Le Pakistan se trouve au carrefour des ressources minières, de l’Asie centrale et du Golfe, et son instabilité chronique donne l’avantage à la Chine. Il y a dans la méconnaissance des enjeux réels de ce qu’ont déclenché les Etats-Unis une stupidité française d’autant plus criminelle que visiblement le choix de Macron et de ses bailleurs est de faire payer aux travailleurs français leur choix de la guerre pour tenter de participer au « grand jeu » dans lequel les Etats-unis sont entrés avec leur maître la grande Bretagne. Etats-Unis et Grande Bretagne ne sont pas d’accord sur qui mettre à genoux les premiers, la Grande Bretagne vise la Russie et les Etats-Unis l’Allemagne et l’indopacifique. Mais l’alliance sino-russe et ce qu’elle recèle de potentialité asiatique et sur le reste de la planète rend le jeu plus complexe. Prenons le cas du Pakistan qui se présente (comme la Russie) comme médiateur dans la guerre avec l’Iran et nous voyons à quel point chaque situation est désormais à plusieurs variables. Il en est ainsi dans tous les points de la planète mais particulièrement en Asie où il faut surveiller l’Indonésie et le détroit de Malaca tout aussi stratégique que celui d’Ormuz, nous y reviendrons. Mais partout en Asie, les plus impactés sont les plus fidèles alliés des USA y compris le Japon et la Corée du sud. Pourtant la Chine elle-même ne sous estime pas le conséquences de ce qui est déjà le choc pétrolier dont nous ne percevons que le début et prend des mesures dont nous parlons par ailleurs. Il faut également noter que le blocus maritime de l’Iran par les Etats-Unis est déjà rompu par l’approvisionnement et les échanges entre le Pakistan et l’Iran comme il risque de l’être encore plus par le fait que l’Irak vient de placer à sa tête un gouvernement pro-iranien. (noteet traduction de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)
par Saima Afzal23 avril 2026

L’instabilité au Pakistan n’est plus un problème de sécurité localisé ; elle apparaît désormais comme une contrainte structurelle pour la stratégie américaine en Asie.

Pour Washington, trois priorités convergent : réduire la dépendance à l’égard de la Chine pour les minéraux critiques, élargir l’accès à l’Asie centrale et gérer les enjeux de sécurité qui s’étendent du Golfe à l’Afghanistan. Ces trois priorités dépendent, directement ou indirectement, d’une région où la stabilité demeure incertaine.
Le Pakistan se situe au carrefour de l’Asie du Sud, de l’Asie centrale et du Moyen-Orient. Cette situation géographique, autrefois synonyme d’importance passive, est désormais un enjeu stratégique majeur. Pour la Chine, elle représente déjà un avantage durable. Pour les États-Unis, elle demeure une opportunité assortie de risques.
La Chine a agi rapidement et avec détermination. Par le biais du Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC), elle a investi plus de 65 milliards de dollars dans des projets d’infrastructure, d’énergie et industriels, reliant l’ouest de la Chine à la mer d’Arabie. Le port de Gwadar est au cœur de cette initiative, non seulement en tant que point de vente commercial, mais aussi comme élément d’une stratégie plus large visant à garantir l’accès et une présence durable dans une région stratégiquement sensible.
Il ne s’agit pas d’un engagement timide. Les entreprises chinoises poursuivent leur expansion dans les secteurs minier, technologique et industriel, fortes d’un soutien politique constant. Pékin n’envisage pas le Pakistan comme une option : il en est déjà un élément stratégique.
risque lié aux investissements miniers
Pour Washington, cette même géographie présente une réalité plus difficile.
Les efforts de diversification des chaînes d’approvisionnement, afin de réduire la dépendance à la Chine dans le traitement des terres rares, reposent sur des régions alternatives capables de soutenir des investissements à long terme. L’ouest du Pakistan, et notamment le Baloutchistan, offre ce potentiel. Le projet de cuivre et d’or de Reko Diq, à lui seul, figure parmi les plus importantes ressources non exploitées de ce type.
Mais le potentiel à lui seul ne suffit pas à bâtir des chaînes d’approvisionnement. L’instabilité à la frontière ouest du Pakistan continue d’influencer les décisions des investisseurs. Il ne s’agit pas d’incidents isolés, mais d’un ensemble de pressions internes et de dynamiques transfrontalières liées à l’Afghanistan. Il en résulte un contexte où la planification à long terme s’avère complexe et où l’évaluation des risques est difficile.
Cela révèle une asymétrie structurelle dans la stratégie américaine : Washington dépend de la stabilité dans des régions où son influence sur l’environnement sécuritaire est de plus en plus limitée.
Pour les entreprises occidentales soumises à de strictes contraintes financières et réglementaires, ce risque se traduit rapidement par de l’hésitation. Les investissements ralentissent, les projets sont réduits, voire abandonnés. La Chine fonctionne différemment. Elle a fait preuve d’une plus grande tolérance face à la complexité politique et a déjà consolidé sa position.
Lorsque la situation se détériore, ce n’est pas la présence chinoise qui s’estompe, mais l’engagement occidental.
Cette contrainte ne s’arrête pas aux frontières du Pakistan. L’intérêt des États-Unis pour l’Asie centrale, que ce soit pour le commerce, la diversification énergétique ou l’accès stratégique, dépend des voies terrestres qui traversent l’Afghanistan pour rejoindre le Pakistan et la mer d’Arabie.
Sans stabilité, ces itinéraires restent plus théoriques que pratiques. L’infrastructure seule ne suffit pas ; il faut des conditions qui permettent son fonctionnement régulier.
Parallèlement, la Russie continue d’influencer l’orientation extérieure de l’Asie centrale grâce à ses réseaux de transit septentrionaux bien établis. Tant que l’instabilité persiste au sud, ces routes conservent leur avantage.
L’Afghanistan accentue la pression. Depuis 2021, l’activité des groupes armés transfrontaliers s’est intensifiée, exerçant une pression constante sur la sécurité intérieure du Pakistan et détournant l’attention des priorités économiques.
Mais le contexte régional s’élargit. La crise iranienne actuelle ne se limite plus au Moyen-Orient. Elle devient un facteur supplémentaire qui influence les relations sino-américaines et, indirectement, l’environnement dans lequel évolue le Pakistan.
Pour Washington, l’Iran demeure un défi sécuritaire : ambitions nucléaires, influence régionale et capacité à perturber des voies maritimes stratégiques comme le détroit d’Ormuz . Pour la Chine, ce même pays représente une tout autre dimension : un partenaire énergétique de long terme, élément central de sa stratégie économique globale.
Cette divergence est importante. Toute escalade impliquant l’Iran risque de perturber les flux énergétiques mondiaux, d’augmenter les coûts et d’accroître l’incertitude tout au long des chaînes d’approvisionnement. Pour la Chine, cela crée une pression, mais renforce également l’importance des routes et corridors alternatifs, notamment ceux passant par le Pakistan.
Pour les États-Unis, l’effet est sans doute plus complexe. L’instabilité dans le Golfe peut détourner l’attention et les ressources, étendant ainsi le champ d’action stratégique à plusieurs régions simultanément. Dans ce contexte, les contraintes au Pakistan deviennent plus difficiles, et non plus faciles, à gérer.
Dans une région déjà fragilisée, le rôle du Pakistan se révèle plus crucial que jamais. Face à l’instabilité croissante dans le Golfe et en Afghanistan, la nécessité d’un partenaire stable au carrefour de ces régions se fait de plus en plus pressante.
Pour Washington, cela confirme une réalité fondamentale : le Pakistan n’est pas un acteur périphérique dans ce contexte, mais un acteur nécessaire.
Dans le domaine maritime, les implications sont de plus en plus visibles. Le port de Gwadar a renforcé le profil géostratégique du Pakistan, offrant des opportunités économiques tout en plaçant le pays plus directement au cœur de la rivalité sino-américaine.
Son importance réside non seulement dans le commerce, mais aussi dans sa présence. Elle représente un point d’ancrage dans une région où les États-Unis n’ont pas de position comparable et une capacité limitée à en établir une.
Pour le Pakistan, cela pose un problème d’équilibre. Pour Washington, il s’agit d’une réalité structurelle qui doit être prise en compte dans toute stratégie régionale.
erreur stratégique
Dans certains milieux politiques, il persiste l’idée que l’instabilité au Pakistan pourrait limiter la position de la Chine. En réalité, c’est plutôt l’inverse qui est probable.
La présence chinoise est déjà bien ancrée grâce à des investissements à long terme et à un alignement stratégique. L’instabilité ne la détrône pas ; elle renchérit l’accès au marché pour les autres acteurs. Face à une conjoncture plus incertaine, les partenariats existants tendent à se consolider plutôt qu’à se diversifier.
Cela remet également en cause une hypothèse fondamentale de la pensée stratégique américaine, selon laquelle l’instabilité au Pakistan pourrait être tolérée, voire exploitée indirectement, pour contenir la Chine. En réalité, de telles conditions sont plus susceptibles de produire l’effet inverse.
Face à l’accroissement des risques, la dépendance du Pakistan envers la Chine s’accentue, tandis que les partenariats alternatifs deviennent plus difficiles à maintenir. Laisser les rivalités régionales ou les dynamiques par procuration déstabiliser l’environnement ne crée pas de marge de manœuvre stratégique pour Washington ; au contraire, cela la restreint. Pour les États-Unis, cela réduit leur champ d’action.
Une contradiction plus large en découle. Washington vise à réduire sa dépendance à l’égard de la Chine pour les minéraux critiques, à élargir son accès à l’Asie centrale et à limiter la résurgence des menaces transnationales. Or, ces trois objectifs convergent dans une région où l’instabilité persiste.
Considérer cette instabilité comme secondaire ou supposer qu’elle peut être gérée indirectement compromet chacun de ces objectifs. Ce qui paraît localisé est en réalité systémique. Une approche plus cohérente commencerait par reconnaître ces liens.
L’engagement en Afghanistan est indissociable de ses résultats concrets sur le terrain. Parallèlement, un engagement économique plus structuré avec le secteur minier pakistanais se justifie, appuyé par des cadres permettant de réduire les risques pour les investisseurs et d’améliorer la prévisibilité.
Sans un tel alignement, les objectifs stratégiques continueront de devancer les réalités opérationnelles.
Au fond, il s’agit d’une question de perspective. Si l’on considère la région principalement sous l’angle de la compétition entre grandes puissances, l’instabilité peut sembler gérable. Mais si l’objectif est la résilience des chaînes d’approvisionnement et une connectivité fonctionnelle, la stabilité devient une condition préalable.
Pour Washington, la conséquence est simple. L’accès aux ressources minérales essentielles, la diversification des sources d’approvisionnement en dehors de la Chine et un engagement significatif avec l’Asie centrale dépendent tous d’une seule condition : un Pakistan stable.
Sans cela, la stratégie américaine en Asie sera moins contrainte par la montée en puissance de la Chine que par sa propre incapacité à agir là où cela compte le plus.
Saima Afzal est chercheuse spécialisée dans la sécurité en Asie du Sud, la lutte contre le terrorisme et les dynamiques géopolitiques plus larges au Moyen-Orient, en Afghanistan et dans la région indo-pacifique. Elle prépare actuellement un doctorat à l’université Justus Liebig, en Allemagne.
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