCaroline Mimbs, rédactrice de la newsletter Nyce

Le 4 février 2026, les journalistes du Washington Post ont reçu un courriel leur demandant de rester chez eux. Ils ont été invités à se connecter à une réunion Zoom à 8h30. La nouvelle était attendue : des licenciements, et massifs, plus du tiers des journalistes.
Dans ce qui peut paraître un baroud d’honneur d’une presse et des médias en plein alignement désigne la main de Trump et le résultat de son rapprochement avec Jeff Bezos, propriétaires du journal.
Jeff Bezos n’est pas le premier milliardaire et propriétaire de médias à courber l’échine, loin de là et cela n’est comme avec Trump que la cerise sur le gâteau d’une presse alignée mais plutôt sur les démocrates avec la même capacité consensuelle, le même pouvoir de censure mais le niveau atteint est là comparable à ce que l’on connait dans les médias français avec Bolloré et autres.
Ce cri d’un journaliste: « On ne peut pas vider une rédaction de sa substance sans conséquences sur sa crédibilité, son influence et son avenir » pourrait être poussé par TOUS les médias français et je n’en connais pas qui peuvent réellement s’indigner sur ce qu’est devenu le Washington post. Trump ne fait que pousser la logique vers son ultime possible alors que la profession est confrontée à l’intelligence artificielle et à la destruction de la capacité à lire sciemment organisée.
Ce qui se déroule au Washington Post fait écho à ce qui est en train de se passer chez CBS News depuis plusieurs mois. Rachetés à Paramount par Larry Ellison début 2025, un autre milliardaire de la tech proche de Trump, les journalistes de la chaîne ont vu arriver à la tête de la chaîne Bari Weiss.
Ancienne éditorialiste très à droite et « antiwoke » affirmée, elle a très rapidement réorienté la ligne éditoriale pour faire pencher la balance en faveur de Trump et du clan MAGA. Derniers exemples en date : un reportage sur la prison CECOT du Salvador où atterrissent des migrants expulsés des États-Unis, retiré de l’antenne (et finalement diffusé des semaines plus tard).
Comme le souligne la chroniqueuse Nesrine Malik dans le Guardian, les turbulences dans le paysage médiatique américain des derniers mois « en disent long sur la manière dont les magnats du capitalisme et l’autoritarisme unissent leurs forces pour décider de ce que le public peut lire et regarder ». Ce qu’il a le droit de savoir ou pas. Et pour cela mieux vaut que cela soit compatible avec les ambitions de la Maison Blanche. Cette « impunité » dans la censure et dans la désinformation est-elle bien différente de ce que révèle le scandale Epstein ? Non c’est la même logique celle qui veut qu’une caste s’entende sur ce qu’il est légitime ou non de savoir pour les peuples que l’on considère comme des esclaves et des gens incapables d’accéder à la citoyenneté, le tout sous un masque d’anti-autoritarisme et la « diabolisation » de ceux que l’on veut exclure : la démocratie vu par le consensus atlantiste.
J’ajouterai que pour un tel journalisme, on peut directement passer à l’IA et faire des économies de personnel.
Si le scandale est grand à cause de ce que représentait le Washington post, il faut bien mesurer que c’est toute la presse occidentale, aux Etats-Unis mais la France ne fait pas exception qui vit une telle dérive.
Danielle Bleitrach

Sidération aux États-Unis après la vague de licenciements au « Washington Post »

Beaucoup voient la main de Trump et son rapprochement avec Jeff Bezos, propriétaire du journal, derrière le licenciement de plus d’un tiers des journalistes de cette institution de la presse américaine.

Par Maïwenn Furic avec AFP Partager

Le Washington Post a annoncé le licenciement de plus d’un tiers de ces journalistes, ce mercredi 4 février. Les correspondants à l’étranger sont particulièrement visés.

OLIVER CONTRERAS / AFP

Le Washington Post a annoncé le licenciement de plus d’un tiers de ces journalistes, ce mercredi 4 février. Les correspondants à l’étranger sont particulièrement visés.

« L’un des jours les plus sombres » de l’histoire du Washington Post, estime un ancien rédacteur en chef. Le journal américain, propriété du multimilliardaire Jeff Bezos, a lancé mercredi 4 février un « douloureux » plan de licenciements au sein du journal en difficulté depuis plusieurs années.

Le nombre total de suppression de postes n’a pas été communiqué. Selon le New York Times, environ 300 journalistes sur 800 sont licenciés, soit plus d’un tiers de son effectif. La restructuration destinée à réformer un journal « d’une autre époque » « inclut des réductions substantielles d’effectifs » et doit « sécuriser » son avenir, a écrit le directeur exécutif du journal Matt Murray dans un courriel aux salariés partagé par une porte-parole.

« On ne peut pas vider une rédaction de sa substance sans conséquences sur sa crédibilité, son influence et son avenir », a dénoncé le Post Guild, le syndicat du journal. « Au cours des trois dernières années seulement, les effectifs du Post ont (déjà) diminué d’environ 400 personnes ».

« Pas une décision financière, mais bien idéologique »

« Licenciée du Washington Post, comme toute l’équipe des correspondants au Moyen-Orient et nos rédacteurs. Difficile de comprendre la logique », a écrit Claire Parker, qui était à la tête du bureau du Caire. Le reporter chargé de couvrir Amazon, comme celui qui couvrait les questions raciales, ont annoncé mercredi sur X avoir été licenciés. « Ce n’était pas une décision financière, mais bien idéologique », écrit le second, Emmanuel Felton. Les publications en soutien au journal, à la lourde « mission de demander des comptes aux puissants », affluent sur les réseaux sociaux.

Martin Baron, ancien rédacteur en chef du journal et figure du journalisme américain, dénonce sans fard les « efforts écœurants » de Jeff Bezos « pour s’attirer les faveurs » de Donald Trump, y voyant « un cas d’école » de « l’autodestruction quasi instantanée d’une marque ». Cette vague de licenciement survient dans un contexte d’attaques incessantes envers les médias de la part du président américain, ainsi que d’un rapprochement entre ce dernier et le propriétaire du journal.

Le Washington Post, qui a à son actif la révélation du scandale du Watergate et de multiples prix Pulitzer, est en crise depuis plusieurs années. Durant le premier mandat de Donald Trump, le journal s’était plutôt bien porté grâce à sa couverture jugée sans concession.

Mais quand le milliardaire républicain avait quitté la Maison Blanche, l’intérêt des lecteurs s’était émoussé et les résultats ont commencé à dégringoler. Le journal perd de l’argent depuis plusieurs années, selon la presse.

Le rapprochement de Bezos et Trump n’a pas plu aux lecteurs

À l’automne 2024, le Washington Post n’avait pas publié d’éditorial pour soutenir la démocrate Kamala Harris dans la campagne présidentielle face à Donald Trump, alors qu’il avait soutenu les candidats démocrates aux présidentielles de 2008, 2012, 2016 et 2020.

Beaucoup y ont vu la main de Jeff Bezos, qui, trois mois plus tard, s’est affiché au premier rang de la cérémonie d’intronisation de Donald Trump. Ses entreprises ont d’importants contrats avec l’État fédéral, du stockage de données à l’espace. Selon la presse, cette décision avait fait fuir de nombreux abonnés.

« Imprimer des fausses nouvelles n’est pas un modèle économique rentable », a réagi sur X Steven Cheung, porte-parole de la Maison Blanche, qui multiplie les attaques contre la presse traditionnelle, entre restrictions d’accès, procédures en justice et discours accusateurs.

Une vaste réorganisation de la rédaction du Washington Post lancée en 2024 avec une nouvelle direction avait secoué en interne, et de nombreux journalistes étaient partis travailler pour la concurrence.

Views: 43

Suite de l'article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

La modération des commentaires est activée. Votre commentaire peut prendre un certain temps avant d’apparaître.