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Editorial Le BRESil et la Serbie : ressemblances et différences une dynamique dans laquelle rien n'est joué par danielle, Bleitrach
Autant la victoire de Lula peut être saluée comme étant anti-impérialiste et offrir un espoir vers les BRICS, le monde multi-polaire, autant celle remportée en Serbie contre Aleksandar Vučić, laisse subsister les doutes les plus manifestes sur qui a réellement gagné. Pourtant les ressemblances sont plus importantes que ce qu'on ne le croit. Si Bolsonaro était la figure de l'extrême-droite alliée à Trump , Aleksandar Vučić, n'a cessé de jouer le double jeu au point que les médias ont salué en cette victoire la fin de l'un des derniers alliés de Poutine. Pourtant le mouvement des étudiants ne peut pas être totalement identifié à un mouvement type révolution de couleur qui à l'instar de ce qui s'est récemment passé en Hongrie faisait de la jeunesse un simple pion de l'UE. En fait, il y a une ressemblance c'est que toutes les options restent ouvertes même si ceux qui ont déjà soutenu Tsipras et son fiasco se remobilisent dans cette aventure serbe il y a plusieurs points originaux qui méritent d'être notés. Mais notre diagnostic demeure celle du zugzwang : la portion dominante de la classe dominante ne dirige plus rien, elle est divisée et tout dans un tel contexte se retourne contre cette faction face à l'exigence de souveraineté et de justice sociale... mais tout dépend de la capacité à offrir une perspective et les conditions du rassemblement...
Publié par Danielle Bleitrach
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Article original pour le blog
Les élections du 25 octobre au Brésil et en Serbie ont engendré deux victoires qui paraissent susceptibles de porter des espérances tout en étant conscients de la fragilité du rapport des forces . Au Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva a battu Flávio Bolsonaro, candidat de l'extrême droite inféodée aux USA; Lula était membre des BRICS mais il lui a été reproché dans sa deuxième présidence d'orienter ceux-ci comme d'ailleurs sa politique dans un compromis, une troisième voie qui explique d'ailleurs la manière dont tout paraissait perdu au premier tour. Sa victoire est donc celle d'un candidat mais un candidat à qui son peuple offre une victoire vers la souveraineté et la justice sociale. Une victoire qui ne nie pas l'ampleur du combat qui attend le Brésil tel qu'il est sorti des urnes.
En Serbie, la situation est différente, un mouvement étudiant a balayé Aleksandar Vučić, mettant fin à quatorze années de règne de son Parti progressiste serbe qui lui revendiquait au contraire son ancrage patriotique national et une forme d'indépendance politique dans l'UE y compris des liens historiques de la Serbie avec la Russie. A un moment il avait été même envisagé que la Serbie soit le seul gouvernement européen susceptible d'adhérer aux BRICS et on peut souligner que le président Serbe n'a cessé de laisser planer le doute. Donc nous avons un mouvement étudiant et l'attaque contre un allié supposé de Moscou toutes les caractéristiques d'une révolution de couleur et il serait pour le moins complètement irresponsable de s'enthousiasmer et de ne pas mesure là comme d'ailleurs au Brésil tout ce qui peut être encore utilisé par la CIA et l'UE pour aller dans un sens et autres non seulement à travers les ambiguïtés politiques mais les difficultés réelles.
Pourtant on ne peut pas non plus et c'est selon nous une nouvelle illustration de la nouveauté de la période, de ce que nous avons défini comme le Zugzwang : il faut bien mesurer qu'effectivement dans les deux pays : la nation appartient à son peuple, et non aux capitaux étrangers ni aux politiciens prêts à se vendre.
On peut même considérer que ce qui ce passe à Tirana va dans le même sens et dans la quasi totalité des mouvements européens y compris en France. Le choix du drapeau français, et national partout illustre cet aspect nouveau. le refus de laisser à l'extrême droite la souveraineté nationale.
Il y a un autre point qui est frappant c'est que l'autre drapeau qui surgit à côté des drapeaux rouges ou des drapeaux nationaux est le drapeau palestinien (quelquefois mais très rarement il y a un drapeau cubain) . L'élection brésilienne se présente comme un défi aux Etats-Unis mais aussi au sionisme de de Benjamin Netanyahu qui non content d'agir à Gaza allait partout soutenir les forces ultraconservatrices comme "les évangélistes", c'est réellement la dénonciation d'un camp qui d'ailleurs ne faisait pas mystère comme l'Argentine de Millei de quittrer les BRICS. Actuellement en Israël il existe un mouvement qui se renforce dans les élections qui dénonce le choix de Netanyahu qui a déclenché une vague antisioniste voire antisémite. Lula n'était pas a priori antisioniste mais a condamné le génocide perpétré par Israël à Gaza, défendu les droits des Palestiniens et insisté sur le fait que le Brésil ne devait jamais devenir la cour arrière des États-Unis. Le fait est que de plus en plus partout le refus de la soumission aux Etats-Unis et au forces réactionnaires se confond avec la dénonciation de ce qui se passe au Moyen orient. Il y a une jonction qui en Amérique latine rejoint de plus en plus l'ouverture sur le monde multipolaire représenté par le trio Chine- Russie-iran.
Le Brésil est membre fondateur des BRICS, et sa participation continue renforce les efforts visant à construire un ordre international où Washington n'est plus le maître . Par le biais des BRICS, le Brésil est partenaire de la Russie, la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud et d'autres pays aspirant à plus de souveraineté économique financière et diplomatique sans pour autant envisager la rupture avec l'occident. Sa gauche est modérée et longtemps s'est identifiée à celle existant en Europe, une sorte de troisième voie démocratique mais insistant sur l'autonomie nationale et politique de redistribution plus égalitaire qui n'est pas hostile des Etats-Unis mais pas client non plus. . Cette élection avec ses deux tours totalement différents a montré que cette troisième voie était obligée de faire des choix plus radicaux et l'antisionisme en est devenu le drapeau.
L'élection serbe parait représenter un autre contexte et pourtant s'en rapproche par bien des points. Elle a dénoncé comme ce qui se passe en France une classe politique qui autour du macronisme ni droite,, ni gauche prétendait représenter une France de plus en plus confondue avec une Europe totalement vassalisée et qui a choisi ne serait-ce qu'à travers l'hostilité à la Russie sacrifier ses propres intérêts par des sanctions et la guerre pour nourrir un guerrier de l'OTAN, l'Ukraine qui a été la poursuite d'un choix politique inauguré par Clinton et dès la Yougoslavie. Vučić se présentait comme un patriote serbe, héritier de cette résistance yougoslave et un ami de la Russie, pourtant suivant une tradition yougoslave y compris celle de Milosevic, son gouvernement a progressivement développé des relations avec l'OTAN, poursuivi l'intégration européenne et négocié avec les gouvernements occidentaux au sujet du Kosovo. La Serbie est restée officiellement neutre et a refusé de se joindre aux sanctions contre Moscou, mais sa politique étrangère(comme celle de la Bulgarie et d'autres pays des Balkans ) reflétait de plus en plus les exigences des puissances extérieures concurrentes.
Le mouvement étudiant est né de la colère face à la corruption et l'effondrement de la verrière de la gare de Novi Sad, qui a coûté la vie à seize personnes en 2024. Notez que cela rappelle d'autres indignations que ce soit en Albanie, en Grèce même et il y a eu là aussi un rassemblement qui n'est pas étranger à celui de France étudiants ouvriers, professeurs, agriculteurs et citoyens ordinaires, un mélange d'espoir déçus et d'opacité d'un pouvoir personnel. Ils ont refusé de s'identifier à une opposition pro-occidentale conventionnelle, la composante pourtant forte et probablement financée par les habituelles sources européennes et étatsuniennes sont nombreux ce qui a interdit au mouvement de clairement définir leur politique étrangère. Néanmoins au vu de ce qu'est la Serbie ils se sont engagés à ne pas imposer de sanctions à la Russie et leur droit à avoir des relations avec la Russie, la Chine , l'Europe à leurs conditions. Le message a été entendu par Moscou qui ne commente pas et adopte face à la Serbie la position qui est déjà la sienne pour l'Arménie : laisser venir en tablant sur les forts liens historiques et sans s'impliquer dans une relation conflictuelle : l'UE et les Etats-Unis n'ont rien à offrir et la Russie le sait, la Chine aussi. L'iran note avec intérêt la dimension anti sioniste et pro-palestinienne.
Nous nous refusons donc à ne pas apprécier ce qui surgit de nouveau mais en appelant chacun à bien savoir ce que peut représenter une véritable lutte pour la souveraineté et la justice sociale. Fort heureusement, dans la confusion générale dans laquelle nous sommes plongés désormais en Europe, on peut estimer que la stratégie réelle est impulsée par des nations dont la puissance a opéré un choix irréversible vers un tout autre ordre international. Ce qui se joue actuellement dans la rencontre tripartite entre la Chine, la Russie et les Etats-Unis n'est pas un nouveau Yalta mais empêcher les répercussions du Titanic actuel de l'économie mondiale de crée le chaos généralisé en laissant chacun tenter de surmonter la crise avec ses propres forces.
Et en ce qui concerne l'Europe, l'enjeu est très simple soit on suit les dirigeants tous plus irresponsables chacun à sa manière qui ont pris la tête de l'UE et de la Grande Bretagne avec des irresponsables capricieux ou fanatisés comme Macron et Merz et alors la ligne sera celle du chancelier : Merz a déclaré que la capitulation de l'Ukraine est équivalente à la capitulation de l'Union européenne entière et pour lui comme il le dit :"Ma plus grande inquiétude maintenant n'est pas notre économie, pas l'Union européenne, pas l'Amérique, et pas la Chine. Ce qui me préoccupe le plus, c'est l'influence de la Russie sur notre société et comment elle parvient à déstabiliser nos sociétés. Et la capitulation de l'Ukraine, surtout inconditionnelle, n'est pas une option, car cela serait une capitulation de nous tous. C'est pourquoi je soutiens fermement l'Ukraine. C'est dans nos propres intérêts. C'est entièrement dans nos propres intérêts." Alors que l'Ukraine n'est plus qu'un prétexte pour une fois de plus imaginer une invasion de la Russie pour s'approprier ses ressources .
Ou on choisit une autre perspective internationale et c'est de cela que l'adhésion aux BRICS est depuis pas mal de temps la traduction, celle d'une alternative mais les enjeux montent et se pose de plus en plus la question du socialisme à l'intérieur de cet ordre international qui a été un temps conçu sans rupture ...
danielle Bleitrach
