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Le socialisme ou le déclin de l'histoire. La fonction historique du parti révolutionnaire à l'ère de la guerre et de la multipolarité (Éditorial de Luciano Vasapollo)
Une question traverse notre époque, une question que l'impérialisme s'efforce soigneusement d'effacer : pourquoi les États-Unis et leurs alliés s'attaquent-ils non seulement à Cuba, à la Palestine, au Vietnam ou à la Chine, mais aussi à l'idée même d'un parti communiste ? La réponse est aussi simple que décisive. La véritable cible n'est pas un gouvernement, mais la possibilité d'une alternative organisée au capitalisme.
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : www.farodiroma.it
Une question traverse notre époque, une question que l'impérialisme s'efforce soigneusement d'effacer : pourquoi les États-Unis et leurs alliés s'attaquent-ils non seulement à Cuba, à la Palestine, au Vietnam ou à la Chine, mais aussi à l'idée même d'un parti communiste ? La réponse est aussi simple que décisive. La véritable cible n'est pas un gouvernement, mais la possibilité d'une alternative organisée au capitalisme.
Nous vivons une ère de crise systémique du capitalisme : économique, financière, environnementale, énergétique et militaire. Le capitalisme ne peut plus se reproduire qu’à travers la guerre permanente et la destruction des droits sociaux. Dans ce contexte, l’enjeu central n’est pas seulement la résistance des peuples, mais aussi l’entité politique capable de transformer cette résistance en un projet historique. C’est là que le rôle du parti révolutionnaire retrouve toute son importance.
Pourquoi l'impérialisme craint le parti
Donald Trump et Marco Rubio ont ouvertement déclaré que leur cible n'est pas exclusivement Cuba. Leur offensive vise tout ce qui continue de représenter une forme organisée de socialisme et de pouvoir populaire. Le blocus économique de La Havane, le génocide du peuple palestinien, les sanctions contre les pays anti-impérialistes, et même la criminalisation des mouvements de solidarité en Europe, s'inscrivent dans une stratégie unique : détruire matériellement et idéologiquement l'idéal socialiste.
Ce n'est pas un hasard si les mouvements manifestant pour la Palestine ou Cuba sont eux aussi accusés de terrorisme. L'impérialisme sait qu'une société peut résister à de nombreuses crises, mais il ne peut tolérer l'existence d'une subjectivité collective capable d'organiser la lutte des classes. C'est pourquoi le parti révolutionnaire devient son principal ennemi.
Là où le socialisme résiste
L’expérience historique des dernières décennies nous enseigne une leçon que la gauche occidentale a trop souvent ignorée : les processus révolutionnaires ont perduré là où un leadership politique fort s’exerçait, sous l’égide de partis communistes organisés. Cuba, le Vietnam, la Chine, le Laos et la Corée du Nord ont emprunté des voies nationales différentes, mais ils partagent un élément crucial : l’existence d’un parti dirigé par des cadres, capable de guider les masses dans la transition socialiste.
À l'inverse, de nombreux processus de rupture anti-impérialiste extraordinaires en Amérique latine se sont progressivement affaiblis. L'Équateur, la Bolivie et surtout le Venezuela ont démontré que la conquête du pouvoir ne se traduit pas automatiquement par l'acquisition de la puissance. Sans parti révolutionnaire ancré dans la classe ouvrière, la tactique finit par remplacer la stratégie et le compromis se mue peu à peu en capitulation.
Le problème ne concerne donc pas le nom du parti, mais sa fonction historique.
Togliatti et la signification du Nouveau Parti
Pour comprendre cette fonction, il faut revenir à Palmiro Togliatti, en le détachant des interprétations social-démocrates et des caricatures sectaires. Le « Nouveau Parti » ne représentait pas un renoncement à la révolution, mais plutôt une tentative de traduire le léninisme dans le contexte concret de l’Italie issue de la Résistance.
En 1944, Togliatti écrivait dans Rinascita qu'un parti ne peut s'affranchir de son passé car il est le produit de sa propre histoire. Cette réflexion témoigne d'une profonde profondeur politique. Aucune organisation révolutionnaire ne naît du néant : elle se nourrit de l'accumulation théorique, culturelle et morale des luttes antérieures. Ceux qui rompent ce lien avec la mémoire ne construisent pas l'avenir, mais ouvrent la voie à la défaite.
La philosophie gramscienne de la praxis devient ainsi le terrain de rencontre entre théorie et réalité. Le parti n'est ni un appareil électoral ni une simple coalition d'opinions. Il est le lieu où le développement théorique se mue en organisation de classe et en projet de transformation de la société.
Bien sûr. Je le transformerais en un passage organique et discursif, dans la lignée d'un éditorial de Vasapollo, en évitant l'effet de liste et en développant le lien entre Togliatti, l'organisation politique et le contexte historique contemporain.
Le Parti pour la construction du socialisme : un avenir qui ne peut forcer l'horizon
Les réflexions de Palmiro Togliatti, même à travers ses écrits de 1958, demeurent d'une actualité brûlante, car elles abordent une question fondamentale pour tout projet de transformation sociale : quelle doit être la fonction historique du parti politique révolutionnaire ? Il ne s'agit pas simplement de construire un instrument électoral ou une organisation capable de représenter une partie de la société, mais de comprendre la relation complexe entre parti, classe, masses populaires et construction du socialisme. Pour Togliatti, le parti est indissociable du processus historique concret dans lequel il évolue : il doit être capable d'interpréter les rapports de pouvoir, d'organiser les conflits, de construire les consciences et, simultanément, d'identifier les conditions matérielles qui rendent la transformation véritablement possible.
C’est précisément ici que la distinction entre stratégie et tactique devient cruciale. La stratégie désigne l’horizon historique, le projet général de transformation de la société et des rapports de production ; la tactique, quant à elle, concerne les formes concrètes par lesquelles, à une étape donnée, se construisent les rapports de pouvoir favorables à cet objectif. Confondre ces deux niveaux, c’est courir deux risques opposés et tout aussi dangereux. D’une part, le réformisme, qui finit par faire de la tactique un but permanent et abandonner progressivement la perspective d’une transformation sociale ; d’autre part, le maximalisme, qui prétend atteindre immédiatement l’objectif stratégique sans tenir compte des réalités, des rapports de pouvoir et du niveau réel de conscience et d’organisation des classes ouvrières.
En ce sens, la question du temps historique est centrale. Un projet révolutionnaire ne peut « forcer l’horizon », car aucune transformation profonde ne peut être décrétée par la seule volonté subjective d’une organisation politique. L’histoire ne suit pas un calendrier préétabli. La tâche d’un parti révolutionnaire est plutôt de préparer les conditions pour que ce qui paraît difficile ou impossible aujourd’hui devienne concrètement réalisable demain. Cela implique d’agir dans le présent sans perdre de vue l’avenir, de construire des organisations, de gagner en force, de développer une conscience politique et sociale et d’inscrire les luttes immédiates dans une perspective générale de changement.
Cette approche revêt une importance particulière face à la crise contemporaine de la gauche. La dissolution ou l'affaiblissement d'organisations politiques capables de représenter de manière indépendante le travail, les classes laborieuses et les classes populaires a créé un vide que ne peuvent combler les seules campagnes électorales, le leadership individuel ou des regroupements ponctuels. La crise de la gauche n'est, en réalité, pas seulement une crise électorale : c'est une crise de sa fonction historique, de sa représentation, de sa capacité d'organisation et, surtout, de son développement stratégique. C'est pourquoi la nécessité d'une fonction politique révolutionnaire organisée, capable de reconstruire un rapport stable entre théorie et pratique, entre lutte sociale et organisation politique, entre les besoins immédiats des masses et la perspective de transformation, redevient cruciale.
Le parti ne peut donc se substituer à la classe, ni même prétendre parler en son nom depuis l'extérieur des processus sociaux. Il doit être un instrument de son organisation et de son développement politique. La construction du socialisme ne saurait se réduire à un acte institutionnel ou à une simple conquête du pouvoir : c'est un processus historique où se transforment progressivement les rapports de force, les structures économiques, les formes de propriété, les rapports sociaux, et même la conscience collective. Dans cette perspective, le parti révolutionnaire est appelé à exercer une fonction de direction politique sans pour autant devenir un appareil séparé de la société.
La relation entre la voie nationale vers le socialisme et l'internationalisme doit également être interprétée à la lumière de cette conception. La spécificité des conditions nationales n'implique pas un repli nationaliste. Tout processus révolutionnaire s'inscrit nécessairement dans une formation économique et sociale particulière, avec son histoire, sa structure productive, sa composition de classes et ses rapports de force spécifiques. Mais aucune transformation socialiste actuelle ne peut être conçue comme un processus isolé. Le capitalisme est un système mondialisé et, par conséquent, la réponse des travailleurs et des peuples doit également revêtir une dimension internationale. La voie nationale n'est donc pas l'opposé de l'internationalisme : elle est la forme concrète à travers laquelle une stratégie générale d'émancipation est mesurée au regard de conditions historiques spécifiques.
C’est là l’un des enseignements que les réflexions de Togliatti peuvent apporter à notre époque. Face à la transformation des équilibres géopolitiques, à la crise du modèle néolibéral, aux inégalités croissantes et à la redéfinition des relations entre le Nord et le Sud, il est nécessaire de disposer d’une entité politique capable d’interpréter la situation actuelle, sans tomber ni dans l’illusion réformiste de pouvoir changer le système par la simple gestion, ni dans la tentation maximaliste de proclamer une rupture immédiate sans disposer des conditions matérielles et organisationnelles nécessaires pour la soutenir.
Il ne s'agit donc pas de choisir entre gradualisme et révolution, mais de construire une stratégie révolutionnaire capable de transcender le temps historique. Cela implique de comprendre que chaque acquis social, chaque lutte pour les salaires, l'emploi, la paix, contre la guerre et l'exploitation, chaque processus d'émancipation populaire, ne peut s'intégrer à un projet plus vaste que s'il est lié à une capacité politique organisée. L'avenir socialiste ne peut être imposé à l'horizon avant que les conditions de sa réalisation ne soient réunies ; c'est précisément pour cette raison qu'un parti capable d'œuvrer pour que cet horizon, loin de s'éloigner indéfiniment, puisse progressivement devenir réalité, est indispensable.
Le mal de la gauche : des tactiques sans stratégie
La crise actuelle de nombreux partis communistes découle d'une erreur fondamentale : avoir transformé la stratégie en tactique. Ils courent après les urgences institutionnelles, les alliances électorales, les compromis parlementaires, et même les tendances culturelles, oubliant la question essentielle de l'exercice du pouvoir.
À l'autre extrême, un maximalisme stérile prospère, fait de mots radicaux et d'une impuissance politique totale. C'est le pseudo-extrémisme qui substitue le témoignage à l'organisation et la rhétorique à la révolution.
Les deux voies mènent au même résultat : l'abandon du rôle dirigeant de la classe ouvrière.
La politique, avec un grand P, ne consiste pas à commenter les crises des partis ; il s’agit de construire un parti capable de mener démocratiquement une transformation historique. Sans cette perspective, la contestation reste spontanée et le gouvernement se réduit à une simple administration de l’ordre établi.
La voie nationale dans l'internationalisme
Parler aujourd'hui d'une voie nationale vers le socialisme ne signifie pas se limiter à des frontières géographiques. Cela signifie comprendre que tout processus révolutionnaire naît de conditions matérielles spécifiques, même s'il s'inscrit dans un même horizon internationaliste.
Pour l'Europe, cela exige une nouvelle réflexion. Les classes ouvrières italiennes, françaises, espagnoles et allemandes partagent désormais un espace économique et politique commun. La construction d'un parti révolutionnaire doit donc conjuguer ancrage territorial et vision continentale, faisant de l'internationalisme non une formule abstraite, mais une pratique organisationnelle concrète.
C’est précisément cette leçon qui unit Lénine, Gramsci et Togliatti : le parti est l’avant-garde parce qu’il interprète les contradictions réelles de la société et organise les énergies populaires dans un projet d’émancipation.
Le besoin d'aujourd'hui
La question cruciale de notre époque n'est pas de savoir si le capitalisme entrera en crise : il y est déjà entré. La véritable question est de savoir quelle entité sera capable de gouverner la transition historique qui se déroule sous nos yeux.
Face à la barbarie d'une guerre mondiale permanente, au réarmement, à la financiarisation de l'économie et à la destruction de l'État-providence, le parti révolutionnaire redevient une nécessité historique, et non une nostalgie du XXe siècle. Il doit former de nouveaux dirigeants, construire une démocratie de classe, développer une culture critique et transformer la participation populaire en pouvoir politique.
L’impérialisme s’attaque à Cuba car il craint ce que Cuba représente : la continuité d’une subjectivité socialiste organisée. Il s’attaque au Vietnam et à la Chine pour la même raison. Et il criminalise ceux qui, en Occident, tentent de reconstruire une conscience communiste.
La fonction historique du parti révolutionnaire consiste donc à maintenir l'unité de ce que le capitalisme cherche à séparer : théorie et pratique, masses et élite politique, démocratie et socialisme, mémoire et avenir. Car l'histoire ne change pas spontanément. Elle change lorsqu'une classe devient l'acteur organisé de sa propre libération.
Luciano Vasapollo
