Histoire et société

Dieu me pardonne c'est son métier

La puissance militaire de l’Iran lui apporte des gains stratégiques

L’article dont je vous propose la traduction ci-dessous retranscrit l’interview d’un journaliste très établi sur la scène politique pakistanaise, Javed Rana. Son média numérique, The Counter-Narrative, est considéré comme une référence en termes d’analyse géopolitique dans la région. Malgré son caractère un peu fouillis et les nombreuses redites, dues au format de l’interview, il semble utile, au moment où les médias sont suspendus à la signature d’un accord entre l’Iran et les Etats-Unis, de le diffuser ici.Tout d’abord pour comprendre le cadre dans lequel se déroulent les négociations, derrière les rideaux de fumée de la diplomatie, et les trompe-l’œil de l’administration Trump. Mais aussi, parce que, au-delà de la description du rôle joué par Islamabad dans les négociations Iran/USA, l’article dessine la nouvelle architecture du Moyen Orient dans le cadre de l’effacement de l’hégémonie états-unienne et de la naissance d’un monde multipolaire.

A ceux qui n’auraient pas le courage de lire l’entièreté de l’interview, je propose ci-dessous un résumé des messages que j’en ai retenus.

Pour cet analyste, la victoire de l’Iran, qui a pu encaisser l’assaut massif et brutal des Etats-Unis et d’Israël, lui assure des gains stratégiques essentiels. Des gains qui préfigurent, à l’inverse, une défaite stratégique de l’axe impérial.

  1. Les nombreuses bases US dans la région sont menacées de disparition. Non seulement elles ont attiré les bombardements iraniens mais ont très mal protégé les états arabes contre les conséquences économiques sur leurs économies pétrolières. A l’exception des crypto-sionistes des Emirats Arabes Unis, il est peu probable que les monarchies du Golfe accepteront la reconstruction à leurs frais de ces installations.
  2. Cela implique la recherche d’un autre cadre de sécurité assurant aux élites du Golfe la possibilité de continuer à jouir des immenses ressources énergétiques de la région. Un cadre qui se passe de l’allégeance aux intérêts états-uniens et qui pourrait voir à terme la disparition de l’influence militaire états-unienne dans la région.
    Le cadre envisagé par Javed Rana est préfiguré par l’alliance quadripartite, mise en place avant même le conflit et qui a gagné en visibilité à travers les négociations. Cette alliance de pays musulmans : Pakistan, Arabie Saoudite, Turquie et Egypte préfigure un Moyen Orient redessiné aux dépens de la tutelle impériale.
    Un tel scénario, parfaitement en phase avec le concept global de ‘Monde Multipolaire’ ne manquerait pas d’avoir des répercussions importantes en dehors même de la grande région du Moyen Orient.
    L’intégration possible de l’Iran dans cette alliance marquerait le dernier clou dans le cercueil de la domination occidentale sur cette région cruciale au plan géopolitique.
  3. Dans l’immédiat toutefois, une telle alliance serait lourde de menaces pour l’état génocidaire, au centre de toutes les déstabilisations de la région.
    Le rôle central assigné par l’empire à Israël est de servir de base pour le contrôle de la région. Si les Etats musulmans s’affranchissent de ce contrôle, Israël en paiera la note en termes de diminution du soutien que lui apporte les Etats-Unis et sans lequel il ne peut maintenir sa posture belligérante, coloniale et expansionniste.
  4. Le remodelage régional en cours trouve in fine sa détermination dans le remodelage des flux économiques. Ce n’est pas par hasard s’il se cristallise autour d’un corridor d’échange parmi les plus importants au monde : le détroit d’Ormuz. La raison de l’interventionnisme états-unien n’est pas seulement dans la nécessité tactique de contrôle de l’approvisionnement en pétrole du concurrent chinois. Elle est à trouver dans l’impératif pour l’empire de maintenir le règne du dollar sur les échanges internationaux. L’opposition au régime des sanctions illégales et maintenant la perte de contrôle du détroit d’Ormuz deviennent à la fois les symptômes et les moteurs de cette tendance lourde vers la nécessaire relégation du dollar au rang de monnaie nationale.
  5. Javed Rana aborde également un point à mon sens essentiel pour la dynamique de la région. L’opposition Shia/Sunnite, largement instrumentalisée sinon créée de toutes pièces par l’interférence occidentale dans la région, est appelée à laisser la place à une unité musulmane, seule capable de lui assurer l’indépendance.
  6. Il est encore certainement trop tôt pour affirmer que la séquence en cours conduira inévitablement à l’émancipation de la région de l’influence impériale. Malgré les négociations en cours, les dangers restent grands d’une reprise des hostilités, dernier coup de poker des génocidaires qui perdent pied sur les différents théâtres de l’affrontement régional ou mobilisation massive de l’empire occidental pour enrayer la perte de son hégémonie mondiale.
    Dans ce cadre, la question de la déterrence devient essentielle.
    En entrant dans le jeu, même en tant que médiateur, le Pakistan rappelle aussi son statut de puissance nucléaire. Et propose d’étendre son parapluie stratégique aux membres de l’alliance régionale, enlevant ainsi à Israël sa carte maîtresse.

Note et traduction pour histoire et societe : Jean Luc Picker

Selon Javed Rana, la riposte de Téhéran modifie en profondeur la région en exposant les limites de la diplomatie coercitive des USA.

Un article de Sahar Dadjoo, paru dans le Teheran Times le 19 avril 2026

Alors que les tentatives pour mettre fin à la guerre qui englobe depuis deux mois de nombreux pays du Moyen Orient se poursuivent, le Pakistan s’est placé au centre du jeu diplomatique international. Les liens uniques qu’il entretient avec Téhéran autant qu’avec Washington ont permis à Islamabad de promouvoir un Cessez-le feu de deux semaines et de créer ainsi une fenêtre de négociations pour mettre fin durablement au conflit.

En tant que plus proche voisin de l’Iran, dès le début du conflit, le Pakistan a été fortement sollicité par l’Arabie Saoudite et les Emirats pour se joindre à une guerre contre l’Iran. Mais Islamabad en a décidé autrement. Une décision qui pourrait déboucher sur un nouvel équilibre au Moyen Orient.

Teheran Times a évoqué avec Javed Rana, journaliste pakistanais de renom et expert en géostratégie, les nouvelles réalités politiques et stratégiques engendrées par les succès militaires de l’Iran après 6 semaines de guerre face à Israël et son principal soutien états-unien. Ce qui suit est le texte intégral de notre entretien.

Le Pakistan se révèle comme nouveau médiateur entre l’Iran et les Etats-Unis. Quelles sont les considérations stratégiques qui ont poussé Islamabad à endosser ce rôle ? Et quel est le poids diplomatique du Pakistan par rapport aux intermédiaires classiques comme le Oman ou le Qatar ?

Avant de répondre à votre question, permettez-moi de vous dire que, au début de la guerre imposée à l’Iran, lePakistan s’est trouvé devant un dilemme. Il y avait d’un côté l’Arabie Saoudite, avec le pacte de défense qui lie les deux pays, et de l’autre côté, notre voisin immédiat, l’Iran, avec qui nous entretenons les meilleures relations.

Et puis, bien entendu, il y avait aussi les Etats-Unis, toujours à la recherche de combines en coulisses. Le Pakistan a près de 900 kilomètres de frontières avec l’Iran. Donc on imagine bien que la CIA a recherché sa coopération, au minimum pour lui procurer des bases militaires ou partager ses renseignements sur les facilités stratégiques de l’Iran.

Au total, le Pakistan était soumis à une pression intense de tous les côtés. Il lui fallait prendre une décision qui ne lui aliènerait aucune des parties. Sans aider militairement aucun des belligérants, il devait assumer une position permettant d’apporter une solution au conflit plutôt que d’en devenir une partie prenante.

A dire vrai, la pression la plus intense venait de l’Arabie Saoudite. Ils ont essayé d’invoquer le soit-disant pacte de défense, contre l’Iran. En même temps, les Emirats essayaient de pousser le Pakistan à répliquer militairement à l’Iran, comme si l’Iran avait attaqué l’avait attaqué. Mais pour le Pakistan, il était tout simplement impossible d’attaquer l’Iran.

L’opinion publique pakistanaise est en faveur du pacte entre le Pakistan et l’Arabie Saoudite. Mais pour elle, cette entente vise à assurer une défense commune contre l’état d’apartheid israélien. Elle n’est pas dirigée contre un pays islamique frère.

Le Pakistan a une longue tradition d’engagement avec les grandes puissances et sait comment naviguer au milieu des jeux de pouvoir auxquelles elles se livrent, d’où la maturité de sa réaction. En coordination avec la Turquie, il s’est employé à convaincre l’Arabie Saoudite. Leurs efforts ont été couronnés de succès.

Le Pakistan a expliqué aux Saoudiens que l’ennemi n’est pas en Iran, que la vraie menace vient d’Israël. Un état que je considère à bien des égards comme une théocratie d’apartheid dotée de visions expansionnistes.

En se réclamant d’écritures idéologiques erronées, l’état d’apartheid cherche à avancer ses desseins expansionnistes dans la région. Sa stratégie de toujours cherche à déstabiliser les pays musulmans par la guerre ou le chaos, et à les pousser à s’affronter entre eux. Sur cette base, Islamabad a pu défendre l’idée qu’il n’était pas souhaitable d’attaquer l’Iran, déjà soumis à une attaque à grande échelle par Israël et les Etats-Unis.

A ce moment-là, l’espace aérien iranien était largement monopolisé par Israël et les Etats-Unis. La question se posait donc de savoir si en rajouter dans l’escalade pouvait avoir une quelconque utilité ?

C’était juste une question de bon sens. En ripostant à l’Iran, le Pakistan aurait été perçu par une large partie de l’opinion des pays musulmans comme une marionnette. Les gens ne seraient pas allés voir ce que disait le pacte de défense. Ils auraient tiré la conclusion que le Pakistan se rangeait du côté d’Israël contre un pays musulman frère.

Je pense que c’est le type d’arguments avec lesquels le Pakistan a pu convaincre l’Arabie Saoudite.

Les Emirats Arabes Unis, eux, sont en réalité une excroissance de l’état d’apartheid israélien au sein du Moyen Orient. Il agit comme un état satellite de l’entité sioniste.

Le problème pour le Pakistan, c’est qu’il avait contracté une dette importante, de 3 à 4 milliards de dollars, auprès des Emirats. Une dette que Dubaï a utilisé comme moyen de pression si l’on en croit les dires de certains. Les EAUs auraient demandé au Pakistan le remboursement de cette dette dont une partie date de 1996. Le Pakistan a choisi de s’en libérer, malgré la fragilité de son économie[1].

On comprend donc pourquoi les relations entre le Pakistan et les Emirats se sont détériorées. A mon avis, c’est plutôt une bonne chose pour le Pakistan. Les Emirats jouent en effet un rôle déstabilisateur en soutenant, aux côtés de l’Inde et d’Israël, des groupes terroristes au Baloutchistan[2]. Il est aussi probable que les investissements émiratis au Pakistan lui servent de paravent pour mener des opérations d’espionnage qui mettent en péril les intérêts sécuritaires pakistanais.

Pour en revenir à votre question, il faut comprendre comment le Pakistan s’est retrouvé à arbitrer un possible accord.

Du point de vue stratégique iranien, même si les Etats-Unis ont entamé son potentiel militaire, l’Iran continue à dominer stratégiquement. A mon sens, les Etats-Uniens ont largement sous-estimé la robustesse militaire et le positionnement géostratégique de l’Iran. Les décideurs iraniens pensent sur le long-terme. Ils ne sont pas à la recherche de gains à court-terme. La riposte iranienne a redessiné l’environnement stratégique au Moyen Orient.

L’Iran a d’emblée étendu le champ de la confrontation aux installations essentielles disséminées dans les divers pays du Moyen Orient, en particulier les radars et les installations militaires. Cela a créé un véritable choc pour Washington, forcé de réévaluer ses calculs régionaux.

Autre facteur stratégique majeur : le détroit d’Ormuz. La simple menace contre ce goulet d’étranglement a suffi à affoler les marchés mondiaux. Près de 20% de tout le pétrole consommé dans le monde passe par ce détroit. Une grande partie des importations d’énergie des pays d’Asie du Sud Est dépend de cette voie. La moindre perturbation des flux du détroit produit un effet inflationniste mondial, y compris aux Etats-Unis et en Europe.

Cela a bien sûr des implications politiques aux USA mêmes, en particulier dans le contexte de l’approche des élections de mi-mandat. Il faut rechercher là l’origine de la démarche des Etats-Unis, venus demander l’aide du Pakistan. De son côté, le Pakistan était plus que content d’apporter son concours gagnant une occasion de renforcer ses liens d’intérêt tant avec les USA qu’avec l’Iran.

Le Pakistan a assumé son rôle de faiseur d’accord d’une façon novatrice.

A la différence du Sultanat d’Oman, le Pakistan jouit d’une capacité institutionnelle. L’appareil militaire pakistanais a de tout temps été largement impliqué dans la sphère politique, une propension contestée au sein même du pays. Mais cela lui a permis d’acquérir une immense expérience diplomatique et stratégique au cours des décades passées.

De son côté, le ministère des affaires étrangères peut s’enorgueillir d’une longue tradition diplomatique. En 1971, c’est le Pakistan qui a permis l’ouverture diplomatique entre les USA et la Chine. Le Pakistan a aussi joué un rôle essentiel dans le retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan et la signature des accords de Genève à la fin des années 1980. Plus récemment, en 2020, le Pakistan a facilité les pourparlers entre les Talibans et les États-Unis qui ont conduit au retrait des troupes US d’Afghanistan. Des réussites qui expliquent pourquoi le Pakistan était mieux placé que le Oman ou que beaucoup d’autres pays pour faire face à la crise actuelle.

Le Pakistan était d’autant mieux à même de jouer un rôle positif qu’il avait beaucoup à perdre entre la pression de l’Arabie Saoudite, le souci de continuer à bénéficier de l’aide militaire des Etats-Unis et la nécessité que l’Iran n’abandonne pas sa politique de neutralité à son égard.

A la différence des pratiques de médiation antérieures, où les parties ne se parlaient que de façon indirecte, il semble que le Pakistan ait pu engager plus activement les deux parties. Les désaccords étaient très marqués au départ. Par exemple, les Etats-Unis exigeaient que l’Iran abandonne son programme nucléaire alors que l’Iran indiquait qu’il était prêt à accepter un moratoire de cinq ans. Le Pakistan a cherché à rapprocher les positions en suggérant une proposition intermédiaire, parlant d’une dizaine d’années. De cette façon, le Pakistan a pu avancer des idées et prendre un rôle actif dans la définition des éléments de l’accord en discussion.

Le Pakistan, en entrant dans le détail des négociations et en faisant des propositions à la fois aux Iraniens et aux Etats-Uniens a permis aux deux parties de se rapprocher d’un accord. Je pense qu’il pourrait être possible d’arriver au final à un résultat proche du JCPOA signé en 2015, avec des amendements reflétant les nouvelles réalités géopolitiques.

Ce que sera exactement l’accord final est difficile à prédire. Pour ma part, je pense qu’il actera une victoire stratégique de l’Iran. Et qu’il marquera le début d’une réduction de l’implication militaire des USA au Moyen Orient.

Je doute que les états arabes continuent à faire confiance aux Etats-Unis. Les bases états-uniennes sur leur sol se sont révélées problématiques : elles ont attiré les attaques iraniennes. Sans ces bases, la situation n’aurait pas évolué de façon si dramatique pour ces états, en particulier pour les Emirats dont l’économie a frôlé la catastrophe.

Je pense qu’une profonde réflexion est en cours sur l’architecture de sécurité au Moyen Orient et sur qui pourra garantir cette sécurité. Beaucoup d’états ont maintenu des forces armées délibérément faibles par peur qu’une armée forte ne fomente un coup pour les renverser. La conséquence c’est qu’ils sont restés fortement dépendants d’un parapluie de sécurité extérieur.

Maintenant, ils sont à la recherche d’une nouveau cadre de sécurité.

Dans cette refonte, les Emirats Arabes Unis jouent un rôle négatif. Plusieurs sources indiquent qu’ils conseillent aux pays qui ne l’ont pas encore fait de normaliser leurs relations avec Israël et de réfléchir à un parapluie sécuritaire israélien. Le Pakistan et la Turquie, eux, proposent des idées alternatives, y compris une alliance militaire entre le Pakistan, l’Arabie Saoudite, la Turquie et l’Egypte. L’idée maitresse derrière cette proposition est que la véritable menace vient non pas de l’Iran, mais de l’instabilité régionale et de l’agressivité de l’état d’apartheid.

Je pense que cette alliance des quatre finira par se concrétiser. Elle ne sera pas dirigée contre l’Iran, parce que les représailles de l’Iran ont ciblé spécifiquement les bases états-uniennes qui étaient utilisées pour l’attaquer. Des bases militaires dont les pays du Golfe avaient accepté l’installation sur leur territoire à la suite de l’attaque du Koweit par l’Iraq au début des années 1990.

Ces pays ont parlé d’atteinte à leur souveraineté lors des frappes de représailles iraniennes sur ces bases qu’ils hébergent. Mais on peut se poser la question de savoir de quelle souveraineté ils parlent lorsqu’ils acceptent le stationnement de troupes étrangères sur leur terres.

C’est en ce sens que je pense que l’Iran a obtenu des gains stratégiques significatifs. Dès le début, l’Iran a appelé à la fin de la présence états-unienne dans le Moyen Orient. Les Etats-Unis maintiennent de nombreuses installations militaires dans toute la région, une présence qui pourrait s’amenuiser graduellement. Cela n’arrivera pas de façon soudaine, ce n’est pas une question de jours, de semaine ou même de mois, mais cela sera certainement le cas dans les années à venir.

Donald Trump, on le sait, n’est pas incliné vers les dépenses militaires de long terme à l’étranger. Il demandera aux pays du Golfe eux-mêmes de financer la reconstruction des bases détruites, une facture qui pourrait se monter à des milliards de dollars[3]. Je ne pense pas que les pays du Golfe soit enthousiasmés par l’idée, en particulier après que ces bases se soient révélées être plus des sources d‘ennuis qu’une protection efficace.

Donc, de ce point de vue, l’Iran a obtenu un succès stratégique.

L’économie iranienne a souffert des sanctions états-uniennes et européennes. Mais il y a une leçon à retenir : une nation qui dispose de capacités militaires suffisamment fortes peut garantir sa sécurité malgré les difficultés économiques. A l’inverse, les pays qui ont une économie florissante mais des capacités militaires insuffisantes restent vulnérables.

La meilleure démonstration de cet axiome vient de nous en être présenté avec l’affrontement entre l’Iran et les pays du Golfe. L’Iran a fait des choix stratégiques il y a plusieurs décennies. Sa force militaire lui assure maintenant un résultat qui n’aurait pas pu être atteint par la seule force économique. Les capacités militaires de l’Iran l’aideront même peut-être à reconstruire son économie en lambeaux. En face, la faiblesse militaire et la dépendance aux Etats-Unis ont tourné au désastre pour les monarchies arabes.

Il y a une analogie historique qi revient souvent dans les discussions stratégiques. Certains chercheurs ont ressuscité des leçons venues des débuts de l’histoire de l’Islam. Des leçons qui soulignent en particulier l’importance de maintenir des capacités de défense, même par temps difficiles. Ces exemples sont souvent cités à l’appui de l’intérêt de la déterrence stratégique.

Le Pakistan s’est aussi nourri de cette pensée stratégique. Le Pakistan, s’appuyant sur l’idée que la puissance de la déterrence renforce la sécurité nationale, est devenu une puissance nucléaire.

L’épisode de guerre que nous venons de voir a donc le potentiel de provoquer des changements politiques plus larges. Cela ne sera sans doute pas visible immédiatement, mais, à terme, les conséquences de cette guerre pourraient réformer en profondeur les dynamiques de pouvoir dans la région.

Avec la poursuite probable des négociations quelles sont les chances de succès ? Quelles mesures pourraient reconstruire la confiance et faire avancer les pourparlers ? Etes-vous optimiste sur les chances de les voir aboutir ?

Essayons de prendre un peu de recul. Les Etats-Unis ont besoin de sauver la face. Washington a essayé de créer l’impression que sa supériorité militaire restait incontestée. Mais le public et les observateurs du monde entier voient la réalité sur le terrain.

Il faut ici parler du déploiement de la marine états-Unienne en mer d’Arabie[4]. Ces manœuvres semblent surtout destinées à son public domestique. Il s’agit de créer l’impression que c’est la diplomatie coercitive états-unienne qui force l’Iran à s’asseoir à la table des négociations. A mon avis, rien n’est plus éloigné de la réalité.

L’Iran maintient la pression sur le détroit d’Ormuz. C’est ce qui a conduit les USA à contraindre Israël à accepter un Cessez le feu au Liban. C’est là une réalité. Les navires de guerre états-unien dans la région ont une fonction largement symbolique, répondant plus à des soucis domestiques qu’à une réelle tentative d’encercler l’Iran.

Même si ce déploiement naval est maintenu, je pense que nous sommes assez près d’un accord sur le nucléaire. Mais il ne faut pas sous-estimer ce que j’appelle les efforts israéliens pour faire dérailler la diplomatie. Un exemple récent de ces efforts est la façon dont Israël a fait capoter l’accord de cessez-le feu au Liban en massacrant des centaines de citoyens libanais.

Il y avait une réelle inquiétude quant à la sécurité de la délégation iranienne qui s’est rendue à Islamabad pour les pourparlers. Le Pakistan a dû fournir une escorte aérienne de peur qu’Israël ne prenne la délégation pour cible. Cette mesure a aussi eu pour effet d’envoyer un message clair à l’état d’apartheid : le Pakistan est sérieux dans ses efforts diplomatiques pour apporter une solution négociée à la plus grave crise du Moyen Orient.

[….]

Si Islamabad apparaît maintenant comme un interlocuteur de confiance, ce conflit a aussi intensifié les rivalités géopolitiques au niveau régional. Le Pakistan, l’Iran et peut-être l’Afghanistan pourraient évoluer vers la formation d’un bloc naturel. Même s’il est probable que les Etats-Unis réduisent leur implication militaire, ouvrant une nouvelle phase du conflit, les tensions ne vont pas disparaître entièrement.

Il faut aussi prendre en compte le changement massif de l’opinion publique internationale. Le génocide à Gaza et l’attaque contre l’Iran ont, selon moi, considérablement entamé le crédit d’Israël, y compris dans les pays occidentaux et aux Etats-Unis. Cela pourrait avoir des conséquences à long terme. Les prochaines administrations états-uniennes ne deviendront pas ouvertement anti-Israël mais elles pourraient limiter leur support inconditionnel à l’entité sioniste. Cela pourrait signifier moins d’aide militaire, moins de couverture diplomatique et de support politique dans les institutions internationales comme le Conseil de Sécurité de l’ONU.

De ce point de vue également, l’Iran pourrait engranger des bénéfices stratégiques sur le long terme.

Même si l’Iran doit faire face à d’importantes difficultés économiques dues aux sanctions, les marchés semblent déjà se préparer à ce que l’amélioration des relations diplomatiques entraine un reprise économique. On parle déjà de la possibilité d’un rétablissement de la devise iranienne et de l’économie si le face à face militaire se résorbe dans l’avenir proche. Si l’on parvient à un accord, l’Iran pourra alors commencer à se reconstruire économiquement.

Mais les tensions avec Israel ne disparaîtront pas pour autant. Avec l’approche des élections générales en Israel, certains politiciens maximalistes tels que Naftali Bennet ont lancé une campagne cherchant à imposer un narratif désignant la Turquie comme la prochaine cible après l’Iran.

C’est ce qui pousse la Turquie à rechercher les possibilités d’un cadre de sécurité régional impliquant l’Arabie Saoudite, l’Egypte et le Pakistan.

Le Pakistan reste prudent devant ces développements régionaux. Pour Islamabad, un Iran déstabilisé aurait des implications importantes en termes de sécurité régionale et pour le Pakistan lui-même. La réflexion stratégique d’Islamabad englobe les multiples inquiétudes d’une guerre hybride : pression économique, opérations secrètes, support pour des groupes de militants qu’Israël pourrait mettre en place, particulièrement si le gouvernement iranien avait plié devant l’agression US et israélienne… Les Etats-Unis ne se sont pas privés d’utiliser les services d’Israël pour contrôler le Pakistan.

Un exemple de ces jeux d’influence nous en a été donné lors des négociations en coulisses entre le Pakistan et les Etats-Unis il y a trois ans. Islamabad cherchait le soutien de Washington pour convaincre le FMI de lui accorder un prêt de sauvetage. Les US ont alors conditionné leur aide à la limitation par Islamabad de son arsenal balistique qu’Israël considérait comme menaçant. Islamabad a refusé, affirmant que son arsenal était principalement dirigé contre l’Inde.

L’opinion publique au Pakistan joue aussi un rôle important. Le public est largement acquis à la cause palestinienne, et maintenant, de plus en plus, à la cause iranienne. Ce sentiment est largement partagé par-dessus les divisions sectaires. Le public Pakistanais adore haïr Israël.

Au total, mon impression est que les négociations vont avancer. Même s’il reste beaucoup d’obstacles à surmonter, le mouvement géopolitique global est en faveur de la diplomatie. S’il est couronné de succès, ce processus marquera un tournant dans les dynamiques politiques régionales et ouvrira la porte au rétablissement économique de l’Iran.

Pensez-vous que l’Iran et les Etats-Unis sont proches d’un accord ou qu’il faudra encore attendre un certain temps ?

J’espère que cela va arriver. Je suis très optimiste qu’un accord interviendra entre l’Iran et les Etats-Unis.

En réalité, le plus gros des détails a déjà été finalisé. Le plus difficile est sûrement la question nucléaire, mais je crois qu’il y a déjà un début d’entente sur ce sujet. Le désaccord porte sur le nombre d’années pendant lequel l’Iran devra suspendre l’enrichissement de son uranium. Vous savez que l’enrichissement est autorisé par l’Agence internationale de l’Energie Atomique, mais l’Iran est prêt à renoncer temporairement à certaines activités d’enrichissement pour une période limitée.

Cela permettrait au président des Etats-Unis, Donald Trump, de sauver la face. Il pourrait ainsi présenter l’accord à son opinion publique comme un succès de sa diplomatie.

Je suis moins certain de ce qui pourrait être accepté en ce qui concerne le détroit d’Ormuz. Même si aucun accord n’est trouvé sur cette question, l’Iran a de facto établi une nouvelle réalité stratégique : toute nouvelle attaque contre l’Iran pourra aboutir à un nouveau blocage du détroit. Ce simple fait change également la donne stratégique.

On parle aussi de la possibilité que les Etats-Unis libèrent une partie des avoirs iraniens qui sont gelés, environ 20 milliards de dollars. Cette mesure serait certainement de bon augure pour rebâtir la confiance perdue.

Des discussions sont également en cours au sujet d’une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU qui offrirait des garanties contre toute nouvelle escalade militaire. Même si le droit international n’est pas toujours appliqué, ce mécanisme représente encore un cadre international crédible.

Le souci est qu’Israël fonctionne en dehors de ce cadre. Ses mécanismes décisionnels sont perçus comme faisant peu de cas du droit international. Cela crée bien sûr une zone d’incertitude, même en cas d’accord.

Si un accord est signé, cela pourrait avoir des conséquences politiques en Israël même. A mon avis, le premier ministre Benjamin Netanyahu pourrait avoir à faire face à une situation politique difficile sur le plan domestique.

Une autre considération à mentionner est que le changement de régime en Iran reste un des objectifs à long terme des Etats-Unis et d’Israël. Un objectif qui se heurte au fait que le système iranien ne repose pas seulement sur un gouvernement. Il est profondément enraciné dans un système idéologique. Les gouvernements peuvent changer, les dirigeants peuvent être assassinés, mais il est beaucoup plus difficile d’éliminer une idéologie.

Je pense que les décideurs occidentaux ont largement sous-estimé ce point. Par exemple, le système de gouvernance est resté intact même après les assassinats ciblés des dirigeants politiques et militaires iraniens. On a vu ce même type de dynamique à l’œuvre dans d’autres mouvements de la région tels que le Hamas, dont les dirigeants ont été éliminés l’un après l’autre, sans que cela n’entame en profondeur sa structure idéologique et organisationnelle. Le Hamas a non seulement survécu mais il se développe de nouveau sur le terrain.

C’est la démonstration d’une réalité stratégique plus large : l’action militaire à elle seule ne peut pas venir à bout facilement de ces mouvements idéologiques. Même lorsque les dirigeant sont éliminés, les structures organisationnelles et les réseaux continuent à travailler.

Cela envoie un message à la fois à Israël et aux Etats-Unis : vous affrontez une réalité idéologique qui survit grâce à ses valeurs de résistance et de patience stratégique à long terme. Les moyens militaires seuls ne suffiront pas à résoudre ce conflit

Quels sont les objectifs stratégiques poursuivis par les USA à travers leur blocus naval de l’Iran ? L’interprétez-vous comme une tactique de pression militaire ou un levier pour forcer les négociations ?

Je pense qu’il s’agit plus d’un outil de propagande pour le public états-unien. Sa fonction essentielle semble être de donner l’impression que la diplomatie coercitive maniée par les Etats-Unis a permis d’amener l’Iran à la table des négociations et de justifier l’usage de la force.

Ce soi-disant blocus n’a en fait rien modifié de la situation sur le terrain. Les bateaux chinois, par exemple, continuent à emprunter le détroit d’Ormuz et leur commerce avec l’Iran ne s’est pas arrêté. En réalité, le blocus n’a pas d’effets pratiques.

Cela n’empêche bien sûr pas les médias occidentaux d’amplifier le narratif de Washington, décrivant le déploiement naval comme une démonstration de force. Ce qui va bien avec le fait que ce déploiement soit essentiellement un outil médiatique et politique visant à donner à Donald Trump les traits d’un puissant leader.

Lorsque la guerre sera terminée, je doute que le blocus reste d’actualité. L’attention se tournera plutôt vers les implications économiques du conflit. En particulier si on observe une utilisation accrue de devises alternatives telles que le Yuan chinois pour les transactions régionales.

Si les pays du Moyen Orient décident d’utiliser plus largement le Yuan pour les transactions pétrolières, cela réduira progressivement la demande pour le dollar états-unien. Etant donné que l’économie Etats-Unienne est déjà fortement endettée -sa dette nationale dépasse les 39 trillions de dollars- une telle évolution entrainera une pression inflationniste aux Etats-Unis même.

Les monarchies du Golfe ont traditionnellement joué un rôle central pour assurer la viabilité du système financier globalisé basé sur le dollar. Si elles diversifient leurs moyens de paiement, cela aura des conséquences à long-terme pour les Etats-Unis.

C’est là un autre des résultats stratégiques obtenu par l’Iran au travers de la séquence en cours. Le conflit a accéléré les discussions sur les alternatives à la dollarisation du commerce international. Les effets ne seront peut-être pas immédiatement visibles mais seront potentiellement significatifs sur le long terme.

Le chef des armées pakistanaises, le Général Asim Munir, a récemment accompli une visite de trois jours à Téhéran, dans le cadre des efforts de médiation. Est-ce que, pour vous, cette visite marque un tournant dans le rôle diplomatique du Pakistan ?

Il faut tenir compte du contexte politique au Pakistan. Le précédent premier ministre, Imran Khan, reste très populaire. Il est pourtant actuellement en prison, sur la base d’accusations que ses partisans regardent comme motivées politiquement. Certains partis d’opposition ont aussi affirmé que les résultats des élections qui ont empêché le parti de Khan de former le gouvernement au début de 2024 étaient truqués.

En conséquence, le rôle politique de l’armée est regardé de façon critique par une majorité de personnes. Pourtant, en ce qui concerne la politique extérieure et la sécurité nationale, l’armée a toujours joué un rôle essentiel. C’est encore une fois le cas.

Dans cette situation, le rôle du Général Asim Munir apparaît comme positif. En tant qu’ex-chef du renseignement militaire et ex-dirigeant de l’Inter-Services Intelligence[5], il a une large expérience de gestion des problèmes politiques et diplomatiques. Cette expérience l’a beaucoup aidé dans ses efforts de médiation entre l’Iran et les Etats-Unis.

Il faut aussi souligner le rôle du ministère des affaires étrangères iranien et de son ministre en exercice qui ont travaillé en commun avec la direction militaire. A eux deux, ils ont aidé à bâtir des ponts entre les deux parties du conflit.

On a écrit que la direction pakistanaise avait encouragé l’Iran à faire des concessions limitées dans le cadre d’une stratégie plus large. Dans le court terme, ces concessions peuvent apparaître comme des compromis. Mais l’idée est qu’elles profiteront à l’Iran sur le long terme – en particulier si le processus de négociations aboutit à une réduction de la présence militaire états-unienne dans la région.

Si cette interprétation est correcte alors, oui, la visite du général Asim Munir à Téhéran représente en effet un moment important dans les efforts de médiation consentis par le Pakistan.

Pensez-vous que le général Asim Munir a influencé personnellement les négociations ?

Pour moi, le général Asim Munir s’est trouvé dans une position unique. Je ne peux bien sûr pas me prononcer avec certitude sur ses opinions personnelles vis-à-vis d’Israël mais il est raisonnable de penser que la direction pakistanaise prend en compte les dynamiques régionales et les opérations secrètes ou déclarées d’Israël dans les pays musulmans.

Il semble que le général Munir ait un accès direct au président Trump. Certaines allégations font état d’opportunités offertes par le Pakistan dans le domaine des cryptomonnaies et des minéraux qui se sont révélées très lucratives pour la famille Trump. Des opportunités qui ont très certainement favorisé l’établissement de relations personnelles entre le général Asim Munir et Trump.

Ce sont ces éléments qui expliquent comment le Pakistan, où l’armée a le mot de la fin sur tout sujet d’importance, a pu gagner les faveurs de la Maison Blanche. Ces liens personnels avec Trump l’ont aidé à contrecarrer les efforts des Etats-Unis pour obtenir la libération de Khan.

Imran Khan est très largement considéré comme une force unificatrice au service de la cause musulmane et il ne cache pas son opposition aux visées hégémoniques de l’état d’apartheid sur le Moyen Orient.

Dans ce contexte, le général Munir a agi avec sagacité. Une des principales divergences entre l’Iran et les Etats-Unis est la question du programme nucléaire civil iranien. Alors que Washington exigeait initialement que l’Iran abandonne totalement ce programme, Téhéran insistait sur son droit à garder ses capacités nucléaires civiles. Il semble qu’un terrain d’entente ait pu être trouvé. D’après ce que j’en comprends, l’Iran aurait accepté de suspendre certaines des aspects e son programme nucléaire pour une période limitée, peut-être dix ans, mais cela reste très incertain.

Dans cette situation, le rôle du Pakistan a surtout été d’aider les parties à trouver une issue leur permettant de sauver la face. Le ministère des affaires étrangères, son ministre et les diplomates les plus expérimentés ont joué un grand rôle dans la mise en forme des éléments de l’accord.

A la différence des médiateurs plus traditionnels, Le Pakistan s’est profondément engagé diplomatiquement et stratégiquement. La direction pakistanaise semble avoir mis en forme de manière très active des parties essentielles de l’accord et a pu amener les parties à s’en rapprocher. La crainte principale reste la réaction d’Israël qui pourrait organiser un coup bas pour faire dérailler les négociations. C’est une vraie menace.

Pour finir, est-ce qu’il y a d’autres éléments essentiels pour comprendre l’évolution de la situation régionale et les négociations en cours que nous n’avons pas couverts et qui mérite d’être discutée ici ?

Je pense que le nouveau paysage stratégique qui est en train de se dévoiler au Moyen Orient et au-delà devrait conduire l’Iran à adopter une nouvelle posture diplomatique.

Dans le passé, l’Iran a pu être perçu comme attisant les tensions sectaires dans le cadre des conflits en Syrie, en Irak et au Yemen. Dans le contexte régional actuel, l’Iran doit prendre au sérieux cette perception. La sympathie à l’égard de l’Iran s’est beaucoup renforcée dans des pays comme le Pakistan. A la fin de la guerre, Téhéran devra s’abstenir de toute action, message etc… qui pourraient être compris comme ravivant les divisions sectaires.

Il y a déjà quelques tentatives plus ou moins timides de ranimer ces tensions. L’opinion publique y a résisté de façon opiniâtre, mais cela reste quelque chose auquel l’Iran doit faire attention.

Il y a aussi la possibilité de voir s’affirmer une alliance des quatre pays : Pakistan, Arabie Saoudite, Turquie et Egypte. Si cette alliance voit le jour, l’Iran pourrait s’y joindre dans un futur pas trop éloigné. Cela représenterait un changement tectonique des dynamiques de sécurité dans la région.

L’Iran pourrait y trouver un bénéfice en projetant l’image d’un pays transcendant les divisions sectaires. Pour le moment, l’opinion publique est très favorable à l’Iran. Maintenir cette perception renforcerait puissamment sa position stratégique.

Si l’Iran venait à joindre cette alliance régionale -en particulier aux côtés du Pakistan qui dispose de la déterrence nucléaire- cela réduirait fortement les risques d’une nouvelle agression militaire contre lui.

Il faut comprendre que la déterrence nucléaire est fortement prise en compte dans les calculs des stratèges états-uniens. Des pays comme la Corée du nord ou le Pakistan n’ont jamais eu à subir d’agression de la part des USA parce qu’ils disposent de capacités nucléaires.

Les réalités géostratégiques de ce monde savent être féroces et elles obligent l’Iran à considérer soigneusement ses options stratégiques sur le long terme. Disposer d’armes de déterrence stratégique empêchera les USA et Israël de répéter leur agression contre l’Iran.

Les pays qui ne possèdent pas l’arme nucléaire restent le plus souvent vulnérables aux menaces extérieures. Prenons comme exemple la Lybie, détruite par une intervention militaire états-unienne après qu’elle eut abandonné son programme nucléaire. Une situation que beaucoup d’analystes décrivent comme la ‘dure réalité de la géopolitique’.

De même, dans le cadre du Mémorandum de Budapest, l’Ukraine a renoncé à ses armes nucléaires contre des garanties de sécurité offertes par la Russie et les Etats-Unis. Mais la suite de l’histoire (l’attaque de l’Ukraine par la Russie en février 2022)-  a mis à mal l’intérêt de ces garanties.

Je pense que les pays qui ne possèdent pas de déterrence nucléaire resteront toujours vulnérables à une intervention militaire extérieure. Dans ce cadre, la déterrence nucléaire est souvent vue comme un facteur essentiel pour la détermination de la stabilité stratégique dans la dure réalité géostratégique de notre monde.


[1] NdT Le 15 avril, l’Arabie Saoudite a consenti à Islamabad un prêt de 3 milliards de dollars qui lui a permis de rembourser les Emirats

[2] NdT Le Baloutchistan est un territoire à cheval entre le Pakistan et l’Iran, en proie depuis des décennies à des tensions séparatistes. Ces tensions sont attisées par Israël et les Etats-Unis (et apparemment les Emirats Arabes Unis) en particulier en Iran dans un but de déstabilisation de la république islamique.

[3] NdT : Deux articles récents viennent préciser l’étendue des dommages infligés aux bases états-uniennes par l’Iran et le prix de leur reconstruction éventuelle, évaluée par CNN entre 15 et 25 milliards de dollars.

[4] NdT : la mer d’Arabie est l’espace maritime où débouche le détroit d’Ormuz, entre le Oman et l’Inde. Il forme la partie nord de l’océan Indien.

[5] NdT : L’ISI, équivalent de la CIA états-unienne, est une puissante organisation d’espionnage et d’opérations secrètes. On retiendra le rôle essentiel joué lors de la guerre d’Afghanistan dans les années 1980, où elle agissait en tant que proxy de la CIA, fournissant armes et financement aux organisations de ‘moudjahidines’ et recrutant des djihadistes étrangers à travers le monde musulman. Un modèle repris dans bien d’autres opérations de l’empire occidental dont en particulier la déstabilisation de la Syrie dans les années 2010. 

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