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Lavrov sans ennemi imaginaire les peuples soumis à l'occident et à l''Otan se débarrasseraient de leurs gouvernements.
Est-ce qu'il va être encore possible de pratiquer une politique de paix ? Le principal obstacle est la classe dominante impérialiste et ses fidèles serviteurs qui nous conduisent à la catastrophe ... Les résultats électoraux de ce week end comme les développements de la crise internationale de l'énergie et la politique criminelle de Macron et de tous ceux qui le cautionnent nous conduit dans le mur et ne table plus que sur nos divisions face à eux.
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : : Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie
Source : Ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie
Traduction : lecridespeuples.substack.com
« L’OTAN et l’UE ont toujours besoin d’un ennemi. Sans une image de la Russie comme ennemi, artificiellement créée, les populations se débarrasseraient de leurs gouvernements dans l’écrasante majorité des pays de l’UE et de l’OTAN. » Sergueï Lavrov.
Note du Cri des Peuples : L’Islam joue également ce rôle, étant présenté à la fois comme un ennemi intérieur et extérieur.
L'Eurasie, continent des civilisations
L’Occident, prisonnier de sa logique hégémonique
Vers un monde multipolaire
Questions-réponses
La coopération stratégique avec la Chine et l'Inde
La fin annoncée de l'OTAN et de l'UE
Le dossier ukrainien
Poésie, éducation, langues et lectures
L’ingérence occidentale
Conclusion : dénazification, garanties de sécurité et mémoire de 1945
Chers amis,
Je suis ravi de participer de nouveau au Forum économique oriental. J’ai assisté à ses 11 éditions et je considère qu’année après année, le forum ne cesse pas seulement d’accroître sa fréquentation, mais élargit aussi l’éventail des questions débattues. La question de la jeunesse est particulièrement pertinente aujourd’hui.
L'Eurasie, continent des civilisations
L’Eurasie est notre continent commun, le continent qui connaît la croissance la plus rapide, le plus riche et le plus densément peuplé, qui se distingue des autres continents par le fait qu’il abrite plusieurs grandes civilisations ayant préservé leur identité à travers des milliers d’années. L’une d’entre elles est notre civilisation russe multinationale, qui se tient aux côtés des civilisations indienne, chinoise, ottomane, perse et de plusieurs autres.
C’est pourquoi les jeunes, qui manifestent un intérêt croissant pour l’interaction avec leurs voisins eurasiatiques tout en restant ouverts à la communication avec leurs pairs sur d’autres continents, devraient s’imprégner de cette histoire. Il est très difficile de préserver son identité nationale sans se sentir partie prenante de ce que nos ancêtres ont fait, de ce qu’ils ont protégé et pour quoi ils ont vécu. Et tout en préservant cette identité, il importe de rester ouvert au monde entier.
C’est là un trait distinctif de notre pays, de notre peuple et de nos dirigeants tout au long de l’histoire, y compris avant l’instauration de l’Empire russe, pendant et après le règne de Pierre le Grand, pendant la période soviétique, et dans la Russie moderne.
Le Forum économique oriental est une plateforme qui a fait ses preuves. Il attire des invités de pays très différents. Les dirigeants de l’Inde, de la Chine, de la Malaisie, de la Mongolie et du Myanmar y ont participé. Les dirigeants du Vietnam, du Kazakhstan, du Laos et de la Thaïlande l’ont visité à divers titres. Par le passé, lorsque l’Occident entretenait des relations normales avec notre pays, le forum était visité par les dirigeants de ces pays qui ont aujourd’hui des gouvernements hostiles, comme le Japon et la Corée du Sud.
Le volet économique du Forum économique oriental dépasse depuis longtemps les frontières géographiques de l’Eurasie. Parmi ses invités fréquents figurent des hommes d’affaires d’Amérique du Sud, d’Afrique et du Moyen-Orient.
Bien entendu, nous restons ouverts aux contacts avec tous ceux qui souhaitent sincèrement mettre de côté les idéologies erronées et les politiques déformées, pour se concentrer plutôt sur les intérêts naturels, en premier lieu dans les sphères économique et sociale. Nous n’avons jamais fermé notre porte, mais nous ne voulons pas être placés dans une situation où nous dépendrions de la « bonne volonté » de nos prétendus anciens partenaires occidentaux.
Nous développons notre coopération multilatérale sur le continent eurasiatique à travers des enceintes et des plateformes fondées sur les principes d’égalité, de bénéfice mutuel et de dialogue honnête, qui sont entièrement différents de ceux des structures à orientation occidentale. Ces plateformes incluent l’Organisation de coopération de Shanghaï (qui a tenu un sommet ordinaire à Bichkek, la capitale du Kirghizistan, l’autre jour), l’Union économique eurasiatique et l’ASEAN. Elles ont signé des mémorandums de coopération au niveau de leurs secrétaires généraux, soulignant leur désir d’harmoniser leurs programmes de développement économique et social, de commerce et d’investissement, afin d’éviter les chevauchements et d’utiliser plus efficacement le potentiel de ces organisations.
Nous entretenons des contacts avec des organisations telles que le Dialogue de coopération asiatique. Il y a aussi les BRICS, qui dépassent le cadre de l’Eurasie mais comptent parmi leurs membres les principaux États de notre continent. La Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP) s’implique de plus en plus dans les processus que nous faisons de notre mieux pour stimuler dans le cadre du Forum économique oriental.
Cette coopération transversale entre ces structures se développe, s’approfondit et crée un nouvel agenda. Elle est objectivement bénéfique pour tous ceux qui s’engagent dans ces processus et constitue l’essence même de ce que le président Vladimir Poutine a décrit, il y a plus de dix ans, comme le Grand partenariat eurasiatique. Il ne l’a pas présenté comme une initiative, mais comme des principes destinés à façonner ce partenariat.
Cette initiative a été inscrite dans le Concept de politique étrangère de la Russie, approuvé en mars 2023. Il prévoit de façonner un partenariat fondé sur la convergence des intérêts économiques et de développement, ouvert à chaque pays d’Eurasie, le plus grand continent de la planète.
Pendant longtemps, l’exploitation des avantages du continent le plus vaste et le plus riche du monde, offerts par Dieu et la géographie, a été entravée par la politique que l’Occident a menée et continue de mener. L’Occident la mène désormais encore plus âprement, pour ne pas dire frénétiquement, cherchant à diviser notre continent. Vous savez probablement qu’ils construisent physiquement des murs le long de la frontière entre l’Union européenne et la Fédération de Russie, et creusent des fossés larges de cent mètres (je ne sais pas de quelle profondeur) pour empêcher la Russie de les « conquérir ».
C’est là une imagination malade. Bien plus, je pense qu’il ne s’agit pas tant d’une imagination malade que d’une politique délibérée. Ils — l’OTAN et l’UE — ont toujours besoin d’un ennemi. Sans une image de la Russie comme ennemi, artificiellement créée, les populations se débarrasseraient de leurs gouvernements dans l’écrasante majorité des pays de l’UE et de l’OTAN.
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Notre position est exactement l’inverse. Nous estimons que l’exploitation et le développement de la richesse offerte à notre continent par Dieu et la géographie devraient être ouverts à toutes les nations qui y vivent. Même si nous abordons cette question de manière purement pragmatique, cela réduirait au moins les coûts.
Nous ne construisons pas de murs ; nous ne voulons pas nous isoler de l’Europe. Mais l’Europe s’est isolée de nous. Elle a décidé que notre coopération passée était si importante pour la Fédération de Russie que nous les supplierions et implorerions de nous pardonner, d’oublier, de revenir en arrière, et de lever les sanctions. Nous ne le ferons pas. C’est contraire au code génétique de notre peuple. Nous avons, si vous voulez, une fierté qui nous est propre, au meilleur sens du terme. Nous n’avons besoin de la bonne volonté de personne. Nous avons suffisamment d’amis et de partenaires prêts à jouer franc jeu.
L’Europe n’est pas prête à coopérer sérieusement, et elle ne sait d’ailleurs pas comment le faire. Depuis plus de cinq cents ans, l’Europe a été la principale source de nombreux troubles et malheurs qui ont affligé l’humanité. C’est là que deux guerres mondiales ont commencé, et c’est aussi la source de la situation actuelle, dans laquelle elle s’est tout simplement étouffée elle-même sous le pur volume des sanctions et des restrictions illégales qu’elle a imposées en tentant de défendre ce qu’elle considère comme son droit à l’hégémonie dans les affaires mondiales.
L’Europe n’a jamais vécu de ses propres ressources ou de son propre esprit. Elle a toujours vécu aux dépens d’autrui, tant à l’époque de la domination coloniale qu’à celle de l’esclavage. Aujourd’hui, ces sanctions sans précédent ont été imposées simplement parce que la Russie défend les intérêts de son peuple, qui, à nos yeux, a été opprimé par le régime nazi en Ukraine. Les sanctions imposées aux États qui coopèrent avec la Russie, ou même simplement commercent avec elle, démontrent que cet esprit néo-impérial, colonial — je dirais même néonazi — demeure profondément ancré en Europe.
J’ai déjà mentionné dans plusieurs de mes discours que j’ai été simplement abasourdi par la résurgence du nazisme en Allemagne. Mais lorsque le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré qu’il ferait de nouveau de l’Allemagne la première puissance militaire d’Europe, j’ai été véritablement choqué. Car s’il ne comprend pas ce que signifie le mot « de nouveau » dans ce contexte, alors c’est effectivement très triste et extrêmement dangereux pour l’Europe, qui redevient un terreau pour les idées de supériorité nationale et raciale.
Comme je l’ai déjà dit, nous choisissons une autre voie. J’ai énuméré les organisations avec lesquelles nous coopérons : l’OCS, l’UEEA, l’ASEAN, le Dialogue de coopération asiatique, et plusieurs autres. L’un des formats fondamentaux d’interaction dans ces espaces mondiaux a toujours été le format des partenaires ASEAN Plus. La Russie, aux côtés d’une dizaine d’autres États, est un partenaire stratégique de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est.
Chaque année, l’ASEAN réunit ses partenaires pour un sommet. Les Dix de l’ASEAN — désormais onze, depuis l’admission du Timor-Leste — plus dix pays partenaires constituent le Sommet de l’Asie de l’Est. Ce format est ouvert à d’autres États souhaitant y adhérer, et les candidatures peuvent être soumises à tout moment. Le Sommet de l’Asie de l’Est repose sur ce que l’on appelle désormais communément les principes universels d’inclusivité. Autrement dit, tous les participants ont des droits égaux. Le mécanisme est ouvert aux pays qui défendent les principes et les valeurs promus lors de ces sommets.
L'Occident, prisonnier de sa logique hégémonique
L’Occident n’apprécie pas les structures où il doit s’inscrire dans un consensus. C’est de plus en plus caractéristique de l’Occident, et particulièrement de l’Europe : les Anglo-Saxons — en premier lieu les Britanniques, mais aussi les Américains, y compris l’administration actuelle — sont de plus en plus animés par le désir de continuer à dicter leur volonté. Ces tendances néocolonialistes sont très tenaces.
Aujourd’hui, toute la diplomatie occidentale se résume à... La diplomatie, c’est parvenir à un accord. J’ai déjà dit qu’il s’agit du plus vieux métier du monde. Même dans ce qui était autrefois considéré comme le plus vieux métier du monde, il fallait d’abord parvenir à un accord. C’est pourquoi la diplomatie est le plus vieux métier du monde. Je demande à chacun de garder cela à l’esprit. Cependant, l’Occident cherche à dicter plutôt qu’à parvenir à un accord. Pour eux, la diplomatie a désormais été supplantée par les sanctions. Du point de vue de nos collègues occidentaux, des sanctions sont immédiatement imposées à quiconque « fait quelque chose de mal » : sanctions primaires, secondaires, tertiaires, et tout ce qui vient ensuite.
L’Occident n’apprécie pas la nature consensuelle des processus qui se sont développés autour de l’ASEAN pendant de nombreuses années. Le Traité de Bali — le Traité d’amitié et de coopération en Asie du Sud-Est, qui a posé les fondements de la coopération de l’ASEAN — a été signé au milieu des années 1970. Depuis lors, l’Association n’a cessé de se développer. Oui, ce fut un processus lent — vous savez où la hâte est nécessaire, mais bâtir un consensus prend du temps. Cela peut prendre des mois, voire des années. Mais un consensus atteint au terme d’efforts aussi longs est bien plus fiable et durable qu’un ultimatum imposé à la hâte. Cela, je crois, est clair pour tout le monde.
Aujourd’hui, l’Occident cherche à démanteler le format inclusif qui s’est développé autour de l’ASEAN, à saper son rôle central, et à saper les principes sur lesquels l’Association construit sa coopération avec ses partenaires : le consensus, le respect mutuel et le bénéfice mutuel.
Pour y parvenir, divers « trios » et « quatuors » à base de blocs sont créés. Il y a l’AUKUS : les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie. Ce groupe vise à mettre en œuvre un programme de sous-marins à propulsion nucléaire pour l’Australie, en utilisant la technologie américaine et britannique. Cependant, les activités de ce « trio » nucléaire ne se conforment pas pleinement aux normes et standards établis pour tous les pays dans le cadre de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Nous examinons attentivement cette question, car le non-respect, ou le respect partiel, des normes de l’AIEA comporte un risque de prolifération de technologies nucléaires militaires. Malheureusement, la direction actuelle de l’organisation semble prendre cette question très à la légère, manifestement sous une pression sévère des États-Unis et de la Grande-Bretagne.
Des blocs de quatre, ou soi-disant « quatuors », sont également créés. Il y a le format QUAD, ou Dialogue quadrilatéral sur la sécurité : les États-Unis, le Japon, l’Australie et l’Inde. Nos amis indiens sont très mal à l’aise dans ce format. Ils ne l’ont rejoint que parce qu’ils y voyaient un potentiel d’opportunités économiques supplémentaires. Mais dès qu’ils l’ont rejoint, les Américains et les Japonais ont immédiatement commencé à faire tout leur possible pour insuffler à ce « quatuor » économique positif une composante militaire. Ils organisent, ou tentent d’organiser, des exercices de sécurité maritime, et cherchent à entraîner nos amis indiens, nos partenaires les plus proches, dans des jeux dirigés contre un autre de nos grands amis, la République populaire de Chine.
Des tentatives sont faites pour établir un second QUAD, avec les Philippines supplantant l’Inde dans ce soi-disant « quatuor », avec l’intention manifeste de fracturer l’unité de l’ASEAN. Il existe également un Quatuor indo-pacifique — Japon, Corée du Sud, Nouvelle-Zélande et Australie. De plus, des efforts sont en cours pour concevoir de nombreuses autres configurations à composition restreinte et à orientation de bloc. En outre, l’OTAN progresse activement dans cette région, avec l’intention d’y implanter son infrastructure.
Il y a plusieurs années, l’ancien Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, avait été interrogé lors d’une conférence de presse sur les visées de l’OTAN sur l’Asie du Sud-Est et l’Asie du Nord-Est. Après tout, le Traité de Washington, qui a établi l’Alliance atlantique, stipule que l’objectif principal du bloc est la défense des territoires de ses États membres. Quelle est donc la pertinence de l’extrémité orientale du continent eurasiatique et de ses territoires pour ce mandat ? Sans la moindre hésitation, il a affirmé que l’objet du bloc — la défense des territoires des membres — demeurait inchangé, mais que les menaces contemporaines pesant sur ces territoires émanaient désormais du détroit de Taïwan, de l’Asie du Sud-Est dans son ensemble, et ainsi de suite. Ce n’est là qu’un prétexte.
L’OTAN cherche désespérément de nouvelles justifications pour prolonger son existence désormais totalement artificielle. Cette organisation aurait dû se dissoudre elle-même, comme l’a fait le Pacte de Varsovie, après l’effondrement de l’Union soviétique. Elle ne l’a pas fait. Dans un premier temps, l’OTAN a trouvé une justification pour maintenir ce bloc militaire dans les événements en Afghanistan. Par la suite, lorsque cet épisode s’est terminé par un désastre pour l’OTAN — elle s’est enfuie de manière ignominieuse —, la « menace russe » a été inventée pour supplanter l’ancienne menace soviétique.
Pourtant, l’OTAN n’est pas la seule à chercher à ancrer son architecture dans la région. Aujourd’hui, le concept d’une organisation de traité indo-pacifique a été avancé. Il existe en fait un projet de loi devant le Congrès américain, qui est resté en sommeil pendant plusieurs mois, mais qui prévoit néanmoins l’établissement d’une telle instance. En substance, cela reviendrait à reproduire l’idéologie et l’état d’esprit de l’OTAN dans la région même où nous nous trouvons désormais.
J’ai déjà mentionné les dangers liés à la prolifération des armes de destruction massive. Le triangle formé par les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud a intensifié sa collaboration militaire et mène des exercices conjoints. Certes, le président américain Donald Trump a récemment annulé, ou du moins drastiquement réduit, ses plans d’exercices militaires avec ces pays. Néanmoins, la tendance générale est sans équivoque : l’interaction militaire au sein du triangle Washington-Tokyo-Séoul se renforce. De plus, les Sud-Coréens, et plus récemment les Japonais sous la Première ministre Sanae Takaichi, ont manifesté un intérêt croissant à ce que cette coopération militaire acquière des composantes nucléaires, ce qui aggrave également la menace et le risque de prolifération des armes de destruction massive.
Par conséquent, je le répète : notre politique ouverte, que partage la majorité des pays de cette région — la politique consistant à établir des mécanismes universels de collaboration et à favoriser les liens entre ces mécanismes — l’OCS, l’UEEA, l’ASEAN, et d’autres structures, dont, incidemment, le CCG (qui a également été invité à participer à ces liaisons) — cette approche ouverte et sincère est contrée par une stratégie visant à créer des blocs fermés à caractère ouvertement agressif. Il n’est pas dissimulé que toutes ces « troïkas » et « quatuors » poursuivent, comme objectif premier, de saper le rôle central de l’ASEAN, cherchant à supplanter cette fonction positive et centrale par ces concepts de bloc.
L’objectif stratégique — l’endiguement de la République populaire de Chine — n’est pas dissimulé non plus. Et, simultanément, l’endiguement de la Russie. Les Américains et leurs alliés estiment que la tâche principale dans cette région est de diminuer l’influence de la Chine — et la nôtre également, puisque nous sommes le partenaire stratégique le plus proche de la République populaire de Chine.
La situation sur la péninsule coréenne joue également un rôle substantiel, où, malgré les nombreux revirements dont a fait preuve le président américain Donald Trump à l’égard de la République populaire démocratique de Corée (il a récemment déclaré qu’il entretenait de très bonnes relations avec Kim Jong-un, qu’ils étaient amis, et qu’ils étaient prêts à se rencontrer et à s’engager ; si Dieu le veut, s’ils parviennent à apaiser les tensions), le noyau de la ligne stratégique américaine à cet égard demeure, bien sûr, l’endiguement de la RPDC.
Vers un monde multipolaire
Ainsi, cette région présente à l’Occident un éventail de tâches du point de vue de la préservation de sa domination. Ce n’est un secret pour personne. Tous ceux qui se développent avec une relative indépendance (je ne parle pas seulement de la Chine, de la Russie ou de la RPDC), qui, malgré les pressions, ne renoncent pas à maintenir des liens commerciaux, économiques, culturels et éducatifs avec la Fédération de Russie — tous sont soumis à la pression que l’Occident exerce sur eux, fondée sur sa philosophie de domination. C’est pour cette raison que la région suscite un intérêt considérable.
J’ai entendu dire que beaucoup d’entre vous aspirent à poursuivre des carrières liées, d’une manière ou d’une autre, à la politique étrangère. Je peux le dire franchement : vous ne manquerez pas de travail.
Tout ce dont nous discutons maintenant représente des tendances de long terme qui doivent être considérées dans le contexte de ce que nous appelons la formation d’un monde multipolaire ou polycentrique. L’Occident, qui pendant cinq siècles a contrôlé le développement mondial avec des degrés de succès variables, est désormais confronté à la tendance objective vers l’émergence de nouveaux centres de croissance économique, de puissance financière, d’autorité politique, y compris d’influence militaire.
La Chine en est l’exemple le plus éclatant. Il y a ensuite l’Inde et le Brésil. La Russie a toujours été comptée parmi les acteurs indépendants sur la scène mondiale, sauf pendant une brève période après la dissolution de l’Union soviétique jusqu’au début des années 2000. Heureusement, cette période est révolue depuis longtemps. Résister à cette multipolarité, c’est résister à une force qui ne peut être arrêtée. De plus, la Chine avance à un rythme depuis longtemps inaccessible pour l’Occident.
Il en va de même pour l’Inde et bien d’autres.
L’Afrique s’éveille désormais pour la seconde fois. Alors que dans les années 1960, l’Afrique a obtenu son indépendance politique et a passé des décennies à s’enorgueillir d’avoir secoué le joug du colonialisme, elle réalise aujourd’hui que, bien qu’elle se soit libérée politiquement, elle reste économiquement dépendante de ses anciennes métropoles. L’économie africaine repose, dans une large mesure, sur le schéma imposé par les colonisateurs au moment de leur départ, selon lequel les matières premières sont extraites d’Afrique, tandis que toute la valeur ajoutée est générée dans les métropoles.
J’ai cité cet exemple lors du deuxième Sommet Russie-Afrique en 2023. Le président de l’Ouganda, Yoweri Museveni, a fait remarquer que le marché mondial du café, par exemple, est évalué à environ 450 milliards d’euros, dont seulement 25 milliards restent en Afrique, le reste étant réalisé en Allemagne et dans d’autres pays occidentaux, où il est moulu, emballé et distribué via des réseaux de vente au détail.
L’Afrique cherche désormais à garantir que ses richesses naturelles soient transformées en produits finis demandés par le marché, non pas quelque part loin du continent, mais précisément dans les pays où ces ressources sont extraites.
Ainsi, ces processus suscitent un intérêt considérable. De notre côté se trouve le cours objectif et organique de l’histoire ; du côté de l’Occident, la tentative de subvertir ce progrès naturel, de l’inverser, de l’arrêter. C’est impossible. Ce ne sont que des fantasmes — ils ne sont pas destinés à se concrétiser — mais les efforts déployés par l’Occident dans cette direction entraveront bien sûr l’universalisation de l’ordre mondial.
Je m’arrêterai peut-être ici. Je suis prêt à répondre davantage à vos questions. Merci.
Question : Merci beaucoup. Monsieur Lavrov, je voudrais vous remercier une fois de plus d’être ici avec nous aujourd’hui.
Sergueï Lavrov : Vous ne m’avez pas encore remercié.
Question : Non, je vous ai remercié plusieurs fois, ainsi que tout le public, car, pour être honnête, nous attendions cette rencontre avec impatience.
Sergueï Lavrov : Merci.
La coopération stratégique avec la Chine et l'Inde
Question : Permettez-moi de poser la première question, puis nous passerons au public. Aujourd’hui, la Russie développe activement ses relations avec l’Inde et la Chine. Vous venez d’en parler. Pourriez-vous nous dire comment cette coopération se met en œuvre dans la pratique, et quels sont actuellement les domaines les plus importants pour nous ?
Sergueï Lavrov : Vous m’avez déjà parlé de cette question lors de la préparation de cet événement. Vous savez, les statistiques ne sont pas quelque chose que l’on peut garder en tête. C’est pourquoi j’ai demandé une réponse écrite à cette question — simplement pour avoir une vue d’ensemble complète de nos relations avec l’Inde et la Chine. Vous devriez avoir les documents pertinents sous la main.
Si nous parlons de communication directe plutôt que de simplement fournir des données statistiques, alors, bien sûr, ce sont nos deux principaux partenaires. Nous avons une relation de partenariat stratégique et de coopération globale avec la Chine. Le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jinping maintiennent des contacts réguliers. Il y a quelques jours à peine, ils ont tenu une nouvelle rencontre — il y en a eu beaucoup, une cinquantaine au total — en marge du sommet de l’OCS à Bichkek, où ils ont réaffirmé le cap stratégique vers l’approfondissement global de notre partenariat et confirmé que, pour la cinquième année consécutive, les échanges commerciaux ont dépassé les 200 milliards de dollars. La croissance des échanges cette année suggère que 250 milliards de dollars ne sont en aucun cas la limite.
Nous observons des tendances similaires dans nos relations avec l’Inde. Nos échanges commerciaux, qui étaient légèrement supérieurs à 10 milliards de dollars il y a quelques années à peine, avoisinent désormais avec assurance les 60 milliards de dollars. Cette tendance à la hausse se poursuit.
Nous avons des commissions intergouvernementales sur la coopération commerciale et économique tant avec la Chine qu’avec l’Inde. Avec la Chine, nous en avons pas moins de cinq. Outre ces cinq commissions sectorielles traitant de l’investissement, du commerce et des liens sociaux, il existe un mécanisme de réunions annuelles entre les chefs de gouvernement, qui reçoivent des rapports de ces cinq organes sectoriels. Il s’agit donc d’un système complet couvrant pratiquement tous les domaines de coopération et allant bien au-delà de l’économie et de l’investissement.
Nous avons de nombreux projets tant avec la Chine qu’avec l’Inde. Permettez-moi de souligner l’énergie nucléaire. En Chine, outre les unités déjà construites par Rosatom, de nouvelles capacités sont actuellement planifiées. Des processus similaires sont en cours avec l’Inde. Il existe des projets concrets de construction de centrales nucléaires supplémentaires, tant en Inde qu’ailleurs. Le premier exemple de ce type est le Bangladesh, où nous travaillons avec nos amis indiens à la construction d’une centrale nucléaire. Cela a également été évoqué lors de récentes rencontres avec nos collègues indiens. Il y a deux semaines, le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, qui coprésid la commission intergouvernementale, nous a rendu visite à Moscou. Il a coprésidé une réunion de la commission aux côtés de notre premier vice-Premier ministre Denis Mantourov. Je l’ai également rencontré, et nous avons discuté de la coopération en matière de politique étrangère.
Bien sûr, les contacts culturels et éducatifs avec nos amis chinois et indiens revêtent une grande importance : festivals, Saisons russes, nombre d’étudiants dans nos universités — plusieurs milliers viennent tant de Chine que d’Inde — et événements sportifs. Nous avons récemment participé aux Jeux du futur, que nos responsables gouvernementaux appellent « phygitaux », c’est-à-dire une combinaison de compétition physique et numérique. Une équipe joue d’abord un match de football sur ordinateur, puis joue au futsal avec la même composition, marquant des buts avec les pieds et la tête. Nous avons accueilli les Jeux en 2024 et 2025, les deuxièmes Jeux du futur ont eu lieu aux Émirats arabes unis, et cette année ils se tiennent au Kazakhstan. Je sais que nos amis chinois sont intéressés à accueillir l’un des futurs Jeux dans leur pays.
Il y a donc de nombreux projets, et je n’élaborerai pas davantage sur notre coopération diplomatique. La Chine comme l’Inde partagent nos approches sur les questions de politique étrangère, et nous partageons les leurs sur la grande majorité des sujets de l’agenda international.
Je conclurai en notant qu’Evgueni Primakov, mon grand prédécesseur, a lancé un format appelé RIC — Russie, Inde, Chine — dès 1998, lorsqu’il est passé du poste de ministre des Affaires étrangères à celui de Premier ministre. Depuis lors, ce groupe des trois se réunit régulièrement, tant au niveau des ministres des Affaires étrangères qu’au niveau des ministères sectoriels traitant des domaines pratiques de coopération : l’économie, le commerce, l’investissement, la culture, etc. Il y a eu une pause après le déclenchement de la pandémie de COVID-19, mais nous œuvrons désormais à restaurer ce format. Il a fonctionné de manière assez régulière, sans interruption, depuis 1998, à l’exception de cette pause liée au COVID.
Ce groupe, le RIC, a servi de noyau à ce que l’on appelle aujourd’hui les BRICS. Le Brésil a ensuite rejoint le trio, le RIC est donc devenu le BRIC, puis l’Afrique du Sud a adhéré, ajoutant le « S » pour former les BRICS. Ensuite, lorsque le nombre de membres des BRICS a doublé, nous avons décidé de ne pas changer l’acronyme. BRICS sonne comme « briques » (bricks). C’est bien. Les briques sont un symbole de création.
Le rôle de ce trio, indépendamment de ce qui en est issu et est devenu les BRICS, demeure le même. Nos collègues chinois et indiens confirment qu’ils souhaitent préserver ce format trilatéral de coopération.
Voilà donc, en bref. Mais je le répète : vous avez des documents supplémentaires sous la main.
Question : Oui, en effet. Nous les avons distribués à tous. Merci beaucoup.
La fin annoncée de l'OTAN et de l'UE
Aujourd’hui, la Russie parle de créer un nouveau système de sécurité en Eurasie, où chaque pays du continent pourra participer. Vous avez à plusieurs reprises souligné que l’OTAN, l’UE et l’OSCE appartiennent de plus en plus au passé. Qu’est-ce que cela signifiera pour les gens ordinaires ? Quand pourrons-nous en faire l’expérience directement et réaliser que quelque chose a changé ?
Sergueï Lavrov : Si l’initiative avancée par le président russe Vladimir Poutine sur la sécurité eurasiatique est mise en œuvre, elle donnera aux gens ordinaires un sentiment de calme, de sécurité et de confort. Elle leur permettra de vaquer à leurs occupations quotidiennes sans être distraits par la violence ni avoir à craindre de devenir la cible de la politique frénétique des pays occidentaux qui cherchent à punir tout le monde et tout, simplement parce que ceux qui sont punis n’obéissent pas aux exigences occidentales. Nous le voyons, par exemple, dans le cas de l’Ukraine. La situation a atteint un tel niveau d’absurdité que je sais à peine comment en parler.
Prenez le dernier exemple en date : à Leipzig, en Allemagne, un drone s’est écrasé à l’aéroport, et ils ont décidé qu’il ressemblait aux drones utilisés par la Fédération de Russie, bien qu’ils ne puissent le confirmer comme une conclusion définitive. Sur la base de cette hypothèse, de cette supposition, de cette conjecture, ils ont officiellement décidé de fermer notre dernier consulat général restant à Bonn, ainsi que la Maison russe — notre centre culturel russe à Berlin, qui a longtemps été un symbole de nos relations avec l’Allemagne d’après-guerre. Ils ont décidé de fermer ces institutions et d’expulser les personnes qui y travaillaient. Certes, ils ont dit qu’ils n’étaient « pas pressés », mais ces diplomates et employés de notre centre culturel sont néanmoins censés partir.
Même de leur propre point de vue, s’ils cherchent à maintenir des relations et à exercer une influence — et ils le cherchent certainement —, alors eux, les Allemands, ont des antennes de l’Institut Goethe qui fonctionnent à Moscou, Saint-Pétersbourg et Novossibirsk. De toute évidence, celles-ci seront fermées une fois notre centre culturel fermé. Sinon, nous ne nous respecterions pas nous-mêmes.
Autrement dit, ils franchissent délibérément un pas (et ils ne pouvaient pas ne pas le comprendre) qui signifie clairement la fin de leur présence culturelle dans la Fédération de Russie, une présence qui avait survécu malgré tous les bouleversements de nos relations avec l’Occident au sujet de l’Ukraine. Laissez-moi expliquer pourquoi. Je crois qu’ils ont compris qu’ils auraient moins d’occasions, voire aucune, d’entrer en contact directement avec notre population par le biais des antennes de l’Institut Goethe. Ils ont fait un choix définitif en faveur d’une influence sur notre peuple non pas par des liens culturels et humanitaires ouverts et honnêtes, mais en endoctrinant nos « fugitifs », pour reprendre la description du président biélorusse Alexandre Loukachenko de ceux qui ont quitté son pays. Beaucoup d’entre eux ont déjà été désignés comme agents étrangers, mais je fais référence précisément à ceux qui n’ont pas simplement fui la Russie parce qu’ils étaient en désaccord avec nos efforts pour défendre les Russes en Ukraine contre le régime nazi, mais qui ont fui afin de poursuivre leurs activités subversives depuis l’étranger.
Le fait que les Allemands aient décidé de prendre les mesures que j’ai mentionnées ne signifie qu’une chose : au lieu de maintenir des contacts ouverts pour l’échange de culture et d’idées, ils ont choisi de soutenir ces agents d’influence fugitifs. Tout comme les Biélorusses à l’étranger créent des gouvernements temporaires en exil, nos émigrés agressifs créent également des structures similaires. Ils ont donc décidé d’exercer leur influence par le biais de ces structures. Malheureusement, cela démontre une fois de plus (comme je l’ai déjà mentionné à propos de la déclaration de Friedrich Merz) que l’Allemagne tente de nouveau de « subjuguer » tous les autres et de supprimer toute tendance vers des relations normales avec la Russie qui subsiste encore dans certains pays de l’UE — seulement quelques-uns, mais néanmoins.
Par conséquent, il me semble que l’Union européenne a désormais cessé d’être l’association économique qu’il y a une vingtaine d’années, tout le monde aspirait à rejoindre — cherchant à en tirer des avantages, à obtenir des subventions du budget central de l’UE (comme le pratiquent les pays dont le niveau de développement est inférieur à celui des fondateurs de l’Union européenne), à obtenir des subventions, et à jouir d’un espace unique sans restrictions à la circulation des personnes, des capitaux et des services. Sans aucun doute, tous ces facteurs confèrent des avantages.
Cependant, avant tout, ces avantages sont aujourd’hui gravement érodés. Il suffit d’observer la crise migratoire, qui est survenue comme une conséquence directe d’une politique non pas simplement de portes ouvertes, mais de portes grandes ouvertes : « quiconque le souhaite peut entrer ». Peut-être qu’à un moment donné, cela reflétait bien l’amour de l’humanité que professait l’Union européenne. Aujourd’hui, dans un certain nombre de pays, dont l’Allemagne et la Grande-Bretagne (qui, elle aussi, fut autrefois membre de l’UE), la population d’origine migrante devient majoritaire, et ce en termes démographiques.
Regardez ceux qui occupent actuellement les fonctions de maire de Londres, de Glasgow en Écosse, et les nombreux politiciens à travers les pays européens — eux aussi sont, pour ainsi dire, « d’origine non autochtone ». Peut-être n’y a-t-il rien de particulièrement honteux en cela, si ce n’est un problème critique : la prédominance des nouveaux venus devient rapidement un défi pour le développement interne et provoque le mécontentement de la population autochtone, qui est contrainte de payer des impôts pour soutenir les citoyens nouvellement arrivés.
Les citoyens ukrainiens relèvent de cette même catégorie : dès le tout début de l’opération militaire spéciale, alors qu’ils fuyaient massivement leur pays, ils ont bénéficié de subventions et d’avantages dans les pays de l’Union européenne qui, dans un certain nombre de cas, dépassent considérablement les allocations chômage versées dans ces mêmes États à leurs propres citoyens. Cela, à son tour, provoque des protestations et un mécontentement internes, et dévalue les fondamentaux économiques de l’Union européenne. Outre ce facteur objectif, il existe également de nombreux autres défis économiques, notamment ceux liés aux prix de l’énergie.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen — que nous appelons « la Führerin Ursula » — s’efforce de s’approprier pour la Commission européenne des compétences et des pouvoirs qui, par décision de l’ensemble de l’Union européenne, n’ont pas été transférés à Bruxelles, mais demeurent du ressort des gouvernements nationaux. Cette tendance devient de plus en plus prononcée. Il y a plusieurs années, lorsque nous avons entamé l’opération militaire spéciale, en réponse à la question « que faire — les gazoducs du Nord Stream et le gaz russe ont été détruits », elle a fait remarquer que leurs électorats souffriraient car les prix de l’énergie augmenteraient considérablement, mais qu’ils étaient obligés d’endurer cela pour que le peuple ukrainien puisse défendre ses « valeurs européennes ».
Personne ne lui a demandé ce que sont réellement ces « valeurs européennes ». Si l’interdiction législative de la langue russe dans l’éducation, la culture, la vie quotidienne et les médias reflète les valeurs européennes, alors l’Europe est libre de revenir au nazisme. L’interdiction de l’Église orthodoxe ukrainienne canonique s’aligne de même sur les « valeurs européennes ». Lorsque le président Vladimir Poutine et moi-même avons visité l’Alaska il y a un peu plus d’un an — le 15 août 2025 —, il expliquait au président des États-Unis Donald Trump ce que représente le régime nazi de Vladimir Zelensky. Lorsqu’il a mentionné l’interdiction de l’Église orthodoxe ukrainienne canonique, Donald Trump ne l’a tout simplement pas cru. Il a littéralement sursauté d’étonnement et a commencé à interroger le secrétaire d’État américain Marco Rubio, également présent à cette réunion, pour savoir s’il était vrai qu’une religion avait été interdite. Rubio a répondu que oui, malheureusement, c’était le cas. Le président des États-Unis a fait claquer sa langue ; mais aucun signal (soit dit en passant, ceci est une petite remarque entre parenthèses) n’a jamais été envoyé au régime de Kiev par Washington, ni par quiconque d’autre — absolument personne — pour dire que la langue russe devait être rétablie, ou que des obstacles ne devaient pas être créés à l’encontre de l’église canonique.
Chaque fois que nous soulevons ces questions auprès de nos collègues occidentaux, y compris les Américains, et leur demandons comment ils peuvent soutenir ceux qui se livrent à des activités ouvertement racistes et nazies, ils répondent qu’il y aura des négociations et que toutes ces questions seront inscrites à l’ordre du jour. C’est incorrect. Certaines questions ne peuvent être soumises à des conditions. Les droits à la langue et à la religion en font partie.
L’article 1 de la Charte des Nations unies encourage le respect des droits de l’homme sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion. Bien plus, non seulement la Charte de l’ONU, mais aussi la Constitution de l’Ukraine, disent que l’État garantit les droits des minorités russe et autres. Mais personne n’en tient compte. Ils ont adopté de nombreuses lois qui contredisent la Charte de l’ONU, la Constitution, et tout le monde dit que cela est parfaitement conforme aux « valeurs européennes ».
Autrement dit, c’est là ce que je considère comme la position absolument abjecte et intenable de l’Occident. Ce n’est pas un hasard si, lorsqu’ils parlent de l’Ukraine, tout ce groupe de personnes européen (je me dois d’être poli) ne fait rien d’autre que réclamer davantage de sanctions contre la Russie afin de « l’étrangler », de lui infliger une « défaite stratégique », et de sauver Zelensky parce que « les Ukrainiens meurent pour les Européens ». Si c’est là une nouvelle vague de la résurgence du nazisme en Europe, ce qui est la seule conclusion que je puisse tirer, alors nous nous sommes fourrés dans un beau pétrin, malheureusement.
Le dossier ukrainien
Que fait l’Occident maintenant ? Pardonnez-moi de revenir au sujet de l’Ukraine, mais il est directement lié à l’OTAN et à l’Union européenne. Le président Poutine a clairement exposé nos vues sur un règlement. Dans son allocution au ministère des Affaires étrangères en juin 2024, il a énuméré les tâches de l’opération militaire spéciale : démilitarisation du régime, dénazification de l’Ukraine, et, bien sûr, la réunification avec nos territoires historiques, qui ont été incorporés, par un caprice du destin et les décisions de Nikita Khrouchtchev et de ses prédécesseurs, à la République socialiste soviétique d’Ukraine plutôt qu’à la République socialiste fédérative soviétique de Russie. Cela avait été fait pour diluer les sentiments pro-occidentaux des régions occidentales de l’Ukraine, incorporées à l’Union soviétique après la Seconde Guerre mondiale, avec des régions russes normales.
Malheureusement, ces régions pro-occidentales ont finalement mis la main sur l’ensemble de l’Ukraine, la république qui faisait partie de l’Union soviétique et qui en a fait sécession après son effondrement. Les néonazis et les radicaux s’en sont emparés, indépendamment de qui se présentait à ces élections.
Donald Trump appelle à tenir compte des réalités sur le terrain. Nous considérons cela comme la différence fondamentale avec la position de l’Europe, qui exige le retour aux frontières de 1991. Imaginez cela ! Qu’ils nous apprécient ou non, aucun homme politique réaliste ne dirait que le problème ukrainien peut être résolu par un retour aux frontières de 1991.
Je dirais que nous avons reconnu cette Ukraine-là, mais nous l’avons fait sur la base de sa Déclaration d’indépendance, qui dit encore que l’Ukraine sera une puissance indépendante, neutre, non alignée et exempte d’armes nucléaires. Tous ces principes ont été effacés. Vladimir Zelensky s’est publiquement plaint que l’Ukraine avait renoncé aux armes nucléaires à l’époque. Le non-alignement est également oublié depuis longtemps. Ils exigent l’adhésion à l’OTAN.
Donald Trump a dit qu’ils devraient oublier l’OTAN, que c’est impossible, que les Russes l’ont dit mille fois avant même le président Poutine, que cela est inacceptable. Mais les responsables de l’OTAN, y compris le Secrétaire général Mark Rutte, ne se soucient guère de ce que dit le président américain. Ils affirment que l’Ukraine est un membre naturel de l’OTAN, pas maintenant, mais assurément à l’avenir.
Autrement dit, les principes sur la base desquels nous, et tous les autres, avons reconnu l’indépendance de l’Ukraine, ont depuis longtemps été jetés à la poubelle. Néanmoins, l’Occident défend l’Ukraine comme un pays qui défend les « valeurs européennes ». Pour en revenir à votre question, c’est pourquoi l’UE s’est tiré une balle dans le pied, dans la tête et dans d’autres parties du corps en rejetant les vecteurs énergétiques russes et en faisant exploser les gazoducs Nord Stream. Fermer les yeux sur cet attentat terroriste, qui a causé un dommage économique et financier colossal à l’Allemagne, moteur du développement européen, et à d’autres pays, ne peut être décrit que comme une auto-humiliation.
Aujourd’hui, ils paient 800 euros les mille mètres cubes de gaz (j’ai récemment consulté le prix du marché boursier du GNL et du gaz par gazoduc). Ils achetaient notre gaz pour un tiers de ce prix, voire moins dans le cadre de contrats à long terme. Et pourtant, ils continuent de dire qu’ils doivent souffrir pour l’Ukraine. Comment une personne sensée (des élections régionales auront lieu en Allemagne dans trois jours) peut-elle voter pour des dirigeants qui les exhortent à souffrir, et pas même pour un régime progressiste injustement discriminé, mais pour un gouvernement ouvertement nazi de Vladimir Zelensky ?
En bref, l’UE dilapide ses avantages économiques activement et de son propre chef. Les entreprises fuient l’Europe pour les États-Unis, où les prix de l’énergie sont trois à quatre fois moins élevés, parce que les Américains sont des gens intelligents, contrairement à leurs alliés européens. Et les impôts y sont également plus bas. La tâche de l’administration Trump est de dominer les marchés mondiaux de l’énergie et de l’industrie, en attirant les entreprises industrielles étrangères dans leur pays. L’Union européenne perd ses avantages économiques en raison de nombreux facteurs, y compris leur manque de prévoyance, sinon leur folie pure et simple.
Certains pays — nos amis serbes, nos collègues arméniens — continuent, par inertie, de déclarer leur intention de rejoindre l’Union européenne. Je suis convaincu que cette « volonté » touchera bientôt à sa fin.
Parallèlement, l’Union européenne s’est transformée en un bloc militaire ouvertement agressif, anti-russe — un auxiliaire de l’OTAN. À mon estimation, elle ne perdurera pas longtemps sous cette forme. Ou, plus précisément, elle ne conservera pas sa raison d’être originelle. L’OTAN aussi — comme je l’ai souligné dans mes propos — cherche désespérément un prétexte pour justifier son existence continue.
Après les attentats terroristes à New York en septembre 2001, l’Afghanistan est devenu le point focal. Cette campagne s’est achevée de manière ignominieuse. Par la suite, un mouvement a été mis en branle pour raviver les sentiments russophobes, anti-soviétiques et anti-russes. Je ne crois pas que ces efforts persisteront longtemps, car la tentative d’inventer de nouvelles justifications pour perpétuer leur domination — en projetant leur influence dans cette région, en Asie du Sud-Est et du Nord-Est sous la bannière de l’endiguement de la Chine (où la question de Taïwan est artificiellement grossie) — ne peut tout simplement pas se poursuivre indéfiniment. Cela finira, inévitablement, par s’essouffler.
De nouveau, les électorats commenceront à s’interroger sur les actions de leurs dirigeants. Après tout, les sommes en jeu sont colossales lorsque les dépenses militaires augmentent (comme cela a déjà été décidé) de 2 % à 5 % du budget ou du PIB. Naturellement, cela affecte directement le niveau de vie quotidien dans ces pays.
Face à ces constructions agressives — conçues pour imposer leur vision du monde aux autres —, nous opposons des formats universels, fondés exclusivement sur le principe de l’accord général et du consensus. Je le répète : parvenir à un consensus sur toutes les questions est effectivement plus ardu et considérablement plus long que de simplement acquiescer, pour ainsi dire, par un « Oui, mon général ». Pourtant, les décisions forgées par consensus sont infiniment plus résilientes que celles délivrées par diktat, comme c’est la pratique tant au sein de l’Union européenne que de l’OTAN.
Question : Merci beaucoup, Monsieur Lavrov. Le public ne me pardonnera pas si nous ne lui donnons pas l’occasion de poser une question. Il y a déjà une mer de mains levées.
Sergueï Lavrov : Je ne me le pardonnerais pas moi-même. Je suis impatient d’écouter.
Poésie, éducation, langues et lectures
Question : Étant constamment, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, dans un environnement aussi hostile, comment trouvez-vous le temps d’écrire de la poésie ? Par exemple, je sais que vous avez composé l’hymne du MGIMO, si je ne me trompe pas. Comment y parvenez-vous, compte tenu de votre emploi du temps sans relâche ?
Sergueï Lavrov : Il est difficile de répondre à votre question. En fin de compte, tout vient de l’intérieur. Quelque chose émerge dans votre esprit, que vous vous sentez obligé de coucher sur le papier. Parfois, c’est un mémorandum consacré à une question de politique étrangère. Mais nous sommes tous humains. Parfois, même dans ma jeunesse — à partir de l’âge de 16 ans — certaines images se formaient qui se prêtaient à la rime, et je m’y adonne depuis lors.
Oui, j’ai composé l’hymne du MGIMO — à la fois les paroles et la mélodie. Bien que je ne connaisse pas le solfège, j’ai simplement chanté l’hymne, et par la suite il a été interprété. Aujourd’hui, il est joué au MGIMO chaque premier septembre. C’est une source de fierté pour moi, inutile de le cacher.
Question : Vous vous efforcez de vous tenir au courant des auteurs contemporains, mais vous revenez toujours aux classiques. Pourriez-vous suggérer, ou conseiller, la meilleure manière de connaître le monde et l’être humain qui s’y trouve ?
Sergueï Lavrov : C’est là, en effet, une question existentielle. Chaque individu est unique. Les bonnes personnes se forgent dans les circonstances et les environnements les plus variés. Si vous avez le sentiment d’être venu au monde par bonne fortune, que la vie est un don de Dieu, que les autres dans ce monde sont exactement comme vous — ou, si vous préférez, des élus — qui sont apparus dans le monde et se sont vus accorder ce plus grand des dons, le don de la vie sur Terre, et que vous saisissez que vous possédez tous des droits égaux, alors je crois que c’est déjà un fondement sain et suffisant pour qu’une personne devienne équilibrée et positive.
Quant à l’éducation, elle commence dans la famille, dès le berceau. Les enfants perçoivent, même en rampant, ce que disent leurs parents et ceux qui visitent leur foyer (leurs amis). Puis viennent la crèche et l’école.
Nous avons tenu de vastes débats sur la manière de réformer et de moderniser le programme éducatif dans les établissements préscolaires, les écoles et les universités. Il y a eu des expériences qui, dans une large mesure, reflétaient nos hésitations vers les standards occidentaux. Comme s’il allait de soi que rien ne pouvait surpasser le Processus de Bologne. Aujourd’hui, nous revenons en fait aux meilleures traditions du système éducatif soviétique. Je ne l’idéalise pas. J’ai moi-même étudié (pourquoi le cacher) de manière discontinue. Lors de certaines fêtes en dernière année, nous nous moquions de certaines traditions de l’école soviétique. Ceux qui ont fréquenté des établissements d’enseignement à cette époque comprendront sans doute ce que je veux dire.
Pourtant, le cœur du programme, je crois, était entièrement correct et essentiel pour développer chez une personne la capacité d’absorber l’information et l’art, et de tirer ses propres conclusions — de discerner ce avec quoi l’on est d’accord ou pas.
Je suis sincèrement heureux qu’aujourd’hui, dans le cadre des réformes en cours de l’enseignement secondaire et supérieur, nous revenions à ces principes et traditions, entièrement dissociés de toute idéologie soviétique ou autre, qui ont démontré leur valeur durable.
Question : Monsieur Lavrov, pourriez-vous préciser le titre d’un livre et son auteur ? Par où devrait-on commencer ? Quel livre devrait-on lire ?
Sergueï Lavrov : Voyez-vous, chacun a ses propres préférences. Je ne veux offenser aucun des auteurs de la multitude de brillants livres, romans, nouvelles et récits.
Nos classiques — Anton Tchekhov, Fiodor Dostoïevski, Alexandre Pouchkine et Nicolas Gogol — figurent au programme scolaire. Je crois qu’il est primordial, à tout le moins, de prendre au sérieux le programme scolaire. Guidez vos enfants sur ce chemin et aidez-les à comprendre la littérature, en particulier lorsque certaines œuvres semblent plutôt difficiles.
Prescrire : « lisez ce livre-ci et pas celui-là » — je ne peux pas faire cela. Je ne veux offenser personne, ni diminuer la richesse de notre littérature et de notre art.
Question : Quand je vous écoute, je me demande où l’on peut apprendre à parler comme vous. Quel nombre immense de livres vous avez lus ! Vous parlez si bien que j’ai oublié les questions que je voulais poser, tant il est intéressant de vous écouter. Je vous le dis en toute sincérité, et je suis sûre que le public sera d’accord avec moi, n’est-ce pas ? Je suis totalement honnête.
Sergueï Lavrov : En réalité, j’en suis avant tout reconnaissant à ma mère. Je pense que les mères jouent le rôle déterminant dans notre formation en tant qu’êtres humains.
Question : Je sais que vous parlez anglais, français et cingalais. Quelle langue devrait-on étudier aujourd’hui ?
Sergueï Lavrov : Tout dépend. Beaucoup étudient le chinois aujourd’hui. Les enfants de beaucoup de mes amis se sont inscrits au chinois.
Lorsque je me suis inscrit à l’université du MGIMO, je pensais parler anglais couramment, ce qui a été confirmé lors des examens d’entrée. On nous a demandé quelles langues nous souhaitions apprendre. Nous devions en choisir deux, une principale et une auxiliaire. J’ai demandé le français et l’arabe. Mais on m’a assigné l’anglais et le cingalais, qui n’est parlé que sur l’île du Sri Lanka. On l’appelait Ceylan à l’époque. Elle comptait une population de 10 millions d’habitants, dont 25 % parlaient une autre langue, le tamoul. Quoi qu’il en soit, on m’a assigné l’étude de l’anglais, et j’ai pris le français comme troisième langue étrangère.
Je crois que l’anglais conservera son influence dominante dans les contacts internationaux. Oui, c’est un vestige de l’ère coloniale, mais c’est aussi un moyen de communication utile. L’anglais est une langue officielle en Inde, peuplée de dizaines, voire de centaines de groupes ethniques. Il existe là-bas un très grand nombre de langues en plus de l’hindi, de sorte qu’une langue commune y est absolument essentielle.
Le français est un autre vestige de l’ère coloniale. Mais de nombreux pays africains, composés de nombreuses tribus, ont eux aussi besoin d’un moyen de communication unificateur.
Mais le russe, qui est une langue de communication interethnique dans notre pays et dans plusieurs autres pays (nous étions récemment au Kirghizistan, où le russe est une langue officielle), est un atout majeur de notre État. Notre pays et notre statut d’État ont un arrière-plan impérial, pourtant les groupes ethniques vivant dans la Fédération de Russie (et dans l’Union soviétique par le passé) n’ont jamais — jamais — été traités comme des provinces coloniales.
Vous savez à quoi je viens de penser ? J’espère que l’ancien président américain Joe Biden me pardonnera. Lorsqu’il a rencontré le président Poutine à Genève en juin 2021 — la réunion était également suivie par le secrétaire d’État Antony Blinken et votre serviteur —, il avait des notes et des documents de discussion devant lui, mais il a commencé à parler sans même y jeter un coup d’œil. Monsieur le Président, a-t-il dit, je voudrais dire d’emblée que les États-Unis ne sont pas contre la Russie. Les États-Unis ne sont pas meilleurs que la Russie, et la Russie n’est pas meilleure que les États-Unis. Ils sont simplement différents. Nous avons des choses communes dans notre histoire, comme la lutte contre le nazisme (je dirai peut-être quelques mots à ce sujet plus tard), mais nous sommes différents.
Il a dit que les Américains sont une nation de migrants, dont beaucoup avaient un passé criminel, qui ont fui l’Europe et se sont installés en Amérique. La ruée vers l’or. Les Indiens dans leurs réserves. Mais les Russes, a-t-il dit, sont une nation qui s’est profondément enracinée sur la terre où elle se trouve désormais, et qui a étendu son statut d’État aux territoires voisins.
Il a dit que des migrants sont venus en Amérique du monde entier, y compris des esclaves amenés d’Afrique, à qui la citoyenneté et l’indépendance ont été accordées à un certain stade. Des personnes venues de différents pays et continents ont été jetées dans ce « creuset », a-t-il dit, où elles sont « fondues » et d’où elles émergent avec l’inscription « droits de l’homme » écrite sur leur front. Il a poursuivi en disant que l’Empire russe est né en étendant son influence sur les territoires voisins. Et nous n’avons pas jeté d’autres nations dans des « creusets ». Nous avons préservé leurs langues, leur culture, leurs traditions et leurs religions. C’est ainsi qu’est né notre peuple multinational.
Joe Biden a dit plus tard que c’est une grande réussite en termes de préservation de la culture et de l’identité, mais qu’il est extrêmement difficile de gouverner un État aussi multiforme et de le maintenir uni, d’autant plus que la Russie est une puissance nucléaire. Par conséquent, a dit Joe Biden, je souhaite une bonne santé au président Poutine, car c’est un homme capable de faire cela. Il a clairement fait comprendre qu’il ne voulait pas qu’il arrive quelque chose de mauvais qui déstabiliserait la Russie, contrairement à ce que certains prétendent.
Voilà ce qu’il a dit. Il a parlé sans notes. Je pense que c’est un politicien expérimenté. Il y a tant de choses pour lesquelles vous pourriez le critiquer. Mais il savait et comprenait, du moins à la fin de sa carrière, l’importance de respecter les intérêts de la Russie. Je pense que c’est juste.
L’ingérence occidentale
Vous savez, je figure sur la liste des cinq premiers candidats du parti Russie unie. À l’approche du jour des élections, nous constatons des tentatives frénétiques de saper notre société. Nous le constatons, et l’Occident n’en fait aucun mystère. Outre les associations d’émigrés russes, qui ont fui vers l’Occident et ont décidé de rejoindre des activités politiques anti-russes, des tentatives ont été faites pour organiser diverses provocations par le biais de diplomates occidentaux en Russie. Nous en sommes conscients. Nos services de renseignement travaillent sur cette question.
Ils [l’Occident] n’épargnent aucun effort pour susciter le mécontentement public. J’en suis pleinement conscient. Je communique avec un grand nombre de personnes, et pas seulement avec mes collègues officiels, mais aussi avec mes amis, et avec vous également, en ce moment même.
Parmi les méthodes utilisées pour saper notre stabilité, l’Occident encourage ouvertement les actes terroristes du régime de Kiev. En juillet de cette année, en marge du sommet de l’OTAN en Turquie, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré que les États-Unis comprenaient l’importance des frappes en profondeur sur le territoire russe — parce que, a-t-il dit, elles rapprochent la Russie de la table des négociations. Je l’ai rencontré un mois après cette déclaration, en marge des événements de l’ASEAN aux Philippines, et je lui ai demandé comment ils pouvaient encourager aussi ouvertement le terrorisme. Il a répondu qu’ils voulaient que les négociations commencent plus tôt.
Mais les négociations ont en fait commencé il y a un an — en Alaska. Et elles se sont terminées par les propositions avancées par les Américains… Nous avons toujours noté les différences de vision entre le président Donald Trump et son administration, d’une part, et leurs homologues européens, d’autre part. Les Européens continuent d’insister sur le fait que la Russie est l’agresseur, et qu’elle devrait être dépouillée de ses territoires nouvellement incorporés. Les Américains, en revanche (dès le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche) ont fondé leurs initiatives sur les réalités du terrain. J’ai déjà mentionné que Donald Trump, même lorsqu’il briguait un second mandat, avait catégoriquement exclu l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN.
Pour nous, cependant, les réalités du terrain ne signifient pas simplement des territoires, comme le prétend l’Europe. Pour nous, les réalités ne sont pas simplement la présence de nos troupes là-bas, défendant le choix fait par le peuple lors des référendums. Pour nous, les réalités, c’est le choix du peuple lui-même, inscrit dans notre Constitution.
Avant la réunion d’Alaska, des propositions nous ont été présentées. Le président Vladimir Poutine s’est alors rendu en Alaska, a rencontré le président Donald Trump, et a dit qu’il acceptait les propositions des Américains. N’est-ce pas là un accord ? N’est-ce pas là une entente ? En Russie, c’est notre coutume depuis des temps immémoriaux — une poignée de main et la parole d’un marchand. C’est tout — une entente. Et l’OTAN avait promis à Mikhaïl Gorbatchev que l’alliance ne s’étendrait pas vers l’est. Lorsque l’expansion a commencé, nous leur avons rappelé cette promesse. Mais ils ont dit que les promesses avaient été faites verbalement, pas par écrit. Puis, en 1999, au sommet de l’OSCE, ils l’ont couché « sur le papier » — la sécurité est indivisible, aucun pays ne peut renforcer sa sécurité aux dépens d’un autre, aucune entité dans tout cet espace ne peut revendiquer la domination. Cela a été écrit au plus haut niveau, signé. Et pourtant, l’expansion se poursuit.
Nous avons dit : très bien, vous avez donné votre parole verbalement au président Gorbatchev. Mais ici, vous avez signé. Ils ont répondu qu’il s’agissait d’une déclaration politique, pas d’un document juridiquement contraignant. Pour nous, cela fait partie de notre caractère national — nous nous serrons la main et c’est une entente. Sacrée. Alors que pour eux, tout peut être rayé.
L’incident du drone qui s’est écrasé à Leipzig a déjà été mentionné. Les Allemands affirment qu’il s’agissait d’un drone russe. Ils ne prennent même pas la peine d’y réfléchir à deux fois.
Nous ne parvenons toujours pas à obtenir de réponse claire à de nombreux cas qui ont été utilisés comme prétexte pour de nouvelles campagnes anti-russes et de nouvelles sanctions.
Par exemple, nous n’avons toujours pas pu obtenir les résultats des tests effectués sur Alexeï Navalny à l’hôpital de la Bundeswehr à l’automne 2020. Lorsqu’il s’est effondré à Omsk, il a été immédiatement évacué par avion vers l’Allemagne par une équipe médicale allemande d’évacuation. Nous avons levé tous les protocoles qui s’appliquent normalement dans de telles situations — simplement pour qu’il ait une chance, comme ils le voyaient, de sauver sa vie. Ils l’ont amené en Allemagne. Les tests de la clinique civile n’ont rien révélé. Mais l’hôpital de la Bundeswehr aurait trouvé des traces de Novitchok — un agent chimique. Nous avons demandé ces résultats de tests — une demande naturelle, étant donné que nous étions accusés. Ils nous ont dit que les résultats seraient remis à l’OIAC. Maintenant, prétendent-ils, c’est leur propriété. Nous avons contacté cette organisation — dont nous sommes membres fondateurs — et avons demandé au Directeur général de nous montrer les résultats. Il a refusé, invoquant les instructions des Allemands de ne les montrer à personne. Nous attendons toujours ces résultats.
Et enfin, quelque chose dont j’ai déjà fait une question très pressante dans mes contacts, y compris à l’ONU. En avril 2022, lors des négociations à Istanbul, les Ukrainiens ont mis un document sur la table, que nous avons accepté comme base d’un accord pour mettre fin au conflit. Le président de Russie Vladimir Poutine a mentionné ce document à plusieurs reprises. Nous avons paraphé le document proposé par les Ukrainiens. Après cela, l’alors Premier ministre britannique Boris Johnson et d’autres figures occidentales ont interdit aux Ukrainiens de le signer. Ils leur ont dit de continuer à se battre.
Alors que ce processus était en cours à Istanbul et qu’un accord potentiel était envisagé, il a soudainement été annoncé que des dizaines de corps, prétendument torturés par les troupes russes, avaient été découverts dans la banlieue kiévienne de Boutcha. Pendant ce temps, au cours de ces mêmes jours, alors que les accords d’Istanbul étaient discutés, le président français Emmanuel Macron a appelé le président russe Vladimir Poutine et lui a dit que le processus se déroulait bien et qu’il y avait une chance de parvenir à un règlement. Il a demandé de faire un geste de bonne volonté et de se retirer de Kiev. Nous nous sommes retirés, y compris de Boutcha.
Le maire de cette ville est apparu sur tous les écrans de télévision, déclarant que les Ukrainiens avaient repris le contrôle de Boutcha et s’y trouvaient désormais. Deux autres jours ont passé. Soudain, des correspondants de la BBC ont diffusé un reportage depuis Boutcha montrant des cadavres soigneusement alignés le long de la rue principale, des deux côtés de la chaussée. Tout le monde avait les mains liées, tout le monde portait des vêtements propres, malgré la saleté partout. Et ils ont ensuite dit que c’était l’œuvre des Russes, qu’ils avaient découvert des atrocités, et ainsi de suite. Un nouveau paquet de sanctions a été imposé. Contrairement à d’autres histoires similaires, il n’y a eu aucun signal de la part des proches. Habituellement, les proches se manifestent et exigent… mais rien ne s’est passé du tout.
Nous avons demandé à l’ONU de nous aider à obtenir une liste des personnes dont les corps avaient été montrés par la BBC. Cela fera bientôt cinq ans depuis que nous l’avons demandé pour la première fois. À la honte de l’ONU, le Secrétaire général Antonio Guterres répond qu’ils ont enquêté sur quelque chose et ont des informations, mais que c’est en quelque sorte confidentiel parce que les proches ne veulent pas vraiment que cela soit divulgué… Nous demandons : où sont les proches ? Habituellement, les proches sont les voix les plus fortes réclamant justice.
Nous ne laisserons pas cette affaire de côté, d’autant plus que les Européens continuent de se rendre en Ukraine. Soit dit en passant, je ne sais pas pourquoi nous leur permettons de se livrer à ce type de tourisme politique. Lorsqu’ils viennent, les représentants du régime de Kiev les emmènent toujours à Boutcha. Là, ils rendent hommage à ces prétendues victimes.
Dans une semaine ou deux, je me rendrai à New York pour l’Assemblée générale de l’ONU, et je soulèverai de nouveau cette question auprès d’Antonio Guterres. De plus, à chaque session de l’Assemblée générale de l’ONU, je soulève cette question lors de mes conférences de presse.
Il existe également l’Association des correspondants de l’ONU, qui rassemble environ 70 représentants de divers médias. Je les ai déjà interpellés, leur disant qu’il existe une chose telle que la fierté journalistique : vous voulez toujours mener un reportage d’investigation, qu’il y ait une raison à cela ou non. Prenez Boutcha, par exemple. Ils ont montré des dizaines de cadavres. L’épisode a eu un grand retentissement. La BBC l’a diffusé dans le monde entier. Des sanctions ont été imposées, les hostilités de l’Ukraine se sont intensifiées, des armes ont été injectées dans le régime de Kiev, avec des conséquences qui se font encore sentir aujourd’hui. Où est votre fierté journalistique et professionnelle ? Contrairement à d’autres histoires, il y a un silence de mort sur celle-ci. Manifestement, il y a une raison derrière tout cela.
Question : Monsieur Lavrov, nous devons vous laisser partir, même si nous ne le voulons vraiment pas. Nous sommes toujours ravis de vous avoir parmi nous. Venez donc prendre la parole à l’amphithéâtre de la Société du Savoir. Vous êtes un orateur incroyable. Merci beaucoup.
Conclusion : dénazification, garanties de sécurité et mémoire de 1945
Sergueï Lavrov : En conclusion, je voudrais dire ce que je considère comme le plus important. Cela concerne les atrocités commises par le régime de Kiev, y compris les attaques contre des marchés, des raffineries de pétrole, et d’autres infrastructures qui fournissent des services essentiels et rendent possible la vie quotidienne de la société et des citoyens ordinaires. C’est cela qu’ils cherchent à perturber. Avant-hier, je crois, Vladimir Zelensky a dit que l’aviation civile en Russie devrait cesser de fonctionner car elle n’a pas sa place dans les zones où volent des drones de combat ukrainiens. Je m’abstiendrai de qualifier ce personnage. Mais l’attente que la société se déstabilise et se soulève en protestation est ouvertement exprimée.
J’ai cité le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui a dit que les Ukrainiens devraient être autorisés à utiliser leurs armes à longue portée pour frapper en profondeur à l’intérieur de la Russie, ce qui rendrait la Russie plus accommodante à la table des négociations. Nous avons été accommodants dans les négociations. Nous avons accepté ce qui avait été proposé en Alaska. Ce sont les Américains qui se sont détournés de leur propre proposition.
Mais que veut l’Occident ? Ils ne parlent plus aussi souvent d’infliger une « défaite stratégique » à la Russie qu’auparavant. Au lieu de cela, ils disent que les combats le long de la ligne de contact doivent cesser immédiatement afin de sauver des vies. Et ensuite — comme ils le déclarent également ouvertement — l’Occident, l’OTAN et l’Union européenne déploieront des « forces de stabilisation » sur le territoire ukrainien restant et garantiront la sécurité de l’Ukraine sous sa nouvelle forme, tout en refusant de reconnaître que les Russes ont pris le Donbass, la Novorossiya et la Crimée.
Cela ne signifie qu’une chose. Ils veulent préserver et perpétuer le régime nazi qui a interdit la langue russe dans toutes les sphères de la vie publique. Permettez-moi de noter en passant qu’il n’existe pas un seul pays où une langue est interdite, encore moins l’une des langues officielles des Nations unies. En Israël, les gens peuvent parler arabe et farsi ; en Iran et dans tous les pays arabes, ils peuvent parler hébreu. Différentes langues peuvent être parlées partout. Mais ici, ce n’est tout simplement pas le cas. Ils veulent perpétuer ce régime nazi, anti-russe.
Ce n’est pas un hasard si la dénazification et la démilitarisation figurent parmi les objectifs fixés par le président Vladimir Poutine. Pourtant, ils veulent préserver indéfiniment cette source de tension.
Cela est inacceptable en termes pratiques, car cela créerait une menace directe et tangible de l’OTAN à nos frontières. Ils disent déjà que l’Ukraine ne sera pas admise dans l’alliance mais se verra accorder les mêmes garanties de sécurité que les membres de l’OTAN. Ainsi, ils veulent geler le conflit plutôt que le résoudre, tout en préservant la menace à nos frontières. Il existe également une autre dimension, non matérielle, à cette question. Si nous devions accepter cela au motif que notre peuple veut une vie plus confortable — en acceptant que ce régime demeure en place, en cessant les hostilités, et en donnant effectivement le feu vert à la résurgence du nazisme au sens littéral, sous la forme d’une entité quasi-étatique entièrement dépendante de l’Occident tout en adhérant ouvertement à l’idéologie nazie — nous trahirions nos ancêtres qui ont vaincu le nazisme en 1945.
Je ne crois pas que notre peuple soit prêt à cela. En tant que nation, nous avons l’habitude de sacrifier le confort matériel pour préserver la mémoire et l’héritage qui nous ont été transmis par les héros tout au long de l’histoire séculaire de l’État russe.
