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La France retourne dans la rue, avec un million et demi de voix contre l'austérité : le vrai pays conteste le pouvoir de Macron (Aurelio Tarquini)
L'Europe s'enthousiasme, voici nos amis italiens qui analysent la situation et les enseignements qu'elle apporte au reste de l'Europe... Ce n'est pas que nous sachions nécessairement où nous allons mais nous y allons et mieux nous serions en rrain de nous organiser...
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : www.farodiroma.it
De Paris à Marseille, de Lyon à Bordeaux, des centaines de manifestations déferlent sur la France. Travailleurs, étudiants, enseignants, retraités et personnes en situation d'emploi précaire se rassemblent pour réclamer un salaire décent, des services publics de qualité, le droit à l'éducation et une répartition plus équitable des richesses. Le 5 novembre marque une nouvelle étape dans la contestation sociale et constitue un signal d'alarme politique qu'il est impératif de ne pas ignorer.
La France renoue avec la contestation dans la rue. Et le message qui émane de Paris et d'autres villes du pays est bien plus fort qu'une simple journée de grève. C'est le signal d'une société qui refuse désormais que le poids des difficultés économiques, des choix budgétaires et des contradictions du système repose toujours sur les mêmes personnes : salariés, jeunes, retraités, familles à faibles revenus et usagers des services publics.
Le 5 novembre 2026 est ainsi devenu un événement d'une grande portée politique et sociale. La mobilisation, initiée par les syndicats et soutenue par les étudiants, a touché plus de deux cents villes, avec plus de 250 manifestations et protestations. La CGT a revendiqué près de 1,6 million de participants à travers la France, tandis que le ministère de l'Intérieur a avancé une estimation provisoire d'environ 600 000 personnes. À Paris, selon le syndicat, 350 000 manifestants ont participé. Ces chiffres, variables comme c'est souvent le cas pour les grandes manifestations, n'enlèvent rien à l'ampleur extraordinaire de la participation.
Nous n'assistons pas à une protestation limitée à une seule catégorie professionnelle ou à une seule revendication. Ce qui se manifeste, c'est un profond malaise social, qui remet en question un modèle économique où la croissance, lorsqu'elle survient, ne se traduit pas automatiquement par la sécurité, le bien-être et la dignité de la majorité de la population.
La question salariale est devenue un enjeu démocratique.
Au cœur de cette mobilisation se trouvent les salaires, le pouvoir d'achat, l'emploi et la défense des services publics. Mais derrière ces mots se cache une réalité quotidienne faite de salaires insuffisants, de loyers de plus en plus difficiles à payer, de pensions insuffisantes et de familles contraintes de renoncer aux soins de santé, à l'éducation et aux achats essentiels.
Lorsqu'un travailleur ne parvient pas à joindre les deux bouts malgré un emploi, il ne s'agit pas seulement d'un problème économique : c'est une atteinte à la dignité humaine. Lorsqu'un jeune ne peut envisager un avenir stable, lorsqu'une école manque d'espace et de matériel, lorsqu'un hôpital public est contraint de fonctionner dans des conditions de plus en plus difficiles, c'est tout le contrat social qui est remis en question.
Les manifestations françaises démontrent que la question des salaires est indissociable de celle de la justice sociale. Il ne suffit pas d'exiger des citoyens qu'ils soient compétitifs, productifs et prêts à faire des sacrifices. La richesse produite par le travail doit être répartie plus équitablement, et l'État doit à nouveau garantir les droits et les protections, au lieu de considérer les dépenses sociales comme un fardeau à réduire.
Les étudiants se tiennent aux côtés des travailleurs : une manifestation qui parle aussi de l'avenir.
L'implication des jeunes générations est particulièrement significative. Les élèves et lycéens ne sont pas simplement un élément supplémentaire des manifestations : ils en représentent l'âme même. Leurs protestations sont motivées par les conditions difficiles dans les écoles, la surpopulation des classes, le manque de ressources et l'incertitude quant à leurs perspectives d'études et d'emploi.
La convergence entre le monde du travail et le mouvement étudiant est l'un des aspects les plus intéressants, sur le plan politique, de la situation actuelle. Les jeunes comprennent que leur avenir dépend non seulement de leurs diplômes ou de leurs perspectives d'emploi, mais aussi de la qualité de la société dans laquelle ils vivront. C'est pourquoi leurs revendications rejoignent celles des enseignants, des travailleurs des secteurs public et privé, et des familles.
Cette rencontre nous rappelle l'importance de reconstruire une alliance sociale entre les générations, en dépassant l'opposition artificielle entre ceux qui travaillent aujourd'hui et ceux qui devraient travailler demain. La précarité des jeunes et l'appauvrissement des travailleurs sont, en réalité, les deux faces d'une même crise.
La crise du modèle libéral et les responsabilités politiques
Il est impossible de comprendre la situation en France sans tenir compte du contexte politique et économique dans lequel les manifestations se sont développées. Le gouvernement d'Emmanuel Macron peine depuis longtemps à obtenir un consensus. Les politiques économiques, les tensions liées aux dépenses publiques et les difficultés à répondre aux besoins sociaux ont alimenté un fossé grandissant entre les institutions et une part importante de la population.
Le problème ne concerne pas seulement Macron en tant que président, mais une approche politique qui a privilégié la compétitivité, la maîtrise des dépenses et la discipline des finances publiques, sans proposer de solutions convaincantes aux inégalités et à la précarité sociale.
C’est précisément ce point politique que les rues françaises remettent au centre du débat : on ne peut considérer comme inévitable que les plus faibles en paient toujours le prix, tandis que les mécanismes qui concentrent la richesse et le pouvoir restent intacts.
La défense des services publics, de la santé, de l'éducation, des transports et de la protection sociale n'est pas une revendication d'entreprise. C'est un combat pour une démocratie réelle, car sans droits sociaux effectifs, même les droits formellement reconnus risquent de devenir des privilèges accessibles uniquement aux plus aisés.
De plus, cette mobilisation intervient à un moment particulièrement délicat, à l'approche des élections présidentielles de 2027 et alors que les forces politiques s'emploient déjà à interpréter et à gérer le mécontentement. Le risque est qu'une protestation née de besoins réels soit également récupérée par des forces nationalistes et extrémistes promettant des solutions simplistes et accusant les migrants et les minorités de problèmes aux racines économiques et politiques bien plus profondes.
La répression ne saurait être la solution.
Un autre facteur à prendre en compte est le maintien de l'ordre public. Le gouvernement a mobilisé environ 70 000 policiers et gendarmes, dans un climat de fortes tensions suite aux incidents du 17 octobre. Tout au long de la journée du 5 novembre, des affrontements et des interventions policières ont eu lieu dans certaines villes, tandis que de nombreuses manifestations sont restées pacifiques.
Il est essentiel de bien distinguer les manifestations démocratiques des actes de violence et de destruction. Mais il est tout aussi essentiel d'empêcher que des incidents de désordre ne servent de prétexte à délégitimer un mouvement social d'une telle ampleur.
Le droit de grève et de manifestation est un acquis fondamental de la démocratie européenne. Répondre à ces revendications ne saurait se limiter aux seuls services de l'ordre public. Il est indispensable d'écouter, de dialoguer et, surtout, de prendre des décisions politiques capables d'améliorer concrètement les conditions de vie des citoyens.
On ne résout pas une crise sociale en transformant les rues en zone de sécurité. On la résout en s'attaquant aux causes qui poussent des centaines de milliers de personnes à quitter leur domicile pour manifester.
Une leçon qui concerne également l'Italie et l'Europe
Ce qui se passe en France doit également être suivi de près en Italie. Les difficultés liées au pouvoir d'achat, à la précarité de l'emploi, à la crise du système de santé publique, aux inégalités régionales, à la détresse des jeunes et à la perte progressive de confiance dans les institutions ne sont pas des problèmes exclusivement français.
Dans notre pays également, un fossé se creuse entre les conditions de vie de millions de citoyens et les priorités des politiques économiques. En Italie aussi, le monde du travail, les syndicats, les étudiants et les mouvements sociaux sont appelés à reconstruire une capacité d'initiative collective.
La leçon française est que les mobilisations peuvent se renforcer lorsque les revendications ne sont plus isolées, mais s'inscrivent dans un programme commun. Salaires, retraites, éducation, santé, droit au logement, emploi stable et protection des biens communs font tous partie d'un même combat pour une société plus juste.
Il existe ensuite un enjeu européen qu'il est impossible d'ignorer. L'Union européenne ne peut plus exiger de ses citoyens des sacrifices au nom de la stabilité financière, tout en négligeant l'investissement social, la lutte contre les inégalités et l'amélioration de la qualité de vie. Une Europe qui ne protège pas les travailleurs, les jeunes et les plus vulnérables risque d'alimenter les fractures démocratiques mêmes qu'elle prétend combattre.
La place comme lieu d'espoir et de participation
Le sens le plus important de cette journée en France réside peut-être précisément en ceci : des centaines de milliers de personnes ont choisi de ne pas se laisser abattre. Elles sont descendues dans la rue non seulement pour exprimer leur colère, mais aussi avec l’espoir d’un avenir meilleur.
Il est encore difficile de prédire si cette mobilisation parviendra à infléchir la politique gouvernementale ou à se transformer en un mouvement social durable. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé la tenue, lundi prochain, d'une conférence sociale réunissant les représentants syndicaux et patronaux, axée sur les salaires et le pouvoir d'achat. Ce sera un premier test pour évaluer si les paroles se traduiront par des actions concrètes.
Mais une conséquence politique est déjà manifeste : la question sociale est revenue avec force au cœur de la vie publique française. Et attendre la fin des manifestations ne suffira pas à la considérer comme réglée.
La France possède une longue histoire de luttes populaires, de victoires syndicales et de mobilisations qui ont transformé le cours de la vie politique. De cette tradition découle un message qui transcende les frontières nationales : le travail n’est pas une marchandise, l’éducation n’est pas un poste de dépense à réduire, la santé n’est pas un privilège et la dignité humaine ne saurait être subordonnée aux intérêts financiers.
Dans une Europe ravagée par les guerres, la militarisation, les inégalités et la montée du nationalisme d'extrême droite, voir autant de personnes se mobiliser pour les droits sociaux représente également un signe d'espoir.
Car la démocratie ne se limite pas aux parlements et aux institutions. Elle vit aussi dans les usines, les écoles, les hôpitaux et sur les places publiques, lorsque les citoyens décident de s'unir pour exiger un avenir meilleur.
Et la France rappelle une fois de plus à l'Europe que l'histoire n'est pas terminée et que le changement peut venir de la base.
