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Tant qu'il n'y a pas d'œuvre commune, il y aura toujours de l'intolérance

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L'Europe un continent occupé par Thomas Fazi

Ce texte nous paraît faire le lien avec les mouvement de quasi révolte qui secouent l'Europe et en particulier la France. Ces mouvements ont une grande portée parce qu'ils témoignent de l'incapacité de l'impérialisme et de la classe capitaliste à faire face à l'instabilité intérieure. C'est selon nous l'enjeu principal du bras de fer à l'échelle planétaire que le système développe pour empêcher que naisse un nouvel ordre international. Mais dans le même temps, il nous paraît tout aussi évident que tant que ces mouvement ne mèneront nulle part tant qu'ils ignoreront le contexte de basculement historique dans lequel ils se déploient et l'adversaire principal. Il ne s'agit pas des USA mais du système impérialiste dont la classe dirigeants de cette nation est devenu le bras armé planétaire. Comme la France et la plupart des pays occidentaux en font partie en ayant depuis longtemps délégué leur souveraineté militaire, monétaire, culturelle au suzerain US dont la gestion engendre déjà la guerre civile. Mais cette guerre civile sera le lot des peuples tant qu'ils n'auront pas une perspective de leur propre positionnement et en quoi la guerre est devenue autant une manière de piller à l'extérieur que d'imposer à l'intérieur un rapport capital travail qui abolit tous les "conquis". Ce qui a été le système représentatif politique est entré dans une crise profonde et chacun mesure bien qu'une part du désespoir des citoyens français tient au fait qu'il n'attend rien des élections présidentielles. Pour nous malheureusement malgré la révolte des citoyens faute de cette prise de conscience ce sera une impasse qui pourtant nous le répétons participe puissamment à l'affaiblissement de l'impérialisme et peut-être en contraignant celui-ci au fascisme. Danielle Bleitrach

Publié par Danielle Bleitrach

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Source : www.nachdenkseiten.de

Article rédigé par l'équipe éditoriale .

Thomas Fazi se présente ainsi : Je suis journaliste, écrivain et traducteur anglo-italien (d'auteurs tels que Christopher Hitchens, George Soros et Robert Reich). Je vis à Rome, en Italie. J'écris principalement sur l'économie, la théorie politique et les affaires européennes. Parmi mes ouvrages figure « La Bataille pour l'Europe : Comment une élite a détourné un continent – ​​et comment nous pouvons le reprendre … »

Dans sa conférence au Forum Est-Ouest d'Istanbul, le 26 septembre 2026, le journaliste, écrivain et commentateur politique Thomas Fazi a déclaré que, selon lui, les pays européens avaient manifestement compromis leurs intérêts économiques et sécuritaires fondamentaux, notamment en lien avec la guerre en Ukraine. Il a soutenu que cela ne pouvait s'expliquer que par la vassalisation du continent, c'est-à-dire sa subordination aux intérêts transatlantiques, un processus en cours depuis la Seconde Guerre mondiale. Fazi a souligné que l'OTAN fonctionne davantage comme un appareil de contrôle du continent que comme une organisation de défense, tandis que l'UE constitue le bras politique de cet ordre impérialiste.

La conférence a été donnée en anglais et peut être visionnée ici avec des sous-titres en allemand.

L'intervention de Thomas Fazi s'est déroulée dans le cadre de la table ronde III, intitulée « L'Europe au-delà de l'UE et ses fondements philosophiques – Atlantisme, Eurasie et autonomie stratégique », lors du Forum Est-Ouest à Istanbul le 26 septembre 2026. La transcription est disponible ici en allemand :

L'Europe, un continent occupé

Mon discours lors de la première édition du Forum Est-Ouest à Istanbul

THOMAS FAZI, 14 OCTOBRE 2026

Voici la transcription de mon discours du 26 septembre lors de la première édition du Forum Est-Ouest à Istanbul. J'y soutenais que les pays européens avaient manifestement compromis leurs intérêts économiques et sécuritaires fondamentaux, notamment en lien avec la guerre en Ukraine, et que cela ne pouvait s'expliquer que par la vassalité du continent – ​​c'est-à-dire sa subordination aux intérêts transatlantiques, fruit d'un processus en cours depuis la Seconde Guerre mondiale. J'insistais sur le fait que l'OTAN fonctionnait davantage comme un instrument de contrôle du continent que comme une organisation de défense, et je précisais que l'UE constituait le bras politique de cet ordre impérialiste.

Je voudrais commencer mon intervention par une remarque faite ce matin par le professeur Panda, lorsqu'il a évoqué la résurgence de l'intérêt national. Cela m'a beaucoup fait réfléchir ; car si cela se vérifie pour de nombreux pays à travers le monde, il existe, à mon sens, une exception majeure à cette règle : l'Europe.

Au vu des mesures prises ces dernières années par les pays européens en matière de politique économique, de sécurité, de géopolitique et, plus particulièrement, concernant la guerre en Ukraine, il est impossible d'affirmer qu'ils ont agi dans l'intérêt national, quelle que soit la définition que l'on donne à ce terme. Les pays européens ont systématiquement compromis leurs intérêts économiques, sécuritaires et géopolitiques fondamentaux. Dès lors, la question qui se pose est : pourquoi ? À mon sens, deux explications sont possibles.

Une explication possible est la suivante : les chefs d’État et de gouvernement européens se sont trompés ; ils ont agi de manière imprudente. Malgré toutes les preuves évidentes du contraire, ils ont poursuivi – et poursuivent encore – ce qu’ils estiment être dans l’intérêt national de leur pays. S’il avait été impossible de prévoir les conséquences de cette politique, cette possibilité aurait pu être envisagée. Or, tel n’était absolument pas le cas. Par exemple, il était évident qu’une rupture des relations avec le gaz russe bon marché serait catastrophique pour l’Europe.

Nombre d'entre nous, moi y compris, l'avions déjà évoqué dès février ou mars 2022. Nous ne l'avions pas prédit par clairvoyance, mais parce que c'était une évidence. Il était tout aussi évident que l'Ukraine, même avec le soutien de l'OTAN, n'avait aucune chance de vaincre la Russie militairement ; par conséquent, il était tout aussi évident que privilégier une solution maximaliste et purement militaire au conflit serait une catastrophe pour l'Europe, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan sécuritaire. Cela était, bien entendu, d'autant plus vrai pour l'Ukraine elle-même.

Nombre d'entre nous l'affirment depuis le début. Dès lors, à moins de supposer que les dirigeants européens étaient trop stupides – et certains le sont sans doute – pour reconnaître cette réalité, pourtant évidente pour beaucoup d'observateurs, à savoir que cette politique était clairement contraire aux intérêts de l'Europe, et pour comprendre que s'y accrocher ne ferait qu'empirer les choses, il nous faut envisager une autre explication possible : les élites européennes n'ont depuis longtemps poursuivi ni les intérêts nationaux de leurs pays respectifs, ni les intérêts collectifs de l'Europe dans son ensemble.

En d'autres termes, l'approche réaliste classique, qui postule que tous les États tendent à défendre et à maximiser leurs intérêts économiques, militaires et autres, ne semble pas s'appliquer à l'Europe. De ce point de vue théorique, la voie empruntée par l'Europe demeure totalement irrationnelle. Il nous faut donc un cadre conceptuel différent pour comprendre la politique européenne ; et je crois que le cadre le plus pertinent en l'occurrence est celui de la « vassalisation ».

En clair : l’Europe – c’est-à-dire pratiquement tous les pays de l’UE et l’ensemble du pouvoir bruxellois – a été prise en otage par une élite transatlantique transnationale qui se moque éperdument des intérêts concrets de ses propres pays et qui, en réalité, défend des intérêts tout à fait différents : des intérêts privés, c’est-à-dire les intérêts d’une petite oligarchie – aujourd’hui principalement les intérêts des milieux financiers transnationaux et des structures militaro-industrielles – ainsi que des intérêts étrangers, à savoir ceux du noyau impérial de Washington (et, par ricochet, ceux d’Israël).

Comment en sommes-nous arrivés là ? Il s'agit sans aucun doute du résultat d'un très long processus qui a débuté immédiatement après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis ont alors identifié l'Europe comme l'un des piliers de leur stratégie de domination mondiale. Pour asseoir la puissance américaine à l'échelle planétaire, l'Europe devait être maintenue sous contrôle économique, militaire et même culturel. Depuis la Seconde Guerre mondiale, l'Europe est de facto occupée militairement par les États-Unis. Bien que quatre-vingts ans se soient écoulés depuis la fin du conflit, près de 100 000 soldats américains sont toujours stationnés sur le continent. Une trentaine de bases américaines stratégiques subsistent en Europe. Selon la version officielle, elles sont là pour nous protéger. De qui ? De la Russie, qui ne représente pourtant aucune menace réelle pour l'Europe ?

En réalité, j'affirmerais que la Russie elle-même ne représentait aucune menace réelle durant la Guerre froide. Cette menace était, en fait, largement fabriquée et amplifiée par l'OTAN elle-même. Bien sûr, l'OTAN n'a jamais eu pour objectif de défendre l'Europe. Son principal objectif a toujours été de maintenir l'Europe sous contrôle, de s'assurer que le continent reste subordonné aux intérêts stratégiques américains et de projeter la puissance américaine à l'échelle mondiale. C'était vrai hier, et ça l'est encore plus aujourd'hui. Aujourd'hui, l'OTAN veille non seulement à ce que l'Europe reste alignée sur les intérêts américains – et la guerre entre la Russie et l'Ukraine en est l'exemple le plus flagrant – mais elle sert également à projeter la puissance américaine dans le monde entier. Récemment encore, le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, connu pour ses déclarations implicites, a affirmé que 5 000 sorties aériennes avaient été effectuées depuis des bases américaines en Europe en soutien à l'agression américano-israélienne contre l'Iran.

L'Europe est donc pleinement complice de cette attaque contre l'Iran, malgré les condamnations de certains responsables politiques. En réalité, elle constitue un maillon essentiel de l'infrastructure logistique de la puissance militaire américaine, lui permettant d'opérer aussi bien vers l'est, en direction de la Russie, que vers le sud, en direction du Moyen-Orient. Tous les discours autour de l'« OTAN 3.0 » ou les récits concernant la prétendue rupture entre l'Europe et les États-Unis ne sont donc que du théâtre. Au contraire, l'OTAN 3.0 ne fera que renforcer la subordination de l'Europe à l'« alliance ».

L'OTAN n'était, bien sûr, qu'un instrument parmi d'autres. L'appareil de sécurité nationale américain a également tissé des liens extrêmement étroits avec ceux des pays européens. Et, bien entendu, les États-Unis exercent depuis longtemps un contrôle économique, technologique et financier considérable sur le continent. Ils y ont aussi instauré une hégémonie culturelle et idéologique massive, non seulement par le biais de la culture populaire, mais aussi grâce aux médias anglophones, aux groupes de réflexion transatlantiques et aux prétendues « organisations non gouvernementales ». Enfin, il existe un dernier instrument, souvent négligé mais, à mon sens, crucial : l'Union européenne elle-même.

L'Union européenne a longtemps été présentée comme un contrepoids potentiel à la puissance américaine, mais elle n'a jamais fonctionné comme tel. En réalité, elle a toujours été un levier crucial qui a enchaîné l'Europe au système transatlantique de l'OTAN, dirigé par les États-Unis ; elle a de fait agi comme le bras politique de l'OTAN. Cette situation est particulièrement flagrante aujourd'hui sous la direction d'Ursula von der Leyen, qui a déployé des efforts considérables pour aligner les pays européens sur les intérêts américains, même contre la volonté de certains gouvernements européens.

Nous nous trouvons aujourd'hui à un tournant extrêmement dangereux. Par le biais de l'UE, institution structurellement antidémocratique, l'OTAN transatlantique a établi une domination économique et politique totale sur les pays européens. Ces pays ne sont en aucun cas des États souverains ; par conséquent, ils ne sont pas non plus démocratiques, dans la mesure où la souveraineté est la condition préalable à l'autonomie du peuple. Cette situation compromet davantage encore la possibilité d'un changement systémique par les urnes.

En résumé, je peux affirmer sans hésiter que l'Europe est, à bien des égards, un continent occupé. Dès lors, la question de savoir comment les peuples d'Europe peuvent se libérer du système transatlantique et parvenir à la décolonisation est peut-être la question cruciale à laquelle le continent est confronté aujourd'hui.

Bien sûr, les problèmes de l'Europe ne se limitent pas à l'ascension des États-Unis au rang de puissance mondiale. Le cœur du problème réside dans l'hostilité profondément enracinée que les élites économiques et politiques européennes nourrissent depuis des siècles envers la démocratie et les classes laborieuses. Lorsque nous employons aujourd'hui le terme « démocratie libérale », nous supposons que la démocratie a émergé spontanément du libéralisme. C'est un mensonge flagrant. Tous les grands penseurs libéraux du passé étaient opposés à la démocratie, c'est-à-dire à la démocratie de masse, comprise comme un ordre politique où chacun dispose d'une voix égale.

La démocratie qu'ils envisageaient était celle des classes possédantes, des classes capitalistes. En réalité, la démocratie de masse a été obtenue en grande partie grâce aux luttes souvent sanglantes de la classe ouvrière et du mouvement socialiste. C'est là que réside le problème principal : les peuples d'Europe ont toujours dû mener une lutte acharnée contre leurs propres élites.

Nous avons parmi les pires élites du monde. Non seulement elles méprisent le bien-être des populations du Sud, mais elles méprisent également celui de leurs propres peuples, les peuples d'Europe. C'est pourquoi l'Europe, d'hier à aujourd'hui, est en proie à la violence, aux conflits politiques et à la lutte des classes. Même durant l'« âge d'or » du capitalisme occidental après la Seconde Guerre mondiale, la démocratie de masse était marquée par de violents conflits. Je suis Italien : mon pays a été le théâtre de vagues massives de violence politique dans les années 1970 et 1980. Des dynamiques similaires se sont produites en Allemagne, en France et dans tous les grands pays européens. Et cette période est considérée comme l'apogée de la démocratie de masse ; et à bien des égards, ce fut le cas – c'est précisément durant ces décennies que les masses européennes ont réalisé les plus grands progrès sociaux et économiques – mais ces progrès n'étaient pas uniquement le fruit des élections, mais aussi des mobilisations de masse et de conflits politiques extrêmement intenses, souvent violents. À mon avis, cette image révèle un problème bien plus profond. Les droits acquis après la guerre n'ont pas été simplement octroyés au peuple ; ils résultaient du fait que la force organisée de la classe ouvrière, des masses populaires, était parvenue, pendant une brève période historique, à arracher une partie du pouvoir au pouvoir organisé du capital – même s'il s'agissait toujours de succès relatifs.

Le problème est que les fondements – les conditions matérielles concrètes – qui ont permis l’émergence de la démocratie de masse ont, à bien des égards, disparu. Les chaînes de production et les grandes usines où les travailleurs se rassemblaient et s’organisaient n’existent plus. Par conséquent, les conditions structurelles et matérielles qui ont donné naissance à la démocratie de masse ont largement disparu. Au-delà de la question de savoir comment nous libérer de la tutelle impériale américaine – ce qui implique également le démantèlement de l’UE –, l’autre question cruciale est la suivante : comment restaurer la démocratie et reprendre une part de pouvoir et de contrôle aux élites politiques et économiques alors que le socle matériel sur lequel nous avons bâti ces acquis par le passé n’existe plus ? Nos élites agissent désormais en toute impunité précisément parce qu’il n’existe plus aucun véritable contrepoids pour s’y opposer. C’est là le nœud du problème.

Production vidéo : Harici Media

Image de couverture : Harici Media ; NachDenkSeiten

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