Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

Le président et les « fantaisies » diplomatiques

Daniel Larison
26 mai

Il y a une prise de conscience de la nature du Zugzwang dans lequel s’est mis le président, mais demeure fondamentalement une incrédulité sur le fait qu’au-delà de l’erreur stratégique qu’a été l’attaque de l’Iran il y aurait la possibilité pour les Etats-Unis de surmonter cette mauvaise passe et de retrouver leur rôle de maître du monde. Mais l’impasse diplomatique va bien au-delà et ce qui se passe dans le golfe illustre un mouvement plus général de division du camp impérialiste et de recherche d’autonomie des pays qui se sont construits dans la soumission et le partage du butin. (note et traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Le Wall Street Journal a publié un article plutôt crédule sur la dernière fantaisie du président :

Durant le week-end férié, le président Trump a élargi le champ de ses ambitions diplomatiques, cherchant non seulement à conclure un accord de fin de guerre avec l’Iran, mais aussi un pacte pour normaliser les relations entre Israël et le Moyen-Orient dans son ensemble.

Cette volonté de normalisation pourrait permettre à Trump de présenter tout accord de cessez-le-feu et de transport maritime, même limité, comme une réussite régionale plutôt que comme un recul, alors que des faucons de la défense au sein de son propre parti ont averti qu’un mauvais accord pourrait ternir son héritage. Trump a également menacé de reprendre les hostilités à grande échelle.

La tentative du président d’amener davantage d’États à établir des relations diplomatiques avec Israël n’aura pas plus de succès que la guerre criminelle qu’il a déclenchée. S’il entend réellement persévérer dans cette voie, elle est totalement irréaliste. Hormis la poignée de gouvernements que les États-Unis ont déjà corrompus pour obtenir ce rapprochement, aucun gouvernement régional ne souhaite se rapprocher d’Israël alors que ses forces continuent d’écraser Gaza et de ravager le Liban. L’agression américano-israélienne contre l’Iran rend la normalisation des relations avec Israël d’autant plus difficile. Normaliser les relations avec Israël dans les circonstances actuelles reviendrait à le récompenser pour génocide et guerre d’agression.

Trump évoque la normalisation des relations avec Israël en partie pour détourner l’attention et satisfaire les faucons, et il souhaite probablement aussi s’en servir comme prétexte pour faire capoter les négociations avec l’Iran. Si le président insiste pour conditionner un accord avec l’Iran à l’établissement de relations diplomatiques avec Israël par d’autres États, il érige un obstacle majeur supplémentaire à toute solution diplomatique. S’il s’imagine pouvoir contraindre des gouvernements réticents à accepter la normalisation, il est encore plus naïf qu’on ne le pensait.

L’opinion publique dans tous les pays arabes s’est toujours opposée massivement à la normalisation des relations avec Israël, et leurs dirigeants autoritaires l’ignorent à leurs risques et périls. De son côté, le gouvernement saoudien maintient sa position : la normalisation n’aura lieu que si Israël s’engage véritablement sur la voie d’un État palestinien. Sachant que le gouvernement israélien ne le fera pas dans un avenir prévisible, rien ne permet d’espérer que les Saoudiens, ni aucun autre gouvernement, se prêtent à la mascarade de Trump.

L’objectif des accords de normalisation initiaux de Trump était de marginaliser et d’ignorer les Palestiniens afin que le gouvernement israélien puisse bénéficier d’une coopération plus étroite avec certains États arabes sans avoir à faire la moindre concession. Les défenseurs de l’administration ont présenté cela comme faisant partie d’un plan de « paix », mais il a toujours été question de jeter les bases d’une coalition contre l’Iran. Dans la mesure où ces accords ont encouragé les Israéliens à poursuivre leur oppression des Palestiniens, ils ont contribué aux tensions qui ont mené à la guerre à Gaza.

Les accords de normalisation existants ont déjà eu un impact très négatif sur la paix et la stabilité régionales. Matt Duss et Zuri Linetsky l’ont expliqué dans un article paru dans Foreign Policy au début du mois :

Loin de promouvoir la paix et la stabilité, les accords d’Abraham ont jeté les bases d’une nouvelle ère de violence, fournissant une couverture politique au génocide à Gaza et permettant une guerre inconsidérée contre l’Iran.

Ces accords visaient à consolider un bloc anti-iranien sous l’égide des États-Unis. Dans la mesure où ils y sont parvenus, ils ont ouvert la voie à des guerres désastreuses. La guerre contre l’Iran a mis en lumière les profondes divisions au sein de ce bloc et a démontré aux États du Golfe l’absurdité de s’allier à des puissances belliqueuses envers leur voisin. Trump croit pouvoir élargir ce bloc après que la guerre contre l’Iran a révélé l’inutilité de la protection américaine. Il se berce d’illusions. Personne d’autre dans la région ne tombera dans le panneau.

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